L'injustice et la puissance omnipotente de l'argent, avec son cortège de conséquences multiples, sévissent trop durement à notre époque. Ce monde semble ne plus savoir aimer et pullule de laissés pour compte. Et pourtant, il existe sur le terrain de la vie de tous les jours, « au ras des pâquerettes » des légions d'hommes et de femmes de bonne volonté qui se « défoncent » envers et contre tout pour aimer et faire que ce monde soit plus beau et davantage solidaire. Né dans le nord de la France en 1939, père, grand-père et arrière-grand-père, Jean-Marie Dujardin est un laïc dominicain passionné d'Évangile depuis plus de trente années. Il est l'auteur de « L'Amour au ras des pâquerettes fait des miracles » (Peuple Libre) dans lequel il témoignage, avec foi et feu, du combat d'associations contre l'exclusion. ---------------------------------------------------------------------- KTO ne vit que de votre générosité ! 👉Pour faire un don : https://donner.ktotv.com/LIENYT/ ---------------------------------------------------------------------
Bonsoir à tous et bienvenue sur le plateau d'un coeur qui écoute votre émission de spiritualité.
Aujourd'hui je vous invite à découvrir le parcours singulier de Jean-Marie Dujardin.
Bonjour Jean-Marie.
Bonjour monsieur.
Alors vous n'êtes pas venu tout seul, vous êtes venu avec un livre qui s'appelle
L'amour au ras des pâquerettes fait des miracles, aux éditions Peuple Libre.
Vous allez nous dire bientôt ce que ça signifie, même si on sent que l'amour, miracle, ça va être fort.
Donc merci beaucoup d'être présent, vous êtes venu de Lille.
Oui.
Et bien je vous invite à nous lire d'abord un extrait de texte de votre choix.
Au ras des pâquerettes, cette expression nous est bien connue, notamment pour le caractère peut-être un peu péjoratif qu'elle revêt,
lequel peut signifier que la situation qu'elle qualifie ne vole pas haut.
Et pourtant j'ai voulu qu'elle apparaisse comme une qualité flamboyante dans le titre de ce livre édité le 12 septembre dernier en librairie.
Et ceci tout simplement parce que cet ouvrage, qui n'est pas un roman, mais peut se lire dans le même état d'esprit,
raconte de belles histoires d'amour authentique, tournées vers le beau et le bien, qui suscitent l'admiration des récits de faits qui se passent à Lille,
dans le monde des paumés, des blessés de la vie, des naufragés sur le bord de la route de notre société de consommation.
Et quel bonheur ! Il se trouve des femmes et des hommes de bonne volonté acharnés d'amour, qui se donnent sans compter des bons samaritains,
qui se « défoncent » inlassablement afin de leur offrir accueil fraternel, secours, aide au corps et à l'esprit, pour les sortir du trou du malheur et de la déchéance.
Ce livre se veut être un cri d'amour, d'admiration et d'espérance, surgit de ma plume, séduite par ces histoires de vie bouleversantes et hautes en couleurs,
que je me suis évertue à relater avec toute ma conviction humaine et chrétienne.
Je vais vous la prendre. Merci.
Donc vous êtes en train de nous dire que le monde n'est pas fichu, que tout n'est pas noir, que le mal n'a pas gagné ?
Non, le mal n'a pas gagné. Et moi je pense justement au pape Jean-Paul II qui nous disait « n'ayez pas peur, n'ayez pas peur ».
Je crois que Dieu est à l'œuvre dans les cœurs et que notre monde marche sur la tête, c'est évident, c'est affolant, c'est angoissant,
mais il y a, Dieu merci, dans notre monde, dans la vie de tous les jours, c'est pour ça que ça s'appelle « aura des paquets »,
des gens, une foultitude de gens, si vous me permettez l'expression, qui s'évertuent à aimer et qui font que notre monde est plus beau et qu'il est plein d'espérance, je crois.
Alors vous êtes un jeune homme de 85 ans.
Voilà, voilà.
La vie, vous connaissez un petit peu, vous en avez vu pas mal et alors vous êtes en train de nous dire, après toutes ces années, que l'espérance ce n'est pas juste un mot.
Ce n'est pas juste un mot, c'est quelque chose qui nous tient debout, qui nous fait marcher et c'est un cadeau de la grâce de Dieu, je crois.
Moi je suis le quatrième d'une famille de neuf enfants.
La père ouvrier d'usine et nous avons été habitués à être debout, à être courageux, à aimer le travail et à marcher sans regarder en arrière, à marcher dans la foi, l'espérance et dans l'amour aussi, bien sûr.
Et alors la foi, vous baignez dedans à la maison ?
Oui, je crois pouvoir dire que je suis tombé dedans quand j'étais petit.
J'étais enfant de cœur à l'âge de 5 ans et puis alors j'avais une grand-mère extraordinaire, figurez-vous.
Il n'y avait pas de vacances à l'époque, c'était juste après, c'était les années après-guerre.
Et j'avais une grand-mère qui, pendant les vacances, m'emmenait tous les jours au chapelet à l'église du village.
Alors j'avais des petites jambes, j'avais un mâle de chien à la suivre parce qu'elle marchait vite, grand-mère.
Et alors on récitait, on priait le chapelet et ensuite il y avait l'Évêpre avec la bénédiction du Saint-Sacrement.
Et c'était tous les jours pendant les vacances. Voilà, j'ai ce souvenir.
Et donc elle a planté quelque chose là ?
Ah oui, j'ai reçu un cadeau formidable.
Elle m'a amené, comment dirais-je, par elle, le Seigneur m'a amené à la prière.
Il m'a fait une grâce formidable.
Alors est-ce que, comme la majorité des gens, vous avez envoyé tout baldinguer vers 13, 14, 15 ans ?
Ah non, non, non.
Vous avez toujours resté accroché ?
Oui.
Parce que vous aviez déjà rencontré une personne dans le Seigneur ?
J'ai rencontré un homme formidable à l'école.
J'étais gaucher. Je voulais absolument écrire de ma main gauche.
Ce n'est pas la bonne époque, ça.
Et alors on me dit, écris avec ta belle main, comme si elle était plus belle que l'autre.
J'ai eu un mal fou pendant des années à écrire de ma main droite, à tel point que j'étais le dernier de la classe.
Mes cahiers étaient dans un état lamentable.
Il y avait des pâtés partout.
Parce qu'on écrivait encore avec la plume anglaise.
Et quand on trompait, on en criait.
Et j'étais complètement découragé, complètement paumé.
Mon père ne comprenait pas.
Il pensait que j'étais paresseux.
Alors il m'en guirlandait régulièrement.
Et puis je suis tombé sur un instituteur.
Au passage de classe, je suis arrivé dans la classe d'un instituteur
que je voyais de temps en temps à la main.
Je ne savais pas qu'il était instit d'ailleurs.
Et qui m'a pris en amitié.
Il a vu ma détresse.
Et il m'a proposé de me prendre en cours particulier après la classe.
Et comment dirais-je ?
C'était extraordinaire.
Je me suis senti revivre.
Et alors à la fin de l'année scolaire en question,
j'avais déjà beaucoup progressé.
Il me dit, tu ne veux pas redoubler ?
Parce que tu as vraiment beaucoup de retard, etc.
Vous vous rendez compte ?
Il me demandait mon avis à moi.
Je me suis senti revivre.
Je me suis senti naître, en quelque sorte.
Et alors, à la rentrée des vacances,
d'abord, je n'ai jamais passé des vacances aussi belles, aussi paisibles.
Et à la rentrée des classes,
dès la rentrée des classes, j'étais vraiment décidé à travailler.
Deux mois après, j'étais le premier de la classe.
Voilà.
Ça, ça a été ma vaccination anti-panique pour la vie.
Extraordinaire.
Et déjà une illustration de l'amour au rat des pâquerettes ?
Déjà une illustration de l'amour au rat des pâquerettes, absolument.
Absolument.
Je crois que par cet astuce, le Seigneur est venu me chercher.
Ce n'est pas possible.
Alors, fan de Saint-Joseph, vous avez fini par être ébéniste, charpentier.
Je suis devenu ébéniste, charpentier, manusier.
Et puis plus tard, une fois que j'ai été marié,
et qu'on a eu des enfants,
je me suis aperçu que ce n'était pas très confortable au niveau financier.
C'était les années après-guerre, en pleine reconstruction, etc.
Les ouvriers étaient mal payés, etc.
Alors je me suis remis aux études de façon autodidactique.
Alors à quoi ? 25 ans ? 30 ans ?
40 ans.
Oh !
Très tard. Beaucoup plus tard.
D'accord.
Et je suis devenu ingénieur.
Ingénieur en bâtiment.
Et là, bien sûr, au niveau financier, on a respiré un peu.
La vie de foi continuait tranquillement son chemin.
Vous aviez des engagements sociaux dans des associations ?
J'ai dirigé deux groupes de prière.
Et puis, quand j'étais plus jeune, j'étais corvaillant, etc.
Et puis, vers l'âge de 45-50 ans, je suis devenu laïc dominicain.
Alors en un mot, qu'est-ce que c'est ?
Le laïc dominicain, c'est, si je puis dire, la branche laïque.
C'est le tiers ordre.
C'est la branche laïque de l'ordre des prêcheurs, fondée par Saint-Dominique.
Ça vous engage à quoi ?
Ça m'engage à étudier la parole de Dieu, parce que pour la vivre, il faut la connaître.
Étudier la parole de Dieu, la prière, l'étude de la prière, et le témoignage.
Le témoignage, c'est porter aux autres ce qu'on a reçu.
Le témoignage, ça va avec l'amour.
Aller vers les autres.
Aller vers le monde.
Alors, dans votre livre, vous parlez notamment de trois associations.
La Clé, Espaces Fraternités et Le Rai.
Oui, je parle de trois associations et puis je parle aussi du boulot merveilleux
que font nos frères dominicains à Lille, notamment en 60 rue de Condé,
où ils accueillent les pauvres, les rejetés de la société.
Depuis 40 ans, ils sont remis en route des milliers.
C'est absolument extraordinaire.
Le Rai, c'est une association que j'ai connue justement par un frère dominicain
qui fait partie de cette association et qui accueille les immigrés en France.
Énorme boulot, extraordinaire, pour les aider à s'insérer dans la société française.
Ce n'est pas simple.
Et puis, Espaces Fraternités, c'est une association qui a été fondée
par quelques laïcs dominicains et qui, dans les rues de Lille,
distribue chaque semaine 1000 repas aux gens qui dorment dehors.
Aux clochards, aux laissés-pour-compte, etc.
Clochards entre guillemets.
C'est absolument fabuleux.
Et puis, La Clé, c'est une association qui fut fondée par des sœurs dominicaines
qui se sont un jour données pour but d'alphabétiser les illettrés.
Énorme comme objectif.
Et alors, elles ont mis années, comment dirais-je, au-dessus de la porte.
Accueil, fraternité, quelque chose dans ce goût-là.
J'en parle dans mon livre.
Très vite, ça a pris une ampleur.
Les sœurs enseignaient les gens qui se présentaient individuellement.
Elles étaient huit.
Jusque dans les escaliers.
La maison était trop petite.
Et alors, bon, ça s'est développé, etc.
Comment dirais-je, c'est devenu une association avec des laïcs, etc.
C'est reconnu d'utilité publique.
Donc, il y avait des subventions, des apports extérieurs, des donateurs, etc.
Et figurez-vous que la clé aujourd'hui, c'est une école à Lille.
Je ne sais pas s'il y a d'autres exemples en France.
C'est une école qui prend en charge gratuitement 700 élèves chaque année.
Les élèves en difficulté.
C'est extraordinaire.
Moi, ça m'a scotché complètement.
– Et alors, vous-même, vous avez pu dans votre vie,
malgré votre vie professionnelle et votre responsabilité de père,
vous avez pu prendre le temps de vous engager dans des associations ?
– Oui, oui, oui, oui.
Je suis musicien, donc j'ai fait partie d'un orchestre d'harmonie.
C'est une belle association aussi.
Et puis j'ai fondé un groupe de prière qui s'unissait toutes les semaines.
Oui, tout à fait, oui, oui, oui, bien sûr, bien sûr.
– Est-ce que parfois on n'arrive pas à tout faire en même temps ?
– Non, bien sûr, on n'arrive pas à tout faire.
On n'arrive pas à tout faire.
Puis je me suis toujours, comment dire, j'investis dans la paroisse.
Par exemple, actuellement, je fais partie du comité de réélection du journal paroissial.
J'ai fondé sur ma paroisse un groupe de Lectio Divina.
Je suis vraiment très… – Engagé.
– Encore maintenant.
Très, très absorbé, très engagé.
En plus du fait que, Dieu merci, le Seigneur m'a donné,
fait la grâce d'une bonne santé.
Et je cultive, j'ai la chance d'avoir un potager,
je cultive un potager de 400 mètres carrés.
Ça me permet de prier.
Vous savez, quand je mets de la graine dans le sol,
je dis, Seigneur, je te confie cette graine.
Et c'est formidable, j'ai toujours des belles récoltes, c'est formidable.
– Ça, c'est un secret que vous venez de transmettre aux téléspectateurs.
On veut que ça réussisse un peu.
– Voilà.
– La vie ne vous a pas non plus totalement épargné.
Vous avez votre troisième enfant qui a des petits soucis de santé.
– Oui, oui, oui.
– Et puis vous avez aussi perdu votre épouse.
– Oui, j'ai perdu mon épouse, ma première épouse,
alors que j'avais 64 ans.
– Vous étiez déjà très jeune.
– Oui, d'une maladie, la maladie de Parkinson,
ce qui n'est pas facile à vivre.
Alors ça m'a complètement sonné à l'époque,
parce que nous étions très amoureux.
Ça faisait quand même 47 ans qu'on vivait ensemble,
dans une fidélité parfaite.
La fidélité, c'est la plus belle preuve de l'amour
que l'on puisse donner à quelqu'un.
Dieu est fidèle, c'est la plus belle des preuves
qu'il puisse nous donner de son amour.
Et j'ai eu la chance, j'ai été complètement sonné,
et puis quelques temps plus tard, le Seigneur m'a fait un cadeau.
J'ai rencontré une autre femme qui était veuve comme moi,
et nous avons décidé d'unir nos deux destinées.
Nous nous sommes mariés.
Nous ne vivons pas ensemble comme ça.
Nous avons voulu nous marier devant le Seigneur.
– Elle connaissait la famille de Saint-Dominique ?
– Saint-Dominique, oui, la famille dominicaine, oui, bien sûr.
Il y a les religieux, il y a les cérémoniales,
il y a le tiers-ordre.
– Mais elle connaissait déjà votre épouse ?
– Comment ?
– Elle connaissait déjà votre épouse ?
– Non, non.
– Et elle a découvert ?
– Oui, elle a découvert avec moi, bien sûr.
Et nous allons régulièrement à la messe le dimanche
au couvent des Dominicains de Lille.
On a cette chance d'avoir des frères prêcheurs à notre porte.
Dernièrement, j'ai participé au pèlerinage du Roser à Lourdes,
un pèlerinage berrieux, 16 000 pèlerins,
avec un prêcheur, un prédicateur fabuleux.
Vraiment, c'est quelque chose d'extraordinaire.
– Alors, les philosophes, depuis l'Antiquité,
nous invitent, déjà très jeunes, à nous préparer à mourir.
Après, quand on est chrétien, normalement,
on a compris que la présence sur Terre était un passage
et que la vraie chose à vivre, c'était après.
Quand, gentiment, on rentre dans des niveaux d'âge
et dans la pyramide des âges,
on se retrouve dans la période où on a plus de chances
d'aller au ciel demain qu'hier.
– Oui, oui.
– Comment on se prépare ?
– Écoutez, je me suis beaucoup posé cette question
et ma solution, je pense que c'est le Seigneur qui me l'a inspirée,
c'est de lui dire, Seigneur, je me remets entre tes mains,
je te fais confiance, je marcherai tout le temps
que tu me donnes la grâce de marcher
et puis le jour où tu voudras que ça s'arrête,
eh bien ça s'arrêtera.
Et puis j'espère que tu me donneras la grâce
de marcher le plus longtemps possible,
de faire le plus bien possible autour de moi,
voilà, et puis bon, à la grâce de Dieu.
– Et parfois, quand il n'y a pas des petits moments d'angoisse
ou d'anxiété qui…
– Si, si, si, si, si, pour ma famille, vous savez,
un papa, une maman, c'est toujours un peu tormenté par les enfants.
– Oui, toute la vie.
– Ça n'est pas simple.
– Ça ne s'arrête pas quand il quitte la maison.
– Non, non, bien sûr, ça n'est pas simple.
Et oui, oui, bien sûr, il y a des moments
où on a envie de laisser tomber les bras,
alors là, il y a un recours, il y a un remède
qui est absolument, allez, miracle, allons-y,
c'est la prière, la prière.
Comment dirais-je, c'est un chemin, la prière.
Pour moi, c'est le cordon ombilical qui me relie au Seigneur,
par Marie, avec les anges et les saints, etc.
Mais vraiment, je pense qu'un chrétien, je ne sais pas qui,
je crois qu'il y a quelqu'un qui a dit ça.
Un chrétien qui ne prie pas est un chrétien en danger,
je ne sais pas qui a dit ça, mais je crois que c'est vrai.
– Et pratiquement, vous priez comment, quand, où ?
– Alors, je dis mes laudes le matin, en union avec mes frères dominicains,
je dis les lévèpes le soir, en union avec eux aussi,
et puis je médite mon chapelet tous les jours,
les mystères joyeux, lumineux, douloureux, glorieux,
toute la semaine, et puis, bon, je dis mes oraisons,
je prie les sept Notres Pères tous les jours,
la prière de Sainte Brigitte.
– D'accord.
– Et puis je dis aussi le chapelet de Sainte Faustine.
Voilà, j'ai des longs moments de prière tous les jours.
Dieu merci que je trouve le temps, c'est formidable.
– Alors, vous disiez au départ, vous êtes né dans une période
un peu difficile pour la France, au sortir de la guerre.
– Oui, oui.
– Vous avez vu pas mal de choses.
Aujourd'hui, en allumant la radio, ça se tend un petit peu.
– Ce n'est pas folichon.
– Alors, si on s'approche de vous comme l'ancien,
celui qui a l'expérience, qui, on espère, a réussi à avoir
un peu de sagesse, qu'est-ce que vous avez à nous dire
sur la façon dont on peut vivre dans ce monde
qui peut paraître un peu anxiogène pour certains ?
– Je crois qu'il faut aimer.
Il faut aimer, envers et contre tout.
Même si ça va mal, je pense qu'il ne faut pas tomber
dans la désespérance.
L'amour, c'est un chemin de lumière.
C'est un chemin de force, de force de vie.
Parce qu'il vient de Dieu, tout simplement.
Dieu est amour.
Et contrairement à ce que beaucoup de gens croient,
Dieu ne nous laisse pas tomber.
Dieu aime le monde.
Et je pense que ce n'est que là-haut
que nous saurons en vérité à quel point nous sommes aimés.
Je crois.
– Et alors pratiquement, ça veut dire quoi, aimer ?
Je dois aimer le crétin qui m'a fait une queue de poisson sur la route ?
Je dois aimer le collègue qui me complique la vie ?
Je dois aimer mon frère qui me casse les pieds ?
Comment je fais ?
– Ma façon de les aimer, c'est de demander au Seigneur la grâce,
qu'il me donne la grâce, de ne pas leur en vouloir.
De ne pas avoir de ressentiment contre eux, de ne pas les juger.
C'est toi, Seigneur, qui juges.
Ce n'est pas moi.
C'est vrai, ils ne sont pas chics.
Bon, je ne vais pas dire deux mots d'oiseau.
Mais c'est vrai.
Alors, je n'y parviens pas toujours.
Je ne suis pas un saint.
Quelquefois, au volant de ma voiture,
quand il n'y a qu'un qui me fait une queue de poisson,
je...
Oh là là !
Mais alors, tout de suite après, je ne dis pas un mot, Seigneur.
Ça fait rire mon épouse, qui est à côté de moi.
Mais bon, oui, je crois...
Moi, je crois vraiment que si on est dans la grâce que Dieu nous donne,
parce que je crois qu'il la donne à tout le monde,
de marcher dans ses pas, je pense qu'il est toujours là.
Il ne nous laisse jamais tomber.
Ça, j'en suis un.
– Et quand soi-même, en essayant de marcher dans ses pas,
on se casse la figure, et même on se casse la figure toujours au même endroit,
vous faites comment, vous, pour ne pas vous dire
« Ouais, je n'y arriverai jamais, je suis une bille. »
– Non, vous avez parfaitement raison de soulever ce point
que j'expérimente régulièrement.
Alors, je dis « Oui, Seigneur, c'est vrai.
Je ne suis pas top, c'est vrai.
Mais je sais que tu m'enlèves.
Je sais que tu m'enlèves. »
Il y a les sacrements de l'Église.
– Ça aide.
– Il y a le sacrement de réconciliation, qui est un sacré rempart,
et puis il y a l'Eucharistie,
vraiment, qu'il faut vivre en plénitude,
parce que ce ne sont pas que des gestes ou que des paroles.
C'est vraiment Christ qui vient à nous, vraiment, en toute vérité.
– Avec une action, c'est opératif, il y a quelque chose qui se passe.
– Il y a quelque chose qui se passe.
– Quand vous n'avez expérimenté pas.
– Il y a quelque chose qui se passe au fond du cœur.
C'est sûr, c'est sûr.
Et à ce sujet, si vous me permettez,
je vais vous dire un petit mot de mon précédent livre.
Mon précédent livre, c'est « Méditation au fil de la liturgie »,
qui traite de la liturgie de la parole,
dans lequel j'explique, je montre que,
avant de recevoir le corps et le sang du Christ,
dans la Sainte Communion eucharistique,
il faut d'abord manger et boire sa parole,
qui est une véritable nourriture.
Et les deux sont absolument inséparables.
– La menducation.
– Oui, oui, tout à fait.
Chez les Dominicains, on nous dit que la parole de Dieu,
il faut faire un peu comme les vaches, il faut la ruminer.
C'est vrai, c'est vrai.
– On arrive déjà à la fin de cette émission,
ça va être le moment des questions courtes, réponses courtes.
Est-ce que vous pourriez me dire un chiffre entre 1 et 10, s'il vous plaît ?
– Allez, disons 3, c'est le chiffre de la Trinité, de la Sainte Trinité.
– Quel est le personnage ou le saint que vous aimeriez retrouver au ciel ?
– La Sainte Vierge Marie, en premier,
et puis mon Saint-Patron, le Curé d'Ars,
et puis Saint Dominique, et puis tous les saints.
– À nouveau, entre 1 et 10 ?
– Le 1.
– Y a-t-il une parole que vous regrettez de n'avoir pas dite à quelqu'un ?
– Oui, il m'est arrivé de ne pas savoir demander pardon,
parce que savoir demander pardon, c'est quelque chose,
c'est une grâce à demander, vraiment, au Seigneur,
parce qu'on n'a pas toujours la force.
– Y a de l'amour propre un peu mal placé ?
– Ah oui, il y a notre égo, notre orgueil très solide en nous qui nous titille.
– Et puis qui dit quand même que c'est l'autre qui a fait une erreur plus grosse que la nôtre.
– Bien sûr, c'est tellement facile de reporter la faute sur l'autre.
– Une dernière ?
– Oui, le 9.
– Si vous pouviez revenir en arrière et changer quelque chose dans votre vie,
que feriez-vous ?
– Ah mon Dieu, je ne me suis jamais posé cette question.
J'avoue que pour moi c'est une colle.
Oh là là, que le Seigneur m'inonde encore davantage dans sa grâce.
– Bon, il a entendu, je pense.
– Oui, oui.
– Écoutez Jean-Marie, je vous remercie beaucoup d'être venue de l'île jusqu'à nous,
nous partager cette paix qui vous anime et cet amour de la vie.
Et puis tout ça, on sent bien que si ça tient, c'est parce que ça s'appuie sur le Christ.
– Bien sûr, tout à fait.
– Et puis il y a une corde qui est là le long du mont pour avancer,
on va dire que c'est Saint-Dominique qui vous accompagne pour marcher.
– De temps en temps la passerelle balance un peu, vous savez,
comme on voit dans certains pays au-dessus des précipices,
alors ça balance un peu, surtout quand il fait du vent, mais il faut s'accrocher.
– Merci beaucoup Jean-Marie Dujardin, je rappelle le titre de votre livre,
l'amour au ras des pâquerettes fait des miracles.
– Oui, c'est vrai.
– Et c'est vrai, ce n'est pas du mensonge.
Aux éditions Peuple Libre, merci beaucoup, merci à vous tous pour votre fidélité.
N'hésitez pas à retrouver notre programme sur notre site www.kto.tv.com
et aussi en podcast évidemment, on salue tous ceux qui l'écoutent par ce biais.
On vous souhaite une bonne soirée et à la semaine prochaine.