La mer héberge des créatures étranges. Parmi les animaux marins, il existe un groupe très particulier, celui des crustacés.
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Aux frontières du réel et de l'imaginaire, ces animaux ont su pendant longtemps préserver leurs mystères. Leur mode de vie est-il aussi fantastique que leur apparence ? Les crustacés sont partout et offrent une panoplie ahurissante de formes, de tailles et de couleurs. Ce film est une plongée à la découverte de ces insectes de la mer dans un monde à la beauté fantasmagorique.
Titre : " Le Monde Merveilleux Des Crustacés. Il faut les voir pour y croire."
Auteur: Manuel LEFÈVRE Production : Manuel LEFÈVRE, AMPERSAND
@ Ampersand 2024
La mer héberge des créatures étranges.
Parmi les animaux marins, il existe un groupe très particulier, celui des crustacés.
Aux frontières du réel et de l'imaginaire, ces animaux ont su pendant longtemps préserver leur mystère.
Leur mode de vie est-il aussi fantastique que leur apparence ?
Partons à la découverte de ces insectes de la mer.
Les crustacés sont partout.
Les crabes, par exemple, se rencontrent sur les rochers entre terre et mer.
Ces escapades terrestres restent relativement temporaires.
Leur lieu de prédilection étant la mer.
Vieux de plusieurs millions d'années, ce groupe est un embranchement du règne animal,
qui comprend plus de 50 000 espèces, essentiellement aquatiques.
Leur observation en milieu naturel n'est pas forcément évidente, car le jour, ils se cachent dans des trous, ou des failles.
Ce sont des animaux au style de vie très différent qui sont répartis dans toutes les régions du globe,
de la surface à des milliers de mètres de profondeur.
Leur taille varie de l'échelle millimétrique à presque 4 m d'envergure pour le crabe géant du Japon,
le plus grand crustacé connu à ce jour.
Leur classification est très complexe.
Il y a ainsi les branchiopodes, qui signifie « branchi dans les pattes »,
comme les artémias, qui respirent donc en extrayant l'oxygène de l'eau par leurs pattes.
Ou encore les syripèdes, comme les balanes,
qui ont la particularité de vivre fixés au même endroit toute leur vie.
Il existe de nombreuses sous-classes.
Celle qui nous intéresse est celle des malachostracées,
car c'est à l'intérieur de celle-ci que se trouve l'ordre des décapodes, qui regroupent les crustacés les plus connus.
Les décapodes, qui possèdent tous dix pattes,
regroupent des crustacés comme les crevettes, les langoustes, les crabes ou encore les cigales de mer.
Au sein même des décapodes, on parle des crustacés nageurs et des crustacés marcheurs.
Certains ont un abdomen développé, très long, se terminant par une nageoire caudale,
comme les langoustes, les cigales de mer et les écrevisses.
D'autres ont un abdomen asymétrique, comme les bernard l'ermite.
Enfin, ceux qui se présentent sous une forme plus ronde,
avec un abdomen réduit et souvent replié sous le thorax, comme les araignées de mer et les crabes.
Mais le groupe des crustacés n'est pas aussi simple qu'il y paraît.
Il existe d'autres sous-classes, comme celle des amphipodes, représentées par les caprelles,
ou encore celle des isopodes, représentées par les parasites.
Les formes et les couleurs chez les crustacés sont très différentes et varient d'un extrême à l'autre.
Parfois, elles leur confèrent un aspect presque surnaturel.
Tous ces animaux font partie du même groupe, et certains vivent en eau douce.
L'écrevisse descend évidemment de crustacés primitivement marins,
comme tous ses congénères des lacs et des fleuves.
Très vite, on se rend compte que les crustacés sont partout.
Ils possèdent tous un squelette externe, communément appelé carapace.
Cette carapace leur a d'ailleurs valu leur nom, car le mot crustacé vient du latin crusta, qui signifie croûte.
Cette enveloppe dure n'est pas d'une seule pièce, ce qui interdirait tout mouvement.
La mobilité est possible grâce à l'articulation des différentes parties entre elles.
Mais alors si cette carapace est rigide, comment font-ils pour grandir ?
Leur croissance s'effectue grâce au processus de mue,
et ce qui peut être pris pour un crustacé mort est en fait une enveloppe vide balayée par les vagues.
C'est l'indice qu'une mue vient de se produire.
La mue est le renouvellement de la carapace par l'abandon de l'ancienne.
Les crustacés muent pour grandir, car leur ancienne carapace est devenue trop petite.
La fréquence des mues est importante lorsque l'animal est jeune, puis elle diminue avec l'âge.
Il est quasiment impossible d'observer un crustacé en train de muer.
La mue intervient souvent à l'abri des regards, à la tombée du jour, car elle les rend particulièrement vulnérables.
Les images qui suivent sont exceptionnelles.
Tournées en milieu artificiel, elles ont été réalisées grâce à une vidéosurveillance permanente.
La première étape correspond au décollement de l'ancienne carapace.
Puis l'animal commence son processus de rejet.
Le rejet s'opère grâce à un comportement stéréotypé de l'animal,
qui effectue des mouvements rythmiques et qui gonfle son corps au maximum, souvent en avalant de l'eau.
La vieille carapace se déchire selon des lignes de moindre résistance.
Les mouvements de l'animal lui permettent de s'en extraire et d'étendre la nouvelle carapace au maximum.
Après la mue, l'animal est mou et donc une proie facile pour les prédateurs.
Il faudra attendre quelques jours pour que cette nouvelle carapace durcisse et devienne protectrice.
Par ailleurs, cette mue permet de faire renaître un membre amputé.
Les crustacés peuvent donc avoir des pattes qui repoussent.
Il suffira à ce petit crustacé, fraîchement amputé, d'attendre sa prochaine mue pour retrouver l'usage de tous ses membres.
La quasi-totalité des crustacés possèdent des yeux, et parmi eux, certains méritent une attention particulière.
Leurs yeux sont composés d'une multitude de facettes, jusqu'à plusieurs centaines.
Leur vision n'est pas très fine, mais très rapide, ce qui leur permet de détecter les formes en mouvement.
Chez certaines espèces des grandes profondeurs, qui vivent dans l'obscurité totale, les yeux peuvent être remplacés par des épines.
Star du regard, la skimante possède la vue la plus perfectionnée du monde marin, et peut-être même du règne animal.
Ses yeux pivotent indépendamment, et lui permettent de regarder dans toutes les directions.
Chaque œil est divisé en trois sections, chacune avec une pupille indépendante.
Cet œil voit la forme, la distance et la profondeur des objets.
C'est une vision en relief, en trois dimensions.
Les déplacements des crustacés s'effectuent principalement grâce à leurs pattes, appelées appendices.
Des pattes toujours nombreuses, toujours par paire.
Des pattes qui leur donnent une démarche particulière, saccadée, un peu déséquilibrée et peu élégante.
Mais ces pattes ne servent pas seulement à marcher, elles peuvent servir aussi à nager.
C'est le cas notamment des crevettes, à la nage si rapide et si souple qu'elles donnent l'impression de voler.
Les pattes font aussi office de pinces.
Les crabes porcelaines, en plus de leurs grosses pinces, ont des appendices plus originaux et plus sophistiqués.
Tels des filets, ils déploient ces parties bucales pourvues de longues soies en forme d'éventail.
Cet ingénieux système lui permet de filtrer le plancton dont il se nourrit.
Ces différentes fonctions ont tout un seul objectif, se nourrir.
La plupart des crustacés sont carnivores, même si les algues entrent parfois dans leur alimentation.
Ils font souvent preuve d'opportunisme et mangent aussi bien des proies mortes que des proies vivantes.
Les plus petits se nourrissent de planctons ou de particules en décomposition.
Les plus gros, puissamment armés, préfèrent des proies vivantes comme les poissons ou les mollusques.
Certains d'entre eux, comme les langoustes, sont capables de supporter des jeûnes prolongés de plusieurs mois.
Parmi les espèces peu mobiles ou fixes, on trouve essentiellement des animaux filtreurs microphages,
c'est-à-dire qui absorbent des choses minuscules, comme les balanes, qui récupèrent des particules planctoniques.
Inlassablement, elles filtrent l'eau de mer.
Ces petits crustacés à peine visibles se retrouvent parfois envahis par les coraux.
Leur partie dure n'est même plus visible.
Ici, moins colonisés, il est plus facile de les observer en train de se nourrir.
Les balanes peuvent vivre près de la surface, entre air et eau.
Ce que nous pouvons prendre à première vue pour des aspérités rocheuses dissimule en fait des animaux vivants.
Ces animaux possèdent des plaques calcaires qui se referment en leur centre.
Cette fermeture hermétique leur évite de se dessécher.
Les balanes peuvent rester ainsi plusieurs heures à l'air libre.
Elles ont toujours besoin d'un support sur lequel s'accrocher, qui peut même être vivant.
Les crevettes harlequins, toujours en couple, se nourrissent exclusivement d'étoiles de mer.
Avec leurs pinces, elles ont coupé un bras et l'emportent pour le manger.
L'étoile de mer a de la chance car la crevette ne la tue pas et son bras pourra repousser.
Petits amphipodes de moins d'un centimètre, les caperelles sont les seuls crustacés à se tenir debout,
fermement accrochés par les pattes postérieures.
Elles ressemblent à des squelettes vivants, d'où leur nom anglais de squelettone.
Elles capturent leurs proies à l'aide de leurs antennes qui sécrètent du mucus.
Substance épaisse et visqueuse, ce mucus paralyse les larves planctoniques et les petits invertébrés dont elles se nourrissent.
Certaines crevettes, quant à elles, pour se nourrir, ont adopté une technique différente.
Elles proposent leur service dans ce que l'on appelle des stations de nettoyage.
Elles débarrassent les animaux de leurs parasites.
Et ceux qui auraient pu devenir des prédateurs, sans cette fonction de déparasitage indispensable pour eux,
ouvrent grand leurs ouïes et leurs bouches, où les crevettes travaillent en toute quiétude.
Belle image où la solidarité et la confiance réciproques se côtoient.
Pour se nourrir, les espèces parasites ont une manière bien particulière.
Ce parasite accroché sur le dos du poisson vit à ses dépens, sans que ce dernier en tire le moindre bénéfice.
Il lui est même néfaste dans la plupart des cas.
À la différence d'un prédateur, le parasite n'a aucun avantage à tuer son hôte.
Car il risquerait de disparaître avec lui.
Facilement observable, les parasites externes sucent le sang des poissons.
De petite taille, ils mesurent généralement seulement quelques centimètres.
Pour se fixer aux poissons, ils possèdent des appendices terminés par des crochets.
Le parasite est exigeant.
En effet, celui-ci doit retrouver chez son hôte toutes les conditions nécessaires et favorables à son développement.
C'est la raison pour laquelle on rencontre souvent le même type sur la même espèce de poisson.
Les scientifiques s'accordent pour dire que toutes les formes de parasites sont issues d'animaux qui étaient autonomes au départ.
Capables d'assurer seuls leur survie.
Le parasitisme serait donc apparu dans un second temps, au cours de l'évolution.
Les parasites se sont adaptés à ce nouveau style de vie en laissant régresser tous les organes inutilisés.
En revanche, dans les cas où ils restent fixés en permanence, on remarque une hypertrophie des crochets ou des ventouses de fixation.
Nous sommes le reflet de ce que nous mangeons.
Ce célèbre dicton s'applique parfaitement à certains crustacés.
Les crevettes qui vivent dans les crinoïdes adapteraient leur couleur en se nourrissant du mucus de leur hôte.
La couleur de la crevette varie en fonction de celle du crinoïde.
Cette adaptation de couleur leur permet de se fondre complètement dans ce décor vivant et de passer inaperçu.
Comme tous les animaux marins, les crustacés sont à la fois prédateurs et proies.
Ils sont un mets de choix pour de nombreuses espèces.
Le problème est toujours le même, manger sans être mangé.
Petits et gros ont tous des prédateurs.
Instinctivement, ils connaissent tous la même frayeur.
Parmi leurs prédateurs, de nombreux animaux marins fouillent le sable et attrapent de petits crustacés pourtant bien cachés.
Les espèces les plus petites en font souvent l'effret.
Le danger est partout.
Les scènes de chasse se produisent généralement la nuit.
Ce crustacé n'a aucune chance face à cette murenne qui l'a repérée.
C'est la dure loi de la vie animale, à la base du bon fonctionnement de la chaîne alimentaire.
Pour ne pas être mangé, il faut éviter à tout prix de se faire voir.
Certaines crevettes, tout en gardant à l'œil le prédateur, s'enfouissent dans le sable.
Les crevettes pistolets creusent et entretiennent des terriers très solides.
Celles-ci, particulièrement actives, déblaient une quantité incroyable de sable à un rythme effréné.
D'autres vivent en colocation.
Quel couple énigmatique que celui formé par le goby et la crevette.
On peut presque parler de rapprochement solidaire.
Ils partagent leurs logements et échangent des services qui correspondent à leurs compétences.
L'intérêt est réciproque entre la crevette aveugle et le goby, incapable de se construire un abri.
Pour survivre et échapper au prédateur, certains ont mis au point des techniques de protection rapprochées.
Ainsi, comme le célèbre poisson clown, cette minuscule crevette transparente, la crevette à longues pattes, a trouvé refuge entre les bras hurtiquants de l'anémone.
Dans une autre anémone, un petit triangle blanc oscille.
Encore une minuscule crevette dont on aperçoit une partie du corps embré.
Peut-être la plus précieuse et la plus fragile, la crevette vire se réfugie dans les rondeurs maternelles de son anémone.
Ses extrémités sont surlignées de violines et laissent apparaître comme un petit diamant à chaque articulation.
D'autres ont choisi des résidences ambulantes.
C'est le cas des crevettes Coleman, confortablement installées sur l'oursin de feu.
Elles se déplacent en toute sécurité à l'abri des épines et se nourrissent sur place.
Ainsi, en échange des services d'hygiène, elles bénéficient du gîte et du couvert et vivent en toute quiétude.
Quant aux crabes-araignées, plus communément appelés araignées de mer, ils utilisent des techniques différentes de survie.
C'est le cas notamment de ces araignées qui n'hésitent pas à changer d'apparence, à se déguiser.
Mais peut-on parler de déguisement lorsqu'il s'agit de greffes ou de transplantations sur son propre corps ?
Blanches ou rosées, ces araignées d'une grâce et d'une élégance incontestables le doivent aux anémones installés sur leur corps qui leur donnent cet aspect duveteux.
Le vivre camouflé prend des formes diverses et variées.
Celles-ci plus imposantes possèdent différents types d'anémones greffés sur l'ensemble du corps.
Chacune donne libre cours à une version des plus insensées.
Certaines semblent porter de véritables chapeaux, tous plus baroques les uns que les autres et toujours en équilibre très précaire.
Dans le genre le plus florissant, l'araignée touffe d'algues mobiles remporterait certainement le prix de l'humour.
Et que dire de ces tanks en action, tout en puissance, qui se font remarquer uniquement quand ils bougent ?
D'autres crabes tout petits, toujours pour se dérober à la vue des prédateurs, de façon à passer inaperçus, ont choisi de s'habiller comme leurs hôtes.
En véritables jardiniers, ils cultivent sur leurs carapaces des gorgones ou des polypes de corail.
Ces animaux transplantés les cachent et les protègent, car ils sont très souvent urtiquants.
D'autres ressemblent tellement à leurs hôtes qu'on les reconnaît seulement quand ils bougent, comme ici le crabe algue, aussi vert que la plante sur laquelle il vit.
Un autre encore, perdu dans l'immensité d'un halcionnaire, a su trouver le parfait déguisement pour échapper aux prédateurs.
Mais le clou du spectacle reste l'incontournable crabe boxeur, tout petit mais crâneur, qui fait preuve d'une intelligence inventive en utilisant une technique de tricheur.
Il se grève des anémones urtiquantes au bout des pinces. Fort de cette protection, il mime la boxe de ses petits bras nerveux.
Autre type de protection, se cacher dans un abri.
Certains, comme ces corophies, en dépit de leurs carapaces, s'abritent systématiquement, parfois dans les fissures de la roche, des éponges, ou comme ici dans des morceaux de bois.
Au sein de cette communauté, semblent mouvementées et les bagarres courantes.
D'autres minuscules s'octroient une vie nomade sur le dos des concombres de mer.
Ce crabe, qui atteint à peine 4 cm d'envergure, se retire dans l'anus de son hôte lorsqu'il se sent menacé.
Il partage cet abri pour le moins surprenant avec ses crevettes impériales.
À regarder leur mode de vie, on comprend que beaucoup de crustacés, pour survivre dans des conditions hostiles, ont mis au point des techniques originales, sophistiquées, et quasiment uniques dans le monde marin.
Toutes ces méthodes ont un même objectif, vivre pour se reproduire et ainsi perpétuer l'espèce.
Essentiellement ovipares, les crustacés ont des sexes séparés.
Leur reproduction se fait toujours par voie sexuée, souvent dans l'intimité.
Le rapport sexuel a lieu juste après la mue, lorsque la carapace est encore souple.
Pendant l'incubation, la femelle porte les oeufs.
Invisibles chez le crabe, ils sont plus facilement observables chez la crevette transparente.
À la vue de tous, les milliers d'oeufs de la skimente aux couleurs vives sont rassemblés en boules devant sa bouche et entre ses pattes.
La date de l'éclosion varie suivant l'espèce.
Elle a lieu entre une et trois semaines après la ponte.
Au sortir de l'oeuf, les crustacés passent par des états larvaires et subissent de nombreux changements.
Les larves font partie du plancton animal.
Les courants les emportent et les répandent à travers les mers et les océans.
Peu de larves survivent, car elles sont une ressource alimentaire pour de nombreux animaux marins.
Elles sont si petites qu'il est difficile de les voir se faire manger.
Seul le mouvement du prédateur en confirme l'existence.
Ici, le basculement caractéristique de la tête du cingnat, qui accompagne la chasse, en est le témoignage.
La prédation entre crustacés existe.
Cette crevette toseuma picore allègrement de petites larves planctoniques.
Les animaux fixés s'en régalent aussi et les happent à leur passage.
Des images à fort grossissement permettent d'observer ces multitudes de petits individus et les adultes en devenir.
Cette larve de ski immente est bientôt prête à regagner les fonds marins.
L'atterrissage réussi, elle commence à se colorer.
Hyperactifs, ces petits crustacés apparaissent comme un amas de fils emmêlés, un agglomérat vivant.
En regardant bien, c'est une caprelle, avec toute une marmaille accrochée à ses basques.
Ces tout-petits gigotent dans tous les sens.
Les mâles fécondent les œufs en déposant leurs spermes à l'entrée de la poche marsupiale de la femelle.
Et comme il n'existe pas de stade larvaire chez les caprelles, il est probable que ces êtres miniatures viennent juste de naître.
Les caprelles sont minuscules, comme de nombreux autres crustacés.
Au royaume des lilliputiens, il y a les tout-petits.
Comme ce mini-crabe, perdu parmi les grains de sable qu'on devine seulement au mouvement de ses yeux.
Celui-ci, à peine plus gros, s'extirpe avec souplesse et élégance de sa cachette, qu'il s'empresse de regagner,
sans doute effrayé par la vie tapageuse de l'extérieur.
Ce crabe, réfugié dans le corail, semble très à l'aise dans cet abri si étroit et déploie sans peur une activité effrénée.
À peine plus grand que les polypes de sa plume de mer, ce minuscule crabe évolue ici, chez lui, en toute quiétude.
Il se contorsionne, se fraie un chemin et se faufile vers sa source de nourriture.
Dans cette autre plume de mer exposée au courant dans un environnement très chargé en plancton,
ce petit crabe, tête en bas, dans une posture plutôt acrobatique telle un jongleur, saisit toute la nourriture qui passe à sa portée.
Rien ne le distrait.
Chacun s'est adapté à sa taille et à sa vie de crustacé nain.
Parmi les crustacés, il existe un cas à part, celui du Bernard l'Ermite.
Animal à la fois terrestre et marin, son comportement reste le même quel que soit son environnement.
Peut-être est-ce celui dont l'histoire est la plus fantastique ?
Il est très vulnérable, car son ventre est mou.
Dès le début de sa vie, le Bernard l'Ermite se réfugie immédiatement dans la première coquille venue.
Très vite, le petit coquillage qui l'occupe s'avère trop exigu.
Et tout au long de sa croissance, il changera d'abri régulièrement.
Lorsqu'un coquillage répond à tous les critères désirés, le plus dangereux reste à faire.
S'extirper de sa coquille initiale et, nu comme un verre, se glisser le plus rapidement possible dans le nouveau domicile.
Avec beaucoup de chance et guidé par l'instinct, le Bernard l'Ermite intègre son nouveau logis et sa croissance se poursuit.
A chaque étape de son existence, il devra envisager et accepter cette mise à nu au péril de sa vie.
Les coquilles sont toujours différentes. Elles varient selon la taille de l'individu et permettent d'estimer l'âge de leur occupant.
Véritables maisons, ces coquilles portées sur le dos donnent un aspect différent à chaque individu, et même parfois un peu négligé.
Et ce Bernard l'Ermite, dont la coquille protectrice est cassée, n'aura pas d'autre choix que d'en changer pour une plus rutilante.
Au final, comme à une parade, les crustacés semblent donner de l'importance à leur apparence.
L'abdomen de cette jolie crevette ombrée parsemée d'arabesques blanches est dressée presque verticalement par rapport au reste du corps.
Comme dans une danse de séduction, elle le balance sans arrêt, ce qui explique aussi qu'elle est souvent appelée crevette sexy.
Adulte, la femelle est presque deux fois plus grande que le mâle.
Cette crevette vit généralement en couple, ou en groupe de six à huit individus dans les tentacules de l'anémone dont elle ingère le mucus.
Le défilé continue. De couleur rousse, le corps de la crevette Donald Duck d'environ trois centimètres de long est très étrange.
Il semblerait que son long rostre ait inspiré son nom, par sa ressemblance avec le bec du canard de Disney.
À la fois moucheté et poilu, il représente un tiers de son corps.
Cette disproportion lui confère une touche d'humour incongrue.
De nombreux crustacés revêtent différentes apparences au cours de leur vie.
Les métamorphoses sont si spectaculaires qu'elles rendent la classification très compliquée.
Effectivement, certaines formes larvaires avaient été d'abord décrites comme des espèces distinctes.
C'est peut-être le cas pour cette crevette qui n'a pas encore pu être identifiée avec certitude.
Est-ce une nouvelle espèce, ou un jeune en mutation ?
La documentation scientifique ne le précise pas.
Mais une espèce n'a pas besoin d'être nommée pour exister.
La magie opère quand même.
Cette magie se déploie à son paroxysme lorsqu'il s'agit de l'histoire des artémias.
Les artémias mesurent environ un centimètre.
Ils vivent généralement quelques mois dans les lacs salés, les lagunes et les marais salants.
Leur corps allongé comporte dix paires de pattes qui oscillent à un rythme régulier.
Quand les conditions sont bonnes, les artémias sont ovovivipares,
c'est-à-dire que l'incubation et l'éclosion des œufs se font dans le ventre de la femelle.
Quand les conditions sont mauvaises, les femelles produisent des œufs très résistants avec une enveloppe très dure,
qui ressemble à une coquille.
Les œufs peuvent ainsi résister au milieu sec.
Grâce à une lunette binoculaire, il est possible de les observer.
Ils mesurent 2 à 3 dixièmes de millimètre.
La résistance de la coquille au changement de milieu est exceptionnelle.
Elle lui permet de survivre à des températures extrêmes,
allant de moins 190 degrés à plus de 100 degrés Celsius pendant plus de deux heures.
Bien qu'incapables de voler, les œufs d'artémias peuvent voyager.
Les oiseaux les emportent dans leur plumage, leurs pattes ou leur intestin.
Puis ils sont expulsés et commence une nouvelle vie ailleurs.
Une fois réhydraté, l'œuf peut donner naissance à une larve, et ce parfois même des années après.
En à peine 48 heures, les larves sortent de leur coquille.
Les artémias deviennent adultes très rapidement,
et un mois après leur naissance, ils sont déjà capables de se reproduire.
Le monde des crustacés montre et démontre qu'il a plus d'un tour dans ses carapaces.
Entre la carapace transparente et frêle de certaines crevettes,
et l'armure invincible prête à gagner toutes les guerres, les possibilités sont infinies.
Et que dire de tous ces crustacés lilliputiens fantômes,
véritables tableaux impressionnistes vivants qui s'évanouissent dans des formes déstructurées aux couleurs si paradoxales ?
Cet univers est insolite.
Insolite toujours, les crustacés nous regardent avec des yeux insensés,
des yeux perchés à l'extrémité de petites échasses,
comme scrutant le monde, avec distance.
Enfin, presque comiques, des postures, des réactions inattendues,
comme un entêtement, un refus d'abandonner.
Le monde des crustacés, aux frontières de la science-fiction,
est un monde incroyable, une source inépuisable d'inspiration.