Comment l'industrie pharmaceutique fabrique des malades à grand renfort de marketing avec la complicité des autorités et des médecins. ✋ Les enjeux du Monde ? Ils sont ici 👉 https://bit.ly/3nbDE0S Abonnez-vous 🙏 Jusque dans les années 1980, l'industrie pharmaceutique orientait ses efforts vers la guérison des maladies existantes, même si les pathologies affectant les populations pauvres, comme la malaria, étaient négligées parce que peu rentables. Désormais, la tendance s'est inversée. Pour garantir leurs retours sur investissement et recycler leurs médicaments, les firmes inventent des pathologies sur mesure, si possible chroniques. Une publicité déguisée en information médicale, doublée d'un intense lobbying, se charge de les "vendre" au grand public et aux praticiens. Ce film – auquel l'industrie a refusé de participer – démonte les mécanismes d'une médecine sous l'emprise du marché.
Comment augmenter la consommation de médicaments ? En abaissant par exemple la norme du taux de cholestérol afin de promouvoir des molécules, qui, prises sans nécessité, comportent des risques sanitaires. Ou en décelant dans la population féminine une nouvelle forme de dépression cyclique (le "syndrome dysphorique menstruel"), traitée avec une version du Prozac rebaptisée. D'astucieux stratèges ont aussi fait décoller le marché des antidépresseurs au Japon, où la dépression constituait un état rare, en popularisant le "rhume de l'âme". De la "dysfonction érectile" au "trouble bipolaire", une analyse décapante qui permet de mesurer, au gré des spots TV et des sites "d'information", le marketing du diagnostic et son pouvoir
Maladies à vendre Un film de Anne Georget Producteurs : The Factory Droits réservés ADN
Faute d’inventer des médicaments nouveaux, réellement nouveaux et puissants. Pour les
vraies maladies. Pour les maladies qui frappent toute l’humanité. Bon, cancer, l’hypertension,
etc. Heu… Pour maintenir ses ventes, l’industrie pharmaceutique a trouvé plus simple d’inventer des
maladies qui n’existent pas, et pour lesquelles elle propose des médicaments, sans aucune
efficacité, mais ça n’a aucune importance puisque les soi-disant malades ne sont pas malades !
C'est la semaine précédant vos règles. Irritabilité, changements d'humeur,
ballonnements. Simple syndrome prémenstruel ? Ou SDP ? Syndrome Dysphorique Prémenstruel. Ce sont
les troubles psychiques et physiques sévissant avant vos règles. Consultez vite votre médecin,
car cela peut être un trouble grave.
Autour des règles, les femmes, qu'elles sentent un certain nombre de tensions, de l'irritation,
de l'angoisse. Enfin, bon. Ça a toujours été comme ça. C'était la source de beaucoup de
scènes conjugales dans le passé, du temps où l'homme était dominateur. Alors on a créé le
syndrome dysphorique menstruel. C'est pas beau, ça ? Retenez bien. Le syndrome dysphorique menstruel.
C'est-à-dire qu'au moment des règles vous avez une dysphorie. Qu'est-ce que ça peut
vouloir dire ? Ben faut remonter au grec. C'est pas bien précis. On peut traduire ça en disant
que vous avez un comportement un peu instable dans cette période-là. Mais ça se traite ! On
va traiter ça. Avec quoi ? Et là vous tombez de votre chaise. Ça s'est passé aux Etats-Unis….
Pourquoi continuer ainsi ? Prévenez votre médecin,
si vous êtes enceinte ou prévoyez une grossesse. Il existe des effets indésirables.
Y’avait un médicament contre la dépression très connu qui était le Prozac. Le Prozac, il est
arrivé en bout de brevet, il rapportait plus rien au laboratoire. Alors boum, boum, boum,
boum. Cent articles publiés sur le syndrome dysphorique menstruel pendant un an dans
30 journaux. Des visiteurs médicaux qui vont distribuer des extraits pour apprendre aux
médecins ce qu'ils connaissaient pas : le syndrome dysphorique menstruel. Et apparaît
la solution : la nouvelle molécule… Qu'on va vendre... Car c'est la même que le Prozac avant
exactement. Le dosage, tout est pareil. Sauf la couleur. Qu'on va vendre quatre
fois plus cher. C'est bien normal puisqu'on se traite que pendant cinq jours par mois. Faut
rentrer dans ses frais. Voilà. C'est renversant ! C'est renversant, c'est diaboliquement malin.
Aujourd'hui, votre médecin peut traiter le SDP. Si vous ressentez une irritation,
consultez votre médecin, cela peut être un effet indésirable.
Il y en a qui ont remarqué effectivement que parmi les firmes pharmaceutiques, que,
il y a une hypothèse intéressante, qui serait, non pas de s’épuiser ou s’échiner ou de s’efforcer
à trouver des solutions, trouver un nouveau médicament pour un nouveau problème de santé,
mais tout simplement avec les médicaments qu’elles ont déjà, inventer un problème de santé,
qui conviendrait, entre guillemets, au médicament. Donc, ça renverse le système,
ça renverse la pensée. Elles ont un portefeuille, comme elles disent, de médicaments qui est utilisé
pour ceci ou cela, ou qu’elles ont développé et puis, qui vraiment ne passe pas la barre,
parce qu’il est pas assez intéressant. « Est-ce que on pourrait pas inventer
ou faire croire à une maladie ou un problème où ce médicament rendrait service ? ».
Imaginez que vous soyez fabricant de voitures ou carrossier, votre objectif serait pas de
fabriquer des chariots pour les culs-de-jatte. Il s'agit de fabriquer des voitures les plus
attractives possible pour ramasser, vous ouvrir ou maintenir les marchés les plus importants.
Toute la problématique des industries en général et de l'industrie pharmaceutique en particulier,
c'est la même. Autrement dit, ce qui va cibler les efforts de l'industrie, ce sont pas les problèmes
de santé publique, ce sont pas les malades, ce sont les marchés. Les marchés possibles. Les
marchés possibles les plus intéressants pour elle, où elle vendra beaucoup et le plus cher possible.
Donc, les firmes, dans cette ambiance de concurrence, à la recherche d’élargir toujours le
marché, ont intérêt à faire évoluer les critères de diagnostique de la maladie. C’est clair que,
la plupart des gens ont une hypertension artérielle normale, et puis quelques-uns,
une petite proportion, a 16 ou 17 comme on dit, 170 mm de mercure. Puis,
encore moins ont 18 ou 180, et encore moins, etc. Selon le seuil qu’on choisit
pour définir l’hypertension, il y a plus ou moins de patients, c’est-à-dire de clients,
et donc plus ou moins de chiffre de vente et de marchés. Donc, logiquement, beaucoup
de firmes pharmaceutiques sont conduites à… Sont intéressées en tout cas, à ce que les critères de
définition des maladies soient toujours plus élargis dans la durée, et surtout dans… Dans
les seuils, dans la définition de la maladie. Pour 1 000 adultes qui ont une hypertension,
au delà de 160, 90 mm de mercure, on prend le traitement anti-hypertenseur,
bien choisi, qu’on prend bien. Au bout de 4 à 5 ans, sur les 1 000, il va y en avoir 10 ou 20
qui auront évité un accident cardio-vasculaire. Alors pour ces personnes là, c’est très bien,
on est content. Prescrire est content d’avoir évité ça, mais, il faut avoir tout de même en
tête l’ordre de grandeur. La grande majorité des personnes auront pris le médicament,
sans bénéfice pour leur santé. Bénéfice pour la firme. Ca c’est sûr. Mais pas pour leur santé. Et
on comprend que si on baisse encore le seuil de l’hypertension, on va traiter encore plus
de gens qui auront encore moins de bénéfice. Par contre on va augmenter le nombre de gens exposés
aux effets indésirables des médicaments. Et puis, on augmente le marché, bien entendu.
Je me dépensais, je mangeais bien. Je pensais être en forme. Quelle
surprise d'apprendre que j'avais un fort taux de cholestérol. Cela
m'a fait réfléchir à ma santé. Je savais que je devais contrôler mon cholestérol
et pensais bien faire. Mais ce n'était pas suffisant. Et vous ? En faites-vous assez ?
En poussant les choses à l’extrême, l’industrie pharmaceutique a réussi à nous convaincre que le
taux de cholestérol des gens de 25 ans doit être la norme pour tous. Mais en prenant ce taux pour
référence, on constate que 95% des Français et des Allemands par exemple, sont techniquement malades.
Du point de vue de l’industrie, c’est merveilleux, c’est un marché phénoménal. Ils peuvent dire à des
masses de gens qu’ils doivent prendre des statines pour abaisser leur taux de cholestérol
et ainsi réduire leur risque de crise cardiaque ou d’infarctus. Alors qu’on sait que si on n’a pas
d’autres facteurs de risques : si on n’a pas déjà eu un infarctus, si on n’est pas en surpoids, si
on ne fume pas, prendre ce type de médicaments augmente, au contraire, votre risque de mourir.
La dernière révision des normes anti cholestérol américaines a eu lieu en 2001.
Or, neuf des 14 experts qui ont fixé ces nouvelles recommandations avaient des liens financiers avec
l’industrie pharmaceutique. C’est très important, car ces nouvelles directives
ont quasiment triplé le nombre d’Américains devant prendre des statines. On est passé de
13 millions à 36 millions. Et la plupart des 23 millions de personnes à qui l’on recommandait,
du jour au lendemain, de prendre des statines n’avait pas de maladie cardiaque.
Height: 5’9” Weight: 125 Dress Size: 6 Total cholesterol: 273
High cholesterol doesn’t care who you are.
Texte et voix: 1 in 5 people has
high cholesterol. Millions need treatment. « One in five people has high cholesterol.
Millions need treatment. » Taille: 1,80m Poids: 57 kg Tour
de taille: 36 Taux de cholestérol : 2,73g/L Le cholestérol ne regarde pas qui vous êtes.
Le cholestérol touche 1 personne sur 5. Des millions ont besoin d'un traitement.
La communauté du cholestérol, que ses critiques appellent la mafia du cholestérol,
ne cherche pas simplement à montrer que la gestion du cholestérol conduit à des progrès
dans le traitement des maladies cardiaques, mais elle veut passer un message très fort
aux américains à plusieurs niveaux : le niveau des individus consommateurs, celui plus spécifique des
patients et celui des prescripteurs. Et donc, ils utilisent toutes sortes de moyens pour que
la population se préoccupe du cholestérol. La campagne « Connaissez votre taux » vise à ce
que les Américains s’identifient à leur taux de cholestérol, que chacun en ait conscience.
Les médecins vont donc mesurer le taux de cholestérol, ce que les patients demandent…
Si le taux est un peu élevé, le médecin va dire : Monsieur ou Madame Jones vous avez du cholestérol,
revenez dans trois mois et pendant cette période, faites de l’exercice, mangez moins gras et on
verra si le taux a baissé. Le plus souvent, le taux ne baisse pas beaucoup avec ces changements
de style de vie. Et là, le docteur va dire : « Ah ça n’a pas baissé, je vais vous donner un
médicament anti-cholestérol, et vous n’aurez plus à vous en soucier. » Mais ils ratent complètement
la cible car, en changeant ses habitudes de vie, le patient a fait ce qu’il fallait pour réduire
ses risques cardio vasculaire de 60 à 80% . C’est une intervention thérapeutique extrêmement
efficace. Mais quand le médecin dit : « On va vous donner un médicament et vous
n’aurez plus à vous soucier de ces résolutions si difficiles à tenir », il se se trompe d’objet
car il ne réalise pas que le patient a fait ce qu’il fallait. L’exercice et la diététique ne
font peut-être pas baisser le cholestérol, mais ils font baisser les risques cardiovasculaires.
Bob Dole…
Le courage : une qualité partagée par de nombreux Américains. Par ceux qui risquent leur vie, ceux
qui combattent la maladie. A la nouvelle de mon cancer de la prostate, c'est d'abord le cancer qui
m'a préoccupé. Ensuite, j'ai pensé aux troubles post-opératoires, comme la dysfonction érectile,
synonyme d'impuissance. C'est un sujet délicat, mais essentiel pour des millions de couples.
Bob Dole a perdu l’élection présidentielle américaine contre Clinton. Clinton,
non seulement était président, mais il n’avait sans doute pas besoin du médicament… Dole, lui,
avait besoin d’argent pour rembourser sa campagne. Il est devenu le porte-parole de
cette campagne d’information sur la maladie, puis le porte-parole du viagra. C’était très important,
à cause de la stigmatisation, il fallait vraiment quelqu’un de très respecté, de très conservateur…
Vous ne pouvez pas choisir un hippie ou une vieille star du rock pour parler de la dysfonction
érectile. Si vous voulez pénétrer le marché de l’Amérique moyenne, il faut un conservateur car
ils sont plus nombreux que les hippies. C’était la personne idéale : sénateur, venant du Sud, ancien
combattant, très respecté, parfait pour parler de la dysfonction érectile. Ca a vraiment convaincu
beaucoup de gens qui se sont dit : « Si Bob Dole a le courage d’en parler, moi aussi je peux ».
J'aime ma femme. Parce qu'au scrabble,
elle trouve des mots improbables, qu'elle me parle de football pour m'impressionner et
qu'elle minimise mes problèmes d'érection. Je ne veux pas la perdre. Donc, je consulte mon médecin.
Avec un médicament comme le Viagra, l’industrie a réussi à nous convaincre que la moindre variation
de rigidité de la verge, si elle n’est pas de 100% en toute circonstance, constitue une dysfonction,
une maladie qui requiert un traitement. Avant, il y avait un certain nombre d’hommes âgés, qui
avaient d’autres pathologies, avec pour conséquence d’être impuissants.
Mais cela représentait un marché bien trop étroit pour un médicament comme le viagra. Aujourd’hui,
on pousse les adolescents à croire que, si les choses ne sont pas parfaites à chaque
fois, c’est qu’ils sont malades et que le médicament est la réponse à leur problème.
Acteur – off : Peut-être que c’est la fatigue ? Peut-être que c’est à cause
du chien qui regarde ? Peut-être que c’est le film qui a coupé mon élan ? Peut-être que
j’ai trop mangé… Trop mangé…. Trop mangé… Trop mangé… Peut-être que c’est à cause
de la crise ? Et si ça n’avait rien à voir ? Voix off féminine : Ne cherchez plus d’excuses.
La majorité des patients souffrant de problèmes d’érection, peut être traitée. Vous aussi.
En ouvrant le journal à la page des sports la semaine dernière, j’ai vu une pleine
page de pub pour Cialis, un médicament contre la dysfonction érectile, comme le Viagra. Une autre
manière d’élargir le marché c’est de prendre un médicament dont l’usage est occasionnel
ou même régulier comme un médicament contre la dysfonction érectile. Quand un homme souhaitre
avoir un rapport sexuel, il pense à prendre son Viagra ou son Cialis, on peut le comprendre.
Mais dans cette pub, deux choses ont attiré mon attention : d’abord il y avait un coupon
qui disait : « Découpez cette pub et apportez-la à votre médecin pour un essai gratuit ». Je me
suis dit, « Voilà du bon marketing : impliquer le patient dans la gestion de ses troubles… », mais
surtout la pub disait « Prenez Cialis tous les jours pour être prêt ». Jouant sur ce stéréotype
très masculin, « Il faut toujours être prêt, on ne sait jamais … vous feriez mieux alors d’avoir
pris votre Cialis ! » Brillant marketing : c’est devenu un médicament de chaque jour !
Voix-off : On dit que ça prend un paresseux… Qui baisse facilement les bras… Un faible…
Quelqu’un qui manque d’ambition… Un irresponsable… Un perdant… Ou
quelqu’un qui manque de courage… Pour faire une dépression. La dépression est
une maladie, personne n’est à l’abri. Texte : Mettons fin aux préjugés.
Un bon exemple de marketing d’une maladie, c’est celui de la dépression. Dans les années 60, 70,
l’anxiété était un diagnostique très répandu. La famille de médicament pour traiter ces troubles
était les Benzodiazepines, comme le Librium et le Valium, et tous ces médicaments qu’on appelle les
anxyolitiques. Le marketing des benzodiazepines allait de pair avec le markeing de l’anxiété. Les
généralistes étaient encouragés à diagnostiquer des troubles de l’anxiété quand ils voyaient
des patients au bord des larmes, fatigués, mais aussi nerveux et anxieux. On leur disait : « Vous
avez un trouble de l’anxiété, on va vous prescrire du Valium ». Mais dans les années 80,
on a réalisé que cette classe de médicaments rendaient les patients accros. Médecins et
malades sont partis en courant, « Oh mon dieu, on ne va pas donner des médicaments qui rendent
les gens dépendants… », et la voie était alors libre pour que la dépression entre en piste.
Vous êtes triste, fatigué, désespéré et anxieux. Quoi que vous fassiez,
vous vous sentez seul et n'avez plus goût à rien. Rien n'est plus comme avant. Ce sont des
symptômes de la dépression. Une maladie qui touche plus de vingt millions d'Américains.
Ca a permis à l’industrie pharmaceutique de convaincre les patients qu’en
fait, ils n’étaient pas anxieux, que derrière ce qu’ils pensaient être leur anxiété,
il y avait une maladie : ils étaient déprimés. Et d’expliquer que cette maladie était causée
par un déséquilibre de la sérotonine mais que les médicaments étaient comme
des vitamines et qu’ils allaient remonter leur niveau de sérotonine.
La dépression peut résulter d'un déséquilibre chimique dans les cellules du cerveau. Pourquoi
vous sentir mal plus longtemps ? Seul votre médecin peut diagnostiquer la dépression.
Tout le monde peut en reconnaître les symptômes : la dépression est diagnostiquée quand on a au
moins 5 symptômes sur une liste de 9 pendant une période d’au moins 2 semaines. Ces symptômes sont
par exemple la tristesse, la perte de plaisir, la perte d’appétit, de concentration dans les tâches
habituelles et bien sûr des pensées morbides, des ralentissement des mouvements et ainsi de
suite… Comme vous pouvez le constater, bien des gens peuvent avoir ces symptômes de tristesse,
de perte d’appétit, de fatigue, etc., pendant plus de deux semaines après toutes sortes de stress.
Le problème, c’est que ces critères ne sont pas uniquement utilisés par des spécialistes,
qui sauraient faire la différence entre une réaction normale à une perte, perte d’emploi,
de proche, une trahison etc., et une véritable maladie mentale. En tout cas,
certains sauraient. Mais le problème c’est que ces critères sont devenus tellement déifiés dans
la culture médicale, qu’ils sont devenus LA définition même d’un désordre mental.
La dépression est un état émotionnel. Tristesse,
manque d'intérêt. Mais c'est aussi physique : Douleurs, fatigue.
Cinq symptômes sur neuf, c’est assez arbitraire. Peut-être que des gens qui
ont moins de cinq symptômes peuvent avoir tout de même une dépression. Dans les questionnaires
chez les médecins, il est d’ailleurs dit que si vous avez moins de cinq symptômes,
vous pouvez tout de même être considérés comme ayant une dépression mineure.
Vous voyez comment, à partir de cette liste de symptômes, on vous embarque dans
une direction où pratiquement tout épisode de tristesse dû à un événement difficile,
devient une maladie traitée quasiment automatiquement avec un médicament.
Il existe une maladie qui touche aujourd’hui plus de
trois millions de personnes en France. Une maladie qui peut vous empêcher de parler.
De rire. De manger. De travailler. De dormir ou de vous lever le matin.
A la fin des années 90, la famille d’antidepresseurs appelée « Inhibiteurs
sélectifs de recapture de la sérotonine » est arrivée en bout de brevet. L’industrie
pharmaceutique avait donc un problème. Elle aurait pu inventer une nouvelle classe de
médicaments plus efficace et dire aux médecins : « Les patients que vous traitez pour dépression
sont bien déprimés, mais nous avons maintenant un nouveau médicament, plus efficace. » Le problème,
c’est que l’industrie pharmaceutique n’avait pas de médicament plus efficace.
La stratégie a donc été de reproduire ce qu’elle avait fait vingt ans auparavant,
quand elle avait transformé les patients anxieux en patients déprimés. Cette fois,
elle a convaincu les patients déprimés qu’ils étaient en fait bipolaires.
Etre bipolaire peut nuire à votre carrière et à vos relations Pendant des années,
j'ai eu des changements d'humeur, des pensées incohérentes, et j'étais très irritable.
Quand un patient maniaco-dépressif est en phase maniaque cela signifie qu’il reste des
mois à l’hôpital. De même, quand il est en phase dépressive. C’est un trouble très sévère qui peut
conduire au suicide et les gens sont hospitalisés pendant des mois. Du point de vue de l’industrie
pharmaceutique, changer l’appellation maniaco-dépression en trouble bipolaire,
signifie qu’elle peut cibler les variations d’humeur normales que nous avons tous.
Etre bipolaire, c'est être maniaco-dépressif. Le savoir aide à comprendre son état,
mais ne le rend pas plus facile à vivre. On est si exalté, si abattu.
Le trouble bipolaire I, comme on l’appelle maintenant, correspond à la maniaco-dépression
classique. Mais l’industrie a réussi à mettre en avant des recherches qui suggèrent qu’il
existe aussi un trouble bipolaire II, bipolaire III, bipolaire IV, et un spectre bipolaire.
Ces différents termes recouvrent une définition de plus en plus allégée
de la maladie, au point d’inclure les variations d’humeur que l’on peut avoir
au cours d’une journée. Il peut arriver que le lundi matin, comme beaucoup d’entre
nous, vous vous sentiez d’humeur maussade. Cela va s’arranger au fil de la journée… Mais si vous
tenez un « carnet d’humeurs » comme l’industrie recommande de le faire, vous allez dessiner une
courbe dans votre carnet. Et vous êtes conduit à penser, tout comme votre docteur, qu’une courbe
comme cela, même au cours d’une même journée, est la première indication d’un trouble bipolaire.
Et bien sûr docteur, il faut traiter au plus tôt la maladie avant qu’elle
ne devienne plus sévère et presque impossible à guérir.
Il y a une énorme pression aujourd’hui compte-tenu de la définition de ces
maladies et de la facilité à distribuer des médicaments pour les traiter ; une pression
pour que les gens fonctionnent socialement à tous moments au maximum de leurs possibilités.
Et si ça n’est pas le cas, s’ils sont « entravés dans leur rôle » comme disent les psychiatres,
alors c’est qu’il y a un problème et qu’il faut tout de suite le traiter avec un médicament.
Cela peut se discuter, mais il me semble dans le monde que nous construisons pour
nos petits-enfants et arrière-petits-enfants,
il n’y aura plus la possibilité d’exprimer toutes les émotions humaines.
La vie change lorsque la dépression est traitée
sorte le rhume de l’âme. Elle peut toucher n’importe qui, mais on peut en guérir. En cas
de dépression, il existe un excellent médicament anti-dépresseur. Un anti-dépresseur qui a fait
ses preuves. Selon une étude américaine, cet anti-dépresseur est efficace dans 65 % des cas.
Ce que nous avons vu au Japon, c’est ce qu’on appelle un mega projet marketing,
c’est-à-dire qu’on n’essaye pas de changer les esprits par rapport à un produit,
mais on tente de changer l’environnement dans lequel on veut placer le produit.
C’est peut-être une depression. Depuis combien de temps souffrez-vous ?
Depuis combien de temps êtes-vous déprimé ? Carton : Vous êtes déprimé depuis un mois
Si c’est le cas, consultez votre médecin. Surtout, ne restez pas déprimé plus longtemps.
Les psychiatres japonais considéraient la dépression comme une maladie rare au Japon,
ils ne la diagnostiquaient pas souvent.
très moralisateur auprès du gouvernement, pour lui prouver que les patients japonais n’étaient
pas bien traités. IN
Ensuite, elle a mis sur pied une campagne afin de réduire
le sentiment de honte qu’un Japonais peut ressentir s’il est triste, déprimé,
ou si quelque chose ne va pas et le ferait rester chez lui sans consulter un médecin.
Cette campagne avait pour but de normaliser la maladie mentale. Il y eut beaucoup d’interviews
de personnalités, de vedettes de la télé, des articles dans la presse pour familiariser le
public avec l’idée de la dépression. Le mot même de « dépression », en japonais, « utsubioo »,
qui signifiait dépression majeure, a été changé par une grande campagne de communication. Lorsque
les Japonnais entendaient ce mot, dépression, « utsubioo », cela évoquait quelque chose de
très grave, quelqu’un d’hospitalisé. La notion a été changée pour celle
de « kokoro no kazé », ce qui signifie un « Rhume du cœur » ou un « Rhume de l’âme ».
Cette terminologie signifiait plusieurs choses : d’abord, attraper un rhume, c’est assez courant,
cela ne fait pas de vous l’un de ces cinglés bons à enfermer. C’est un rhume, beaucoup de
gens ont un rhume et donc ce n’est pas si grave. Ensuite, les Japonais sont de grands consommateurs
d’antibiotiques, et donc un rhume, cela signifiait que c’était guérissable par un médicament.
Et bien sûr, l’âme c’est très poétique, cela résonne bien avec la culture japonaise. Tout
cela a vraiment changé la perception des Japonais et créé ce concept de dépression mineure que le
généraliste pouvait désormais traiter et que le gouvernement a même reconnu. Jusque-là,
il ne voulait pas entendre parler de cette poignée de déprimés. Mais là,
le gouvernement a compris que la dépression pourrait contrecarrer la productivité des
travailleurs japonais. Du coup, cela prenait tout son sens de traiter la dépression.
Mon corps était engourdi. Tellement engourdi,
que je voulais dormir mais n’y arrivais pas.
Puis je n’ai plus eu envie de rien. J’ignorais que j’étais en dépression.
J’étais désemparé et de plus en plus déprimé. Seul un médecin peut aider à s’en sortir.
Un élément important a été lorsque la Cour impériale a reconnu que la Princesse souffrait
aussi de dépression et qu’elle était soignée pour cela. On ne pouvait rêver d’une meilleure
notoriété pour la cause. A part l’Empereur lui-même évidemment, c’était fabuleux.
Ca commence toujours comme ça, l’industrie dit: « Laissez-moi faire cela pour vous,
laissez-moi mettre sur pied cette campagne anti stigmatisation, ces essais cliniques,
laissez-moi faire pression sur le gouvernement… » Et les psychiatres japonais, en particulier ceux
payés par l’industrie bien sûr, pensent qu’ils font ce qui est juste. Mais à un moment donné, les
intérêts divergent. D’un point de vue commercial, et c’est vrai dans tous les domaines, les
industriels ne s’arrêteront pas avant que chacun, homme, femme, enfant, consomme leurs médicaments.
Les psychiatres évidemment veulent descendre du train avant d’en arriver
là. Mais une fois le train lancé, il est très difficile à arrêter.
N'oubliez pas ce que c'est, le marketing, à l'échelon des médecins qui prescrivent.
N'oubliez jamais ça. C'est dix visites par semaine. C'est une heure, quelquefois deux
heures par semaine avec des gens qui viennent vous ressasser les mêmes choses. C'est les
journaux qu'on appelle médicaux, qui sont la propriété de l'industrie pharmaceutique,
qui répètent les mêmes choses. C'est les leaders d'opinion, comme on dit,
qui sont des grands _on dit toujours "grand"_ professeurs de médecine qui prennent le
porte-voix et qui circulent d'amphithéâtre en amphithéâtre pour vanter les succès spectaculaires
et remarquables de tel ou tel truc. Moyennant finances, bien entendu. Difficile de résister.
Sur ce document, on voit les acteurs clé du marché des médicaments antipsychotiques
aux Etats-unis. Il y a les instances de contrôle,
les payeurs, les acteurs sociaux et médicaux, les fabriquants et tous sont liés entre eux…
Autour des patients, il y a les amis, les collègues, la religion, les groupes
de patients. De même autour des commissions de contrôle, il y a les législateurs, les médias
etc. Tous ces acteurs clé sont étudiés pour qu’ils participent au succès du médicament. Le
secret du succès réside dans la science. Comment produire les éléments scientifiques qui vont
convaincre tous ces gens que c’est le meilleur, le seul traitement pour telle ou telle maladie.
85% des essais cliniques, et même 97 % des essais cliniques les plus importants,
sont financés par l’industrie pharmaceutique. Or, on a montré qu’il y a cinq fois plus de
chance pour qu’un essai financé par le privé conclut à l’efficacité du médicament, qu’une
étude financée par la recherche publique pour le même médicament. C’est pas mal comme ratio !
On a tendance à penser que les études scientifiques sont objectives et ne
sont pas biaisées. Mais la nature du système fait que les firmes pharmaceutiques conçoivent
elles-mêmes les essais cliniques pour aider à la vente de leurs médicaments. Et les firmes ont la
main mise sur les données cliniques exactement comme Coca-cola possède la recette du coca.
c’est dans le contrôle, dans sa capacité à coopter des médecins qui n’ont aucun lien avec
elle. Des médecins qui n’ont jamais touché un centime de sa part, qui lui sont même
assez hostiles et qui proclament : « Nous nous déterminons sur des bases scientifiques. Nous
voulons voir la preuve scientifique pour avoir un avis, nous ne décidons pas parce que nous sommes
payés par l’industrie, ni parce qu’on nous invite à des congrès mais parce qu’on a une preuve ». Le
problème majeur, c’est que par rapport aux années 60, aujourd’hui, l’industrie a le
contrôle de cette preuve scientifique. L’industrie dirige les essais cliniques, tous les essais.
Quand j’étais à l’université en 1980-82, nous passions des heures à disséquer des essais
cliniques, à chercher les erreurs méthodologiques et l’on trouvait des problèmes. Mais je ne peux
me souvenir d’une seule fois où il nous serait venu à l’idée que le problème était lié à des
enjeux commerciaux. Bien sûr, la science est imparfaite, mais nos professeurs n’avaient
aucun lien avec l’industrie pharmaceutique, c’était du jamais vu, c’était insensé.
Aujourd’hui, on voit bien que les articles sont truffés d’erreurs et si on pouvait mettre
des lunettes de vérité, on verrait les grands professeurs marcher dans les couloirs des hôpitaux
habillés comme des pilotes de formule 1. Sur leurs blouses blanches, il n’y aurait pas écrit Penzoil
et Mobil, il y aurait Merck, Pfizer, Engem etc parce qu’ils sont financés par l’industrie.
Leboeuf : Vous êtes jeune et vous souffrez d’un mal de dos persistant.
Un vrai cauchemar quotidien. Même au repos, la douleur vous enflamme. Ce mal de dos peut
cacher une spondylarthrite ankylosante. Une maladie douloureuse et handicapante,
qui se traite bien si on la dépiste à temps. La spondylarthrite ankylosante,
parlez-en à votre médecin. Voix-off : Informez-vous sur dosaumur.com. Une
initiative de la Société Française de Rhumatologie en partenariat avec Pfizer
L’internet permet aux gens de sentir qu’ils se prennent en charge en allant chercher toute
l’information médicale possible et imaginable. Ils peuvent aller directement sur les sites des
journaux médicaux, ils peuvent trouver des tas de sites avec des données médicales,
où les maladies sont répertoriées et décrites. Ils peuvent échanger avec leurs amis ou sur des
forums avec des gens souffrant des mêmes maux. Il y a cette idée que,
non seulement les gens ont ainsi plus de pouvoir, mais que c’est ainsi qu’ils seront de bons
patients. Qu’un bon patient doit connaître toutes ces informations avant même d’aller
chez le médecin. Que vous n’allez pas voir le médecin en vous en remettant à son autorité,
mais qu’il y aura comme une négociation avec lui autour de votre traitement. Evidemment,
il y a là un piège car Internet cache très bien la provenance de l’information.
Alors je vous propose de faire quelque chose, c'est... Je viens d'apprendre en sortant de
chez mon toubib que le mal de dos que j'ai depuis des années, que je me traîne et qui
fait que le matin j'ai du mal à me réveiller, que j'ai l'impression d'être complètement rouillé,
que je mets une heure à me dérouiller et que la douche n'y suffit pas, heu… Et bien justement,
j'ai vu à la télévision, au moment de la coupe du monde de football,
ce spot de Franck Lebœuf où il me disait : "Finalement, le mal de dos,
c'est la spondylarthrite ankylosante et il y a un médicament qui existe." Alors ben qu'est-ce
que je fais quand je suis rentré de chez mon toubib ? J'ai été voir sur mon Internet
préféré. Et donc qu'est-ce que j'ai fait ? Ben j'ai fait le nom de cette campagne dont
je me souviens parce que c'est pas difficile de s'en souvenir, ça s'appelle "dos au mur".
J’ai découvert ma maladie en 2000. Elle a été diagnostiquée suite à des douleurs répétées
dans le… Au niveau des cervicales. La spondylarthrite ankylosante est
un rhumatisme inflammatoire qui se caractérise par des douleurs nocturnes et des dérouillages
matinal essentiellement Tout d’abord, bah, heu…
Si je continue d'écouter ce film, ben finalement je vais me dire : il me parle du mal de dos et
tout ce qu'il décrit comme symptômes de façon précise... Là, il vient de dire... Le soir,
eh ben il est fatigué. Oui, moi aussi, je suis fatigué. Le matin, il a du mal à se
déverrouiller. Oui, moi aussi j'ai du mal à me déverrouiller. Bref, je me retrouve bien
dans ce témoignage. Alors je veux en savoir plus. J'ai vu qu'il y avait un grand docteur…
Les sociétés savantes, comme la Société Française de Rhumatologie,
n’ont pas pour objectif unique de faire des travaux scientifiques dans des laboratoires,
qu’on appelle des travaux fondamentaux. Les sociétés savantes ont aussi pour mission de
participer à toutes les actions qui conduisent à mieux connaître les maladies rhumatismales
Déjà, "société savante", ça fait sérieux. Et je vois déjà une chose qui m'étonne,
c'est que je vois ce monsieur, qui est donc un professeur des
hôpitaux publics. Je le vois avec, derrière lui, en fond d'écran,
"Pfizer". Et c'est marrant parce que je le vois en haut à gauche et en bas à droite.
C'est drôle parce que je me rappelle avoir écouté un ami qui est un spécialiste du
marketing m'expliquer que c'était les deux endroits importants dans une image à partir du
moment où le centre était occupé par quelqu'un. Et donc, bon, c'est peut-être pas un hasard si,
finalement, j'ai cette image. Et tout ce que va me dire finalement ce docteur, c'est quoi ? Si je
résume, c'est qu'il y a 150.000 personnes qui sont atteintes par an, qui sont des personnes jeunes,
que c'est des signes finalement assez banals. Et d'ailleurs c'est tellement banal que lui-même,
ce professeur, appelle ça le mal de dos, le mal de dos des jeunes. C'est
le mot même qu'il utilise. Mais il me fait peur. Il me fait peur,
ce toubib, parce qu'il me dit que mon truc, ça peut être invalidant. Et puis sérieusement
invalidant. Ah, il me fait peur mais ce qui est bien aussi, c'est qu'il me dit que, attendez,
d'accord, ça touche peu de monde, ça peut faire très mal, ça peut être très invalidant mais il
y a un traitement qui existe et mais il est remboursé à 100 % par la Sécurité sociale.
Par ailleurs, aujourd’hui, on dispose d’outils diagnostiques, avec de la radiologie moderne,
qui peut permettre de faire des diagnostiques plus précoces, et surtout, et surtout, on dispose
aujourd’hui de traitements particulièrement efficaces, depuis quelques années…
Le problème de ce médicament, c’est qu’il a des effets secondaires considérables.
Qu’on ne peut pas encore bien analyser, parce qu’on n’a pas encore assez de recul,
mais ce que l’on suppose, c’est qu’effectivement, ce médicament
à des répercussions cardio-vasculaires et probablement aussi est un facteur…
de cancer. Ce que j'oublie de vous dire, c'est qu'il coûte 1.880 euros par traitement.
Notre institut étudie l’industrie pharmaceutique, comment elle fait pression,
comment elle vend les médicaments, comment elle tente d’influencer les patients, les médecins,
les gouvernements, les médias… L’objectif est de réduire cette influence pour avoir
une utilisation plus rationnelle des médicaments.
En collaboration avec une émission de défense des consommateurs, nous avons
inventé une fausse campagne publicitaire. Nous voulions montrer comment l’industrie
pharmaceutique monte des campagnes d’information sur les maladies pour vendre ses médicaments.
Nous avons approché une agence d’étude marketing en leur disant que nous étions mandatés par un
important laboratoire pharmaceutique qui souhaitait sortir un médicament contre la
flatulence et nous voulions une enquête pour montrer l’étendue du problème.
On a fait ce prospectus avec la photo d’une dame et des ballons. C’était pas mal, des ballons,
avec l’idée du vent, la flatulence, l’air… C’est comme ça que procède l’industrie pharmaceutique,
en utilisant des patients souriants puisque leur problème est résolu.
Flatulences ? Agissez, ça soulage
Nous sommes allés voir des médecins et ils ont tous accepté que nous déposions ces prospectus
dans leur salle d’attente. Ils ont trouvé que c’était une chouette campagne et ils
n’ont posé aucune question pour savoir qui était derrière, quel laboratoire ou quelle
association de patient, rien. On a pu déposer nos posters et nos tracts sans problème.
Sur ordinateur Sandra van Nuland
On avait
aussi des témoignages de patients soufrant de flatulence. Par exemple ma fille était
une fausse patiente, dont les camarades se moquaient à l’école. Sa maîtresse lui disait
que ça n’était pas bien de péter en classe, que c’était impoli. Mais tout se finissait bien,
le médecin a donné une pilule et le problème était réglé.
Nous avons contacté des émissions de télé, des émissions d’information et de divertissement
et nous avons demandé s’il était possible de parler de la flatulence. Et la réponse a été oui.
Une série télé très populaire aux Pays-Bas, « Les bons et les mauvais jours », a même proposé
pour 50 000 euros que, dans un épisode, l’un des principaux personnages discute avec sa femme de
son grave problème de flatulence. Sa femme lui conseillerait de consulter le médecin,
il serait filmé dans la salle d’attente où l’on verrait notre poster et notre prospectus.
La polypillule a été annoncée dans une édition spéciale du British Medical Journal en 2003.
La préface de l’éditeur stipulait que c’était sans doute là l’article le plus important que
le BMJ ait jamais publié et publierait jamais… C’est assez impressionnant quand on sait que la
polypilule était complètement théorique. L’auteur de l’article suggérait que,
plutôt que tester systématiquement la population pour l’hypertention, pour le cholestérol,
pour le diabète etc, pourquoi ne pas tout simplement donner à toute la population au
delà d’un certain âge une pilule qui contiendrait de quoi soigner toutes ces maladies en même temps.
La polypilule dans sa forme théorique, contenait un diurétique, un bétabloquant,
un inhibiteur de l’ECA, de l’acide folique et de l’aspirine. L’idée était de composer en fonction
des bénéfices et des effets secondaires des uns et des autres pour que tout soit
bien équilibré. Et ainsi, disait l’auteur de l’article, on pourrait diminuer la mortalité
par maladies cardiovasculaires de 88%. Tout simplement en prescrivant cette pilule à
toute la population de plus de 50 ans. Alors que cela semble une perspective assez orwellienne,
la polypilule a généré tout de suite un grand enthousiasme. Des centaines de gens ont écrit
sur le site web du journal pour dire que si une telle pilule existait, ils la prendraient
immédiatement. D’autres interrogeaient : pourquoi seulement une polypilule ? Pourquoi pas une pour
les hommes qui contiendrait un médicament contre le cancer de la prostate et une
polypilule pour les femmes avec du Tamoxifen pour réduire les risques de cancer du sein ?
Donc là vous vous embarquez pour la durée de l'existence qu'il vous reste à vivre.
Vous voilà donc pendant trente ans avec dix comprimés par jour pour prévenir des
maladies que vous avez, l'une ou l'autre, à peu près une chance sur cent d'acquérir.
Mais qu’est-ce qui se passe ? La médecine est devenue folle. Elle a perdu tout sens de ce
qu’est un risque raisonnable ou non. Il faut se souvenir de la phrase du médecin français Pinel
sur l’Art de la médecine : « C’est bien de savoir donner un médicament pour traiter une maladie,
mais c’est un art plus grand encore de savoir quand il ne faut pas traiter ». Et cet
art nous l’avons perdu. Nous l’avons perdu parce qu’on ne peut pas dire NON au marché.
Les laboratoires pharmaceutiques Eli Lilly,
Novartis, Pfizer et Sanofi-Aventis n’ont pas souhaité répondre à nos questions.