Laissez-moi vous compter l'histoire d'une herboriste remarquable, atypique, nomade et aventurière : Juliette de Baïracli Levy.
00:00 Introduction 01:17 Premières années, études de vétérinaire 02:09 Juliette de Baïracli Lévy : la vie de nomade 04:37 L'observatrice des animaux 06:19 Juliette de Baïracli Levy : la jardinière nomade 07:16 Beaucoup d'expérience et de pratique 08:53 De la Grèce aux Etats-Unis 10:07 Juliette de Baïracli Levy : un esprit libre, une inspiration
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Bonjour, aujourd'hui j'aimerais vous conter l'histoire d'une femme remarquable,
d'une herboriste qui a été nomade, qui a vécu sur une île grecque sans eau ni électricité,
qui élevait des lévriers afghans, qui a écrit de grands classiques sur les soins pour les animaux.
C'était une voyageuse itinérante à la recherche des enseignements traditionnels sur les bonnes herbes,
une amie et soutien des communautés roms,
et probablement une pionnière dans son approche de l'herboristerie vétérinaire de son époque.
Je ne pense pas qu'on fasse des personnes comme ça aujourd'hui.
Le moule a été cassé.
Cette femme s'appelle Juliette de Beréclé-Lévis.
Elle a été une grande source d'inspiration pour tous les acteurs
qui sont au centre du renouveau de l'herboristerie dans le monde anglophone, aux Etats-Unis en particulier.
Elle a marqué des personnalités comme Rosemary Gladstar ou Susan Weed,
des noms que vous avez peut-être déjà croisés parce que vous avez des ouvrages de ces herboristes.
Mon amie Soanie Simon, qui est praticienne spécialisée dans les soins pour animaux en Allemagne,
m'en a souvent parlé de cette grande dame parce qu'elle l'a hébergée chez elle pendant ces dernières années de sa vie
et donc j'en ai beaucoup entendu parler.
Il était temps que je vous en parle à mon tour.
Un personnage très atypique comme vous allez le voir.
Elle naît en 1912, son père est turc, sa mère est égyptienne,
donc il y a plein de soleil et de chaleur dans ses origines,
mais elle grandit à Manchester dans le Royaume-Uni,
donc sous un soleil gris et beaucoup de pluie.
En fait, elle appartient à une famille très fortunée.
Elles ont des chauffeurs, des serviteurs, des cuisiniers, des jardiniers
et depuis toute petite, elle a un grand amour pour les chiens,
donc elle veut devenir vétérinaire.
On va l'envoyer dans une très bonne université anglaise, vu que ses parents ont les moyens,
mais elle va très vite renoncer à ses études,
ce qui la frustre énormément, parce que pour elle,
elle n'apprend pas à soigner les animaux de près, avec amour,
comme elle l'imaginait quand elle était gamine.
Elle sait que la seule manière d'apprendre les soins pour animaux,
c'est d'aller vivre près d'eux et avec eux dans les campagnes.
À ce stade, elle va commencer sa vie d'itinérante,
ce qui est assez exceptionnel, on est dans les années 30.
Une femme toute seule, je pense qu'elle avait une vingtaine d'années à l'époque,
et elle sera une partie du temps à vivre avec les communautés roms,
mais elle a aussi une pratique à Londres, donc c'est vraiment atypique son histoire.
À Londres, elle soigne les animaux avec la connaissance qu'elle a obtenue sur les routes,
et elle va se créer une belle réputation, tellement que le vétérinaire du roi
va lui envoyer les chiens de l'équipe royale,
c'est-à-dire les chiens des cuisiniers, des serviteurs, etc.
Elle va commencer aussi à écrire son premier livre sur la santé animale à ce moment-là,
et puis c'est dans les campagnes, surtout pas dans les villes,
qu'elle va progresser le plus.
Par exemple, elle apprend énormément sur les moutons en 1947,
parce qu'il y a une tempête de neige assez phénoménale,
et tous les moutons vont tomber malades dans des états dits incurables,
et elle va voir tout de suite qu'il manque de verdure,
et donc elle va chercher tous les jeunes pousses,
tous les brins de verdure qu'elle peut trouver,
et peu à peu, les moutons vont se remettre sur pied.
Les nouvelles vont arriver à l'oreille d'un personnage qui s'appelle Albert Howard,
qui est un agronome et botaniste très connu à l'époque, très influent,
et qui va demander des témoignages précis et détaillés des paysans
pour corroborer ces résultats incroyables.
Et puis, typique des gens des campagnes,
la seule chose qu'il va obtenir, c'est du style
« Elle est venue et ça va mieux ! »
Il attendait un petit peu plus de détails pour ces dossiers, c'est raté.
Julienne ne va pas s'arrêter aux frontières du Royaume-Uni,
parce qu'elle veut apprendre avec les paysans et les nomades des différents pays,
et donc elle ira parcourir la France, l'Espagne, la Grèce, la Turquie, le Maroc, la Tunisie,
elle partira au Mexique, aux États-Unis aussi dans les années 40,
elle va passer du temps dans les ranches de la Californie du Sud,
et là, elle va beaucoup apprendre au sujet des vaches, bien sûr.
Elle les adore, et puis c'est réciproque tellement que les ranchers sont un petit peu hérités,
parce qu'ils n'arrivent plus à amener les vaches broutées au loin,
parce qu'elles vont y rester dix minutes, et puis elles veulent vite repartir voir Juliette.
Et au passage, elle va soigner de très nombreux problèmes de mamelles
avec des plantes toutes simples et efficaces, bien sûr,
comme la mamélisse qui, avec ses tanins, va venir astringer un petit peu ses mamelles enflammées.
Elle aime beaucoup parler de l'intelligence des animaux,
de cette connaissance instinctive de ce qu'ils ont besoin en fait pour se soigner.
Par exemple, elle voit un chat qui se fait mordre par un serpent à sonnette,
et le chat va aller s'isoler et passer trois jours dans l'eau glacée de la rivière
et manger de l'herbe et se purger, et puis il revient complètement guéri.
Donc on pourrait dire purge et thérapie à l'eau froide.
Elle observe des chiens qui se soignent avec des herbes,
comme on le sait, comme le chien d'an, ils se purgent.
Mais parfois, ils mangent des feuilles de figuier, des feuilles de vigne,
des feuilles de murier, de bourrache, de fraisier sauvage,
en fonction de ce qu'ils ont en fait.
Et ils savent quand aller chercher telle ou telle feuille.
Et tout ceci, elle va l'intégrer dans sa pratique vétérinaire.
Ce qui nous amène à deux livres absolument clés dans son histoire.
D'abord son livre pour les soins pour animaux de la ferme et de l'écurie.
Et puis, il y en a un aussi, malheureusement, que j'aurais pu retrouver dans ma bibliothèque,
sur les soins pour les chiens et les chats.
Et ce sont probablement les premiers livres de cette époque sur les soins vétérinaires,
des livres expliqués simplement et à la portée de tous, et ils vont circuler librement.
Le premier, celui-ci, parait en 1951.
Et le second, sur les chiens et chats, parait en 1955.
Et ce que ces livres ont de particulier, en fait,
c'est qu'ils capturent non seulement les traditions des campagnes,
mais aussi les traditions des peuples roms.
Des traditions qui, en principe, ne se transmettent que de bouche à oreille.
Et bien, elle, elle va arriver à consigner une partie dans ses livres.
Tout au long de ses voyages et de ses périples,
elle raconte qu'elle a toujours jardiné.
Et ça, c'est une belle leçon pour nous,
parce qu'on veut toujours un lieu idéal, la grande parcelle de terrain.
Mais elle, malgré sa vie de nomade,
elle a toujours trouvé moyen de cultiver des plantes,
une petite parcelle ici et là.
Et grâce à ça, elle a pu développer ses connaissances et ses affinités
pour certaines plantes, parce qu'on peut vraiment les toucher,
les voir évoluer, les transformer.
Par exemple, elle a toujours cultivé du romarin.
Et elle dit que le romarin, c'est l'une des plantes les plus utiles qu'elle connaisse.
Ce n'est pas moi qui vais la contredire.
Pareil pour l'aurône, une plante qui est largement moins connue,
mais qu'elle a beaucoup utilisé dans les soins pour la femme.
C'est une plante de la famille des armoises, Artemisia abrotanum.
Une plante que j'aime beaucoup moi aussi.
J'ai toujours eu au jardin, parce que j'adore son parfum citronné et aromatique.
Elle n'a pas travaillé qu'avec les animaux.
Elle a aussi conseillé de nombreuses personnes dans sa vie.
Elle a beaucoup travaillé avec la femme et l'enfant.
Et donc, elle est pleine d'histoires à raconter, pleine d'astuces à partager.
Et elle explique que pour les applications locales sur des plaies,
elle plaçait toujours des feuilles entières des plantes médicinales.
Parce qu'en principe, les gens aiment bien utiliser des macérats,
des ongans, des formes transformées.
Mais elle, c'était les feuilles directement sur la zone à traiter.
Voilà, un bouquet de feuilles et puis un tour de bande.
Et ensuite, les feuilles tiraient les saletés.
Et puis, elles cuisaient, elles devenaient toutes noires.
Et au passage, elles soignaient la blessure.
Et elle raconte l'histoire, par exemple, d'une femme qui a eu un accident de voiture très grave,
qui se retrouve dans un ravin.
L'action se passe à Jérusalem.
Et sa jambe est percée par un morceau de métal.
Et la jambe devient gangréneuse.
Et puis, il y a une amputation imminente.
Et alors, à l'époque, je ne sais pas de quelle année on parle exactement.
Mais le médecin donne sa permission à Juliette en disant
« Bon, à ce stade, tu ne pourras pas faire pire que la situation actuelle. »
Et puis, finalement, peu à peu, la personne va se sentir mieux.
Et elle sera soignée.
Elle évitera l'amputation grâce aux feuilles de plantes médicinales.
Et puis, l'histoire, bien sûr, circulera dans les rues de Jérusalem.
Elle a encore une réputation.
Alors, j'ai beaucoup de mal à comprendre les plantes utilisées.
J'ai du mal à comprendre son accent, en fait, dans les vidéos qui nous restent d'elle.
Mais dans ce cas-là, elle parle de feuilles de grande capucine.
Une feuille que vous avez peut-être au jardin.
Juliette passera une partie de sa vie sur l'île grecque de Kytira.
Où elle vivra sur une parcelle de terrain, dans une petite cabane en pierre.
Sans eau, sans électricité, mais très proche de la nature.
Exactement comme elle aime.
Avec du romarin, des oliviers, des citronniers.
Et c'est à cet endroit qu'elle va accueillir une herboriste américaine qui est très connue aujourd'hui.
Qui n'est pas connue du tout à l'époque parce qu'elle était très jeune.
Une femme qui a participé au renouveau de l'herboristerie américaine à partir des années 70.
Qui deviendra l'élève de Juliette.
Et qui la considère vraiment comme son mentor.
C'est Rosemary Gladstar.
Et Rosemary fera venir Juliette aux Etats-Unis.
Pour qu'elle puisse faire des conférences.
Et aussi pour qu'elle puisse voir l'influence immense qu'elle a eue sur l'herboristerie américaine.
Elle n'avait absolument aucune idée.
Parce qu'elle n'a pas vraiment vécu aux Etats-Unis.
Bon, elle y a été de passage.
Et puis là, elle était en train de s'isoler peu à peu sur sa petite île grecque.
Et puis finalement, elle repartira pour encore 10 ans de sa vie.
À animer des conférences et des discussions autour des plantes aux Etats-Unis.
Pour transmettre tout ce savoir.
Alors quand je vois ce qu'elle a accompli.
Moi je suis juste tellement admiratif.
Elle représente un esprit libre.
De quelqu'un qui n'a pas suivi les conventions.
Qui ne s'est pas laissé formater par un système.
Qui est allé vivre avec des peuples de différents pays.
Elle n'a pas fait d'école en fait.
Elle n'a pas été l'apprentie de quelqu'un.
Elle a demandé permission à personne.
Elle est allée soigner les gens et les animaux là où il y avait besoin.
Et quand vous l'écoutez parler.
Vous voyez que bien souvent, elle demandait le consentement du médecin ou du vétérinaire.
Et donc respectueuse aussi.
Et donc au final, elle est assez inclassable.
Elle représente l'ethnobotanique.
L'herboristerie traditionnelle.
Elle représente la pratique, la vraie.
Au travers de l'empirisme.
Et puis surtout, un énorme respect et amour du vivant.
Des végétaux et des animaux.
C'est de l'inspiration pour nous, les générations qui suivent.
Et nous, on ne peut pas poser le flambeau.
Il faut qu'on le porte.
Ne serait-ce que par respect pour ces anciens qui ont fait tout ce travail incroyable.
Si vous comprenez l'anglais, je vais vous donner le lien vers la vidéo sur sa vie.
Qui date de 1998.
Qui s'appelle Juliet of the Herbs.
Merci Juliette.
Et merci à vous de nous aider à porter ce message pour les générations futures.
Merci.