Abonnez-vous à la chaîne ! https://bit.ly/47Vhx2q Être espion dans la vrai vie ! : Rencontre d'anciens espions - C'est pas sorcier [Intégrale]
Fred et Jamy sont partis à Berlin pour rencontrer d'anciens espions. Ils nous font découvrir le Pont de Glienicke, sur lequel l'Est et l'Ouest échangeaient leurs espions. Fred rencontre Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, qui nous parle du contre-espionnage et des écoutes téléphoniques. Il suit également le parcours d'une valise diplomatique de l'aéroport de Tegel jusqu'à son ouverture au Quai d'Orsay et nous explique comment les services de renseignements se servent de l'immunité diplomatique pour pratiquer l’espionnage. Quels sont les principaux services de renseignements dans le monde ? Comment ça fonctionne, l'immunité diplomatique ? Qu’est-ce que c’est la cryptologie ?
« C’est pas sorcier », le magazine de la science et de la découverte présenté par Fred, Jamy et Sabine. A bord de leur camion laboratoire, les trois présentateurs nous emmènent vers des sites insolites et spectaculaires pour nous expliquer le monde qui nous entoure.
Dis donc Jamy, on a été fouillé, regarde le bazar !
J'trouve plus les plans des maquettes, on s'est fait voler les plans des maquettes !
A mon avis, ça c'est de l'espionnage !
Bon attends, j'connais des espions, ils vont nous aider à régler ça !
Où ça ?
À Berlin ! Allez Marcel, à Berlin !
Go !
Hé Jamy, je vais avoir rendez-vous avec mon espion, ouvre l'œil !
Et toi ferme la porte, on s'est déjà tout fait voler !
Berlin se trouve au cœur de l'Allemagne, ici.
Avant 1989, cette ville était totalement différente des autres villes allemandes.
Revenons en arrière.
À la fin de la deuxième guerre mondiale, l'Europe est divisée en deux,
et la ligne de partage passe par l'Allemagne.
À l'est, il y a une zone communiste, à l'ouest, une zone non-communiste.
Berlin se trouve dans la zone communiste.
Et alors, me direz-vous ?
Eh bien, cette ville aussi a été divisée en deux blocs.
À l'est, le bloc communiste, occupé par les soviétiques.
À l'ouest, le bloc capitaliste, occupé par les américains, les anglais et les français.
L'opposition entre les deux blocs ira même, en 1961, jusqu'à la construction d'un mur,
séparant physiquement la ville en deux.
Seulement, jusqu'en 1989, à cause de sa situation géographique,
Berlin-Ouest constituait une véritable enclave capitaliste en territoire communiste.
Regarde, Jamy, ça, c'est la porte de Brandenburg.
C'était le symbole de la séparation entre le bloc de l'est et le bloc de l'ouest.
Ici, on était à Berlin-Est.
Et lorsque l'on franchissait la porte, enfin à l'époque,
ce n'était pas possible parce qu'entre les deux, il y avait un mur,
on se retrouvait à Berlin-Ouest.
Alors on comprend mieux pourquoi Berlin était devenue la capitale mondiale de l'espionnage.
C'était une voie de passage pour les agents secrets des deux blocs.
Et comme on n'était pas loin les uns des autres, on pouvait s'espionner facilement.
Et voilà, là, je suis à l'ouest.
À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les américains et les russes étaient dans le même camp.
Ils avaient gagné la guerre ensemble.
Mais ils ne vont pas rester copains très longtemps.
À Berlin, dans la nuit du 13 août 1961, les communistes encerclent le secteur occidental.
En construisant un mur isolant Berlin-Ouest du reste de l'Allemagne communiste.
Pour savoir ce qui se passait de l'autre côté,
les services secrets américains passent sous le mur,
en creusant un tunnel de 450 mètres de long.
Et ils espionnent les soviétiques.
En fait, les russes découvrent le tunnel et le détruisent.
C'est la guerre froide.
Les deux grandes puissances se disputent le contrôle du monde.
Pour y parvenir, l'espionnage est l'arme la plus efficace dans tous les domaines.
Armement, espace, nucléaire.
Heureusement, après 30 ans de guerre secrète, c'est la détente entre les deux blocs.
En novembre 1989, le mur de Berlin est détruit.
Il ne reste quasiment plus rien de ce mur qui, à l'époque, faisait 100 km de long.
Alors la guerre froide, heureusement, est terminée.
Mais tu sais, Jamy, les espions n'ont pas disparu pour autant.
Et non.
Chaque pays possède toujours son ou ses services de renseignement.
Simplement, certains d'entre eux ont changé de nom, à commencer par le plus célèbre d'entre eux.
Le KGB, qui désormais s'appelle l'AFB, mais qui ne travaille plus que pour la Russie.
Au plus fort de la guerre froide, on dit que les services secrets de l'ex-Union soviétique
ont compté plus d'un million 500 000 agents.
En face, il y avait, mais il y a toujours, la CIA.
Officiellement, les services secrets américains comptent 20 000 agents.
Plus proche de nous, en Angleterre, c'est toujours le MI6 qui travaille pour la Reine avec 3 000 agents.
Enfin, le tour d'horizon ne serait pas complet sans passer par la France,
où c'est la DGSE, Direction Générale de la Sécurité Extérieure,
qui, comme son nom l'indique, observe tout ce qui se passe à l'extérieur du territoire français.
Effectif, 3 000 agents.
Ici, nous sommes à Checkpoint Charlie.
Checkpoint Charlie, c'était un point de contrôle et un lieu de passage
entre le quartier américain de Berlin-Ouest et Berlin-Est.
Autrement dit, ceux qui habitaient à l'ouest avaient le droit de passer à l'est,
mais ceux qui habitaient à l'est n'avaient pas le droit de venir ici.
Et puis, c'est aussi là que les espions essayaient de passer, mais ce n'était pas facile,
car, regardez bien, dans cet immeuble, il y avait les services secrets est-allemand,
et juste en face, dans cet immeuble, il y avait les services secrets américains, la CIA.
Bon, alors, qu'est-ce qu'il fait, mon espion, là ?
Oh, Fred !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Regarde bien.
Il est en retard.
Mais ce n'est pas ici que tu as rendez-vous, c'est dans une cabine téléphonique.
Et sois discret.
Discret, tu peux le parler.
Tu as vu ta cravate, tu crois qu'elle est discrète ?
Écoute, moi, je sors à Berlin, je soigne la présentation.
Bon, allez, j'y vais.
Fais attention, j'ai l'impression qu'on est suivi.
Tu crois ?
Bon, j'y vais.
Allô ?
Vous êtes bien Hans Föckner ?
Allô, oui, c'est moi.
On m'a dit que vous aviez été agent secret pour l'Allemagne de l'Est, c'est exact ?
C'est exact.
Alors, quelle était votre mission quand vous alliez en France ?
Ma mission consistait à pénétrer l'OTAN.
L'OTAN, c'est l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.
C'est une alliance militaire signée en 1949 entre les puissances de l'Ouest pour faire face aux dangers secours.
Hans Föckner, notre espion, a été envoyé en mission en France pour observer les bases militaires
et recruter un réseau d'agents, par exemple, parmi les secrétaires travaillant pour l'OTAN.
Surveillé étroitement par le contre-espionnage français, l'ANST, il fut arrêté en 1969, jugé et condamné à 14 ans de prison.
Comme beaucoup d'espions à cette époque, après 4 ans, il fut échangé contre des agents de l'Ouest.
L'échange eut lieu dans la capitale de l'espionnage, Berlin.
Voyons maintenant si Fred a obtenu un rendez-vous avec son espion.
D'accord, je vais retrouver Anastasie.
C'est bizarre.
Dis donc, Jamy, on ne serait pas sur écoute par hasard ? Il y a des drôles de bruits sur la ligne.
Mais non, on n'est pas sur écoute.
Alors, tous les espions ne ressemblent pas à James Bond. Leur profil varie en fonction de la mission.
Maintenant, imaginez la petite histoire suivante.
Les usines d'un pays viennent de mettre au point un nouveau satellite.
Les services secrets d'un pays étranger aimeraient bien en savoir plus sur ce satellite.
Pour ça, il faut mettre en place un réseau.
C'est le travail de l'agent recruteur.
Comme son nom l'indique, il va recruter des informateurs.
Alors, il dispose de plusieurs armes.
L'argent, le chantage, mais également les idées politiques.
Pour récupérer les plans du satellite, il va par exemple utiliser le chantage
en prenant en photo un ingénieur dans les bras d'une personne avec qui il ne devrait pas se trouver.
Pour savoir avec quel matériau on fabrique le satellite, il va utiliser l'argent
en en donnant à un technicien qui s'est un peu trop endetté.
Et puis, pour pénétrer dans l'usine, on ne sait jamais,
il va se servir d'un chauffeur qui partage les mêmes idées.
Quand le réseau est en place, l'agent recruteur disparaît et il est remplacé par un agent traitant.
C'est l'agent traitant qui récupère les informations et les transmet à son quartier général.
Si le quartier général décide de retarder les travaux de l'usine,
dans ce cas, il envoie un nouvel agent du service action qui va se débrouiller
pour retarder les travaux de quelques mois.
Un agent double, c'est un individu, comme notre agent traitant, qui en secret change de camp.
Alors il donne des renseignements à ses anciens adversaires
et pour ne pas se faire repérer, il continue à donner des informations au service secret de son pays.
Mais de fausses informations.
Quant à la taupe, ça peut être quelqu'un qui a été recruté il y a très longtemps,
à l'université par exemple.
Lorsque cette personne occupe un poste stratégique, ingénieur par exemple,
elle livre naturellement des renseignements.
Vous voulez des exemples ? En voilà.
Dans l'Angleterre des années 30, le KGB recruta des agents
parmi des étudiants de la célèbre université de Cambridge.
Plus tard, ils furent placés comme taupe dans les plus hautes sphères du royaume.
L'un d'entre eux fut même un des responsables des services secrets britanniques.
Ils livrèrent de nombreux secrets aux Russes avant d'être démasqués.
Dans les années 80, la France a réussi à recruter un agent double au cœur du KGB.
Son nom de code, Farwell.
Pour les services secrets français, c'était une source humaine de toute première qualité
puisque Farwell était un membre du service des archives du KGB.
Farwell est un très bon exemple de ce que nous appelons le grand agent.
Mais Farwell fut démasqué par le KGB. On ne l'a jamais revu.
Ici, nous pénétrons dans le quartier général de la Stasi.
La Stasi, c'était jusqu'en 1989 le ministère de la sécurité d'État d'Allemagne de l'Est.
En fait, c'était le plus gros service de renseignement des pays de l'Est,
après le KGB, bien sûr.
Et la Stasi, ce n'était pas seulement un service de renseignement qui espionnait les pays étrangers,
c'était aussi une redoutable police politique qui contrôlait et qui surveillait toute la population Est allemande.
Elle minait les opposants au régime. Au total, 6 millions d'Allemands de l'Est ont été fichés.
L'agent secret que l'on va rencontrer, lui, il espionnait les pays de l'Ouest et en particulier la France.
Monsieur Faulkner, expliquez-moi, pourquoi êtes-vous devenu agent secret pour l'Allemagne de l'Est ?
Le fait que je suis un homme extrêmement curieux. J'ai toujours voulu savoir, tout savoir sur les choses.
Et disons-le aussi, je pense que le fait que je ne déteste pas les aventures.
Votre mission, elle consistait en quoi ?
Savoir que c'est, que peut faire, que veut faire l'OTAN dans différentes situations.
Alors comment faisiez-vous pour travailler en France ?
J'étais, comment dire, officier itinérant qui venait sur le territoire français, rencontrer des agents qui travaillaient pour nous, munis de papiers.
Et c'était des faux ?
C'était des faux, évidemment.
Est-ce que vous pouviez avoir un statut diplomatique ou est-ce qu'il y a d'ailleurs dans les ambassades des espions ? Est-ce que ça existe ?
Il faut se mettre en tête que ce n'est pas 10, 15, 20% ou 80% des collaborateurs.
Les 6 ambassades sont des espions à 100%. Ils le sont.
Pourquoi trouve-t-on beaucoup d'espions parmi le personnel diplomatique d'une ambassade ?
Eh bien d'abord, il faut savoir qu'une ambassade, c'est une sorte de petit territoire étranger sur le sol national.
Et comme tout territoire étranger, l'ambassade est inviolable.
Concrètement, ça veut dire que ni la police, ni l'armée du pays dans lequel se trouve l'ambassade peuvent y pénétrer sans y avoir été autorisés.
Ce n'est pas tout.
Les diplomates bénéficient aussi d'un statut particulier, l'immunité.
Concrètement, ça veut dire que ces diplomates sont obligés de respecter les lois du pays dans lequel ils se trouvent.
Mais quoi qu'ils fassent dans le cadre de leur activité diplomatique, ils ne peuvent en aucun cas être traduits devant la justice.
Pour être traduits devant la justice, leur immunité diplomatique doit absolument être levée par leur propre gouvernement.
Si cette immunité n'est pas levée, le pays dans lequel ils se trouvent ne peut pas les traduire devant la justice.
Et la seule solution, c'est l'expulsion.
Et parfois, on demande même à des amis de partir.
En 1993, par exemple, le ministre de l'Intérieur français a demandé à des diplomates de l'ambassade américaine de faire leur valise.
Ils travaillaient en fait pour la CIA.
Je ne pense pas qu'ils aient été expulsés dans cette occurrence.
On leur a demandé de partir parce qu'ils avaient eu des activités de renseignement précisément qui étaient incompatibles avec leur statut.
Et oui, aujourd'hui, il faut se méfier de tout le monde, même des amis.
Car la bataille économique est féroce et beaucoup d'agents se sont spécialisés dans l'espionnage industriel et technologique.
Dis donc, Jamy, en ce moment-là, tu ne serais pas en train de m'espionner par hasard.
Fais attention, moi aussi j'ai les moyens de t'espionner.
Je ne t'espionne pas, je suis en train de tester du matériel.
Tiens, avec ces jumelles, par exemple, j'arrive à voir dans l'obscurité.
Elles sont équipées d'un amplificateur de lumière.
Et ce n'est pas tout.
Cette montre, elle donne l'heure, mais en plus, elle permet de prendre des photos.
Ça vous rappelle quelque chose ?
Il suffit simplement de mettre un microfilm ici.
L'objectif se trouve là, devant.
Et encore mieux, cette cravate, ce n'est pas que pour faire joli.
Elle est équipée d'une micro caméra.
Alors évidemment, ce n'est pas le 7e art,
mais ça fait quand même de belles images.
Ça vous rappelle quelque chose ?
Allez, tiens, on va finir en beauté.
Ah ben ça, je ne crois pas que tu aies le plaisir quand même, Jamy.
Dis donc, Jamy, tu ne t'embêtes pas ?
Tu ouvres mon courrier ?
Est-ce que je vais fouiller dans les affaires des autres, moi ?
Ben non, je n'ouvre pas son courrier.
Je regarde simplement s'il y a quelque chose à l'intérieur.
C'est différent, pour qui il me prend quand même ?
Alors ce produit, ça fonctionne exactement comme de l'huile.
Ça rend le papier transparent.
Seulement, en séchant, ça ne laisse absolument aucune trace.
Mon nom est Bond. James Bond.
Mais oui, mais oui, James.
Alors maintenant, tu sais ce que tu sais faire.
Tu parles des agents de satisfaction de recul devant Rino.
Le genre Action est un homme qui est formé
à toutes les situations de guerre les plus difficiles.
Et qui est capable de travailler seul
dans des situations de danger maximum.
Tiens, au fait, il faudrait que je demande à James
s'il connaît le coup de la biscotte.
Si vous voulez vous garder de toute intrusion chez vous,
vous mettez simplement sous votre paillasson
ou sur le tapis de votre entrée, vous mettez une biscotte.
Celui qui va rentrer, il va graser la biscotte.
Bon, qu'est-ce que vous voulez qu'il fasse par heureusement là ?
Ou bien il a les biscottes sur lui.
Généralement, c'est quand même rare, on est d'accord.
Mais à ce moment-là, ça va pas forcément
à la marque de la biscotte qu'il a écrasée.
Alors donc, il va jamais trouver.
On parle, vous savez, du cheveu en travers de la serrure.
Moi je peux vous dire que le coup de la biscotte,
essayez chez vous, vous allez voir,
c'est beaucoup plus efficace.
Ça coûte pas cher.
Mon nom est Bond.
Alors t'es bluffé, hein ?
James Bond.
Bon, ok, laisse tomber.
Ah oui, et puis pour ramener toutes les informations
qu'ils ont recueillies à l'étranger,
les services secrets de tous les pays
ont un moyen très sûr et très efficace, c'est ça.
La valise diplomatique.
En principe, cette valise diplomatique,
c'est uniquement à faire circuler le courrier
entre les ambassades et leur pays d'origine.
Mais elle a beaucoup d'avantages, vous allez voir.
Bon alors, Paris, Paris, porte 13.
Ben oui, l'intérêt de cette valise,
c'est qu'elle peut franchir toutes les frontières
sans jamais être contrôlée,
ni par les douaniers, ni par les policiers.
Personne n'a le droit de l'ouvrir.
Donc vous imaginez tout ce qu'on peut mettre là-dedans ?
Bon, Jamy, j'accompagne celle-ci à Paris,
et j'en reviens.
Et pour être bien sûr que la valise échappe à tout contrôle,
elle est parfois accompagnée jusqu'à l'avion
par un fonctionnaire de l'ambassade.
Il assiste au chargement.
La valise doit toujours rester visible.
Un petit tour dans les airs.
Et à l'arrivée, le précieux colis
est récupéré par un service d'escorte.
La valise ne passe pas par la douane.
Elle est directement convoignée
jusqu'au quai d'Orsay, le ministère des Affaires étrangères.
Et voilà où arrive notre valise diplomatique
au quai d'Orsay à Paris,
c'est-à-dire au ministère des Affaires étrangères.
Et comme vous pouvez le voir,
elle n'est pas toute seule.
C'est normal, car la France
a quand même 150 ambassades à l'étranger.
Donc ici, il arrive des centaines
de valises diplomatiques chaque semaine.
On est d'accord.
Voilà, alors maintenant,
il n'y a plus qu'à ouvrir la valise diplomatique.
On avait pris une précaution avant le départ,
c'est-à-dire qu'on avait mis un saut
à l'effigie de la République,
ce qui garantit, en principe,
qu'elle n'a pas été ouverte,
qu'elle n'a pas été violée.
Alors il paraît que ça arrive,
une fois de temps en temps,
il y a un petit coup de canif comme ça dessus.
Dans ce cas-là, ce n'est pas simple,
ça donne lieu à toute une enquête.
Alors voilà, on ouvre la valise
et on va découvrir ce qu'il y a à l'intérieur.
Alors en général,
on a tout le courrier
à destination des différents ministères.
Ce courrier va être dispatché ici.
Et puis on peut trouver aussi parfois
du matériel informatique,
des ordinateurs,
des informations informatiques.
Il arrive aussi que les enveloppes
elles-mêmes à l'intérieur
fassent l'objet d'une protection particulière
avec un saut.
Et puis pour communiquer avec les ambassades,
on utilise d'autres moyens,
les satellites, les ondes radio,
les lignes téléphoniques.
Ça, ce n'est pas très discret.
Alors pour que les messages restent confidentiels,
on va les coder,
on va les crypter.
Historiquement, pour coder les messages,
on remplaçait les lettres de l'alphabet
par des chiffres.
C'est pour ça qu'ici,
ça s'appelle le service du chiffre.
Aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué.
Ce sont des ordinateurs
qui vont coder les messages,
et ça, de façon complètement aléatoire.
Bon, alors maintenant, Jamy,
on va envoyer un message
à l'ambassade de France, à Tokyo.
Alors le message ici
a été saisi en clair, en français.
Tout à fait.
Il va être crypté automatiquement
par l'ordinateur.
Et vous, vous connaissez le codage ?
Vous savez par exemple
à quoi correspond la lettre B ?
Absolument pas.
Le message est clair ici.
Il va partir chiffré,
complètement crypté,
à destination de Tokyo,
à notre ambassade.
Et puis là-bas,
il sera automatiquement déchiffré
et arrivera donc en clair.
D'accord.
Et alors le cryptage
peut changer à chaque fois,
à chaque message ?
Non seulement il peut,
mais en fait,
il change à chaque fois.
D'accord.
Bon, je peux l'envoyer, là ?
Vous pouvez.
Allez, c'est parti.
On peut tout inventer comme code,
du plus simple au plus compliqué.
Nous, on va faire simple.
Une lettre, un chiffre.
A égale 1, B égale 2,
jusqu'à Z égale 26.
Avec ce code,
la petite phrase
« Fred est à Berlin »
devient 6, 18, 5, 4,
etc., etc.
Évidemment,
on peut faire plus dur,
on peut utiliser une grille.
Et dans ce cas,
le R de Fred devient 2, 4,
le E devient 5, 1.
Seulement,
vous imaginez bien
qu'un adversaire
qui intercepte un message
comme celui-ci
va essayer de le décoder.
Et là,
il y a quelques recettes.
Si ce message
est écrit en français,
et bien on sait qu'en français,
une lettre revient plus souvent
que les autres,
le E.
Et là, il y a un chiffre
qui revient plus souvent,
le 5.
On peut donc penser
que le E est égal au 5.
Il y a un autre nombre
qui revient souvent,
le 18.
Comme le R,
en français,
on peut donc penser
que le R est égal au 18.
Et là,
on peut déterminer
le rapport entre les lettres
et les chiffres.
Si le E est égal au 5,
c'est que c'est
la cinquième lettre de l'alphabet.
Si le R est égal au 18,
c'est que c'est
la dix-huitième lettre
de l'alphabet.
On peut donc
traduire notre alphabet
en chiffres
et décrypter
le message.
Oh là là, la voiture !
C'est James ou quoi ?
Jamy,
j'ai un rendez-vous
avec un ancien patron
de la DST,
le contre-espionnage français.
Alors le travail
de la DST
consiste essentiellement
à démasquer
les espions étrangers
et à démanteler
tous ces réseaux.
En quelque sorte,
ce sont des espions
qui espionnent
d'autres espions.
C'est pas simple,
mais au moins,
on va peut-être finir
par savoir
qui nous espionne.
Et c'est marrant,
mais j'ai comme l'impression
d'être suivi.
Je suis suivi, Jamy.
Je comprends pas.
J'étais discret pourtant.
Attention, Fred,
on te surveille.
Bonjour, monsieur Bonnet.
Bonjour.
On dit que les ambassades
sont des plates tournantes
de l'espionnage.
Est-ce que ça veut dire
que des services
comme la DST
espionnent les ambassades ?
Enfin, on ne les espionne pas,
on les surveille.
C'est eux qui nous espionnent.
D'abord, on écoute
les conversations des ambassades
et puis ensuite,
on surveille
l'activité des diplomates,
c'est-à-dire qu'éventuellement,
on les suit,
on regarde qui ils fréquentent,
on interroge les personnes
avec lesquelles
ils sont en relation.
Quels sont les moyens
dont dispose la DST
pour espionner les espions ?
Écoutez,
il y a deux sortes d'outils.
Il y a des outils techniques
et il y a des outils humains.
Les outils techniques,
c'est évidemment
les écoutes,
l'interception de communication
à grande distance
et puis éventuellement
des intrusions.
On arrive à ouvrir
une valise diplomatique ?
On peut ouvrir tout ce qu'on veut
et on peut ouvrir
n'importe quelle lettre
sans que jamais
vous vous en aperceviez.
Ça, c'est pas très difficile.
On peut aussi entrer
dans des locaux,
faire des intrusions
sans que personne
ne s'en aperçoive jamais.
Ça, c'est très, très important.
Donc, il y a tout cet ensemble
de moyens techniques
puis d'autres moyens
que je ne révélerai pas.
Imaginez qu'on peut, par exemple,
percer les murs d'une ambassade
pour savoir ce qui se passe
à l'intérieur.
Ça, c'est pas forcément
un texte humain.
Effectivement, c'est très vilain
d'écouter les conversations
téléphoniques des gens.
C'est défendu.
Vous n'avez pas le droit
d'ouvrir le courrier.
C'est défendu.
Vous n'avez pas le droit
de percer les murs.
C'est défendu.
Vous n'avez pas le droit
de rentrer chez quelqu'un
pour fouiller dans ses papiers.
C'est défendu.
Mais un service de sécurité
qui ne fait pas ça,
il ne sert à rien.
C'est clair.
Donc, vous ne faites,
à la limite,
que de l'illégal.
Mais vous êtes payé pour ça.
Alors, en France,
on pratique deux types
d'écoutes téléphoniques.
Les écoutes judiciaires
et les écoutes administratives.
Attention,
ces écoutes téléphoniques
sont encadrées par la loi.
Les écoutes judiciaires,
d'abord,
elles sont pratiquées
sur demande du juge d'instruction
dans le cadre d'une enquête.
C'est lui qui va demander,
par exemple,
que M. Durand
soit placé sur écoute.
Alors, en général,
ces écoutes en région parisienne
ont lieu sous les Invalides.
En province,
elles sont faites
dans une gendarmerie
ou un commissariat
et elles ne peuvent pas
excéder 4 mois.
Les écoutes administratives
peuvent être pratiquées
dans 5 cas.
La lutte contre le grand banditisme,
contre le terrorisme,
contre les mouvements clandestins,
contre l'espionnage industriel
et militaire.
Quand un service
veut pratiquer une écoute,
il doit demander
à son ministère de tutelle.
Si c'est la DST, par exemple,
qui veut pratiquer une écoute,
elle doit le demander
au ministère de l'Intérieur.
Puis,
cette demande est transmise
au Premier ministre.
Simultanément,
la DST doit demander
l'avis d'une commission de contrôle,
la Commission nationale
des interceptions de sécurité.
Quand cette commission
a donné son avis
et que Matignon a donné
son feu vert,
alors,
le service de renseignement
peut demander
l'interception
des communications
de M. Durand.
Pendant longtemps,
les écoutes téléphoniques
n'étaient pas contrôlées.
On s'en servait
pour se protéger
des menaces étrangères
mais parfois aussi
on écoutait
des hommes politiques,
des écrivains
ou des journalistes.
Alors, en 1991,
on a voté une loi
pour mettre un peu d'ordre.
Il y a toujours,
malheureusement,
des dérapages
quand on confie
beaucoup de pouvoir
à peu de gens.
Et les dérapages
ne se sont produits pas
au niveau des services secrets,
ils se sont toujours produits
au niveau
du pouvoir politique.
Pas facile
de faire la lumière
sur ces écoutes sauvages.
Dès que l'on veut
en savoir plus,
l'État invoque
souvent le secret défense
qui protège
les affaires d'État
et on ne peut plus
en parler.
Il faut vraiment
une bavure
comme dans l'affaire Greenpeace
pour que le secret défense
vole en éclat.
Quand les espions français
ont coulé ce navire
en Nouvelle-Zélande,
un homme a été tué.
Les agents ont été tués
et l'affaire a fait scandale.
Oh mais Fred,
pourquoi tu nous as fait venir
jusqu'ici avec une caisse à outils
en plus ?
Bah tu reconnais pas,
c'est le pont de Glénicos.
C'est ici qu'on échangeait
les espions entre l'Est et l'Ouest.
On va quand même pas
démonter le pont.
Mais non,
j'ai passé un marché avec eux.
On récupère les plans
des maquettes
et en échange
on leur donne les outils.
Oh bah non,
pour les outils
j'en ai besoin.
Eh, t'inquiète pas,
écoute.
Oh,
eh,
le voilà.
Dépêche-toi,
t'as les plans ?
Bah non,
j'ai pas les plans,
t'inquiète pas.
Non, attends,
ça va péter.
Un, deux, trois.
Bah ça pète pas.
Bah non.
Bah alors,
ils ont les outils
et ils ont les plans.
Ils ont tout.
Oh bah c'est malin.
Oh c'est malin.