Extinction des espèces d'Afrique - L'histoire d’un massacre - Documentaire Animalier - AMP

Animaux du monde
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L'histoire de l'homme et de la faune d'Afrique remonte à plus de 2 000 ans.
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Des animaux esclaves
Il y a eu d'abord Hannibal et ses éléphants, puis les Romains qui portèrent le premier coup à la biodiversité avec leurs jeux du cirque exigeant le sacrifice d'un nombre effrayant d'animaux.Ces derniers vont être les victimes de la colonisation du continent : des massacres imputables aux Blancs jusqu'à l'explosion démographique, qui va impliquer à leur tour les Africains dans l'inéluctable déclin des espèces. Il faudra attendre le XIXe siècle pour qu'apparaissent les premières dispositions en faveur de la faune africaine
Razzia sur la faune d'Afrique
Il y a en Afrique plus de 1000 espèces de mammifères , plus de 2000 espèces d’oiseaux
et plusieurs centaines d’espèces d’amphibiens et de reptiles....
La plupart de ces animaux sont propres au continent…
C’est l’une des parties du globe où la biodiversité est la plus riche…. en tous
cas, où elle s’exprime de la façon la plus spectaculaire, la plus ouverte….
L’Afrique étend ses 30 millions de kilomètres carrés, de part et d’autre de l’équateur…et,
pour les trois quarts de sa superficie, entre les tropiques….
C’est l’une des raisons de cette abondance de vie sauvage ….
Sur le globe, la zone intertropicale s’avère,
de loin, la plus favorable à la profusion des espèces…
Ici, les animaux ont toujours été nombreux … Pas les hommes…
Ce continent est resté longtemps très faiblement peuplé…
En Afrique , 5 000 ans avant JC les éléphants étaient sans doute plus nombreux que les humains….
Les éléphants et les hommes
ont une particularité en commun : Ils ne sont pas liés à un milieu…
Capables de s’adapter à la plupart des habitats…. ils ont colonisé tout le continent…
Il y avait, à l’origine, des éléphants quasiment partout en Afrique…
Pour preuve, de leur distribution initiale : les vestiges rupestres…
Cette peinture a été réalisée par des bushmen en Afrique Australe au sud du continent….
Mais des hommes ont aussi représenté des éléphants à 9000 kilomètres de là, tout au nord …
Cette gravure a été tracée dans les roches du massif
de L’Akakus en Lybie… il y a moins de 5000 ans….
Cette région est située à 1000 kilomètres au sud des côtes de la Méditerranée…
1000 ans avant JC elle s’est transformée en désert…
Conséquence : les éléphants ont disparu…. Pour cette fois, les hommes n’y étaient pour rien…
Ce qui ne fut pas le cas plus au nord…
Sur la frange méditerranéenne de l’Afrique , il y avait encore,
à côté des girafes et des autruches, de belles populations d’éléphants …300 ans avant JC !
Avant chaque campagne militaire, les généraux carthaginois faisaient
capturer dans ces paysages quelques dizaines d’éléphants pour les dresser à la bataille…
A trop compter sur le potentiel des pachydermes , le général Hannibal a
finit par perdre la guerre qui l’opposait aux romains…
Ce fut une très mauvaise nouvelle
pour les éléphants et pour toute la faune d’Afrique du nord….
Les romains vont profiter de leurs nouvelles colonies
africaines pour y procéder à un pillage systématique des animaux sauvages ….
On assiste alors à la première agression massive, organisée, de l’homme sur la faune d’Afrique….
Si quelques espèces ont fait office de gibier exotique et se sont retrouvées à la table des
empereurs, la plupart des animaux étaient capturés vivants…. car on ne les chassait
pas pour les manger mais pour les ramener à Rome où ils devaient participer aux jeux du cirque…
On peut imaginer la difficulté qu’il y avait à capturer ces animaux sans les
blesser puis à les transporter sain et sauf d’un continent à l’autre…
On peut imaginer combien d’animaux sont morts pour chaque animal présenté vivant dans l’arène….
Présenté vivant, mais toujours massacré ensuite…
Les auteurs latins évoquent des chiffres qui donnent une idée
de l’ampleur des prélèvements effectués alors en Afrique …
Aux seuls jeux de l’empereur Pompée on a sacrifié 600 lions et 400 panthères…
En l’an 80 dans cette arène du Colisée , on a délibérément massacré plus de 5000
animaux sauvages à l’occasion de son inauguration…
Parmi eux des crocodiles et des hippopotames qu’on affrontait dans l’arène aménagée en bassin……
On allait chercher les hippopotames et les
crocodiles dans le bassin du Nil où on les trouvait alors en abondance…
Mais ces captures intensives vont finir par peser sur les populations animales…
Dès le 4 ème siècle après JC, on peut lire dans un texte de l’auteur latin Ammien Marcellin une
mention alarmante des conséquences de tous ces prélèvements…. il parle déjà de graves
dépeuplements de la faune nilotique dans sa région d’origine… C’est probablement le
premier témoignage qui fasse état de l’impact du comportement humain sur la faune d’Afrique
Le goût immodéré des romains, à la fois pour les jeux du cirque et pour l’ivoire,
est sans doute à l’origine de l’extinction des
éléphants en Afrique du Nord dès les premiers siècles de l’ère chrétienne…
A la chute des empereurs romains, la convoitise pour l’ivoire était intacte…
Au VIII ème siècle, des bateaux quittaient régulièrement ces
rivages de l’océan indien avec à leur bord de grandes quantités d’ivoire….
Ils partaient pour un grand voyage …. Leur destination ? C’était la Chine… !
Les chinois ont toujours été de gros consommateurs d’ivoire…
Ils en faisaient des statuettes et des objets de toutes sortes
comme ce baigneur articulé… En dépit de leurs populations d’éléphants
d’Asie , les chinois se sont procurés très tôt, une part de cette matière précieuse, en Afrique…
Le négoce de l’ivoire était contrôlé par des marchands arabes … Ils sillonnaient l’est et
le centre du continent pour s’y procurer de l’or, de la cire d’abeille - qui était alors
indispensable à la fabrication des bougies- , mais surtout des esclaves et des dents d’éléphants…
Un autre animal a été directement concerné par ces prélèvements à destination de
l’orient : C’est le rhinocéros… Pour ses vertus médicinales
ou aphrodisiaques supposées Sa corne intéresse les Chinois depuis toujours…
C’était aussi une tradition de la sculpter pour en faire des coupes de grande valeur
Elles étaient utilisées notamment pour détecter les poisons…
On croyait en effet que si du poison était versé dans ce réceptacle,
la matière de la corne se mettait à remuer et prévenait ainsi du danger…
A cette époque, les chasseurs ont des armes modestes et leur champ d’action est limité… alors,
quelque soit la convoitise des marchands, l’impact de ces prélèvements est toujours négligeable
à l’échelle d’un continent qui reste pour l’essentiel encore vierge d’incursions étrangères…
Pour la faune, les premiers bouleversements s‘annoncent à la Renaissance, quand les cours
royales arment des navires pour partir à la découverte du monde….
Au milieu du XVème siècle, plusieurs expéditions
se succèdent, qui s’aventurent le long des côtes occidentales de l’Afrique …
Elles descendent de plus en plus bas et franchissent bientôt l’Equateur…
En 1486, deux caravelles de 50 tonneaux passent au large de cette colonie d’otaries à fourrure….
Les bateaux sont commandés par Bartolomeo Diaz, un célèbre navigateur portugais … …
Ces otaries vivent sur les rivages du Namib près du tropique du Capricorne…
Autrement dit Diaz est parvenu presque en bas de l’Afrique….
La colonisation effective de cette partie du Continent commencera plus tard…. C’est
un simple répit pour la faune qui alors abondante à la pointe extrême de l’Afrique….
Les navigateurs portugais, anglais, français,
espagnols vont d’abord s’activer plus près de leur port d’attache…. Ils colonisent la côte
occidentale de la Sénégambie au Loango autrement dit du Sénégal à l’Angola …
Ils reproduisent alors à grande échelle côté atlantique ce que les marchands arabes avaient
initié sur l’océan indien : le commerce conjoint des hommes et de l’ivoire….
On fait d’une pierre deux coups : Les esclaves arrachés à leur
forêt transportent les défenses d’éléphants sur des centaines de
kilomètres en pleine brousse et sont vendus à l’arrivée avec leur charge…
Le prix d’un homme équivaut alors à celui d’une petite défense de 10 kilos…
On ne dispose pas de chiffres sur la quantité d’éléphants tués pour leur ivoire à cette
époque … mais l’on sait, qu’entre le 15 ème et le 19 ème siècle, environ dix millions
d’hommes ont été exportés en esclavage…. 0n peut imaginer que sur la même période,
le nombre d’éléphants sacrifiés a du, lui aussi, se mesurer en millions…
A cette époque la faune du sud du continent vit un véritable drame…
Au milieu du 17 ème siècle des colons hollandais ont débarqué
à Table bay…au pied de la montagne de la table…
Sur ce site majestueux sera implantée une station de ravitaillement …
C’est le premier acte de la colonisation de cette partie de l’Afrique…
De là, avec une grande détermination,
les nouveaux venus vont conquérir ces espaces sauvages et les soumettre …
Au fur et à mesure que leurs chariots progressent dans le pays…le colons n’ont
qu’une idée en tête : défricher … pour transformer ces territoires
vierges en parcelles adaptées à leurs cultures et à leur bétail…
Ces européens ont une conception radicale de
l’agriculture en milieu sauvage… : Elle consiste à faire place nette….
Au fur et à mesure qu’on dégage le terrain,
on élimine les prédateurs, mais aussi un maximum d’herbivores …
Pour une raison simple : Non seulement ce sont des concurrents
pour les herbages, mais surtout, ils véhiculent des maladies qui peuvent se transmettre au bétail…
La contamination est particulièrement redoutable entre ruminants….
Pour se prémunir au maximum de ces risques , les hommes vont quasiment éradiquer la faune sauvage…
Cette peinture du voyageur naturaliste William Cornwallis Harris qui date de 1841,
témoigne de vallons couverts d’éléphants …
Trente ans plus tard ce ne sera plus qu’un souvenir…
A cette époque, Les massacres étaient tels qu’ils seront fatals à certaines espèces…
En 1779, on enregistre officiellement l’extinction du bloubok…
Cette antilope a un triste privilège : Dans l’histoire,
c’est le premier mammifère africain dont la disparition est imputée à l’homme….
73 ans plus tard, c’est le quagga , lui aussi trop chassé, qui disparaît à son tour…
Entre 1780 et 1880 on a abattu en Afrique du sud 20 millions d’animaux sauvages…
Dans toute l’Afrique, la chasse pratiquée par les
blancs pèse désormais terriblement sur les effectifs de la faune….
A la fin du 19 ème siècle , Elle touche
un sanctuaire animal jusque là épargné : l’est africain…
Les côtes d’Afrique orientale ont été explorées très tôt… mais l’intérieur des terres est resté,
jusqu’au 19 ème siècle, l’une des régions les plus isolées du continent…
Il a fallu attendre 1858 pour qu’un européen
atteigne le lac Victoria situé à moins de 800 kilomètres des côtes…
Le lac est à cheval sur l’équateur et encadré par les deux branches de la vallée du grand rift …
Toute cette région est à part dans la géologie du continent…
L’activité tectonique et volcanique a créé, il y a quelques millions d’années , des champs de lave,
des fossés d’effondrement, des lacs , des zones montagneuses…
Sur plusieurs milliers de kilomètres tout au long de la fracture du rift, la diversité de
paysages et d’écosystèmes a favorisé le développement d’une multitude d’espèces…
Ici, la vie animale a pu s’épanouir en variété et en nombre…
dans des proportions hors du commun….
Les récits des explorateurs puis des colons faisaient état d’une telle profusion de gibier que
très vite, cela attiré en Afrique une population de chasseurs fortunés… et parfois célèbres…
En 1909, le président américain Théodore Roosevelt est venu chasser ici presque une année entière
…. A la même époque,
le prince de galles qui deviendra Edouard VII se vantait de tirer des
rhinocéros , des lions et des éléphants qu’il approchait à quelques mètres…
Pour quelques chasseurs attachés à une éthique et au respect du gibier,
beaucoup d’autres se livraient à de véritables carnages…
On pouvait décimer en une seule chasse plusieurs centaines de tête…
Il était commode de mélanger les genres… On se référait à la chasse sportive pour
organiser de véritables trafics… en profitant de sa licence de chasseur…
Les éléphants et leur ivoire étaient une fois encore la cible de tous les appétits…
Le massacre a atteint son paroxysme entre la fin du 19 ème siècle et la première guerre mondiale…
On a tué à cette époque entre 3 et 4 millions d’éléphants….
La pression sur la faune d’Afrique était
si tangible que cela commençait à inquiéter quelques chasseurs…
L’aristocratie, la bourgeoisie la plus riche avaient pris goût aux
chasses exotiques dans les colonies... Au rythme du massacre, elles craignaient
que le gibier ne disparaisse et, avec lui, leur plaisir de chasser dans ces paysages…
Le débat s’est porté à Londres …
Dans les salons, dans les coulisses du pouvoir, la voix des chasseurs se mêlait paradoxalement à
celles des premières sociétés de défense des animaux …
Parmi elles la Société Royale de protection des oiseaux….dont les membres très actifs,
n’hésitaient pas à manifester dans la rue contre le massacre des aigrettes…
On tuait alors énormément d’oiseaux pour alimenter en plumes les secteurs
de l’habillement et du chapeau… Ces prélèvements s’effectuaient pour
l’essentiel en Europe, mais l’Afrique était aussi mise à contribution pour ses plumages exotiques….
Alors les militants de la cause animale se sont très vite intéressés au sort qu’on réservait
alors à la faune des colonies …
Sous la pression de l’opinion publique, du lobby des chasseurs et des défenseurs des animaux,
les pouvoirs publics ont fini par prendre quelques mesures en faveur de la faune africaine…
Cela a concerné d’abord les éléphants…
Dès 1890, les anglais ont interdit que l’on tue les femelles dans les troupeaux de pachydermes…
Quelques années plus tard, ils ont stoppé l’importation des défenses de moins de 5 kilos….
Une règle qui devait permettre de préserver les éléphants les plus jeunes…
Surtout qu’elle avait été adoptée conjointement par
6 pays concernés par des possessions en Afrique….
Ils s’étaient retrouvés à Londres en 1900 pour
évoquer ensemble le sort des animaux dans leurs colonies …
C’était la première fois que plusieurs nations se mettaient
officiellement autour d’une table pour discuter de la protection des animaux…
Ce fut tout le mérite de cette Convention.. …. Car
pour le reste ses conclusions ont été très discutables….
On y a décidé notamment d’interdire dans les colonies toutes les formes
de chasse considérées comme barbares ou cruelles…
A priori l’intention était louable…
Mais les textes précisaient ce qui était barbare et ce qui ne l’était pas …
L’usage de lances, de flèches, de pièges ou de fosses étaient « barbares… ».
Autrement dit toutes les méthodes de chasses traditionnelles , pratiquées
depuis toujours par les africains, se trouvaient d’un coup hors la loi…
De cette façon, Les blancs, qui étaient quasiment les seuls à posséder des fusils,
se réservaient la totalité du gibier…
La convention a décidé aussi de procéder pour la première fois
à un classement des animaux d’Afrique…. Et elle a défini 5 catégories…
La première catégorie incluait les espèces à ménager…
ensuite, plus on descendait dans la liste et,
pire était le statut…
Pour classer les espèce on n’a pas pris en compte
l’état de leurs effectifs… qui étaient d’ailleurs mal connu…
On s’est inspiré plutôt des considérations des fermiers et des chasseurs….
Les zèbres, les girafes, les rhinocéros , étaient assez bien classés, mais c’était
aussi le cas du pique bœufs un oiseau pourtant banal… classé dans une « bonne » catégorie,
simplement parce qu’il mange les tiques sur les animaux… sous-entendu,
c’est un animal « utile » qui limite la propagation des parasites au bétail…
Quant aux animaux de la cinquième catégorie,
on pouvait les tuer n’importe comment, n’importe quand, sans limite…
Dans cette liste noire on retrouvait sans surprise les crocodiles, mais aussi les lions,
les guépards, les caracals ou les babouins, autrement dit toutes les espèces qui d’une
façon ou d’une autre posaient des problèmes aux propriétaires terriens…
De toute façon, cette réglementation, très administrative,
était, à l’évidence, impossible à appliquer …
Il y avait un adage que l’on répétait à l’envie dans le milieu des chasseurs : « La savane est
sourde et aveugle »… autrement dit : Au plus profond du bush,
plus personne n’est là pour voir ce que vous faites , ni pour vous interdire quoi que ce soit….
En ce début du XX ème siècle, dans l’est africain allemand,
un homme se battait malgré tout pour faire respecter
les quelques réglementations existantes …
C’était le Gouverneur Von Wissmann… Il poursuivait sans complaisance
ceux qui tuaient un chimpanzé, un élan ou une autruche car ces espèces étaient alors protégées…
Le gouverneur expliquait sa sévérité par ces mots :
« Nous devons penser aux générations futures…nous devons leur garantir qu’elles pourront toujours
se livrer à ce grand plaisir que procure la chasse sur cette terre d’Afrique »
Une fois encore, la protection de la faune était motivée par des soucis de chasseur…
Qu’importe … quel qu’en soit le but, la volonté de préserver le gibier va aboutir
à une disposition essentielle en matière de protection animale : la création de réserves…
Des zones protégées pour permettre aux animaux
d’échapper aux massacres et reconstituer leurs effectifs…
Si la Tanzanie d’aujourd’hui peut encore se prévaloir d’une faune très riche,
elle le doit sans doute à ces initiatives précoces…
On voit sur cette carte, le nombre et l’importance
des réserves de gibier créées au Tanganyka au début du 20ème siècle…
Elles correspondent pour l’essentiel aux parcs et aux réserves nationales de la Tanzanie actuelle….
L’empire allemand avait aussi une colonie au sud du continent…
En 1907, cette région d’Afrique australe qui allait devenir la
Namibie s’appelait encore « le sud ouest africain allemand… »….
Elle était administrée par le gouverneur Von Lindequist…
C’est lui qui décida de classer 80 000 km2 de cette immense étendue en « réserve de gibier »…
On la l’appelée alors tout simplement la réserve N°2 ….
C’était - à l’époque - le plus grand espace protégé du monde……
Il deviendra plus tard le Parc National D’Etosha….
Au début du XX ème siècle, l’Afrique était sillonnée
par quelques scientifiques aventuriers qui mettaient leur passion de chasseur
au service de grands musées EN quête de spécimens d’animaux exotiques …
Parmi eux , le naturaliste suisse Bernard de Watteville qui en compagnie de sa fille Vivienne,
collectait des animaux pour le compte du Musée de Berne…
Ils se déplaçaient à pied dans l’est africain en compagnie d’une trentaine de porteurs…
Bernard de Watteville nourrissait une véritable passion pour la chasse au
lion…Il le paya de sa vie…
Le 3O septembre 1924 il tira un grand lion…
mais avant de mourir l’animal Blessa grièvement son chasseur…
Vivienne donna une sépulture à son père et poursuivit l’expédition…
A son terme elle ramena au musée de Berne la dépouille de l’animal et
l’on exposa le crâne du lion, coupable et victime…
On voyait bien sur le maxillaire fracassé, l’impact de la dernière balle du naturaliste…
La collection des trophées réunis par les de Watteville a retrouvé vie
grâce au travail des taxidermistes… elle sera exposée dans les vitrines du musée
de Berne qui se réjouissait d’apporter au public à domicile un petit bout d’Afrique.
Il y avait là un paradoxe…Il avait fallu tuer tous ces animaux pour qu’ils suscitent intérêt
et émerveillement de la part d’un public qui ignorait parfois jusqu’à leur existence…
Les taxidermistes avaient fait des progrès considérables……grâce
en particulier aux techniques mise au point par l’américain Carl Akeley… un
homme qui va jouer un role essentiel dans l’histoire de la Conservation….
C’était un personnage hors pair… Il était ingénieur , sculpteur,
cinéaste… et il allait chasser lui-même les animaux qu’il empaillait…
En 1921, il avait installé son campement dans les monts Virungas une région à cheval sur
les frontières actuelles du Rwanda et de la République démocratique du Congo
… Akeley avait
été missionné en Afrique par le Museum d’histoire naturelle de New-york… pour
lequel il devait collecter ici quelques gorilles de montagne….
A cette époque, très peu de musées pouvaient se vanter d’avoir le
spécimen naturalisé d’un de ces grands singes…
Akeley, a abattu quelques gorilles ….mais un jour, en croisant le regard de l’un eux
il a été pris d’un remord qui ne l’a plus quitté …
il n’aura de cesse alors de « faire quelque chose » pour
ces animaux hors normes et si proches de l’Homme…
La région était à l’époque une colonie belge, sous l’autorité suprême du Roi Albert 1er…
C’est lui qu’Akeley réussira à convaincre de la menace qui pèse alors sur les grands singes …
On les tuait pour les manger,
mais surtout les hommes réduisaient sans cesse leur espace vital…
La tentation était grande de défricher ces terres
fertiles d’anciens volcans et de les mettre en culture…. !!
Le roi va se laisser convaincre …et pour préserver
les gorilles on va créer ici en 1925, le premier parc national d’Afrique ….
Il s’appellera tout naturellement « le Parc National Albert… »
Il a été rebaptisé depuis « parc des virungas »
ou « des volcans » selon le côté de la frontière qui le traverse…
La création de ce nouvel espace protégé marque une étape majeure …
Cette fois on a créé une zone de conservation pour
sauvegarder une espèce et non plus pour servir de réservoir de gibier
Un an plus tard , en Afrique du sud, on déconnecte aussi enfin un peu la chasse de la conservation ….
En 1926, toutes les zones de gibier situées autour de la Sabie Game Reserve sont regroupées au sein
d’un parc National auquel on donne le nom de son initiateur : C’est la naissance du Parc Kruger…
C’est encore une étape nouvelle car cette fois le Parc ouvre ses pistes au public...
Dès 1927, moyennant le paiement d’un droit d’entrée, les premiers
véhicules s’engagent sur les pistes à la découverte des animaux sauvages …
Cette fois il n’est plus question de les tuer, mais juste de prendre le plaisir de les observer…
Les premières visites restent un peu aventureuses,
mais le Parc Kruger devient assez rapidement une destination prisée des familles…
A ce moment, vers 1930 , on a une idée imprécise de l’état
réel dans lequel se trouve la faune d’Afrique…
On imagine simplement que la colonisation et la chasse au-delà de toute mesure lui
ont sans doute porté des coups terribles … et cela un peu partout sur le continent….
Une association britannique de naturalistes va financer alors une sorte d’audit de la faune
sauvage , dans les colonies anglaises de l’est et du centre africain….
Elle va le confier à un naturaliste de renommée mondiale, le Major Hingston…
Le périple du Major Hingston va le mener de la Rhodésie du
Nord au Kenya via le Nyasaland et le Tanganyka….
Ce qui correspond à un circuit qui part de la
Zambie et passe par le Malawi et la Tanzanie d’aujourd’hui
Le Major va mener une véritable enquête sur la situation de la faune sauvage dans tous ces pays….
Les conclusions qu’il rendra au terme de son voyage seront particulièrement inquiétantes…
Hingston insiste surtout sur la situation alarmante des trois
plus gros mammifères : L’éléphant… le rhinocéros blanc et l’hippopotame …
Il estime que si l’on maintient le rythme des prélèvements,
sur ces espèces , elles finiront rapidement par s’éteindre….
Et il donne même une échéance … parlant de l’année 1980….
Il restait donc alors une cinquantaine d’années pour réagir…
Le major Hingston avait accompagné son rapport de propositions
Il suggérait essentiellement de reprendre le principe des
parcs nationaux et de l’appliquer en priorité à quelques zones sensibles….
Il avait identifié dans cette partie d’Afrique 9 territoires
qui méritaient ou exigeaient d’urgence une protection…
Il proposait de faire de chacun un sanctuaire
de vie sauvage et il rajoutait « inviolable pour l’éternité »
Le major avait décrit notamment le projet d’un grand parc aux limites du
Kenya et du Tanganyka …où il avait observé la migration de centaines de milliers de gnous….
Il identifiait alors déjà les limites d’une zone protégée qui correspond précisément au
Parc du Serengeti et à la réserve du Masai Mara…que nous connaissons aujourd’hui …
La cause de la conservation avançait incontestablement dans les principes,
mais les mentalités ne changeaient guère sur le terrain…
Comme on le voit sur ce document de 1936…où des cinéastes
Qui collectent tranquillement des images sur la faune d’Afrique tirent d’un coup,
sans raison, sur une lionne en fuite….
Cela semble encore d’une grande banalité de tuer un lion…
Cette époque marque pourtant un véritable tournant…car des voix
commencent à s’élever ici ou là pour exprimer une nouvelle approche de la
faune d’Afrique qui n’a plus rien à voir avec le seul point de vue des chasseurs…
Elles invitent à considérer les animaux sauvages comme des merveilles de la création
qu’il faut admirer, des trésors du patrimoine naturel qu’il faut conserver à tout prix…
Et l’on retrouve en 1935 Vivienne de Watteville
qui revient bouleversée sur son expérience africaine….
Elle écrit ces mots dans son ouvrage « speak to the earth »
« Mon rêve à moi a toujours été de m’en aller dans la brousse sans armes,
sans arrière pensée et de gagner l’amitié des animaux sauvages »
Une approche romantique, qui pourrait sembler naïve,
si on ne connaissait la vie de son auteur, si on ne se rappelait de ses chasses au trophée…
Contre tous les avis, Vivienne réalisera son rêve… Elle passera cinq mois dans ces paysages du
Kenya … Elle ira à la rencontre des animaux avec pour seule arme cette fois , un appareil photo……
A la même époque, tout près de là,
Karen Blixen écrivait « out of africa »…
Des écrivains, des journalistes, des cinéastes, vont porter dans les salons d’Europe et d’Amérique
l’image d’une Afrique sublimée que l’on risquait de voir disparaître à jamais…
Ils susciteront intérêt et compassion pour la faune en péril du continent
Concrétement au Kenya, un certain Mervyn COWIE,
un colon défenseur de l’environnement faisait progresser l’idée qu’il fallait y créer des
parcs ou des réserves comme aux Etats-Unis où il avait visité Yellowtone et Yosemite…
Le gouvernement s’est d’abord opposé à cette idée…
Et il avait des arguments solides… : la population du Kenya augmentait de façon sensible et il
pensait que toutes les terres disponibles devaient être consacrées à l’agriculture…
Les réserver aux animaux , c’était les confisquer aux hommes….
En insistant, en argumentant, encore et encore,
les partisans des espaces protégés vont finir par faire admettre leurs idées…
Elles se concrétisent ici au sortir de la guerre aux portes
de Nairobi … En 194¬¬6 Le gouvernement y crée le premier parc national du pays
sur un terrain où l’on entreposait jusqu’alors du matériel militaire ….
L’espace protégé est à 6 kilomètres à peine du cœur de la ville…
Ses dimensions sont modestes,- une centaine de kilomètres carrés - mais , il présente sur
cette surface une variété étonnante d’environnement … et d’espèces….
Le choix de ce site aux portes de la capitale est un message en
lui-même : On affiche clairement l’envie de protéger enfin la faune de ce pays….
Et ce n’est qu’une première étape …
Deux ans plus tard, les autorités vont créér un
nouveau parc national entre Nairobi et l’océan indien…
Celui là est immense… il couvre plus de 20000 km2 …
C’est Tsavo, une terre rouge, qui était connue par tous les chasseurs,
pour ses lions mangeurs d’hommes et ses grands troupeaux d’éléphants…
On décide aussi la même année, de ménager une réserve au pied du Kilimandjaro...
Elle deviendra 30 ans plus tard , le Parc National d’Amboseli…
C’est un espace ouvert autour d’un grand lac asséché qui est environné
de marais alimentés par les eaux du Kilimandjaro… Le parc est de petite taille : moins de 400km2,
mais c’est le refuge d’une quantité incroyable d’oiseaux et de mammifères …
Ce site était jusque là, l’un des endroits
favoris des grands chasseurs….Et notamment d’Ernest Hemingway ….
Le Kenya va persister dans sa politique de conservation : En
1949 et 1950 Il crée successivement deux nouveaux parcs nationaux : celui du Mont
kenya et celui des Aberdares…. ce sont deux parcs de montagne…
Dans la plaine, c’est de l’autre côté de la frontière que l’on prend
une décision majeure pour la faune de savane:
En 1951, le Tanganyka inclut dans un parc national les grands espaces du Serengeti…
Dans les années 60 quand le Kenya et le Tanganyka on accédé à l’indépendance,
on a craint pour l’avenir des parcs… on imaginait que les terres qui
avaient été consacrées aux animaux pourraient être rendues aux homme…
Et c’est le contraire qui s’est produit ! C’est à ce
moment que l’on créé le plus grand nombre d’espaces protégés en Afrique de l’Est….
Le concept d’espace protégé avait fait son chemin un peu partout en Afrique….
Finalement, à la fin des années 70, la plupart des pays d’Afrique avaient
constitué des zones protégées où par définition les animaux étaient en principe en sécurité…
L’avenir de la faune d’Afrique semblait ENFIN assuré…
Sur le papier le dispositif était à même de sauvegarder les espèces,
voire de développer leurs effectifs….
Mais il y avait une condition : Que les frontières des parcs soient respectées,
que leur territoire reste inviolé, que les règles soient appliquées…. Et cela, sur ce continent en
manque de moyens, en manque d’argent, en manque de nourriture pouvait-on vraiment le garantir ?
