ROCKY IV : Le coup de poing américain⎮Liberté contre Pouvoir⎮Documentaire complet - AT

Portraits du Monde
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22 Vues de vidéo·13 oct. 2024
Qui aurait cru que le quatrième opus de la saga "Rocky" contribuerait à ébranler le bloc soviétique ? Plus de trente ans après sa sortie, en 1985, ce blockbuster apparaît comme le porte-drapeau cinématographique d’une idéologie qui valorise la volonté individuelle contre l’organisation liberticide.
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Titre : "Rocky IV, Le coup de poing américain"
Un film de Dimitri Kourtchine
Droits réservés
Rocky IV, symbole du triomphalisme américain, est joué jusque dans l'un des derniers bastions communistes au monde.
L'Amérique s'est glissée au cœur même de Pyongyang.
Le dernier adversaire idéologique vient de faire un aveu public.
Il rend les armes.
30 ans après sa sortie, Rocky IV incarne toujours l'hyperpuissance américaine.
Un moment d'histoire.
Le terreau du monde contemporain.
...
En bas des marches du musée des beaux-arts de Philadelphie, monté tant de fois par Rocky,
des milliers d'anonymes viennent depuis 30 ans rendre hommage à l'un des plus fiers ambassadeurs du rêve américain.
La mémoire collective, cette grande amnésique, a oublié qu'à ses débuts, en 1976, Rocky n'était qu'un petit prolétaire qui perdait son premier combat.
Il faut comprendre le contexte.
En 1975, l'Amérique venait de traverser 10 années très difficiles.
Le Watergate, la guerre du Vietnam, la rébellion de la jeunesse et la révolte politique aux Etats-Unis.
Tout a été remis en question dans les années 70.
On nous disait, le gouvernement a toujours raison, la guerre du Vietnam est légitime, nos dirigeants nous disent la vérité.
Mais rien de tout ça n'était vrai en réalité.
L'Amérique déprime et le président n'y croit plus.
Le système américain a un genou à terre.
C'est une crise de confiance.
C'est une crise qui frappe le cœur, l'âme et l'esprit de notre monde national.
Les mythes fondateurs sont mis à mal les uns après les autres.
A Hollywood, la machine à rêve a débrayé et les fameuses lettres sont dans un piteux état.
Les américains préfèrent rester calfeutrés chez eux à regarder la télévision.
Les studios ne savent plus à quel sein se vouer.
Ils étaient tellement paniqués que, chose incroyable, ils ont commencé à laisser des artistes prendre le pouvoir.
Ils ont ouvert grand leurs portes à quiconque arrivait avec un joint aux lèvres, un berger allemand, un bandana autour de la tête, les cheveux longs et la barbe.
Dans les années 70, il y a eu des films très risqués, artistiquement très ambitieux.
Les réalisateurs imposent leur point de vue.
Les Scorseses, Altman ou Cimino ont pris le pouvoir.
Les loupards, les hippies et les losers se partagent un box-office rachitique.
Les héros galvanisants ont disparu.
Mais voici qu'on sent poindre le changement.
Et ce moment peut être daté de façon très précise, le 28 mars 1977.
Ce jour-là, pour l'Oscar du meilleur film, face aux favoris…
Un petit film joue les challengers, écrit par un acteur qui n'a enchaîné que des rôles mineurs dans les séries B.
Un fils d'immigré qui se confond avec son double à l'écran.
Rocky a été un film charnière.
Il a fait la jonction entre les deux moitiés de la décennie.
On a produit ce film parce que le scénario nous plaisait et qu'il ne coûtait pas cher.
On ne pensait certainement pas qu'il deviendrait un phénomène.
Je me souviens avoir demandé à Stallone de nous accompagner sur scène pour aller chercher l'Oscar.
C'était très inhabituel, normalement la statuette n'est remise qu'aux producteurs.
Rocky a tout d'un film des années 70 dans sa forme.
Mais face à des œuvres qui torpillent le système, les talons italiens renouent avec une histoire classique.
Un moins que rien y redresse la tête à force d'efforts.
L'Amérique retrouve un héros à sa mesure, à nouveau triomphant, à nouveau vainqueur.
N'oubliez pas que Rocky perd le combat.
Mais il remporte la fille, prend confiance en lui et il atteint ses rêves.
C'est un gagnant même s'il perd sur le rythme.
C'était une façon de dire aux Américains, vous n'avez peut-être pas gagné, mais vous avez gagné quand même.
Les Américains venaient de subir leur première défaite depuis très longtemps et ils avaient besoin d'être rassurés.
C'est une version de l'histoire des Etats-Unis, une nation en devenir qui a vaincu les Britanniques.
Mais cette intrigue élémentaire, David contre Goliath, fait partie intégrante de la conception que Hollywood a d'une histoire.
C'est un scénario ultra courant, on ne peut même pas dire que c'est un cliché.
On le retrouve partout.
C'est ce que j'aime dans le personnage de Rocky, il n'abandonne pas.
Tout comme Sylvester Stallone qui, après avoir écrit le scénario du film, n'a jamais renoncé à son objectif, jouer dedans.
Quand les producteurs ont suggéré d'autres acteurs, Robert Redford et tous les grands noms de l'époque,
il a dit, je ne ferai pas ce film si je n'ai pas le rôle, car je connais intimement ce personnage.
C'est un des comportements humains de base.
On se voit tous comme des outsiders.
Personne ne se voit comme le champion.
Aucun d'entre nous n'aime se considérer comme tel.
Il est né dans un hôpital de l'assistance publique.
Un accident de naissance lui laisse la moitié du visage paralysé.
Il n'a que des handicaps. Il a donc tout pour réussir.
En trois jours, il écrit un scénario sur une table de cuisine.
C'est Rocky, le fils inconscient des Américains.
Au pays des vainqueurs, ils poursuivent la sable frappant au ventre.
Sylvester Stallone est le symbole de l'Amérique.
Sylvester Stallone, la revanche de l'Amérique, à lire et émission.
Ce qui est ironique bien sûr, c'est que les Etats-Unis sont devenus la première puissance mondiale.
Et au fil du temps, ça a été de plus en plus difficile pour eux de se faire passer pour les outsiders.
Aux côtés de Rocky, les Dents de la mer et Star Wars battent des records au box-office.
Un nouveau genre s'impose, le blockbuster.
Les expérimentations artistiques sont closes, les spectateurs des années 80 veulent du divertissement.
Les profits se font désormais autant dans les salles obscures que dans les magasins de jouets.
Hollywood se remémore que le cinéma est avant tout une industrie
et Rocky lance un nouveau type de film, celui qui se décline en série.
Je n'ai jamais produit de film en fonction du box-office.
La seule exception a été les suites de Rocky.
On les a tournées parce qu'on sentait qu'il y avait un très gros marché.
La question n'est donc plus nécessairement l'histoire que ces films racontent,
car elle a déjà été racontée des tas de fois.
Mais pourquoi ces histoires en particulier, à ce moment précis, ont touché un point aussi sensible ?
Ce qui soulève la question du contexte politique de l'époque.
Où en était l'Amérique et quel était son état d'esprit et sa façon de voir ?
Je ne sais pas s'il est exagéré de dire que ces films ont ouvert la voie à Reagan et au retour de la droite dure.
Mais une chose est sûre, ils ont participé à ce mouvement général.
En 1980, Jimmy Carter est battu.
Il laisse derrière lui une nation en plein doute.
Le nouveau président Ronald Reagan a alors une seule mission,
remotiver les troupes et réenchanter le rêve américain.
Pour la première fois, un acteur devient président des Etats-Unis.
Ronald Reagan venait du milieu du cinéma.
Il savait parfaitement comment utiliser l'image télévisuelle à des fins politiques.
Le président est d'une certaine façon l'amuseur en chef.
Sa mission consiste tout autant à canaliser les aspirations et les rêves des Américains qu'à assumer de réels pouvoirs.
Selon moi, Reagan a été le premier à véritablement comprendre à quel point il devait être président, mais aussi jouer le président.
Autre point intéressant, Reagan citait constamment des films.
Cela montre non seulement qu'il maîtrisait les techniques scéniques,
mais aussi qu'il comprenait que la culture populaire devenait le langage de la politique.
Elle était maintenant le moyen que l'homme politique avait de parler au peuple américain.
Ronald Reagan en a tiré parti en affirmant qu'on devait être fiers de nous à nouveau.
Et les Rockies en ont aussi profité.
Il y a soudainement eu un marché pour les films qui disait que la situation n'était pas si catastrophique,
qu'elle devrait être meilleure et qu'on devait être en colère qu'elle ne le soit pas.
Qu'on devait être enthousiaste, car elle allait s'arranger.
Dans son emploi du temps présidentiel, Reagan libère plusieurs soirs par semaine pour regarder des films.
Ses carnets trahissent une cinéphilie qui pioche dans tous les genres,
de la comédie classique aux films d'aventure grand public en passant par la série des Rockies.
Reagan nourrit sa culture populaire.
Stallone notamment devient l'un des invités habituels de la Maison Blanche.
Ronald Reagan a toujours fait simple.
Il voulait baisser les impôts, mettre fin à la guerre froide et faire de l'Amérique un endroit meilleur pour tous.
Il n'avait que deux ou trois objectifs.
Et il a réussi à les accomplir parce que les gens avaient bien cerné ses priorités.
Rocky c'était pareil.
Il voulait remporter le championnat du monde.
Il ne voulait pas remporter le championnat du monde, acheter une nouvelle voiture et faire dix mille autres choses.
Il savait que s'il gagnait le championnat, le reste suivrait.
Ronald Reagan savait que s'il baissait les impôts, le reste se mettrait en place.
Il a commencé par ça et le reste s'est effectivement mis en place.
Évidemment, pour beaucoup d'Américains, la situation ne s'est pas améliorée dans les années 80.
Durant cette période, les inégalités se sont creusées, la pauvreté a persisté, etc.
Mais au moins, le message était qu'il fallait être optimiste.
Les Américains repartent à la conquête de l'espace.
Le dollar atteint des sommets.
Les publicités mixent allègrement les mythes américains.
La fierté de l'oncle Sam à nouveau s'affiche.
Mais si les temps sont à l'optimisme, cela n'empêche pas les fautes de goût.
En 1984, juste avant de tourner Rambo II et Rocky IV,
Stallone se trompe d'époque lorsqu'il cessait à la comédie musicale qui plus est.
Celui qui a eu l'idée de mettre Sylvester Stallone dans une comédie musicale
ne devrait pas être simplement viré du studio, il devrait être expulsé du pays.
Il est prisonnier de son personnage de toute manière.
A-t-on vraiment envie de le voir dans une comédie ?
Ça, c'est une vraie question.
Il a un emploi, c'est celui de l'homme d'action,
et c'est celui qui rétablit l'ordre à la fin.
Donc c'est là que le spectateur l'attend.
Stallone revient alors aux fondamentaux et commence par envoyer Rambo sauver l'honneur de l'Amérique au Vietnam.
L'époque est au regain de tension avec le camp communiste.
La politique étrangère trop molle de Carter est supplantée par une rhétorique musclée de la nouvelle administration.
Reagan affuble l'URSS d'un nouveau surnom, celui d'Empire du Mal.
En 1976, j'ai demandé à mon père pourquoi il voulait être président.
Il venait juste de perdre la nomination du parti à la convention républicaine.
Il m'a répondu « ça fait tellement longtemps que je vois des présidents américains s'asseoir avec des secrétaires généraux de l'Union soviétique
qui, pour qu'ils puissent s'entendre, leur demandent toujours de renoncer à quelque chose ».
Il a dit « j'en ai assez ».
Je veux être président parce que je veux m'asseoir avec le secrétaire général de l'Union soviétique
et quand il me dira que je dois renoncer à ceci ou cela pour m'entendre avec lui,
je me lèverai, je ferai le tour de la table, je me pencherai et je lui murmurerai à l'oreille « Niet ».
Je veux être le premier président à dire « Niet » à un secrétaire général de l'Union soviétique.
L'étalon italien est en phase.
Après avoir battu le champion vieillissant dans Rocky 2,
après avoir triomphé du jeune loup arrogant dans Rocky 3,
il ne lui reste plus alors qu'une seule possibilité,
se mesurer à la menace étrangère la plus terrible,
évidemment soviétique.
Stallone puise son inspiration dans l'histoire de la boxe et un combat légendaire.
J'essaie de dessiner le parallèle de la situation de Max Schmeling et de Joe Lewis,
où ils n'étaient plus seulement des combattants,
ils étaient des symboles énormes pour deux nations.
Max Schmeling, un paratroopier dans l'armée nazie.
Des hommes transformés en machines,
qui déclarent le monde.
Joe Lewis, en train de se battre pour sa vie.
Cette fois-ci, ce n'est pas une lutte entre homme et homme,
mais entre nation et nation.
L'Amérique est une grande nation,
qui voit ses ennemis comme un moyen,
comme une chance de se définir.
Il y a d'abord eu les nazis,
les premiers grands méchants,
et après ça, les russes.
Quel meilleur adversaire pouvait-on trouver ?
Ça semblait tellement évident pendant les années Reagan.
Vu les conflits en cours à l'époque,
c'était le rival parfait.
Je suis un combattant de l'Union Soviétique.
J'ai combattu toute ma vie, et je n'ai jamais perdu.
Bientôt, je combattrai Rocky Balboa,
et le monde verra sa défaite.
Bientôt, tout le monde connaîtra mon nom.
Selon vous, d'où venait cette image de l'adversaire soviétique ?
Du cinéma.
Elle venait des films et des livres.
Les méchants russes, on les voit tout le temps.
On sait à quoi s'attendre.
Les exemples ne manquent pas.
Les méchants soviétiques qui avaient presque disparu dans les années 70
sont de retour sur les écrans américains.
À la télévision ou au cinéma,
The Day After, America ou Invasion USA
mettent en scène une Amérique attaquée par des Soviétiques,
la fossile entre les dents et la bombe atomique à portée de main.
Hollywood fait souvent ça.
Il grossit jusqu'à la caricature
ce que, dans bien des cas, le public pense déjà.
Le problème est que cela renforce ses préjugés.
Les produits hollywoodiens les amplifient
et par conséquent les nourrissent et les transforment en principes politiques.
Et comme souvent, quand les relations internationales se tendent,
la politique et le cinéma font cause commune.
Des films comme War Games, Octopussy ou L'Aube rouge
qui ont tous la guerre froide en toile de fond
sont produits par le même studio que Rocky, la MGM.
Celle-ci compte dans son conseil d'administration
un faucon avant l'heure du gouvernement Reagan,
le général Alexander Hegg.
L'autre jour, les officiers soviétiques
se sont en train de se compter des films comme les films de Rambo
et Rocky qui ont mis les Soviétiques en mauvaise lumière.
Est-ce une chose appropriée ?
Est-ce que vous parlez à vos amis de ce genre de films ?
Non, je parlais à mes amis de Hollywood
quand ils se sont faits prendre des photos pro-communistes.
Je ne crois pas que c'était prémédité de la part du réalisateur.
Son intention n'était pas de faire passer un message politique.
Pour la plupart des films, ce n'est pas le cas.
Ce qui se passe, c'est que les studios et le réalisateur
essaient d'être en phase avec les idées politiques du public
pour faire des entrées.
Si on parle le langage que parle déjà le public,
c'est plus facile de lui vendre des billets pour un film.
Rocky en est un exemple.
Dans un sens, il reflétait la façon de voir
et les sentiments d'une certaine partie du public.
L'époque est à la surenchère.
Pour faire un carton, il ne faut pas lésiner.
Stallone crée l'un des méchants les plus emblématiques de l'histoire du cinéma.
C'est un spectre jailli de l'inconscient de l'Amérique de Reagan.
C'était ce que le pays redoutait le plus,
une Russie remplie de types pareils.
Jusqu'à la toute fin, Yvan Drago est un robot.
C'est Terminator.
La culture populaire américaine déshumanisait l'Union soviétique
car déshumaniser l'ennemi permet de le haïr plus facilement.
En fait, il y avait des instructions spéciales
qu'il fallait couper au montage.
Il fallait enlever tous les sourires car ça risquait de ficher en l'air tout le film.
Il a l'air gentil alors que dans le film, il ne doit pas être gentil.
C'est le problème avec les films de Stallone.
Ils sont tous comme ça.
Ils ne développent pas les personnages.
Ils n'ont aucune dimension humaine.
Tout ce qu'ils font, c'est...
Le contraste entre l'entraînement de Rocky et celui d'Yvan Drago
reflète cette déshumanisation.
Yvan Drago triche avec des stéroïdes
mais il est aussi bardé de technologies.
Rocky, lui, s'entraîne dans la nature.
Les séquences d'entraînement de Rocky
sont axées sur la rugosité et les grands espaces.
L'individu robuste livré à lui-même peut vaincre
la bureaucratie,
l'Etat,
les technologies complexes.
Plus besoin de dialogues finement ciselés
ni d'analyses psychologiques pointues pour faire passer un message.
L'évolution du héros de film d'action
me fait penser à la façon dont les physiciens
ont voulu diviser la matière pour arriver à sa plus petite partie.
Pendant un temps, ils ont cru que c'était l'atome.
Ensuite, ils ont fissionné l'atome
et découvert les particules subatomiques.
C'est exactement pareil.
Hollywood pensait avoir trouvé son héros rugueux et monocyllabique
avec Lindy Stewart dans les années 70.
Mais ils ont découvert quelqu'un d'encore plus violent
et d'encore moins loquace avec Arnold Schwarzenegger.
Encore aujourd'hui, ils continuent à subdiviser
et finiront par aboutir à une particule subatomique.
Un héros de film d'action qui ne dit pas un mot
n'est pas un athlète.
J'ai fait beaucoup d'entraînement.
Mais dans Rocky, le résultat de la lutte est connu.
C'est donc très important de ressembler bien.
Le corps, c'est une machine très spécialisée et très difficile à travailler.
L'ancien champion de bodybuilding est un disciple d'Arnold Schwarzenegger,
autre poids lourd de la discipline,
et qui commence alors à imposer sa loi.
Les héros apprennent le langage du corps.
À l'époque, quand j'ai rencontré Stallone, il était très mince.
Il adorait le culturisme, soit dit en passant.
Les gens ne le savent pas, mais il aurait aimé être culturiste
et remporter des compétitions.
Le garage servait de gymnase.
Dehors, dans le patio, on pouvait installer les pois.
Il y avait du gazon et on s'entraînait là.
Il s'amusait à soulever les haltères et à les lancer dans l'herbe.
Il s'entraînait en s'amusant.
C'est donc un Stallone plus affûté que jamais
qui déroule le tapis rouge pour Rocky IV à l'automne 1985.
Le monde est impatient d'assister à la nouvelle victoire du boxeur américain.
Hollywood trinque, mais les critiques tirent à vue.
Le film est immédiatement classé dans la catégorie nanar.
Ce n'est pas aux Oscars que Rocky est nommé,
mais aux Razzie Awards, les prix qui récompensent les pires films de l'année.
Rocky IV a eu neuf nominations en tout.
Il a été nominé pour pire film, pire acteur,
il a eu deux nominations pour pire actrice dans un second rôle,
Brigitte Nielsen, Madame Stallone dans la vie,
et Talia Shire, Madame Rocky dans le film.
Personne n'a une plus longue histoire que Stallone avec les Razzie Awards.
C'est le plus nommé, le plus récompensé,
le plus emblématique des mauvais acteurs, scénaristes et réalisateurs.
Et sur Rocky IV, il était les trois à la fois.
Rocky IV !
Il a remporté le titre de pire acteur de la décennie 80.
Il a été la personnalité la plus nommée aux Razzie au cours de ces dix années-là,
qui étaient nos dix premières années d'existence.
Et en 2000, il a décroché le titre du siècle.
On a dit que pour 99,5% de tout ce qu'il avait jamais tourné,
il gagnait le Razzie de pire acteur du siècle.
Les critiques ont beau tenter d'en découdre avec Rocky,
à Hollywood, il n'y a qu'un seul critère qui vaille, le box-office.
Rocky IV triomphe dans les cinémas du monde entier.
Ce qui est plus inquiétant, c'est que ça bat tous les records de recettes dans tous les pays du monde entier,
et qu'à Paris, il a battu les records de Rambo le jour de la sortie.
À 6 heures du soir, il avait battu la première semaine de Rambo.
On n'a jamais vu ça, les gens se précipitent comme des némings.
Ces films qui, auparavant, étaient vus par des familles,
des femmes au foyer, et avaient un gros public féminin,
sont subitement devenus la coqueluche des adolescents.
J'avais 10 ans, c'était dans mon petit bassin minier de Lorraine,
à côté de Brier, j'ai découvert ce film au cinéma.
On n'avait pas pu aller le voir en avant-première, ni même dans les premières semaines,
puisque les salles étaient tout le temps blindées.
Je crois que c'est un mois ou deux mois après la sortie que j'ai pu enfin le voir.
Je m'étais déjà fait le film dans ma tête grâce aux magazines qui sortaient à l'époque.
Je n'ai pas été déçu parce que, franchement, c'était encore mieux que sur les magazines.
En tout cas, l'expérience des spectateurs dans la salle, c'était quelque chose.
Les féroquis, ce n'est pas seulement le choc de deux nations par boxeurs interposés,
c'est aussi, très prosaïquement, des files d'attente, des vitrines brisées,
des mouvements de foule, que seul, Sylvester Stallone, s'est encore provoqué.
De mémoire, les gens se levaient, surtout les plus jeunes, d'ailleurs en premier,
se levaient, on les voyait trémousser sur le siège, crier,
encourager Rocky dans les scènes clés du film.
C'est quelque chose que je n'ai plus jamais revu au cinéma.
C'est quelque chose d'assez spécial, ça ressemble plus à un concert qu'à un film.
La série des Rocky est un bon exemple de ce que j'appelle les films point en l'air,
des films dont le public sort en levant le point.
Ils sont devenus une expérience collective.
Ils ont transposé le modèle du vidéoclip au cinéma.
Et à force, ils en ont fait un film d'une heure vingt, très court,
mais extrêmement efficace et qui parle à la jeunesse de l'époque,
qui commence à se brancher à MTV et au clip vidéo,
qui est fan des clips vidéo de Michael Jackson aussi.
Personne, mieux que Stallone, ne connaît le spectateur des années 80.
Il ne faut pas s'y méprendre.
Ici, c'est bien un bras d'honneur que l'acteur adresse à ses détracteurs.
Le succès de Rocky peut alors se mesurer à l'aune des réactions qu'il suscite.
Le film est l'avatar d'une culture mondialisée.
L'Europe en caisse reste seulement un irréductible Finlandais.
Aki Korismaki s'offre une réponse à Rocky en forme de farce anarchiste.
Il y a bien sûr une image de persévérance,
une image de courage que Hollywood a l'habitude de véhiculer.
Mais on y trouve aussi un peu ce côté énervant,
quand on pense que le Russe aurait pu tuer l'autre d'un simple coup.
C'est un message évident.
Cela nous dit que quelqu'un qui menace les autres
peut parfaitement se prendre une raclée lui-même.
Le Finlandais a beau tenter de remettre l'arrogant Yankee à sa place,
dans ses années 80, sa critique sonne presque comme un aveu de faiblesse.
Le monde entier en pince pour la bannière étoilée et son représentant le plus fier.
Et quand les droits du film sont trop chers,
il ne reste plus qu'à l'adapter à la sauce locale, à ses risques et périls.
On s'affaire jusqu'aux cercles intimes.
Il ne s'agit pas de laisser passer la poule aux oeufs d'or
sans l'avoir rançonné de quelques dollars.
Jackie, la mère de Stallone, est à l'affût.
De Paris à Helsinki, d'Istanbul à Washington,
Rocky IV est inévitable.
Il est destiné par la victoire du boxeur américain sur le soviétique.
Et l'homme le plus puissant du monde redevient un simple spectateur.
Ils peuvent faire du bruit,
mais on ne peut pas faire du bruit sur leur visage quand ils sont touchés.
La forme physique qu'il a,
mon Dieu, il doit passer beaucoup de temps au gym.
Il ressemble à l'homme américain,
avec les muscles et tout,
comme celui qu'ils avaient en Russie.
Mes amis américains,
c'est une semaine difficile pour les Etats-Unis.
Je sais que nous avons tous été touchés par la tragédie du challenger de la navette spatiale.
La plupart des spectateurs n'étaient pas spécialement déçus
de ne pas pouvoir voir la Dolce Vita de Fellini,
ni même Lola Montez d'Ofus.
Mais l'absence de La Guerre des Etoiles,
d'Indiana Jones,
ou même notre fameux Rocky, se faisait déjà sentir.
Parce que les gens savaient que ce genre de films très populaires existait,
et qu'ils avaient beaucoup de succès,
mais que nous ne pouvions pas les voir dans nos cinémas.
Cheval de Troie de la guerre froide,
les magnétoscopes occidentaux
sont introduits en contrebande en Union soviétique au début des années 80.
Vendre une cassette de Rocky IV peut valoir jusqu'à deux ans de prison.
Les camarades n'en ont cure.
Les films interdits s'arrachent au marché noir.
Les micro-cinémas, appelés vidéo-salons, s'ouvrent un peu partout dans le pays.
La révolution VHS est en marche.
On réunissait dans une petite pièce 20, 30, 40 personnes.
Aujourd'hui, cela fait sourire.
Une télé, un magnétoscope,
et plein de monde à regarder un film à succès.
Un de ces films était Rocky.
Pour une grande partie de la population en URSS,
et tout particulièrement pour les jeunes,
les deux héros de Stallone,
le boxeur Rocky Balboa ou le GI Rombo,
ont eu un véritable impact.
C'est à cette époque,
par le biais des vidéo-salons
ou par les magnétoscopes que les gens avaient à la maison,
que les deux personnages de Stallone sont devenus pour eux des héros.
Et des héros qui leur étaient même très familiers.
Nous n'avions pas ce genre de héros.
Nous avons été éduqués d'après des œuvres comme
« Et l'acier fut trempé » d'Ostrovski,
avec des héros soviétiques sans relief.
Dans cette compétition entre les blockbusters soviétiques et américains,
ce sont ces derniers qui avaient notre faveur.
Pour les garçons, pour les adolescents,
c'était alors une évidence.
Et malgré la puissance du système de propagande,
je n'avais pas au mur de posters de soldats soviétiques.
Mais j'avais Rocky.
Hommage de la réalité à la fiction,
quand Klitschko s'entraîne, c'est un clin d'œil à Rocky IV.
L'un des traits caractéristiques du régime soviétique,
et tout le monde le sait,
est qu'il existe un fossé de plusieurs kilomètres de long
entre la propagande officielle
et l'état d'esprit de la population.
J'ai assisté à de nombreuses projections,
et je n'ai jamais vu que les spectateurs soient offusqués
par la manière dont les films comme Armageddon,
Rocky ou Double Détente avec Schwarzenegger
montrent les soviétiques.
Tout le monde comprenait très bien
le caractère conventionnel de toute cette affaire.
Un personnage comme Ivan Drago
n'aurait pas pu apparaître dans nos films.
Par exemple, dans un de nos films d'avant-guerre,
Les boxeurs,
on voit un groupe de boxeurs soviétiques
qui se rend en Occident.
Je dois vous dire que les boxeurs américains qu'on y voit
n'ont rien à voir avec Ivan Drago.
Ils sont beaucoup plus humains.
Dans Les boxeurs,
l'adversaire occidental a l'air d'un jovial camarade
comparé à Ivan Drago.
Pour le reste, le film est un portrait craché,
version soviète, de Rocky IV.
Un boxeur au regard ténébreux,
y part combattre en terre hostile,
un adversaire occidental donné favori.
Adrien est là, en Irina blonde.
Le public finit par prendre fête écose
pour le champion soviétique
et ce dernier remporte bien entendu le combat.
La grande différence se situe à la fin du film.
Alors que Rocky est porté au nu,
seul, enrubané dans la bannière étoilée,
le vainqueur russe se réunit avec son équipe.
On trinque collectivement.
Le problème fondamental du communisme,
c'est que ce n'était pas un bon récit.
Oubliez l'aspect idéologique.
Il ne racontait pas une bonne histoire,
car les histoires exigent
des protagonistes identifiés.
L'Amérique, c'est l'individualisme.
Ses récits, ses intrigues
sont centrés sur des individus.
L'Amérique, c'est l'individualisme.
Un des problèmes du communisme,
c'est qu'il était axé sur le collectif, sur le groupe.
Quand on regarde le cuirassé Potemkin aujourd'hui,
on s'interroge.
Qui est le héros de ce film ?
L'idée selon laquelle
on pouvait se passer d'un héros dans un film
n'a pas marché.
Ce que je trouve ironique,
c'est que l'histoire a retenu
le cuirassé Potemkin différemment.
Aujourd'hui, on se souvient
de personnages en particulier.
Par exemple, de la nourrice
qui lâche son endos.
Nous avons presque réduit ce film
à cette séquence
parce que nous avons fondamentalement
besoin d'un protagoniste.
Le communisme a échoué
parce qu'il n'avait pas
une bonne histoire à raconter.
Stallone ne dit pas autre chose
dans Rocky IV.
Soudain, le robot se réveille.
Lui aussi se rêve en individu.
Rocky remporte le combat
pendant que Stallone tourne son film.
Un nouveau dirigeant arrive
à la tête de l'État soviétique,
Mikhaïl Gorbatchev.
Le monde est alors
sur le point de basculer.
Stallone, qui n'est autre
que le scénariste du film
et qui a du sang russe
et ukrainien dans ses veines,
était très attentif
à ce qui se passait ici.
Et il a parfaitement
bien senti la situation.
Pendant tout ce combat,
j'ai réalisé que beaucoup a changé.
Et j'ai ressenti
que vous avez aussi changé.
Aujourd'hui,
ceux qui ne connaissent pas
le contexte de l'époque
peuvent considérer ce film
comme un peu nul.
Mais à l'époque,
ce n'était pas gagné.
A l'époque, il fallait le faire
avec ce film qui annonce
le réchauffement avant qu'il y ait lieu.
On était à l'orée
de la glasnost.
Notre façon de voir la Russie
allait radicalement changer.
Et ça a été la dernière fois
que quelqu'un a offert
une représentation aussi caricaturale
des soviétiques.
Est-ce que, sans le faire exprès,
il est allé trop loin
et il a convaincu les gens
que c'était idiot de voir l'ennemi
de cette façon ?
La question est intéressante.
Il se peut qu'il ait accidentellement
contribué à la détente
qui a eu lieu juste après
son film débile.
Rocky a peut-être montré la voie.
On pouvait battre ces types.
Et Ronald Reagan s'est dit
s'il peut le faire, moi aussi.
Reagan n'a plus qu'à suivre
la feuille de route tracée par Rocky.
Les sommets entre les deux grands s'enchaînent.
L'URSS s'ouvre à grands pas,
le collectivisme a fait son temps
et les soviétiques rêvent
d'un confort à l'occidental.
La chute du mur de Berlin
n'est plus très loin.
Si vous regardez la télévision américaine,
vous entendrez
on a gagné la guerre froide.
Comme s'il s'agissait d'un combat de boxe.
Comme si c'était Rocky IV
et que l'Amérique avait envoyé
la Russie au tapis.
Beaucoup de gens pensent ça.
Mais se dire que la Russie
a peut-être changé à cause
d'une dynamique interne,
parce que son économie
a été vidée de l'intérieur
et qu'elle était beaucoup plus faible
que la Russie,
ça ne les a même pas effleurés.
Souvenez-vous du discours
prononcé par Winston Churchill à Fulton.
On considère que c'est la déclaration
de la guerre froide.
Eh bien, il y développe
une idée très intelligente.
Il y constate l'existence
du rideau de fer.
Mais malgré cela,
il conseille de maintenir
les contacts avec les soviétiques.
Il dit qu'il faut continuer
de communiquer avec eux
et même encore davantage
pour qu'ils voient comment vivent
les gens dans le monde occidental.
Formidable idée !
Je considère que ce n'est qu'à ce niveau
que l'Amérique et l'Occident
ont pu contribuer au démantèlement
de l'Union soviétique.
L'Amérique s'attribue le mérite
de la chute du mur de Berlin.
En fait, c'est Coca-Cola,
tout comme le rock'n'roll et le cinéma
qui devraient s'attribuer
le mérite de la chute du mur.
Mais pas les chars.
Rocky et les autres blockbusters
ont donc triomphé.
Les Etats-Unis sortent vainqueurs
de la bataille culturelle.
Rocky Balboa, l'Américain,
est devenu une figure
d'une culture populaire mondialisée.
L'alliance de la politique
et de la culture populaire
est encore présente aujourd'hui.
Le mythe de l'individu capable
de se dépasser et de triompher,
qui est issu de la culture des années 80,
reste vivace.
Et l'idée d'une Amérique dominante
incarnant le bien face au reste du monde,
qui provient d'un film comme Rocky IV,
reste très présente aujourd'hui.
Pendant la guerre en Irak,
j'ai reçu un e-mail d'un soldat
qui était au front.
Il m'avait écrit par le biais
de mon site web, si je me souviens bien.
Il me disait que tous les jours,
avant d'aller se battre,
il utilisait la musique
de la séquence d'entraînement de Rocky
pour se mettre en condition.
Je lui ai répondu que je n'avais jamais reçu
un si beau compliment.
C'était le plus beau possible.
Ça m'a fait extrêmement plaisir.
Vous savez que ce morceau
a même été joué en Corée du Nord cet été ?
Sans blague.
Je ne savais pas.
Devant Kim Jong-un.
Vraiment ?
Personne ne nous l'a dit.
Ce sera le début du documentaire.
Ah oui, formidable.
Je vous enverrai l'image.
Je me demande si on a touché des droits.
Sans doute pas.
