Les tests par correspondance sont devenus une méthode de référence dans la littérature académique internationale sur les discriminations. En France, comme dans beaucoup d'autres pays, ils sont appliqués par les chercheurs à de plus en plus de critères prohibés dans un nombre croissant de domaines. Ce faisant, ils éclairent les spécificités du genre comme critère de discrimination. Dans le domaine de l'accès au marché du travail, comme dans celui de l'accès au logement, les femmes ne subissent pas une pénalité systématique, même si elle est bien réelle dans certaines professions particulières. Le critère de l'origine, celui du handicap ou celui de l'adresse sont quant à eux associés à des pénalités dans l’accès à l’emploi pour toutes les professions testées. Pour autant, les pénalités genrées ont effectivement un caractère systématique pour l’ensemble des professions et des organisations dans la formation des salaires et des carrières, ce qui n’est pas toujours le cas des autres critères de discrimination.
Le Collège de France est une institution de recherche fondamentale dans tous les domaines de la connaissance et un lieu de diffusion du « savoir en train de se faire » ouvert à tous. Les cours, séminaires, colloques sont enregistrés puis mis à disposition du public sur le site internet du Collège de France.
Je veux bien remercier mes collègues,
Manciane Pirenne, Patrick Boucheron et François Héran,
qui nous ont aidés à bâtir ce colloque
entre sciences du genre et genre des sciences.
La première journée, ce sera la place des femmes dans les sciences.
La première matinée, celle que nous allons écouter aujourd'hui,
c'est l'état des lieux, en fonction de toutes les disciplines.
Et puis, merci d'être venus tous.
Je pense que vous allez apprécier ces deux journées.
Donc, la première contribution est Yannick Lorty,
professeur d'économie à l'Université Gustave Eiffel,
dans l'Est de Paris.
Et c'est le titre exact,
les pénalités du genre à l'épreuve des tests par correspondance.
Merci beaucoup, Françoise Combes.
Je voudrais d'abord remercier les organisateurs pour leur invitation.
Effectivement, on va commencer cet état des lieux par les sciences sociales,
en particulier l'économie et la sociologie,
qui produisent un très grand nombre de travaux
sur ce qu'on appelle les études de genre,
ou en tout cas qui prennent en compte le genre dans les études.
Je vais donc ouvrir cet état des lieux
par un panorama sélectif
des travaux en économie et sociologie contemporains
autour de ces questions de genre,
en me concentrant sur le marché du travail
et la situation des femmes et des pénalités de genre
sur le marché du travail.
Il faut vous dire que là, on aborde un sujet
qui est absolument considérable pour les sciences sociales
si on se réfère à la masse des travaux, des recherches,
des études qui sont consacrées à ces questions.
Pour ne prendre qu'une illustration,
la dernière conférence de l'Association européenne
des économistes du travail, le ALE,
qui s'est tenue à Berguen,
qui réunit à peu près 500 contributions chaque année,
parmi toutes ces contributions,
on avait 15% qui ciblaient explicitement
des thématiques du genre et des femmes,
et plus du tiers des travaux
un manipule des statistiques genrées.
C'est pour dire l'ampleur de l'intérêt
des sciences sociales pour ces questions.
Les différences femmes-hommes sur le marché du travail,
c'est l'un des sujets les plus étudiés
pour les sciences sociales,
et donc il est difficile d'apporter
une contribution originale
à une telle montagne de production.
Il y a beaucoup de recherches aujourd'hui
qui ciblent les violences faites aux femmes,
mais il y a aussi le plus grand nombre
des travaux qui portent sur les pénalités genrées
subies par les femmes sur le marché du travail,
en particulier les écarts de salaire femmes-hommes,
le fameux gender wage gap,
qui est un sujet de préoccupation,
à la fois il y a beaucoup de constats
et il y a beaucoup de travaux explicatifs
pour essayer d'interpréter les raisons
pour lesquelles les écarts de salaire persistent
sur les différents marchés du travail.
Donc on est en face d'un phénomène
qui est très diffus, très général,
et je vais même montrer qu'il a un caractère fractal
sur le marché du travail.
Alors je vais adopter un angle assez particulier
pour dynamiser un peu mon propos,
qui est celui des discriminations.
Effectivement, la problématique des discriminations
est aussi très présente dans l'ensemble de ces travaux.
On peut s'appuyer sur la définition juridique
des discriminations,
on parle de discrimination quand il y a
une différence de traitement
qui porte préjudice à une personne,
sur la base d'un critère prohibé par le droit,
dans un domaine également
qui est défini juridiquement.
Et il y a eu, dans le cadre juridique,
une sorte d'inflation des critères de discrimination,
on en compte 25 à 26 aujourd'hui,
et le sexe est l'un de ces critères.
C'est un critère de discrimination
parmi l'ensemble des autres,
et il y a d'autres critères
qui ont trait au genre.
Il y a l'état de grossesse,
la situation de famille et aussi l'identité de genre.
Autant de critères sur la base
desquels il est absolument proscrit
d'établir une différence, par exemple,
dans l'accès à un emploi, dans l'accès à un logement
ou dans l'accès à un service public.
La discrimination, c'est bien sûr un délit,
mais c'est aussi un objet de recherche,
et donc c'est un peu l'entrée que je vais retenir.
Si on veut schématiquement
parler de la recherche en matière de discrimination
sous l'angle du genre,
et sur le marché du travail,
on peut diviser l'ensemble des travaux
en deux grands ensembles.
On a la plus grande partie des travaux
qui portent sur ce qu'on appelle
la discrimination salariale.
Ce sont des études qui reposent
sur l'exploitation de sources administratives
ou de données d'enquêtes statistiques,
et avec les sources administratives,
on essaye de décomposer
les écarts de salaire femmes-hommes,
de les expliquer par un ensemble de variables,
et puis il y a toujours une composante résiduelle
qu'on ne parvient pas à expliquer,
par exemple par des différences de qualifications
ou des différences d'expérience,
et cette composante résiduelle est assimilée
à une discrimination salariale.
La méthodologie est celle-ci.
Elle est héritée de beaucoup de travaux,
notamment la référence Blinders-Oharaka,
au début des années 70,
qui ont l'un et l'autre proposé
les premières décompositions statistiques.
Ces travaux montrent que les pénalités salariales
ont un caractère diffus, généralisé.
On a autour de 15 à 20 %
d'écarts de rémunération moyenne
entre les femmes et les hommes
sur le marché du travail,
à la fois en France et dans la plupart des pays
où on effectue ce type de mesures.
Il y a un deuxième champ de littérature
autour, toujours dans le champ
des discriminations en raison du genre
sur le marché du travail,
c'est les discriminations dans l'accès à l'emploi,
discriminations à l'embauche,
où là, les méthodologies de référence
sont très différentes.
C'est une méthodologie vraiment expérimentale
qu'on appelle couramment le testing,
et plus exactement,
c'est le test par correspondance
qui consiste à fabriquer des candidats fictifs
dont les candidatures vont être envoyées
en réponse à des offres d'emploi réelles,
et on envoie des paires de candidatures
qui sont semblables en tous points
à l'exception d'une caractéristique
qui distingue les candidats,
et par exemple, il y aura une femme et un homme.
Puis après, on constitue des bases de données
avec les réponses qui sont données
par les employeurs, par les recruteurs
à ces candidatures,
et ces bases de données nous permettent
de mettre en évidence
des différences de traitement
éventuellement à l'encontre des femmes.
Il se trouve que dans ce champ de littérature,
cet autre domaine,
la conclusion générale des travaux
est assez différente du premier domaine.
Je vais essayer de le montrer
de façon plus détaillée.
Les travaux montrent qu'il n'y a pas de pénalité
systématique à l'encontre des femmes.
Dans certains métiers,
les femmes rencontrent effectivement
des discriminations à l'embauche.
Dans d'autres métiers, par contre,
c'est plutôt les hommes qui vont être avantagés.
Et puis, il y a des métiers qui sont neutres au genre,
dans lesquels les femmes et les hommes
ont les mêmes chances d'accéder.
Donc, on a un regard
sur les discriminations qui est très différent
que l'on regarde les salaires
ou que l'on regarde l'accès à l'emploi.
Il y a une sorte de contradiction
entre ces deux constats, et mon propos,
c'est d'essayer d'expliquer, d'interpréter
cette contradiction.
Les tests par correspondance
constituent vraiment
un moyen expérimental
de surmonter
des difficultés méthodologiques
posées par l'administration de la preuve
dans le domaine du marché du travail
et des discriminations.
Apporter la preuve
d'une discrimination, c'est-à-dire qu'il va y avoir
une différence de traitement entre deux candidats
dont l'accès est une ressource rare,
par exemple à un emploi,
et cette différence de traitement se fait
sur la base d'une caractéristique prohibée.
Or, dans le monde réel,
nous sommes différents sur un très
grand nombre de caractéristiques.
Si on prend deux personnes au hasard, deux candidats
à un emploi, ils vont avoir
un très grand nombre de différences
et donc il est absolument très difficile
d'établir qu'une caractéristique
en particulier a été
utilisée pour
faire cette différence de traitement.
C'est pour ça qu'à la fois
juridiquement, il est très difficile de prouver
les discriminations. C'est pour ça qu'il y a un arsenal juridique
extrêmement important dans ce domaine.
Mais en fait, une jurisprudence
est très peu de cas concrets
de procès
dans lesquels des auteurs
de discrimination ont été condamnés.
Mais aussi, pour les chercheurs qui travaillent sur les discriminations,
on a beaucoup de mal à les mettre
effectivement
en évidence.
Les victimes de discriminations sont souvent
de mauvais témoins parce qu'elles n'observent
pas la totalité du processus
de recrutement, par exemple.
Elles n'observent pas les autres candidats
et leur dossier complet.
Les auteurs des discriminations eux-mêmes
sont aussi de très mauvais témoins
parce que soit ils sont conscients de discriminer
et alors ils sont
sous le coup d'un délit.
Bien sûr, on ne peut pas les interroger
pour qu'ils révèlent
qu'ils ont effectué
des discriminations.
Soit ils ne sont pas conscients
et c'est l'explication
souvent donnée aux discriminations,
des stéréotypes inconscients
qui agissent à l'insu même des auteurs.
Donc s'ils ne sont pas conscients,
c'est aussi de très mauvais témoins.
Comment recueillir des informations
sur les discriminations ?
La méthodologie de référence
est de construire une expérience
dans laquelle
on va pouvoir administrer
une preuve satisfaisante
d'une situation de discrimination.
Quand on fabrique de toutes pièces
des candidatures, on est sûr
d'être en mesure de contrôler
l'ensemble des caractéristiques individuelles,
non seulement les caractéristiques observables
mais aussi les caractéristiques inobservables
telles que la motivation,
la confiance en soi.
Toutes ces caractéristiques qui peuvent
jouer un rôle dans l'accès à l'emploi
vont être neutralisées dans le cadre
de l'expérience.
Depuis le début des années 2000,
à la fois en sociologie avec un travail
de Pager en 2003,
et puis en économie avec l'étude de la plucité
de Marianne Bertrand et Sandil
Mulanathan,
les tests de correspondance sont devenus
la méthode de référence. Il y a eu un ensemble
de survols de littérature
à la fin des années 2010
qui ont montré
l'ampleur de cette
littérature qui est très importante.
Ces survols
de littérature nous disent
qu'en raison
du genre,
s'agissant du critère du genre,
les pénalités subies
par les femmes dans l'accès à l'emploi
n'ont pas une régularité,
n'ont pas de caractère systématique
pour l'ensemble des professions.
C'est le cas dans les survols de littérature
que je viens d'évoquer, mais c'est le cas aussi
pour tous les tests qui ont été réalisés sur données françaises.
Sur données françaises,
les expériences
identifient des professions
où les femmes sont pénalisées.
Par exemple, c'est le cas
de la profession de développeur informatique, sur laquelle il y a eu plusieurs
travaux convergents dans cette direction.
C'est le cas pour les maçons, les électriciens.
C'est le cas pour des monteurs,
des câbleurs, des préparateurs de commandes.
Effectivement, quand on envoie
deux candidats semblables,
l'homme
va être préféré à la femme.
Il y a des domaines, au contraire, où les femmes sont
avantagées. C'est le cas dans la comptabilité.
C'est le cas pour les ingénieurs commerciaux,
pour les ingénieurs de production. Il y a eu plusieurs travaux convergents
qui l'ont montré.
Et puis, il y a aussi des professions qui
semblent être absolument neutre au genre.
C'est le cas, par exemple, des plombiers dans une étude récente.
C'est le cas aussi des commis
de cuisine, des agents commerciaux, des employés administratifs
ou encore des développeurs informatiques,
ce qui montre d'ailleurs que les expériences ne sont pas
toujours convergentes
sur une profession donnée.
Donc,
on peut illustrer ça plus en détail avec
les travaux de recherche
qu'on mène dans
notre équipe de recherche.
Il se trouve qu'on a
un ensemble de programmes de recherche
dans lesquels on essaye de réaliser
des expériences de façon répétée,
régulière, avec des protocoles
stabilisés. En particulier,
on a un protocole
qui existe depuis dix ans,
qu'on a appelé Desperado pour discrimination
à l'impôt dans la sphère publique, des effets respectifs
de l'adresse et de l'origine.
Et tous les deux ans,
avec le ministère de la fonction publique,
on réalise des tests
qui consistent à chaque fois
à tester les effets de l'adresse
et les effets de l'origine, et puis on rajoute
des critères dans chaque test, et notamment
on a testé plusieurs reprises le genre,
plus exactement un sexe non modal.
Est-ce que, par exemple,
dans une profession très féminisée,
est-ce qu'un homme a plus de chances
qu'une femme d'être effectivement recrutée ?
Et ce que nous disent ces tests
répétés, c'est que
les critères de discrimination
les plus couverts
sont effectivement des critères
qui affichent des pénalités régulières.
Par exemple, là, vous avez le cas de l'origine
qui est en haut du graphique pour deux professions,
les cadres administratifs à gauche
et les aides-soignantes à droite.
Le graphique représente des taux de succès,
les taux de retour positif à une candidature,
et on voit en bleu
le candidat de référence,
en orange le candidat potentiellement discriminé,
et on voit par exemple que sur les dix dernières
années, pour ces tests de profession
répétés avec des protocoles invariants,
on a une pénalité qui est relativement
stable en raison de l'origine.
En revanche, en raison d'une
adresse en quartier prioritaire, la pénalité
est faible ou
peu présente dans l'ensemble des tests.
Ce sont des tests multicritères.
C'est intéressant effectivement de tester
plusieurs critères à la fois, parce qu'on
valide la méthodologie quand
on sait détecter une discrimination
sur un critère mais pas sur un autre.
On voit par exemple
que le critère de l'origine est un critère
qui est très
saillant, qui va toujours
conduire à un impact
positif sous
forme d'écart de traitement des candidatures,
alors que le critère de l'adresse, lui,
est très peu
discriminant.
Le critère du genre, de ce point de vue-là,
se distingue des autres critères de
discrimination. Il a vraiment une
logique propre, puisqu'il est
irrégulier, instable. Parfois
on a des pénalités,
parfois on n'en a pas.
Par exemple, ça c'est le résultat de notre
dernière campagne sur
le programme
d'Esperado. On a ici
des pénalités
pour des cadres administratifs.
Ici, on a des pénalités pour les aides-soignantes
selon différents critères.
On voit qu'ici, on a
le critère du genre
qui, un sexe non-modal
pour un cadre administratif, va se traduire
par un impact positif,
alors qu'un sexe non-modal pour
la profession d'aide-soignante
ne va pas être significatif.
Si l'intervalle de confiance
recouvre zéro,
l'effet n'est pas statistiquement
significatif.
Voilà une autre illustration du fait
que parfois le genre
est pénalisant,
parfois les femmes
sont pénalisées, parfois elles ne le sont pas.
Une autre illustration,
c'est un autre programme qu'on a appelé
Melody pour mesure locale des discriminations,
où on fait des tests localisés
dans des métropoles régionales.
On a le projet de couvrir d'ici fin 2025
une quinzaine de métropoles
en France. Là, c'est le résultat
sur la métropole européenne de Lille.
On teste trois critères.
Une origine
maghrébine,
le genre des
candidats et l'adresse.
Ici, on est sur une profession
qui est assistante de gestion.
Pour les assistantes de gestion,
profession très féminisée, on a effectivement
une prime à l'embauche
d'une femme relativement à un homme
et on trouve une pénalité
en raison de l'adresse,
l'absence de pénalité en raison de l'adresse
et une pénalité en raison
de l'origine.
On voit de façon convergente
qu'il y a bien une spécificité du critère
du genre. Autant le critère de l'origine
est systématiquement pénalisant.
Là, vous avez toutes les pénalités
sur 20 ans
d'études de discrimination
où on voit que systématiquement
dans toutes les études
où on a mesuré l'effet
de l'origine, une origine d'Afrique du Nord
ou une origine d'Afrique de l'Ouest
sur le marché du travail français est systématiquement
pénalisée. L'adresse,
par contre, n'est pas pénalisée
et le genre, lui, ça dépend
des professions.
C'est le seul critère, la spécificité
du critère du genre du point de vue des discriminations.
C'est le seul critère associé
à une pénalité non systématique.
Ça ne veut pas dire
que les femmes ne sont pas victimes
de discrimination sur le marché du travail.
Loin de là. Elles le sont d'ailleurs
au titre de tous les autres critères
autres que celui du sexe.
Par ailleurs, elles peuvent être
potentiellement discriminées
dans d'autres domaines que celui de l'accès à l'emploi.
Il y a par exemple des travaux qui montrent
qu'il y a une discrimination à l'encontre des femmes
dans l'accès au permis de conduire en France.
Mais ce
qu'indiquent les études, c'est que
les discriminations subies par les femmes dans l'accès
à l'emploi n'ont pas un caractère régulier.
Il y a un contraste
impressionnant avec
ce qu'on sait des pénalités salariales
dans cet autre domaine de la littérature
en matière de discrimination salariale.
On a une pénalité
qui est à la fois
d'ampleur forte et qui est
couverte par toutes les études
qui est mise en évidence
par toutes les études, qu'il s'agisse d'études
de portée nationale, de portée régionale ou locale
et même des études en entreprise
qui montrent que
la pénalité salariale à l'encontre des femmes
existe. Je prends un exemple
d'une étude récente qui porte
sur un grand établissement financier
français qui est un établissement public
dans lequel, a priori, on s'attendrait
peut-être à une absence de différence de traitement
puisqu'il y a beaucoup d'agents de l'État
dans cette administration,
dans cet établissement
et ce qu'on met en évidence, c'est qu'il y a un écart
de rémunération.
On a pris les rémunérations
des trois dernières années de recrutement,
des données exhaustives qui couvrent
l'ensemble de l'établissement
et donc il y a un écart de 9000 euros
dans les rémunérations annuelles entre les hommes et les femmes.
Ça correspond à un écart relatif
de près de 17%
en prenant par convention le salaire des hommes
comme dénominateur
et donc
une femme qui rentre dans cet établissement
va avoir
effectivement un salaire
de 17% inférieur à celui
de la moyenne des rémunérations
des hommes. On a le même
ordre de grandeur pour l'écart sur la France entière
dans les données de l'INSEE
et puis on a même fait une étude
sur
mon université, l'université Gustave-Effel
et on trouve exactement les mêmes résultats
donc quelle que soit l'entreprise
que l'on considère, l'établissement,
l'organisation, on va trouver
cette différence. Donc
la question c'est comment est-il possible
d'avoir des pénalités salariales
d'une telle régularité et d'avoir
une absence de discrimination
dans l'accès à l'emploi.
Il y a ici
une source
de contradictions.
La réponse à cette contradiction
est donnée lorsque
on regarde l'ensemble des travaux qui cherchent
à expliquer les pénalités salariales.
En fait, on a trois grandes sources
d'explications. Il y a
trois facteurs qui contribuent
à faire s'écarter les salaires
des femmes et des hommes. Le premier
c'est la différence de quotité
de travail. Il y a une surexposition des femmes
au temps partiel. L'accès au temps partiel
est très différencié entre les femmes et les hommes.
Il y a une différence d'un facteur 3
entre le taux de temps partiel masculin et le taux de temps
partiel féminin en France.
Et donc quand on raisonne en salaire
mensuel, on a des écarts
qui sont beaucoup plus importants que quand on raisonne
en salaire horaire.
Une fois qu'on a pris en compte cette
différence, il reste encore des écarts
assez importants et ces écarts s'interprètent
sous l'effet de ce qu'on appelle
la ségrégation occupationnelle.
De fait, les emplois occupés par les femmes
ne sont pas les mêmes que les emplois
occupés par les hommes
et les emplois masculins sont globalement
plus rémunérateurs que les
emplois féminins.
Et puis il y a un troisième déterminant
qui est présent dans la littérature qu'on appelle le plafond
de verre qui est
que les femmes
sont sous-représentées dans
chacune des professions, les femmes sont sous-représentées
dans les échelons hiérarchiques
les plus élevés qui sont aussi
les plus rémunérateurs.
Et donc on trouve ces trois ingrédients
exposition au temps partiel, ségrégation
occupationnelle et plafond de verre,
on va les trouver dans des proportions différentes
dans l'ensemble des organisations
et dans l'ensemble
des données qu'on utilise
pour mesurer des écarts de salaire.
Par exemple,
dans les études sur l'emploi public,
on a les 4-5ème des écarts
qui disparaissent simplement
en contrôlant par les catégories d'emploi,
les catégories A, B, C
de la fonction publique, les femmes sont très sous-représentées
dans les catégories C, les hommes sont très
sous-représentés dans les catégories A,
et quand on prend en compte cette différence
de composition,
cet effet de structure,
on parvient effectivement à
expliquer l'essentiel
des écarts de rémunération
qui sont dus à des effets de composition.
Alors ce qu'il faut bien noter,
si je reprends la problématique des discriminations,
c'est que ni le premier facteur
ni le deuxième ne correspondent
à une discrimination
salariale, même si dans les décompositions
on parle de discrimination salariale,
en pratique ce terme semble
inapproprié, c'est plutôt des effets
de différence de composition,
on pourrait parler de ségrégation,
la ségrégation c'est une concentration
des femmes dans certains emplois,
la discrimination paraît
impropre pour qualifier
cet état de fait,
et le premier mécanisme
et le troisième sont
associés assez fortement
à une autre caractéristique, une autre source
de discrimination qui sont les effets
de la maternité et
les inégalités au sein des couples
en matière de répartition
des charges familiales, si les femmes
sont surexposées au temps partiel,
c'est parce qu'effectivement,
elles ont en charge la conciliation
des charges
de famille et
d'un temps professionnel,
et il y a un mauvais partage des tâches qui est bien connu
entre femmes et hommes de ce point de vue.
Alors si
on veut aller un peu plus loin
et qu'on essaye de comprendre
pourquoi est-ce qu'il y a notamment la ségrégation
occupationnelle,
en fait, ce qu'on voit, c'est que la plupart
des écarts
de rémunération
entre femmes et hommes se font
dès le recrutement. Ils ne sont pas
générés à l'intérieur de l'entreprise
mais en fait, dès le recrutement,
lorsqu'on différencie,
on mesure des écarts de salaire
lors des opérations de recrutement,
on constate qu'il y a la majeure partie des écarts
qui sont déjà présents entre les femmes
et les hommes, et donc ce n'est pas
nécessairement les entreprises elles-mêmes,
c'est un message important, qui sont responsables
de ces discriminations,
même si on fait porter largement la charge
sur les entreprises. En fait,
ces différences
de composition sont largement héritées
du système d'éducation,
de l'enseignement supérieur
en particulier, et de ce qu'on appelle
la ségrégation genrée de l'enseignement supérieur.
Effectivement, les femmes
vont être très concentrées
dans des filières de formation qui sont finalement
les moins rémunératrices, et les hommes, eux,
sont très concentrés dans les filières de formation
qui sont les plus rémunératrices.
Là, par exemple, vous avez
le croisement entre la part des femmes
et la part des cadres
dans chaque filière de formation
par grand domaine, notamment
les FHF, les sciences humaines et sociales,
le droit à économisation,
quel que soit le domaine, on a
un lien assez fort entre
par des femmes et par des cadres
futurs ou par
des rémunérations élevées.
Et en fait, on a également
fait un autre programme
précisément pour essayer de savoir si cette ségrégation
genrée dans l'enseignement supérieur était
due à d'éventuelles
discriminations, et à l'aide
de tests par correspondance, on met en évidence
le fait qu'il n'y a pas de différence de
traitement dans l'accès à des formations.
Les femmes ne vont pas être discriminées
dans l'accès à telle ou telle
formation. Par contre,
il y a bien en France des discriminations selon l'origine
dans ce domaine-là,
mais pas selon le genre
à nouveau. Donc, pour autant,
la partie résiduelle des écarts, c'est
la conséquence, effectivement,
de discrimination en raison
d'une maternité. Là, je voudrais juste finir
sur ce dernier domaine.
J'entends une petite fête.
Et effectivement,
on a fait des tests dans le cadre de
l'opération DesperadoCAD pour essayer
de mesurer l'impact
d'un signal d'une prochaine
maternité donné par
une candidate à l'embauche
à son futur employeur.
Et on a aussi ajouté le signal d'une
prochaine parentalité pour un candidat
masculin. Et on a
mis en évidence le fait que ce simple signal produisait
une pénalité extrêmement forte
dans l'accès à l'emploi, mais que
cette pénalité était d'ampleur comparable pour les
hommes et pour les femmes. Donc, un
signal de maternité
a un effet
très dégradant
sur les chances d'accéder à un emploi.
Et il en va de même également d'un signal de future
parentalité pour
un homme. Et donc, en conclusion,
ce qu'on voit, c'est que
le marché du travail, le genre
n'est pas un critère de discrimination
comme les autres.
Les femmes subissent de fortes pénalités
salariales, mais il n'y a pas de pénalités
dans l'accès à l'emploi qui ont un caractère
systématique.
Et les pénalités salariales
ne s'expliquent pas principalement
par des discriminations salariales,
contrairement au nom qu'on
leur attribue le plus souvent, mais
à des phénomènes de
ségrégation dans les professions
qui sont largement
déterminés au niveau des choix
d'orientation
dans l'enseignement supérieur.
On a bien des pénalités genrées,
mais qui ne sont pas nécessairement des pénalités dues
au genre, directement associées
au sexe. Par contre,
il y a une pénalité, effectivement,
qui est très importante
sur le marché du travail. C'est lié
à une situation de maternité,
la présence des enfants.
C'est ça qui limite
les carrières salariales
des femmes.
Même s'il y avait
une meilleure répartition de la charge
liée à la présence des enfants, un homme qui annonce
à son futur employeur qu'il souhaite prendre un congé
de naissance ou de paternité,
il serait confronté à une pénalité
d'ampleur comparable à celle subie
par une femme. Au total,
l'ensemble de ces travaux
plaident sans doute
en matière d'égalité professionnelle.
Il y a beaucoup de choses à faire dans ce domaine,
mais il faut aussi cibler plus
fortement les choix d'orientation
dans l'ensemble
de l'enseignement supérieur,
en favorisant l'accès
des femmes aux carrières scientifiques
et également
à essayer de lutter
contre les discriminations associées
à la maternité, à la parentalité
d'autre part, qui ne sont pas les objectifs
usuels des politiques
d'égalité professionnelle. Je vous remercie.
Merci beaucoup
pour cet exposé très clair et finalement
encourageant, parce qu'on a l'impression que maternité
et paternité sont aussi
une discrimination. Donc y a-t-il des questions ?
Il y aura des micros qui
vont dans la salle.
En attendant, je peux en poser une.
Quand vous faites des tests comme ça,
combien de lettres
envoyez-vous ? Sur quels nombres
ça se concerne ?
Systématiquement,
on envoie plusieurs centaines
de candidatures fictives.
En fait, il y a deux formules de tests.
Il y a les tests en réponse à des offres
sur le marché du travail, les tests en forme
de candidatures spontanées. On a des échantillons
beaucoup plus importants pour les candidatures
spontanées. Pour l'opération
Desperado, là où
on a
depuis
2015, on a fait
cinq vagues de tests. Au total, aujourd'hui,
on est à 15.000 candidatures
fictives envoyées
en réponse à des offres.
Donc on est à chaque fois dans des
très grands formats. Aujourd'hui, il est
usuel d'avoir des campagnes de tests qui dépassent
10.000, voire 20.000
candidatures, de façon à construire des bases de données
satisfaisantes, permettant d'observer
avec précision des écarts
de rendement dans telle ou telle caractéristique.
Merci.
Je vous demandais de remercier
encore Yannick Lorty.