Aux captifs, la libération : les maraudes "Mains nues"

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24 oct. 2024
Jean-Damien Le Liepvre est le président de l’association caritative Aux captifs, la libération. Évoquant les fondements de leur action, il explique pourquoi les maraudes se font les « mains nues », à la rencontre des personnes de la rue.
La parole aux associations ce matin avec Jean-Damien Lelièvre, le président de l'association
Hauts Captifs, La Libération.
Bonjour Jean-Damien.
Bonjour.
Votre association a pour mission d'aller vers les personnes sans-abri, les personnes
en situation de prostitution et de les accompagner.
Pour cela, vous faites des maraudes pour les rencontrer dans la rue ou dans les bois.
Vous dites que ces maraudes se font main nue.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que nous faisons des maraudes sans rien apporter.
Ni café, ni soupe, ni sandwich, ni couverture.
Nous n'avons rien d'autre à donner que notre présence dans la rue.
Ainsi, en y allant main nue, nous voulons rencontrer la personne d'égal à égal.
Nous n'oublions pas que nous, nous avons un toit, un travail, une famille, alors que
la personne dans la rue, elle, elle est souvent très isolée et démunie de tout.
Justement, comment réagissent ces personnes que vous rencontrez quand vous leur dites
que vous n'avez rien à donner ?
Les personnes que nous rencontrons pour la première fois sont étonnées, voire choquées
que nous arrivions les mains nues.
Souvent, elles nous disent « Quoi, tu n'as pas de café ? Mais vraiment, tu ne sers à rien.
Allez, va t'en et elles nous chassent. »
Mais nous, nous tournons toutes les semaines, à la même heure, sur le même parcours,
avec le même binôme.
Alors, progressivement, les personnes sont touchées par ces rencontres régulières
et désintéressées puisque nous sommes à mains nues.
Elles réalisent que l'essentiel, ce n'est pas le peu que nous pourrions leur apporter,
mais plutôt l'attention que nous allons mieux leur porter.
Cette démarche de gratuité peut sembler assez radicale, mais elle porte ses fruits
progressivement au rythme des personnes de la rue que nous rencontrons, qui sont souvent
très marginalisées.
Et puis, c'est vrai, pour être honnête, que nous savons que dans les grandes villes,
il y a d'autres structures, d'autres associations qui vont permettre aux plus démunis de se
nourrir et de se réchauffer.
Nous sommes complémentaires avec ces associations.
Cette posture de venir mains nues face aux gens que vous rencontrez, est-ce qu'elle
n'est pas un petit peu difficile à tenir pour les bénévoles et les salariés ?
Oui, parce qu'elle est radicale et qu'en effet, ce serait plus facile de prendre un
petit café, de leur proposer un petit café.
Mais avec l'expérience, au début, on est impressionné par cette rencontre et avec
l'expérience, la rencontre devient plus fluide, plus naturelle.
On va prendre le temps, le temps de les regarder, d'écouter, y compris ce que l'autre ne
veut pas dire ou ne dit pas, qui pourrait lui témoigner de notre affection, surtout
quand nous sommes bouleversés par sa situation.
Et nous apprécions l'imprévu de ces tournées rues, nous ne savons jamais à l'avance qui
nous allons rencontrer.
Et ainsi, on va se débarrasser progressivement de nos a priori sur leur situation.
Nous allons nous débarrasser de notre envie de leur trouver une solution immédiate.
Nous acceptons de ne pas faire de projet à leur place, ce qui n'est pas facile, et nous
acceptons de respecter leur liberté, y compris leur liberté de rester dans la rue ou dans
le bois.
Et nous aimons la simplicité et le dépouillement de ces rencontres à mains nues.
Personnellement, en tant que président, je rencontre souvent des anciens captifs.
Ils me disent que ces rencontres régulières les ont changé profondément et ont fait
évoluer leur façon de vivre et les autres relations.
Pour vous qui êtes une association catholique, qu'est-ce que ça représente de venir à
leur rencontre les mains nues ?
Dans l'Évangile, il y a plein de récits de rencontres de Jésus, rencontres avec les
aveugles et les lépreux, aussi un inspecteur des impôts, un jeune homme riche, etc.
Et à chaque rencontre, Jésus témoigne son amour pour la personne rencontrée.
Il le regarda et il l'aima.
Nous d'eux-mêmes, modestement, quand on va dans la rue, nous voulons leur témoigner
de cet amour fraternel du Christ qui a souffert avec tous, donc avec eux aussi, mais qui
est ressuscité.
Et d'ailleurs, dans Saint-Luc, Jésus nous dit de ne porter ni bourse, ni sac, ni sandales
et ne saluer personne en chemin, mais dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord
paix à cette maison.
Dans ces tournées, nous allons rencontrer les personnes dans leur maison, qui n'est
souvent qu'un petit bout de trottoir, et en y allant à mains nues, on ose leur dire
intérieurement ou parfois explicitement, la paix soit avec toi.
Merci Jean-Damien Lelièvre, je le rappelle, vous êtes le Président de l'association
Au Captif, la Libération, et pour plus d'informations sur cette association, rendez-vous sur son
site internet captif.fr.
Très belle journée à vous Jean-Damien.
Merci beaucoup.
