À l'occasion de la célébration du centenaire de la naissance d'Albert Camus, le 7 novembre 1913, Joël Calmettes a parcouru la planète pour rencontrer des lecteurs d’Albert Camus. Le résultat est formidable : dans Vivre avec Camus se côtoient un poseur de parquet canadien, un apprenti pâtissier algérien, une gendarme française, un humanitaire allemand, un ancien condamné à mort américain...
Certains ont vu le cours de leur vie changer après avoir lu L'étranger ou Le mythe de Sisyphe, d'autres y puisent l'énergie de chaque jour, d'autres encore lui vouent un véritable culte. Invitée surprise de ce documentaire, la chanteuse Patti Smith confie qu'elle revient souvent à Camus, quand elle arrête les tournées et s'isole pour écrire de nouvelles chansons. Ces témoignages sensibles permettent de dessiner les contours d'une œuvre qui n'a cessé de placer l'homme au centre, un homme confronté au désordre du monde moderne, qui cherche sans relâche – et avec lucidité – à donner un sens à sa vie. Sans le savoir, ces passionnés rendent à Camus le plus bel hommage qu’un écrivain puisse espérer : voir ses mots prendre vie. Mêlant rencontres avec des lecteurs, archives et extraits de lectures de textes, le film s’affirme comme un voyage de découverte dans l’œuvre de Camus.
Je pense que je suis un peu amoureuse de Camus, oui.
On peut aimer les gens, même s'ils sont partis.
L'essentiel, c'est de les faire vivre en nous.
Je lui parle presque chaque jour.
En faisant le facteur, souvent je lui parle.
Il est tellement proche de moi que dans beaucoup d'occasions, je lui dis
« Et toi, qu'est-ce que tu ferais ? »
Et je vois s'il continue à me donner de bons conseils.
Albert Camus m'a aidé à surmonter ma peur de l'escalade.
Il a surtout changé ma façon d'aborder les difficultés.
Il a été pour moi, comme on dit en français, un copain, un ami, un compagnon de route.
J'ai trouvé par hasard un passage de la peste et j'ai pleuré.
Je n'ai pas pu m'empêcher.
Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ça, Camus, pour moi.
Dans 20 ans, j'espère que j'aurai été à la hauteur de la philosophie de Camus.
J'ai toujours pensé que c'était mignon de dire « mon oncle » à propos de Camus.
Mais c'est plus que ça.
Il m'a appris comment être heureuse dans la vie.
Que dirait Camus s'il était là ?
Albert Camus, né en Algérie, est aujourd'hui l'écrivain français du XXe siècle le plus lu dans le monde.
L'étranger, le mythe de Sisyphe, la peste, le premier homme, Meursault, Rieu, Cormery, Clamence,
autant de titres et de personnages célèbres qui jalonnent une œuvre interrompue à 46 ans par un accident de voiture mortel.
Tour à tour romancier, dramaturge, philosophe ou journaliste, Camus n'a eu de cesse de placer l'homme au centre de son œuvre.
Un homme confronté au désordre du monde moderne, qui cherche sans relâche et avec lucidité à donner un sens à sa vie.
Aujourd'hui comme hier, des lecteurs s'emparent avec ardeur de son œuvre.
Rencontre avec ses passionnés, qui rendent sans le savoir à Camus le plus bel hommage qu'un écrivain puisse espérer, voire ses mots prendre vie.
Aujourd'hui maman est morte, ou peut-être hier, je ne sais pas.
J'ai reçu un télégramme de l'asile, mère décédée, enterrement demain, sentiments distingués.
Cela ne veut rien dire, c'était peut-être hier.
Camus, c'est vers 16-17 ans, donc j'étais en pleine adolescence.
J'étais aussi un peu en crise par rapport au sens de la vie, donc c'était l'étranger pour moi, Camus c'est l'étranger.
C'est Meursault, et donc il est un peu bizarre, il est un peu étrange avec lui-même.
Et je pense que quand on est adolescent, on vit ça aussi.
Donc je pense qu'en premier c'est ça qui m'a particulièrement marqué, le fait que quand il va à l'enterrement de sa mère, il ne sait pas trop quel jour elle est morte.
Il ne sait pas trop s'il est triste ou s'il faut être triste, il ne sait pas trop comment se comporter.
Et je crois que c'est des choses qui me sont arrivées, mais qui me sont particulièrement arrivées au moment de cette adolescence, peut-être une sorte d'identification du moins.
Je trouvais que c'était bien de savoir qu'il y avait d'autres gens qui vivaient le même bazar que moi.
Tout d'un coup de se dire, en fait la vie elle est peut-être absurde, et peut-être ça n'a pas de sens, et qu'en même temps c'est super parce qu'il faut qu'on la vive.
Moi ça m'a beaucoup beaucoup parlé, juste au moment où je démarrais ma vie d'adulte.
Meursot tue l'arabe sur la plage parce qu'il y a le soleil qui le dérange, et en même temps, le fait de tuer l'autre ça le condamne à mort.
Peut-être qu'il le condamne à mort plus parce qu'il est étranger et bizarre qu'à cause de ce geste-là.
Mais c'est aussi une vraie responsabilité, ça veut dire, je décide de vivre, donc je ne peux pas décider de tuer les autres, ça n'aurait pas de sens, parce que ça me condamne à mort.
Donc je décide de vivre avec les autres et j'essaie que les autres aussi vivent avec moi.
Vivre ensemble, c'est que les autres aient aussi une condition humaine juste, satisfaisante, donc je ne peux pas me satisfaire de l'injustice sociale.
Quand je suis à l'autre bout de la terre en train de soigner des indiens mayas, je ne suis pas dans une sorte de sacrifice, je suis heureux d'être là, c'est un choix, et c'est en ça que Camus m'aide.
Quelques fois, bien sûr, je doute, ou même souvent, et je viens des fois replonger pour relire l'absurde, pour me remettre dans l'absurde, pour me redire, mais cette vie elle est absurde, n'en cherche pas plus loin.
Et ça moi, ça m'aide à me redonner de l'énergie, un peu de révolte, mais ça m'aide aussi à aller de l'avant.
J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils.
C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman, et comme alors, le front surtout me faisait mal, et toutes ces veines battaient ensemble sous la peau.
A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant.
Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas, mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant.
Et cette fois, sans se soulever, l'arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil.
Camus publie L'étranger en 1942, bientôt suivi par Le mythe de Sisyphe, un essai philosophique, puis par Caligula et Le malentendu, deux pièces de théâtre.
Il compose ainsi le premier cycle de son œuvre, celui de l'absurde.
Une notion philosophique accessible, qui ne laisse personne indifférent, et à laquelle le nom de Camus reste attaché.
Le truc qui m'a vraiment captivé avec Camus, c'est quand j'ai lu L'étranger.
Quand Meursault, en prison, dit qu'on peut s'habituer à tout, et la façon dont il décrit son monde intérieur et ce qu'il ressent profondément.
Je crois que j'ai été changé à jamais, par cet homme, vous voyez.
Quand je repense à ma vie à cette époque, je buvais trop, mon mariage explosait, j'avais beaucoup de problèmes.
J'étais en profonde dépression.
Et ce livre m'a fait comprendre que je pouvais avoir une approche totalement différente.
On peut ne plus penser à la métaphysique, ne plus espérer que quelque chose change, mais on peut se changer soi-même.
Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on peut en dire.
Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté, dont l'appel résonne au plus profond de l'homme.
Ça doit venir de vous, il n'y a personne d'autre.
Vous ne pouvez pas compter sur Dieu, vous ne pouvez compter sur personne.
A cet instant, vous êtes Dieu, vous êtes le Dieu.
Vous ne pouvez compter que sur vous, il n'y a que votre conscience.
Et une fois que vous avez pigé ça, la vie est plus facile à vivre, vous savez.
C'est une belle philosophie.
Ce travail ne me semblait pas très excitant.
Pas drôle du tout.
Sur les genoux à longueur de journée à souffrir.
Mais après avoir lu l'étranger, et encore plus le mythe de Sisyphe,
quand il dit à la fin, il faut imaginer Sisyphe heureux, alors dans ce cas-là, je dois m'imaginer heureux.
Pour moi, Camus est plus qu'un être humain.
C'est une idée.
Quelque chose qui m'a fait perdre la boule.
En le lisant, j'avais l'impression qu'il me parlait.
Je pouvais m'identifier à ses personnages, à Meursault par exemple.
Ce n'est pas que je lui ressemble, mais j'ai découvert cette approche totalement différente,
cette sorte d'approche nonchalante de la vie.
Donc je rachète tout le temps les mêmes livres.
Le mythe de Sisyphe, l'étranger, je le fais depuis que j'ai découvert Camus pour les offrir autour de moi.
Mon époux, il aime beaucoup Camus.
Il tient ça de son père, en fait.
Apparemment, c'est une culture chez eux.
C'est vraiment de l'amour.
Au début, quand mon époux rentrait du travail, il parlait tout le temps d'Albert Camus.
Et à la fin, ça me gênait, ça me gênait un peu, parce que parfois, moi, je veux parler d'autres choses.
Lui, il veut toujours parler d'Albert Camus.
Mais moi, j'ai trouvé une astuce.
Je sais qu'il aime bien réciter.
Donc moi, je serai comme ton professeur.
Donc j'ai le test moi-même.
Et puis ça me fait, je commence aussi à apprécier Albert Camus.
J'aime les écrits.
Et moi aussi, j'aime bien, j'aime bien.
Et sa façon, il récite avec beaucoup d'amour.
Il est content.
Ça me plaît.
C'est bon, tu es prête.
Je suis prête.
Albert Camus, le mythe de Sisyphe.
Il faut imaginer Sisyphe.
Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler en rocher jusqu'au sommet d'une montagne.
Rouler sans cesse.
A rouler sans cesse en rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où la pierre tombait par son propre poids.
Ils avaient imaginé avec quelques raisons qu'il n'y ait pas de punition plus terrible que le travail utilisé sans espoir.
Il est heureux, ton ami Sisyphe, là.
Tu penses.
Il est heureux.
Il ne se laisse pas aller.
Donc, il adapte ses désirs.
Il adapte ses désirs à son mode de vie.
Donc, il sait que sa vie, c'est de rouler la pierre.
Donc, ce n'est plus un tourment.
C'est maintenant son mode de vie.
Donc, c'est pour ça qu'il ne souffre pas.
Il ne souffre pas.
Donc, si on t'emmène en prison aujourd'hui, dis-toi que ta prison, c'est ta chambre.
Et tu changes tout simplement cette idée-là.
Donc, il a vécu heureux.
Il a défié les dieux, aimé une femme, goûté l'eau, le soleil, les pieds chauds de la mer.
Il a vécu heureux.
Il n'a pas souffert de la punition que les dieux lui ont infligée.
Mais ça vaut.
C'est bien de dire parfois Dieu va te faire foutre.
Avoir ce courage-là, ça rend heureux.
Ça défoule.
Je ne pense pas trop.
Non, il est très heureux.
Je sollicite Camus dans ma vie lorsque ça ne va pas.
En fait, il y a un premier sentiment.
Quand on le lit, on a envie de déprimer.
Mais ça soigne la dépression, en fait.
C'est-à-dire que de dire, oui, en fait, ça ne va pas.
Vous lisez Camus et Camus vous dit, oui, ça ne va pas et ça n'ira pas bien.
Alors, cette réalité fait qu'on est toujours amené...
On se dit que si ça n'ira pas bien, pourquoi donc souffrir de toute façon, puisque ça n'ira jamais bien.
Camus, c'est un guide quand ça ne va pas.
C'est un guide quand ça ne va pas.
Évidemment, il m'arrive de l'oublier quand ça va très bien, quand ça va trop bien.
Il m'arrive de l'oublier.
C'est quand j'ai besoin de Camus que j'appelle Camus.
Donc, ça peut être n'importe quand.
Ça peut être à 3h, ça peut être à 4h, à 5h, à 6h, à 7h, à 8h, à 9h, à 10h.
Ça peut être au bureau, à la maison, en boîte de nuit, c'est partout.
Donc, je le considère comme un saint que je peux invoquer à chaque moment.
Il a été le maître de la langue pour moi.
Pouvoir faire ça, simple, c'est être maître.
Je parle à tous mes amis de Camus.
Je parle à mes proches de Camus.
Je ne rate jamais une occasion d'évoquer le mythe décisif et de réciter par plaisir.
Quand je suis dans la voiture, en allant au travail, alors je cite un extrait de Camus à moi-même.
Il est intime à moi, en réalité.
Je crois être en mesure d'affirmer aujourd'hui qu'il m'a sauvé la vie.
Alors, c'était une histoire d'amour.
C'était une Parisienne.
J'ai rencontré par le net.
Elle était fan aussi de Camus.
Donc, on avait beaucoup de plans communs.
Je leur ai demandé s'il serait possible que je parte en France, à Paris.
Moi, ce n'était pas possible.
Donc, après, il y a eu une sorte de cassure, de faillure dans la relation.
Il y a eu une certaine période douloureuse dans ma vie qui s'est enclenchée.
J'ai pensé, pendant cette période, à mettre fin à mes jours.
Ça ne servait à rien.
C'était une souffrance parce que j'avais l'impression de passer à côté de belles choses.
La vie, quand même, est constituée de belles choses.
Moi, j'avais un voile devant moi.
Je n'arrivais plus à les atteindre, à les voir correctement, à les voir avec netteté.
Donc, j'ai pensé à pourquoi continuer à vivre.
Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux.
C'est le suicide.
Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue,
c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie.
J'appellerais ça une crise existentielle.
C'est là que j'ai découvert le mythe, le mythe de Sisyphe.
L'influence de ce bouquin a orienté mes pensées vers des choses qui ont du sens.
C'est à partir de l'absurde de ma situation
que je me suis extirpé.
C'est en elle que j'ai trouvé le sens.
C'est à partir du non-sens que j'ai trouvé un sens à cet état.
Camus, sur les réseaux sociaux, a plusieurs centaines de milliers de fans.
Ça dépasse les 400 000 fans.
Il y a des personnes de tout âge.
Il suscite toujours autant la fascination, l'admiration.
Je viens de publier une citation.
Ça permettra de connaître des personnes
qui sont particulièrement touchées par cette phrase.
C'est toujours agréable de pouvoir trouver des personnes
avec les mêmes centres d'affection pour Albert Camus.
Camus est pour moi un compagnon dans la vie.
Il a toujours été très présent en tant que personne,
bien que je ne l'ai jamais connu naturellement.
Je suis née l'année où il est mort.
Il est devenu mon interlocuteur.
C'est un dialogue qui évolue au fil des ans,
étant donné que nous vieillissons ensemble.
Ce que je vois chez Camus, c'est que son sujet principal était l'amour.
Je crois qu'il modifie le regard que je porte sur les autres.
J'adore cette danse.
Elle a probablement des points communs avec Camus.
Dans le tango, il y a aussi toutes ces choses,
toutes ces facettes de la vie.
Cette danse me permet d'accomplir ce que Camus m'a appris,
à savoir qu'il faut vivre dans l'instant.
Seul l'instant compte, le bonheur de l'instant.
Meursault, le héros de l'étranger,
est l'exemple même d'un individu plongé dans l'absurde.
L'exemple d'une conception de la vie dont il s'agit de se libérer
pour aller vers autrui, vers les autres,
vers la solidarité, vers la fraternité.
Meursault est plutôt un anti-héros.
Ce qui me fascine chez Camus,
c'est que ça ne l'intéressait pas de créer un système philosophique.
Il disait, je ne crois pas assez à la raison pour croire à un système.
Sa philosophie, il l'a intégrée à sa littérature.
Il a traduit ses idées par des images et des mythes
qui parlent à notre époque.
Sisyphe, Meursault et Rieux nous accompagnent chaque jour.
Je pense à lui tous les jours.
Quand je me lève pour aller au bureau et quand ça se passe mal au travail,
je pense à Camus quand il dit qu'il s'agit de vivre pleinement,
même les heures de bureau.
Alors le bureau, je me souviens que c'est aussi un moment à vivre pleinement,
avec Camus, chaque jour.
Dans l'étranger de Camus, Meursault, le personnage principal, me fascine tellement.
Le personnage ne change pas, il ne comprend pas ce qui lui arrive.
Il n'évolue pas, il est hors du temps.
Il est dans sa bulle et le monde évolue autour de lui.
Et ça, c'est très fascinant pour un musicien, pour un compositeur.
C'est ce que je voulais transposer dans cette musique,
cette intemporalité, cette activité sans réel mouvement.
C'est tellement fort, tellement pesant, ça pourrait durer éternellement.
À la fin de la première partie, il y a cette fameuse scène quand Meursault surgit avec son pistolet.
L'arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil.
La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front.
C'est alors que tout a vacillé.
Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver.
La gâchette a cédé.
J'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là,
dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé.
J'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y pas.
Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.
Et ça commence par cette flûte qui joue faux.
C'est l'ami de l'arabe qui joue.
Le piccolo commence à jouer et tente de conserver un ton léger.
Et le violoncelle arrive avec des sons de mouette, de vent et de mer.
Je voulais que cela représente le genre de tourment que traverse Meursault.
Camus emploie des mots superbes pour décrire la scène,
notamment les cymbales du soleil.
Comme les cymbales, les percussions.
Et ce son de fracas métalliques.
Il décrit de façon éclatante ce qu'on entend.
J'ai essayé de le traduire dans ce passage et cela nourrit tout le morceau.
Camus a participé à la résistance.
Il a participé à l'édition de l'article sur les combats.
C'est ainsi que Camus a toujours été impliqué dans la politique.
Je me sentais mal Uru et je voulais être Uru.
C'est pour ça que je me suis trouvé en Camus qui cherche son bonheur à travers sa création littéraire.
Et quand il se dit Uru dans son oeuvre, j'étais Uru.
Au moins pour un temps.
Pour moi, Camus a quelque chose de japonais.
Par exemple, son attachement à sa mère.
C'est très japonais pour moi.
Et sa discrétion, sa pudeur et la sobriété de son style.
Aujourd'hui, maman est morte.
Peut-être hier, je ne sais pas.
Cette sobriété a quelque chose de japonais.
J'ai travaillé sur Albert Camus plus de 20 ans.
Pourquoi ?
Parce que, peut-être, je l'aime.
Camus m'a apporté la possibilité de réconciliation avec le monde, avec la réalité, avec moi-même.
C'est la force de l'écriture.
Caligula, la pièce de théâtre de Camus.
Ce qui m'a étonné, c'est la réplique de Caligula.
Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.
C'est vrai, c'est tout à fait vrai.
C'est une vérité banale.
Mais Caligula tire toutes les conséquences possibles de cette banalité.
Caligula lutte contre la mortalité de l'homme tout en sachant qu'il ne pourrait pas gagner.
Son échec est prédestiné et il le sait.
C'est pour ça qu'il est tragique.
C'est très camusien.
Et c'est très japonais.
Je ne réussirai pas, mais je dois le faire.
Je suppose, pour les Européens, pour les Français.
Je fais ceci parce que je crois que je pourrais réussir.
Mais Caligula dit, je ne réussirai pas, mais je vais le faire.
Je ne peux pas ne pas le faire.
C'est ça, c'est japonais, c'est tragique.
Cette tentative de rechercher un bonheur au sein même du malheur,
j'ai besoin de cette force pour vivre.
Je dis à mes étudiants, il faut lire Camus
parce que Camus parle de nous, de notre vie, de nos problèmes.
Ça aide à vivre.
Le cycle de l'absurde terminé, Camus entame au début des années 50 le cycle de la révolte.
Un roman, la peste, un essai philosophique, l'homme révolté et une pièce, les justes,
développent une idée maîtresse.
L'homme doit se dresser face à l'absurde.
C'est là sa grandeur et sa dignité.
La révolte lui permet de se découvrir une complicité avec les autres.
Elle donne un sens à son action.
Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde.
La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas.
Mais sa tâche est peut-être plus grande.
Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.
Pour moi, la révolte, chez Camus, c'est d'abord savoir dire non.
C'est-à-dire qu'on dit non à toutes les injustices présentes dans le monde
et à tout ce qui peut nous sembler inégal.
Ce n'est pas grave si on se trompe. De toute façon, on ne détient pas la vérité.
La première fois que j'ai lu L'homme révolté, je me suis dit « waouh ».
J'avais l'impression qu'il exprimait vraiment ce que je ressentais tout au fond
par rapport à toutes ces histoires de grandes idéologies, de totalitarisme,
de démocratie, de liberté.
Il dit très bien « je me révolte, donc nous sommes ».
Disons que ce sentiment-là de révolte m'a donné la force d'aller encore beaucoup plus vers les gens.
On a créé cette association pour la collecte de vêtements
et pour aussi la préparation de repas chauds pour les plus nécessiteux et les SDF.
Quand on est face à l'absurdité de la vie et qu'on décide de se révolter,
il suffit de voir autour de nous pour constater qu'on n'est pas seul.
C'est bizarre parce que Camus est quelqu'un qui est mort ça fait 50 ans,
avant même l'indépendance de l'Algérie.
Et puis quand je le lis, je me retrouve en lui.
Donc quelque part je me dis qu'il y a des valeurs qui sont comme ça, intemporelles.
Pour moi, comme le disent certains, Camus c'est un petit peu le dernier des idéalistes.
Les gens prennent ça pour une critique.
Mais moi, justement non.
C'est justement là où j'arrive à puiser ma force.
C'est-à-dire que pour moi, chacun doit avoir un idéal, doit rêver de ça,
doit y croire et faire le maximum pour y aboutir,
tout en respectant bien sûr tous les autres
et aussi ne pas faire entrave à la vie des autres.
Parce qu'il y a un problème, c'est que quand on croit trop qu'on est dans le vrai
et qu'on est sincère, on commence à devenir dangereux à un moment.
Et c'est ce qu'il combattait lui.
Ce que je partage le plus avec lui, c'est son humanisme.
C'est le fait qu'il dise oui à la vie et qu'il aime l'humain.
Camus est l'un des rares penseurs pour qui un espoir est possible
sans faire appel à une quelconque transcendance.
Cet espoir, on peut le rendre concret en donnant avec d'autres
une part de son bonheur aux autres.
Cela permet de ne plus avoir honte d'être heureux seul.
Madame, Monsieur, bonsoir.
En mer de Chine, les Allemands ont affrété des bateaux
pour repêcher des centaines de Vietnamiens.
C'est le cas du cargo Cap-Panamour, l'enquête de Michel Miller.
Symbole du sauvetage, du salut, depuis trois ans,
ce bateau naviguait dans la mer de Chine afin d'y repêcher
les Vietnamiens qui avaient fui leur pays.
De retour à Hambourg, son port d'attache, la fin du voyage
pour les médecins et tous ceux qui avaient financé le sauvetage
de près de 10 000 personnes.
Le bilan, c'est exactement 9 507.
Camus a été quelqu'un qui a participé à cette action
bien qu'il soit déjà mort.
En effet, pour nous, la peste était une sorte de bible
pour le travail humanitaire.
Nous ne voulons pas être heureux tout seuls.
C'est exactement le dialogue entre le docteur Rieu et Rambert
dans cette ville d'Oran où il y a la peste.
Docteur Rieu, dit Rambert, je ne pars pas.
Je vais rester avec vous.
Rambert ajoute que s'il partait, il aurait honte.
Rieu dit d'une voix ferme que cela était stupide
et qu'il n'y avait pas de honte à préférer le bonheur.
Oui, dit Rambert, mais il peut y avoir de la honte
à être heureux tout seul.
Mais il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul.
C'est le fondement de tout travail humanitaire.
Il n'y a rien à ajouter à cette phrase.
Elle contient tout.
La peste, à l'époque, en livre de poche,
ce n'était pas cher du tout.
Environ cinq Deutschmarks.
Vraiment peu.
Sur la table, nous en avions une pile.
Et quand nous avions des entretiens avec des candidats bénévoles,
nous leur donnions un exemplaire de la peste.
Ils étaient surpris.
Mais une fois en route, en le lisant, ils comprenaient.
En somme, dit Tarou avec simplicité,
ce qui m'intéresse, c'est de savoir comment on devient un saint.
Mais vous ne croyez pas en Dieu.
Justement, peut-on être un saint sans Dieu ?
C'est le seul problème concret que je connaisse aujourd'hui.
Albert Camus a été pour moi un ami.
Un compagnon de route qui marchait à mes côtés
sans être physiquement présent.
Quelqu'un qui m'accompagnait et qui me glissait des choses à l'oreille.
Après, ce qui m'intéresse, ce que j'ai envie de vous montrer,
c'est dans la chute, c'est le bilan sur soi.
L'intérêt, c'est les détours de l'existence.
C'est tragique, c'est le tragique quotidien.
À partir du constat de l'absurde,
qu'est-ce qu'on fait, ça invite à quoi ?
À la révolte, à la liberté.
À ce moment-là, on peut imaginer Sisyphe heureux.
Contre la routine, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Il faut agir, il faut s'investir, il faut s'engager.
Et la devise de Camus, l'homme révolté,
c'est vivre le maximum, vivre le plus possible.
C'est ça qui est intéressant dans le message camusien,
c'est de faire les choses à 200%.
Le rôle d'Albert Camus dans ma vie, je pense que c'est mon maître.
Au quotidien, je suis une femme et je suis un homme révolté.
Il faut aller le plus vite possible, le plus loin possible.
Tout est un défi, c'est une révolte face au temps.
C'est la voiture de votre épouse ?
Non, c'est ma société.
C'est un prénom aussi.
Merci beaucoup, je vous remets en circulation.
Bonne journée.
Pour moi, être gendarme de réserve, c'est un acte camusien
parce que je m'engage dans mon action, je m'engage complètement,
je suis à 200% et je vis 2 fois plus.
Je considère que je vis 2 fois plus, que j'ai donné du sens à ma vie
parce que j'ai un autre engagement.
Je suis au service des gens, je sers à quelque chose,
je ne suis pas là que pour faire de la répression
et j'apporte quelque chose.
Je suis utile dans plus de domaines, j'agrandis ma vie en fait.
Ce que j'ai appris avec Camus, c'est qu'on était vraiment responsables
de nos actions, donc je prolonge tout simplement.
C'est logique pour moi de rentrer en gendarmerie.
C'est bon, vous pouvez arrêter de souffler.
1-0, c'est parfait.
51, c'est bon.
Je suis là pour donner quelque chose
parce que j'ai reçu quelque chose d'Albert Camus
qui est la formulation des choses.
Il a dit ce que je n'arrivais pas à penser.
Il a formulé de façon très claire
l'engagement qu'il m'était nécessaire de trouver
pour donner du sens à mon action.
C'est pour ça que je suis devenue enseignante
et c'est pour ça que je suis devenue réserviste en gendarmerie.
Je vais reprendre quand même.
Le bonheur, c'est fugace.
C'est pas quelque chose qu'on atteint à un moment
et ça y est, on est heureux.
Le bonheur, c'est justement un tremplin
pour aller vers autre chose.
C'est savoir que ça existe
qui nous permet de lutter ensuite.
Ça, ça m'intéresse chez Camus.
Camus, c'est Don Juan qui interroge la condition humaine.
Je pardonne beaucoup à Camus, oui.
Je pense que je suis un peu amoureuse de lui.
Oui, complètement.
Il n'y a pas longtemps, en 2005,
je me suis rapproché de ce groupe appelé Certifiés Innocents
et j'ai rencontré d'autres ex-condamnés à mort
qui ont été innocentés.
Comme dit Camus, la peine de mort
fait vomir ceux qu'elle est censée protéger.
Camus est comme un guide pour moi.
Il me montre le chemin.
Je faisais partie d'un club de motos en Californie.
On traversait Albuquerque au Nouveau-Mexique.
On ne s'est même pas arrêté.
Ce qu'on ne savait pas,
c'est qu'il y avait eu un meurtre une semaine auparavant.
On passait par là
et tout simplement, on a été arrêté.
Ils ont payé un médecin légiste 50 000 dollars
pour témoigner contre nous.
Nous n'avons pas eu de procès équitable.
Le jury nous regardait comme si nous étions des monstres.
On ne pouvait pas s'exprimer.
Il nous disait
vous ne montrez aucun remords.
Mais pourquoi les remords ?
On n'avait rien fait.
Face au juge, nous avons plaidé non coupable.
Il a dit parfait, envoyez-les dans le couloir de la mort.
La peine de mort élimine définitivement le condamné.
Peut-on nous assurer qu'aucun des exécutés n'est récupérable ?
Peut-on même jurer qu'aucun n'est innocent ?
La peine de mort souille notre société
et ses partisans ne peuvent la justifier en raison.
Ni dans le cœur des individus,
ni dans les mœurs des sociétés,
il n'y aura de paix durable
tant que la mort ne sera pas mise hors la loi.
Alors dans le couloir de la mort,
j'essaie de comprendre comment ça marche.
Trusty vient me voir.
Trusty, le gars qui passe la cirpilière devant la cellule.
Et il me dit, donne-moi un paquet de cigarettes.
Il jette un coup d'œil alentour, je lui demande pourquoi.
Il me dit, ferme-la et donne-moi un paquet de cigarettes.
Je lui file un paquet de cigarettes et il me donne un livre de poche.
L'étranger.
Enfin quelque chose à lire.
C'était un grand moment pour moi.
J'avais ce livre.
Quand vous avez un livre comme ça
et que vous êtes dans le couloir de la mort,
24 heures sur 24, 7 jours sur 7,
la moindre petite chose qui arrive est un événement.
Et j'avais ce livre.
Je me suis fait du café.
Je le verse dans une tasse.
Je prends des feuilles de papier toilette que je roule
et que j'allume pour réchauffer le café.
Mon café installé sur mon lit avec le livre.
Je mets mes lunettes et je commence à lire.
J'en lisais un peu chaque jour.
J'étais très intéressé et du coup,
j'ai voulu en savoir davantage sur la peine de mort.
Surtout maintenant que j'étais concerné.
Avant de lire Camus,
bien qu'étant dans le couloir de la mort,
je pensais que ces gars-là devaient mourir.
Camus pointe aussi un autre aspect.
Le condamné peut être innocent.
On avait tous notre date sur un calendrier.
Chaque jour, vous cochez une case
et un grand cercle marque le jour de votre mort.
On a tous ça.
Maintenant, je fais des conférences et des trucs comme ça
sur l'injustice de la peine de mort
et comment je peux empêcher des gens de mourir.
Et après une trentaine d'années,
je commence à relire Camus.
Ça me donne plus d'énergie et de sensibilité
pour mes interventions.
Camus semble très bien comprendre
ce qui anime les gens,
ce qui les fait réfléchir et comment les faire bouger.
Je ne suis pas aussi intelligent que lui,
mais je peux me servir de lui.
39 % des gens qui viennent à mes conférences
et qui sont pour la peine de mort changent d'avis.
39 %.
Je suis plus efficace, plus performant
dans ce que je fais.
Camus m'aide parce que j'arrive à toucher les gens
sur des points essentiels.
Certains parlent à Dieu, il n'est pas là.
Moi, je parle à Camus parfois
et je me souviens de ce qu'il a écrit sur ces sujets.
Il m'apporte les munitions dont j'ai besoin
pour arrêter la peine de mort.
On l'a déjà aboli dans cinq états
depuis que j'ai commencé.
Et on a été plutôt influents dans certains d'entre eux.
Dans les convulsions du temps,
j'ai été soutenu ainsi.
Par le sentiment obscur
qu'écrire était aujourd'hui un honneur.
Parce que cet acte obligeait
et obligeait à ne pas écrire seulement.
Il m'obligeait particulièrement à porter
tel que j'étais
et selon mes forces.
Avec tous ceux qui vivaient la même histoire,
le malheur et l'espérance
que nous partageons.
Le 7 novembre,
sera l'anniversaire
de la naissance
d'Albert Camus.
Nous aimerions donc chanter
une petite chanson
pour lui.
Je n'ai pas fait de pèlerinage
sur les traces de Camus.
Mais j'ai le sentiment de lui rendre visite
tout le temps, vous savez,
par la lecture,
J'ai tendance en vérité
à revenir à Camus
et à le relire
quand je m'apprête
à arrêter les tournées
et à m'isoler pour écrire.
Parce que quand je le lis,
je commence à avoir soif d'écrire.
C'est très important pour moi
d'avoir un écrivain qui,
dès que je le lis,
me rend agitée.
Parce qu'il me donne envie
de travailler.
Le premier livre de Camus
que j'ai lu, c'est La mort heureuse.
J'ai lu ce livre
peut-être 20 fois.
C'est Camus qui a vraiment
fait de moi une auteure.
C'est Camus qui a vraiment fait de moi une auteure.
Personne ne sache à quel point
il m'a inspirée et influencée.
Moi, je le sais.
Quand j'écris,
je ressens tout ce que j'ai appris
et tout ce que j'apprends encore de lui.
Donc je fais une sorte de pèlerinage quotidien
quand j'écris dans mes carnets,
dans mon journal,
ce qu'il faisait lui aussi.
Quand je me souviens
que je dois être plus active
comme citoyenne
et plus attentive
politiquement,
je pense à lui.
Il fait vraiment partie
de ma vie quotidienne.
Quand j'étais libre
sans besoin de personne
C'était magnifique
Et s'il y avait
une chose
que je pouvais faire pour toi
Tu serais un oeil
dans le ciel bleu
Et s'il y avait
une chose
que je pouvais faire pour toi
Tu serais un oeil
dans le ciel bleu
Merci Albert