Diaporama Monseigneur Jean de Saint Denis

silouane1054
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18 oct. 2024
Mgr Jean de Saint-Denis a été canonisé par deux Eglises orthodoxes occidentales : l'Eglise Orthodoxe des Gaules (EOG) et l'Eglise catholique orthodoxe de France
https://eglise-catholique-orthodoxe-de-france.fr/eglise/fondateurs/eugraph-kovalevsky-eveque-jean-de-saint-denis-saint-jean-de-paris/
Le Graf Kowalewski naquit à Saint-Pétersbourg le samedi 8 avril 1905 à midi, l'apogée
du soleil, fête dans l'église orthodoxe russe de l'archange Gabriel, le porteur
de la bonne nouvelle.
La famille des Kowalewskis est ukrainienne.
Elle est européenne par goût humaniste et en même temps très profondément liée
à la vie culturelle, religieuse et politique de la Russie à laquelle elle a donné des
gens de lettres, des sociologues, historiens, mathématiciens, militaires et diplomates.
Le petit Graf arrive dans un pays qui prépare sa révolution.
Il est dans une église, l'église orthodoxe, qui réforme son enseignement catéchétique
et ses constitutions pour écarter le joug exagéré de l'état sur la vie ecclésiale.
La nounou de l'enfant, fille d'un diacre, pressente qu'il n'est pas comme les autres
enfants.
Elle l'emmène dans une église paroissiale, le sauveur sur le sang, tandis que ses parents
et ses frères fréquentent une communauté mondaine non paroissiale.
Très jeune, il fait l'expérience de Dieu.
Je devais avoir entre 4 et 5 ans.
C'était une fête ou mon anniversaire, je ne me souviens plus.
Mes frères étaient malades, j'étais dans le lit de mes parents.
Exceptionnellement, papa avait déposé près du lit des joujoux.
Mais je vois la chambre s'amplir d'une lumière ineffable, qui se condense surtout
au-dessus de moi, plus claire et en même temps plus douce que la lumière du soleil.
Elle est or, pure, bleuâtre, cette lumière, je le sais, est sa présence.
Je suis envahi, submergé par un bonheur inexprimable, et je me demande pourquoi le reste existe,
pourquoi existe le temps, la vie, les joujoux, car tout est dans cette lumière qui me couvre
comme une couverture sans pesanteur, et je me décide à regarder tout ce qui n'est
pas Dieu avec bienveillance, sans rien demander, ayant senti la crainte de mépriser le monde.
L'intériorisation pour retrouver l'intimité divine et pour discerner les voies du Christ
devinrent une habitude précoce chez l'enfant.
Ils ont conçu pour la vie entière la honte de profiter en quoi que ce soit de la création
et de la créature, et le désir exclusif d'imiter le Créateur vis-à-vis du monde
en le servant.
L'Esprit Saint de Dieu se fit le pédagogue de l'enfant, comme pour le prophète Élie.
J'avais onze ans, j'étais assis dans ma chambre, un étrange et léger sommeil me
prit.
Dans ce rêve, je vis s'élancer du ciel comme une flèche, un oiseau de feu, les ailes
pliées, le bec en avant.
Il me blessa le cœur avec son bec, cette blessure brûlante, contenant une souffrance
béatifique et un amour inexprimable, et demeurait toute ma vie dans mon cœur.
Certes, je l'oublie, mais le moindre rappel l'a fait revivre, c'est une sensation presque
physique.
Il y avait des instants où je me demandais pourquoi ma chemise me brûlait.
Parfois, elle se manifeste comme gémissement ineffable dans le cœur.
Sans comprendre ce qu'est le Saint-Esprit, j'ai éprouvé l'évidence qu'il est
là, donateur de l'amour divin à l'homme.
Dans mon songe, je fus envahi d'un bonheur tel que je voulais m'emparer de l'oiseau
de feu afin de le retenir pour toujours.
Dès que je l'eus pris, il devint un oiseau de bois sculpté, à la manière de ceux que
fabriquent les artisans russes.
Je me réveillais aussitôt.
Dieu m'a blessé par sa grâce, mais il ne se laisse point posséder.
La blessure est restée, mais je ne le possède pas.
Le Graffe avait aussi honte d'être quelque chose.
Il voulait toujours être pour quelque chose, et jamais il ne se demanda ce qu'il deviendrait.
J'aimais tous les êtres.
Je ne me voyais point ennemi, mais je n'avais confiance en personne.
Je n'avais besoin de personne, tout en désirant faire du bien à tous.
L'unique refuge où je me sentais à l'abri était la Trinité.
Tout me semblait instable, ma vie si courte, le monde si fragile, les êtres si peu existants.
Dans la Trinité, je trouvais soudain le sol ferme, quelque chose de réel, d'immédiat
qui ne me trompe pas, d'inebranlable, et je répétais pour ne pas disparaître, « Trinité
unité, mon unique ami » que je devais avoir dans les dix ans.
Son éducation fut sévère.
Sa mère lui faisait donner, outre la pédagogie à l'école réformée de Saint-Pétersbourg,
des leçons de danse, de peinture, de musique et d'harmonie par les meilleurs professeurs
et artistes.
L'école, pour lui, était un cauchemar, car il ne désirait que créer, et sitôt
qu'il ne créait pas, la pensée s'arrêtait.
Au lieu de faire des études, il écrivait des livres, concevant que la philosophie était
en trop simple, il éprouvait la nostalgie de Dieu, unique refuge en un monde trop vite
conquis.
L'an 1917 arrive, le tsar Nicolas II abdique, l'église russe réunit un concile à Moscou
et le métropolite Tikhon, tête de l'église russe en Amérique du Nord, est élu patriarche.
La guerre civile est là.
Pendant ce temps, Eugrafe, qui a onze ans, fréquente les Saints.
Avec son frère Maxime, il peint chaque jour l'icône du Saint du Jour et réalise les
trois cents soixante-cinq icônes.
La famine se présente.
Eugrafe a treize ans et songe.
Est-il possible qu'il existe des pays où l'on mange ? Une faiblesse permanente s'empare
alors de lui, il se transformera en fatigue croissante.
La famille Kowalewski quitte Saint-Pétersbourg pour Kharkov, en Ukraine, où la ville subit
le va-et-vient des régimes autonomistes bolchéviques et blancs.
La persécution religieuse est effroyable.
Avec des moines, Eugrafe, qui est petit, s'en va tirer les cadavres par la lucarne hors
des sous-sols de la Tchéka pour les passer aux moines qui les enterrent, et prie de prière
et de quête de Dieu, l'adolescent – il a quatorze ans – quitte sa maison et va
habiter au monastère de Pokrov, monastère du manteau de la Vierge, protégé par son
parent, le métropolite Antoine de Kiev, grand théologien et restaurateur de la vie monastique
en Russie au début du vingtième siècle.
Paloté de la ville à la campagne et déceversa par la guerre civile, Eugrafe arrive avec
les siens en Crimée.
Émigré depuis Sébastopol, la famille Kowalewski atteint en bateau Constantinople.
On embarque là sur un bateau réquisitionné par la France et en février 1920, la famille
arrive en France et s'installe pour commencer à Nice, où Eugrafe est ordonné, le 18 octobre
1921, lecteur pour l'église russe de la ville.
S'il se remet aux études, il part aussitôt à la découverte des hauts lieux de France
et surtout à la recherche des saints locaux.
« Sans les saints locaux, sans les lieux saints, je ne pouvais respirer.
Ils m'étaient aussi nécessaires que l'air et le soleil.
Je peux dire que ma jeunesse est passée en pèlerinage et découverte de la sainteté.
Le pèlerinage est une chose merveilleuse, le moindre signe sur la route est un langage
du ciel.
»
Ce ciel atteint Eugrafe Kowalewski à Poitiers quelques années plus tard pour lui confier
sa mission en France.
L'événement aura lieu dans l'église de Sainte-Radegonde, Reine de France, au sixième
siècle.
À la recherche de l'iconographie occidentale, le jeune homme s'en vient visiter les fresques
de l'église Sainte-Radegonde à Poitiers.
Dans la crypte de ce sanctuaire, où il était venu en esthède religieux seulement et oublieux
de la sainteté, en passant sur le tombeau de la Sainte dans un mélange de joie et de
crainte qui ne sont pas de ce monde, il entend « Je veux que la France devienne orthodoxe
».
Et il reçoit la force pour commencer cette œuvre.
La renaissance de l'orthodoxie en France, la restauration de l'église de France dans
l'esprit où elle vécut durant les premiers siècles de sa fondation, devient ce jour
à Poitiers la mission d'Eugrafe Kowalewski, l'œuvre pour le reste de sa vie.
Avec quelques jeunes autres Russes émigrés, dont Wladimir Lossky et Léonid Ouspensky,
Eugrafe Kowalewski a fondé en 1925 une confrérie qu'il place sous le patronage de Saint Fosius,
le grand patriarche de l'église de Constantinople, qui fut le savant le plus illustre de son
siècle, le IXe, et qui pensait que l'autorité dans l'église universelle et les décisions
sur les dogmes divins relèvent de la conciliarité.
Le but de cette confrérie est de travailler à l'indépendance et à l'universalisme
de l'orthodoxie.
Dans cette confrérie, née à Paris le 11 février 1925, on étudie le travail ecclésial
et paroissial, la défense de l'orthodoxie et la mission de l'orthodoxie.
Nommé président d'une province de la confrérie, la province Saint-Irénée-de-Lyon, Eugrafe,
qui est en même temps, comme presque tous les confrères, étudiant à l'Institut Saint-Serge,
y exprime son souci de l'église universelle et le but de son action.
Redonner à l'Occident sa conscience propre au sein de l'universalité de l'orthodoxie.
La confrérie de Saint-Faucius vivra 25 années.
Le fruit principal de ses travaux, grâce à l'ardeur et à l'application de Graf
Kowalewski, sera de donner des principes à la naissance d'une église orthodoxe
au Occident et de lui fournir des matériaux théologiques, liturgiques et canoniques.
Avec cela, l'exode des Russes en Europe prend tout son sens.
Comme le dira plus tard, en 1964, l'archevêque Jean de San Francisco, qui sacrera évêque
Eugrafe Kowalewski, « Dieu a permis l'émigration des Russes orthodoxes et de beaucoup des plus
affermis d'entre eux, afin de communiquer à l'Occident les fondements et les goûts
de l'orthodoxie.
Agissant alors avec zèle pour la maison de Dieu dans cette sainte France où l'Esprit
la conduit, Eugrafe ne songe qu'au bien-être spirituel des autres.
Il devient le serviteur des prêtres qui l'accompagnent en mission.
Il prépare les bagages, dispose ce qu'il faut pour la messe, chante, lit, visite les
malades, boit, mange avec eux, parfois ne boit ni ne mange, et se retrouve solitaire
dans une ville de province.
Il accepte tous les déplacements, ne passe plus aucune fête en famille ni avec ses amis,
mais refuse à plusieurs reprises le diaconat et la prêtrise.
Il ne veut pas être prêtre dans une paroisse russe ni dans une paroisse française de rite
orientale.
Son but, bien qu'il n'ait pas encore adopté une forme définitive, est de faire surgir
du sol et du milieu français une église de foi orthodoxe et d'expérience occidentale,
surtout dans les formes rituelles et canoniques.
Comme laïc, il accepte alors de s'occuper d'une paroisse française naissante de rite
orientale et, selon son expression, de lui donner un coup de main.
Cette paroisse est fondée le 3 novembre 1927.
En ce même temps, Eugrave Kowalewski fréquente le milieu intellectuel français, où Jacques
Maritain, proche du domicile de ses parents, rassemble des hommes tels que Gabriel Marcel,
Emmanuel Mounier, Jean Cocteau et Daniel Rops.
Eugrave s'éloigne progressivement de l'émigration russe et de ses troubles, calqués sur les
querelles politiques partagées entre progressistes et réactionnaires.
Il s'attache à faire renaître une église française, mais, dans la tourment des options
russes orthodoxes en France, ses positions et ses rapports sont reçus sans grand intérêt.
L'année 1936 est un tournant définitif de l'existence d'Eugrave Kowalewski.
Il va rencontrer celui qu'il cherchait sans le connaître, Mgr Wienhardt.
Ce dernier, venu de l'église romaine où il était prêtre, avait fondé une église
catholique évangélique de France.
L'homme et son église évoluaient depuis 1919, sans le savoir, vers l'orthodoxie.
Enracinés dans la tradition et le sol chrétien de la France, ils étaient pris d'une crise
de conscience aiguë sur la nature de l'église et sur le contenu de la foi.
Le contexte du début du XXe siècle ne donnait aucune réponse à leur quête.
Aussi évoluaient-ils auprès des églises de ce temps, aptes à écouter tous ceux qui,
comme eux-mêmes, cherchaient aussi où pouvait bien résider le prophétisme chrétien.
Sur son chemin, Mgr Louis-Charles Wienhardt rencontra Emmanuel Mounier, l'admirable
pasteur Wilfried Monod, Marc Sangier, jusqu'au jour où un prêtre orthodoxe, venu, lui,
de l'église de Rome, le prêtre Lève-Gillet, aujourd'hui connu par ses écrits sous le
nom d'un moine de l'église d'Orient, lui révèle le contenu de la foi et de l'égliseologie
orthodoxe.
Et l'Esprit-Saint de Dieu le met en relation avec Eugrafe Kovalescu.
En ce temps, réside à Moscou un saint et un prophète, le métropolite Serge, qui préside
au destin et au martyre de l'église orthodoxe russe.
Il est l'hokum tenens du patriarche.
Eugrafe Kovalescu, mu par son universalisme chrétien et par le commandement ecclésial
reçu de Sainte-Hora de Gonde, reconnaît en Mgr Wienhardt et en ses communautés le
peuple d'Occident qui s'avance vers l'orthodoxie de la foi et vers la restauration des églises
de ce même Occident dans l'esprit de l'église primitive.
Les deux hommes sollicitent l'aide du métropolite Serge à Moscou, c'est-à-dire de l'église
patriarcale russe.
L'esprit prophétique du futur patriarche adopte la question et, après trois mois d'études
seulement, arrive à Paris la décision historique, le décret du 16 juin 1936.
Les paroisses réunies à l'église orthodoxe se servant du rite occidental seront désignées
comme église orthodoxe occidentale, signée Serge, métropolite de Moscou.
L'un des plus grands événements de ces siècles vient de se produire et comme toujours
dans un christianisme naissant, renaissant, presque à l'insu du monde obsédé de politique
et presque à l'insu également des responsables religieux de l'époque.
L'église orthodoxe d'Occident rejaillit du sol après un millénaire souterrain aidé
en cela par les russes, par ceux qui se firent baptiser, au temps même où cette église
commençait sa carrière souterraine à la fin du Xe siècle.
Alors tout va très vite, tout se précipite comme il en fut de la vie du Christ après
des millénaires d'attente.
Le graphe Kowalewski est ordonné prêtre par le métropolite Héleutère qui représente
en France le patriarcat de Moscou et sa première célébration liturgique.
Le dimanche 7 mars 1937 est celle de l'enterrement de Mgr Wienhardt, le nouveau père graphe
avait accepté, à la demande de Mgr Wienhardt, se sachant mourant, de devenir responsable
de l'église d'Occident.
De cette transmission extrême, on retiendra l'analogie avec Moïse qui meurt aux abords
de la terre promise laissant à Josué de conduire le peuple à travers le Jourdain.
Le caractère homéopathique de l'église orthodoxe occidentale à cette époque, il
ne devait pas y avoir plus de 50 fidèles orthodoxes, oblige le père graphe à travailler
pour le futur en bâtissant sur la force de Dieu pour ce qui est l'œuvre la plus grande
de notre époque et qui se nomme l'incarnation de l'orthodoxie en Occident.
L'instrument privilégié de la vie ecclésiale dans l'église de tous les temps et dans
le cœur du père graphe est le rite, la liturgie.
Aussi va-t-il donner son attention et son génie à l'élaboration de cet instrument
qu'est la prière liturgique pour la louange divine dans la bouche des français et des
autres occidentaux.
Le 3 septembre 1939, la guerre est là.
Le père graphe est mobilisé et l'orthodoxie occidentale endosse un uniforme de pionnier
de deuxième classe.
La construction de l'église orthodoxe de France s'arrête et une période nouvelle
commence, celle du petit père aux armées, car tel est le nom que lui donneront ses camarades
soldats et prisonniers au sein d'une extraordinaire popularité.
Mais il continue de porter l'église à venir en son sein comme une femme enceinte
et à la préparer.
Le père graphe est fait prisonnier et mis au stalag 4B.
Il passera volontairement du camp des prisonniers français au camp des prisonniers russes
soviétiques, puis durement traité par les Allemands et atteint du typhus, puis il sera
libéré le 13 octobre 1943.
Rentrant à Paris, il retrouve les quelques orthodoxes français emplis d'espérance
dans la reconstruction de leur église antique.
Le père graphe se remet à l'oeuvre.
Il veut acquérir et construire une liturgie occidentale et ouvrir une école universitaire
de théologie.
L'école de théologie ouvrira ses portes le 15 novembre 1944 sous le nom d'Institut
Saint-Denis, car les premiers cours y sont donnés par le père graphe sur l'oeuvre
du divin Denis, Saint-Denis l'Aréopagite, et par Vladimir Lossky, bientôt connu comme
le théologien qui expose la théologie de la lumière.
Cette école, selon le désir formel de son saint fondateur, le père graphe, est un lieu
de rayonnement orthodoxe et simultanément d'accueil des traditions catholiques et
protestantes.
Le 1er mai 1945 a lieu la première célébration de la sainte liturgie selon l'ancien rite
Avec l'aide des recherches faites par la confrérie de Saint-Félicius et des liturges
et érudits contemporains de l'église de Rome, le père graphe, après d'immenses
travaux, redonne à l'église orthodoxe de France sa liturgie antique, sa colonne vertébrale
et son souffle personnel.
La liturgie selon Saint Germain de Paris.
Cette liturgie touche l'esprit français car elle rétablit le pont mystérieux et
divin entre l'Occident et l'Orient.
Depuis cette date de 1945, l'ancien rite des Gaules est célébré dans les paroisses
de l'église orthodoxe occidentale, en France, en Belgique, en Suisse, en Espagne,
en Allemagne et dans les deux Amériques, du Nord et du Sud, au fur et à mesure de
la création de ces communautés.
Sous la protection de l'église russe patriarcale et avec l'activité de feu de l'archiprêtre
graphe Kowalski, l'église orthodoxe de France et l'Occident apprend l'orthodoxie
et forge son expérience spirituelle.
Comme il n'y a pas d'église sans l'évêque, l'épiscopat se profile pour celui qui est
l'âme de ce mouvement.
Tribulé par les critiques des clercs et des fidèles de l'église russe patriarcale
de Paris, qui veulent résorber le milieu orthodoxe occidental naissant dans le grand
corps traditionnel russe, le père graphe pense qu'il doit se retirer.
Voici venu le temps de la rupture, la première dure épreuve pour un archiprêtre légitimiste
et attaché à l'obéissance.
Pour préserver l'identité et la vérité de la petite église occidentale orthodoxe,
il faut se détacher de l'église patriarcale russe.
Au cours d'un voyage en 1954 auprès du patriarcat de Constantinople, le père graphe
visite assise et prie dans la basilique qui enferme la portion cule où saint François
commença sa lutte spirituelle.
Il écrivit alors « l'essentiel de la vie chrétienne est de dégager l'obéissance
comme un pur point géométrique ». Et voici, la portion cule est ce pur point géométrique,
point orthodoxe d'intimité avec Dieu, d'abondance totale à celui qui nous possède et nous
traverse.
Le saint est le soleil où se rassemblent tous les obscurs rayons humains.
Il brille d'une manière personnelle, unique, mais leur offre la possibilité de briller
eux aussi.
Cet amour des saints, qui lui est nécessaire autant que le soleil et la lumière, n'empêche
pas le père graphe d'apprécier toute l'humanité et d'en discerner les contours à la manière
d'un père de l'église.
Quatre années vont passer et en 1957 l'archiprêtre graphe va rencontrer un archevêque russe,
émigré et membre du synode connu sous le nom d'église hors-russe hors-frontière.
Cet archevêque est Jean de Changaï qui serait canonisé et connu sous le nom de Saint Jean
de San Francisco.
Cet homme, projeté en Orient puis en Occident comme le père graphe, va comprendre ce dernier
et faire reprendre et bénir par l'église russe hors-frontière ce qui avait été commencé
et béni par l'église de Moscou.
L'église orthodoxe de France est reçue dans l'obédience russe hors-frontière avec un
statut d'autonomie.
L'archevêque Jean sera son protecteur et le 11 novembre 1964, jour de la fête de Saint
Martin, l'apôtre des Gaules, il sacrévèque le père graphe à San Francisco où l'archevêque
Jean a été nommé.
Le nouvel évêque reçoit le nom de Jean, du patronyme de Saint Jean de Kronstadt, prêtre
russe qui fut un thomaturge prodigieux tout en desservant la cathédrale Saint-André
de Kronstadt dans les faubourgs de Saint-Pétersbourg.
Le métropolite Anastas, qui préside l'église russe hors-frontière, portera ce toast prophétique.
« Par votre sacre, M. l'archiprêtre, l'église russe hors-frontière ne crée pas un nouveau
diocèse, ni même une nouvelle province ecclésiastique.
Elle a l'insigne honneur de devenir la source d'une nouvelle église et de participer à
la renaissance de l'ancienne église orthodoxe de France.
L'évêque Jean disait volontiers que le Christ a apporté deux choses nouvelles dans
le monde, une manière nouvelle de penser et l'épiscopat.
Il fut l'icône vivante de cette double nouveauté et il put, par la même, susciter cet événement
unique de la renaissance de l'église orthodoxe d'Occident.
Cette œuvre fut chèrement acquise et la mena physiquement épuisée au seuil de la
mort.
L'archevêque Jean de San Francisco étant mort en 1966, ses successeurs n'héritèrent
pas de sa sainteté et de sa clairvoyance et ils se liguèrent contre l'église orthodoxe
occidentale comme l'avait fait en 1952 la représentation en France de l'église russe
patriarcale.
Il fallut une deuxième fois rompre avec l'église protectrice afin de préserver l'identité
de la nouvelle née.
Cette deuxième rupture provoqua un tel désordre dans le troupeau même de l'évêque Jean
de Saint-Denis qu'elle fut la pire épreuve de sa vie et atteint sa fin.
En 1967, un nouveau frère à l'esprit prophétique se présenta en la personne du patriarche
justinien, patriarche de l'église orthodoxe de Roumanie.
Il était trop tard pour mener à terme la discussion sur l'église d'Occident mais
il était temps encore pour être reçu et s'entendre dire par le patriarche justinien
à Bucarest en avril 1967, que reçoit en votre éminence non pas un évêque seulement
mais le chef d'une église.
En 1969, il rencontre le primat de l'église orthodoxe celte, Margeur Jus, sixième patriarche
de Glastonbury.
Il consélèbre avec lui la liturgie, nous dit le père Goard, témoin oculaire de la
scène mais le temps est déjà compté pour Jean de Saint-Denis.
Dès qu'il a posé si puissamment comme base de la doctrine apostolique la trinité,
en elle-même, Dieu unique et en même temps son action dans le monde, Saint-Hériné va
parler de distinction des trois formes de religion tendance dans l'humanité.
Et dans ce passage, il va dire que Dieu, créateur du ciel et de la terre et de tout l'univers,
des anges, des hommes, seigneur de tous, par qui tout est, par qui toute chose est
nourrie, miséricordieux, compatissant, plein de tendresse, bon, juste, Dieu de tous, des
tous, juif, païen, chrétien.
Immédiatement, quand il a prononcé ce mot, quand il a vu dans sa contemplation la plus
pure de la divine trinité, à laquelle je voulais tellement vous introduire, mais j'ai
peur que ça prendra le temps, et en contempler Dieu en lui-même, il jette son regard sur
l'humanité et veut que le chrétien saisit l'universalité de cette trinité, de ce Dieu
trinitaire.
Et cette universalité, non seulement comme une chose lointaine, réservée aux hommes
initiés, aux saints, aux mystiques, au Moïse qui monte sur Mont-Sinaï pour contempler
le dos de Dieu, à Élie qui peut le voir dans la caverne en sortant, recouvrant le visage,
pas seulement aux apôtres qui le contemplent, mais que le Dieu de tous, le plus petit comme
tous les grands, de chrétiens, de païens, de juifs, de croyants, les incrédules, de
tous, car il est nourricier.
Et c'est une image profondément chrétienne, euh, chrétienne, universelle, je dirais,
mais plus chrétienne qu'universelle.
En général, on nourrit Dieu.
Dieu de chrétien nous nourrit.
D'où l'idée et d'où le mystère de l'Eucharistie.
Dieu devient non seulement créateur et serviteur, mais notre pain quotidien, notre nourriture.
Il alimente le monde par lui-même, par sa divinité.
Et immédiatement, on l'a dit, dans cette intimité, quand on a découvert que ce Dieu
n'existe plus.
Liturge eut jusqu'à son dernier souffle, comme son maître le Christ, l'évêque Jean
de Saint-Denis naquit au ciel un vendredi à 15 heures.
C'était le 30 janvier 1970, le jour de la fête des trois saints docteurs de Lorient,
Saint Jean Chrysostome, Saint Basile le Grand et Saint Grégoire de Naziance.
Une œuvre immense est inaugurée par celui qui fut prélestiné depuis la Russie, à
vivifier le christianisme de l'Occident au XXe siècle.
Liturge, théologien, canoniste, iconographe, l'évêque Jean fut aussi peintre, musicien,
mathématicien.
Tous ces dons extraordinaires eurent le plus grand mal à s'exprimer, mais ils furent
efficaces en ce lieu, la France, et en son cœur, Paris.
L'église du Christ est destinée à faire des saints.
Lorsqu'elle y parvient, elle est justifiée et elle donne le nouveau soleil au monde.
Lorsqu'elle faillit, elle ouvre les abîmes à ceux qui n'en ont déjà que trop.
Mgr Jean de Saint-Denis, à part sa vie et son œuvre inscrite au cœur de la tradition
et en conformité avec les pères de l'église, ouvre à l'Occident un lieu et un champ d'activité
pour la sainteté.
