« Les nouveaux venus » : accueillir à l'école les enfants de l'exil
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3 Vues de vidéo·15 oct. 2024
L’autrice Aurélie Castex a suivi, pendant près d’un an, une classe « UPE2A », une classe qui accueille des élèves venus du monde entier qui ne parlent pas français.
C'est une immersion riche d'enseignement dans une classe d'enfants venus du monde entier et qui ne parlent pas le français.
Comment ces élèves s'approprient-ils la langue française ? Comment trouvent-ils aussi leur place à l'école ?
Avec nous sur le plateau de 64 minutes Aurélie Castex, bonsoir.
Bonsoir.
Soyez la bienvenue sur TV5.
Vous êtes autrice, illustratrice de cette bande dessinée Les Nouveaux Venus, une bande dessinée publiée aux éditions du Faubourg.
Avec nous également Sophie Delègue, bienvenue.
Vous êtes enseignante à Paris dans une classe d'immunité pédagogique pour élèves allophones nouvellement arrivés, UPE2A.
Aurélie Castex, ici présente, vous a suivi pendant une année à raison d'une fois par semaine.
Ma première question est pour vous Aurélie Castex.
Qu'est-ce qui vous a amené à vous lancer dans ce projet, même plus cette aventure ?
J'ai voulu ouvrir la porte de cette classe que je ne connaissais pas avant de découvrir l'école.
Dans l'école de mes enfants, ce dispositif qui accueille des enfants qui ne parlent pas français et qui viennent d'arriver en France
et qui leur permet d'apprendre le français petit à petit pour intégrer une classe ordinaire en ayant le niveau suffisant pour suivre.
Petit à petit, c'est intéressant parce qu'en fait, à leur rythme.
C'est ça. Les enfants arrivent tout au cours de l'année déjà. Ils n'arrivent pas tous en septembre.
Ils sont évalués et là, on trace un parcours personnalisé en fonction de leurs compétences et de ce qu'ils ont à apprendre.
D'où viennent ces enfants ?
Du monde entier, franchement. Tous les continents sont dans ma classe.
Je pose la question parce que c'est vrai qu'on voit sur des planches quand ils se présentent. On a effectivement le Brésil, on a la Côte d'Ivoire.
On a les pays effectivement que l'on connaît dans ce qu'on appelle nous l'actualité, en sachant de celles et ceux qui fuient les guerres,
notamment Syrie, Afghanistan, pour ne citer que ces deux pays. Mais on a aussi le Pakistan, le Sri Lanka, la Tunisie, l'Égypte également.
Depuis quand existent ces classes ?
Depuis une trentaine d'années déjà. Avant, c'était encore par le séphysème, dans les années 70. C'est vraiment les tout débuts.
Et puis là maintenant, il y en a à Paris, il y a une cinquantaine de classes en élémentaire.
Comment on fait quand un enfant arrive et qu'il ne parle pas un seul mot de français dans la classe ?
Ça passe par quoi ? Par un regard ? Par un sourire ? Par des dessins ?
Il faut lui inspirer confiance déjà. Il y a un accueil. Moi j'accueille l'enfant bien sûr, mais les autres élèves l'accueillent aussi, se présentent.
Et puis il a sa place et on joue, on chante.
Quelle classe avez-vous ? Quel niveau ?
C'est les enfants de 6 à 11 ans.
Qu'est-ce que vous avez essayé de comprendre à travers cette initiative ? Vous n'avez pas posé votre caméra, mais vous avez pris votre stylo.
Comment est-ce que vous avez travaillé pendant un an, à raison d'une fois par semaine ?
Quand on fait de la bande dessinée, quand on dessine, on peut être très discret, c'est l'avantage.
J'ai pu me mettre à hauteur d'enfant, j'étais dans la classe.
Évidemment les enfants au départ me remarquaient parce que quelqu'un qui dessine c'est amusant, mais petit à petit ils m'ont oublié.
Et ça m'a permis d'observer dans la durée tout ce qui pouvait se passer et de recueillir toutes les paroles, toutes les étapes d'apprentissage, les difficultés.
J'ai quasiment rien inventé dans les mots qui sont dans le livre, ce sont des retranscriptions.
Des scènes de vie, des paroles d'enfant.
La difficulté d'apprendre une langue, on la connaît, notamment le français, qui n'est pas facile.
En moyenne, combien de temps mettent ces enfants à pouvoir tenir une petite discussion, à échanger avec leurs camarades ?
Une petite discussion ça va assez vite parce qu'ils ont envie de communiquer, ils jouent dans la cour, donc il y a assez rapidement des échanges.
Mon travail c'est aussi de leur apprendre la langue écrite, parce que c'est le français de scolarisation.
Il faut qu'ils puissent suivre une classe ordinaire au bout d'un an, un an, peut-être 14 mois, 15 mois, quand les enfants n'ont pas été scolarisés antérieurement.
Ça veut dire qu'ils apprennent vite.
Oui, et ils travaillent énormément.
On s'amuse beaucoup, on joue, on s'amuse beaucoup.
C'est ce qui ressort de cette bande dessinée, vous travaillez beaucoup, il y a de l'humour.
Il y a un petit qui vient de Tunisie, un petit qui vient d'Egypte, et il y a un petit qui veut être le traducteur.
Sauf que le tunisien, l'arabe tunisien et l'arabe égyptien, ce n'est pas tout à fait le même.
Et quand bien même ils peuvent traduire, vous leur dites tu traduis, mais quand je le demande en fait.
C'est ça.
Donc effectivement, je m'appuie aussi sur les langues présentes dans la classe, ceux qui sont déjà là.
Parfois je demande une reformulation.
Mais l'objectif c'est qu'ils apprennent le français et ils l'apprennent assez rapidement.
Et vous abordez toutes les questions, notamment d'ailleurs, dès le plus jeune âge, la laïcité.
Puisqu'il y a un petit qui est musulman et qui dit qu'après la mort, on va au paradis.
Sauf que la petite Sri Lankaise, elle est bouddhiste, et donc c'est la question de la réincarnation.
Sauf qu'après je crois que vous dites mon Dieu, dans la face qui suit, en disant on laisse du aller.
C'est le type de langage qu'il relève.
Alors plus sérieusement, c'est vrai qu'on le voyait à travers cet exemple de l'Italie et de l'Albanie.
On parle souvent de ce qu'on appelle la crise migratoire.
Parfois, on essaie nous à TV5MONDE, évidemment, à travers des artistes, à travers des reportages, des films.
Notamment des romans aussi, de donner un visage à celles et ceux qui arrivent en France et qui ont fui la guerre par exemple.
Qu'est-ce que vous avez essayé de montrer à travers cette initiative ?
Qu'il y a des enseignants qui se battent pour prouver que l'intégration, elle est possible.
Il y a des enseignants qui se battent pour accueillir les enfants.
Et effectivement, ce qu'on voit dans cette classe, c'est que c'est un petit monde dans lequel chacun accueille l'autre.
Tous ont vécu des exils différents, plus ou moins traumatisants.
Mais ce qu'on voit dans le travail de Sophie, c'est qu'elle leur apprend à accueillir le suivant et qu'il soit le bienvenu.
Et malgré toutes les difficultés auxquelles ils font face, on voit que dans la classe, ça fonctionne bien.
Il y a de la discussion, justement, quand vous parliez de religion.
Il y a plein de questions qui se passent, qui sont des grandes questions de société, mais qui sont traitées de façon entre-enfants, simple.
Il y a cette planche, notamment, où on voit un enfant qui se met à pleurer, qui ne dit pas le bateau.
On imagine qu'il a effectivement traversé la Méditerranée, on imagine la peur que ça doit susciter chez un enfant.
Comment vous avez vécu cette expérience ?
C'est vrai que pour les enseignants, c'est un travail de l'ombre qu'on ne voit pas forcément.
L'éducation nationale est souvent critiquée, décriée.
Pour vous, c'est quelque chose qu'il faut mettre en valeur et en avant, mais il faut mettre les moyens.
C'est ça, mais pour cette petite fille qui avait peur du bateau, effectivement, on a discuté longtemps.
Je lui ai montré les photos du bateau mou, je serai à côté de toi, c'est comme l'autobus, on a des vrais sièges.
Et finalement, elle a accepté de venir et elle était très très heureuse.
Quand on en a reparlé, ce qui a été intéressant avec Aurélie, c'est qu'elle a observé la classe,
mais elle m'a demandé si je connaissais d'anciens élèves.
Et régulièrement, j'ai d'anciens élèves qui reviennent d'eux-mêmes,
de m'apprendre qu'ils passent en terminale dans tel lycée, qu'ils sont en seconde année de fac,
et c'est jeunes.
Là, je garde des contacts et c'est ces jeunes que j'ai présentés à Aurélie.
Et voilà l'aventure.
C'est une grande aventure.
Et apprendre le français à ses enfants, c'est aussi favoriser une meilleure intégration, on l'imagine, de toute une famille.
Merci beaucoup les nouveaux venus Aurélie Castex et Sophie Delaguerre.
Merci à toutes les deux d'être venues sur l'international.
Merci, merci à vous.
