👋 + de documentaires histoire 👉 http://bit.ly/3lqyFpY 🙏 Abonnez vous ! Dans le sud de l’Ardèche, la grotte Chauvet Pont d’Arc est la plus ancienne grotte ornée connue au monde. Fermée pendant des milliers d’années par un éboulement de la falaise, ce qui a permis sa conservation exceptionnelle, cette grotte doit être préservée et ne sera jamais ouverte au public. Pour transmettre et partager ces beautés souterraines, il y a quelques mois naissait, à deux pas de la grotte, le plus grand fac-similé jamais réalisé au monde, la Caverne du Pont d’Arc. Comment cette réalisation a-t-elle pu voir le jour ? Techniciens, scénographes, architectes, sculpteurs, informaticiens, artistes, plasticiens, nous racontent... Une véritable aventure de plusieurs années nous fait pénétrer au cœur des images de la préhistoire.
"Les secrets de la grotte de Chauvet" Réalisé par Christian Tran Droits Réservés - 2017
A l’entrée des gorges de l’Ardèche, la grotte Chauvet est découverte le 18 décembre 1994.
Elle révèle des trésors de l’histoire de l’humanité, datés de 36 000 ans.
Afin de protéger ce chef d’œuvre fragile, la grotte ne sera jamais ouverte au public.
Pour partager ce patrimoine, à deux pas du site original, une réplique voit le jour.
C’est la plus grande reproduction de grotte jamais réalisée : la Caverne du Pont d’Arc.
Un pari fou ; plus de quatre années
d’une véritable aventure humaine que nous allons vivre ensemble,
à la rencontre des premières images de l’humanité. - Les mouchages, on commence là et là il y a une
pointe sur le lointain, ça doit être celle-là. - Ça, à aucun endroit on le restitue, ça ? C’est
un peu dommage de ne pas restituer ça… - On a déjà tous les mètres
carrés de ceux-là, alors… - Oui, il est où l’ours ?
- L’ours drapé - Il est là
- Il est là, il est là. Moi je l’ai en entier. - Là tu n’as aucun élément de
calcite dans la descente. - Non à partir de là, on a vu
avec Jean-Jacques en calcite il n’y a rien. Le principal c’est de voir le pariétal et
d’orienter tout de discours sur le pariétal. - Alors le bison, le bison on le fait ? Le
cheval qui est derrière aussi ? - Le bison il y est, oui.
Ce projet, c’est une c’est une magnifique aventure humaine ;
c’est une communauté humaine qui se met en place pour aboutir à une
réalisation exceptionnelle. On avait l’ambition de restituer les premières images de l’Humanité,
de la grotte ornée du Pont d’Arc, dite grotte Chauvet. Des images que d’ailleurs les hommes
de la préhistoire on fait sur des parois en trois dimensions. 0 ans après on utilise les dernières
technologies de pointe de l’image et de la 3D pour restituer ça et on a l’impression que finalement
ces 0 ans n’existent pas et que les hommes de la préhistoire et les hommes d’aujourd’hui se
retrouvent, finalement pour aboutir à ce résultat qui est assez extraordinaire.
Là on est aux origines de l’art, on est aux premières traces de l’art au monde, en tout
cas découvertes à ce jour. En réalisant la Caverne du Pont d’Arc, on est en train de transmettre ce
côté humain de nous, une grande humanité. L’histoire raconte que Jean-Marie Chauvet
a trouvé ce qu’on appelle un trou souffleur, donc un filet d’air qui s’échappe d’une paroi rocheuse.
Et ça lui indique un passage pour accéder à une cavité. Donc il va appeler deux amis,
Eliette Brunel et Christian Hillaire, pour l’aider à désobstruer ce passage qui se révèle être étroit
comme un conduit de cheminée. Ils arrivent en fait par le plafond de la grotte. Ils se sont
munis de leur lampe frontale et en fait ils ne voient pas tout de suite la peinture sur
les parois. C’est Éliette la première qui va voir ces traces, qui va voir deux traits de peinture.
Elle comprend tout de suite ce qui est en train d’arriver. Elle comprend tout de suite qu’ils
ont découvert une grotte ornée, que le rêve de toute une vie est devenu réalité. Elle va
pousser une sorte de cri de joie, s’exclamer très fortement pour prévenir ses deux compagnons. Elle
va leur dire : « Ils sont venus ici ! ». Eh bien, observer ces peintures, c’est un peu comprendre
qui sont ces « ils » et ces « elles » qui sont venus ici, comme le dit Eliette.
Il y a des gens qui nous disent : Pourquoi vous avez choisi cette grotte pour faire
la réplique ? – Mais non, ce n’est pas une grotte ; tout est faux. Et ils ne nous ne
croient pas. - Non, non c’est une grotte. –Si vous voulez, allez-y, croyez ce que
vous voulez, mais c’est une fausse. Et ça… Ici on a la chance de travailler avec un outil
extraordinaire, voilà. Et je ne remercierai jamais assez tous ceux qui ont participé à la
construction de cet outil parce que c’est vraiment un beau cadeau que de pouvoir travailler ici.
Quand on va dans la véritable grotte, quand on va dans l’originale, on a deux sentiments ;
le premier c’est : aïe aïe aïe, comment on va s’en sortir, c’est infaisable ce truc.
Ça c’est le premier sentiment, comment on va faire, comment c’est possible de restituer ça ?
En fait on avait très peur, on n’avait très peur de ne pas réussir mais comment dire,
on avait peur de ne pas réussir, de ne pas être à la hauteur de ce témoignage, de cet héritage. Là,
l’idée c’était qu’à un moment donné, il fallait qu’on puisse à la fois transmettre,
pas que les peintures mais tout ce qui constitue en fait cette richesse, cette cavité : l’ambiance,
l’esprit, l’âme, ce côté frais, ce côté qui fait que quand on descend dans cet endroit on n’a pas
du tout le sentiment d’être -0 ans en arrière, on a l’impression d’être là, d’être aujourd’hui. Et
là, on s’est demandé si on en était capables, si en fait finalement c’était réalisable, si c’était
pas de la folie, et en fait, c’était de la folie. - Lui, il disait que c’est plus intéressant de
raconter l’écoulement d’eau - Et tu amènes de l’eau
- Oui, de la vraie eau, oui. - Et tu l’arrêtes où ?
- Et on arrête à l’écaille et après c’est pareil, il y a un gourd qui est le dernier, qui
a un trou et qui au-dessus du bac de réception… On est face à une difficulté qui est majeure,
c’est-à-dire qu’on doit réaliser une réplique qui est un objet qui n’a jamais été réalisé,
c’est-à-dire qu’on doit réaliser un prototype. Dans cette grotte, on a une sensation de fraîcheur
inouïe, d’une pureté, enfin tout est lumineux, pas lumineux mais une fraîcheur, c’est vraiment le mot
qui vient à l’esprit. Tout est intact, tout est intact, voilà c’est ça, tout est intact.
C’est vrai que la première fois c’est quelque chose d’énorme et je crois que sur le moment on
réalise pas. Sur le moment j’ai pas réalisé. C’est tellement étonnant qu’on se dit :
mais c’est quoi c’est un rêve, c’est la réalité, où est-ce que je suis ? Enfin on est surpris et on
se dit mais comment la nature peut faire de telles choses, aussi belles aussi magnifiques, aussi
étonnantes parce que vraiment c’est une immense découverte. Évidemment en plus de ça il y a la
découverte des dessins des hommes préhistoriques qui sont là et qui sont aussi stupéfiants.
Des fois je me suis dit c’est pas pour rien que les hommes préhistoriques on fait des dessins dans
cette grotte là, parce qu’elle a quelque chose… cette géologie. La géologie de la grotte Chauvet
est quand même particulière, la plastique de la grotte Chauvet est particulière, elle est très
très belle, enfin c’est une très belle grotte. Le bâtiment principal, c’est le bâtiment dans
lequel on reconstitue la grotte. Imaginez un cylindre qui fait 70 m de diamètre,
qui est semi enterré dans le rocher, dans le terrain qui fait apparaître une face sur laquelle
reconstitue les effets de roche, de falaise qui sera la reconstitution de l’entrée de la grotte
et dans cette grande enveloppe, on a dû rassembler les éléments les plus précieux de l’ensemble de la
grotte qui dans son ensemble fait 800 m de long sur le terrain. Là on l’a comprimée. Comment vous
expliquer ? On a une grande feuille qui est la grotte, qui est une grotte complètement plissée.
Son état naturel c’est 800 m de long. Là, on l’a repliée pour avoir un parcours qui tiennent dans
cette enveloppe de 70 m de diamètre, qui respecte tout et qui nous permet de lire finalement à
l’intérieur en ayant une anamorphose, une vraie reconstitution mais sur un espace plus réduit.
On entre dans la reconstitution, donc il y a un parcours qui est organisé. Ce parcours va
être séquencé par ce que l’on appelle des stations. Ces stations vont comporter des
éléments remarquables de la grotte. Donc les stations proprement dites peuvent accueillir
un groupe d’une vingtaine de personnes. Une des originalités de la reconstitution c’est qu’elle
sera réalisée à l’échelle 1, c’est-à-dire les éléments remarquables seront dessinés,
seront sculptés, seront travaillés à l’échelle 1. Là on est en train de
descendre le long de la galerie des mégacéros, vers la salle du fond donc avec des éléments
qui vont être reproduits. Là on arrive dans la salle du fond et ce que vous voyez au milieu,
enfin de compte le cheminement qu’on a fait qu’on
a défini à travers le nuage de points, c’est sur l’axe de la passerelle.
On a un projet architectural qui est respectueux de l’environnement. Par contre on n’a encore
sur le terrain une grande incertitude. C’est qu’on est à proximité des gorges de l’Ardèche,
dans un secteur karstique donc il y a un risque majeur d’avoir encore des cavités dessous et non
pas de trouver une nouvelle grotte, une nouvelle grotte avec un potentiel patrimonial exceptionnel
mais de trouver des trous, des cavités qui vont nous mettre à plat ou nous
entraîner des surcoûts très importants. Je suis sur le site là. Ils sont en train de
faire les sondages. Le premier sondage, ils sont descendus à 20 m et on a des pressions de folie,
50 bars donc il n’y a pas de soucis et il n’y a pas de vide. Le deuxième sondage ça se présente
pareil, ils sont descendus à 10 m. -
Nous on est arrivés par là. - Voilà, comme ça on a fait
- Donc on a un site qui fait à peu près une trentaine d’hectares. Devant nous on a l’accueil,
la librairie, la boutique ; ces deux bâtiment là. Sur la droite à peu près à 200 m on a le centre
de découverte qui est ici. Ensuite on un espace événementiel qui est un peu plus loin. Qui est là
il n’y a rien the construit dessus. Le fac-similé, l’anamorphose est
droit devant nous à peu près à 500 m, c’est ce bâtiment-là dont Albert nous parlera ensuite.
- En contrebas, donc, par rapport a ici - Il est… la cote ?
- Légèrement en contrebas oui, on est à peu près à 5 m au-dessous du terrain du plateau.
Autant pour la partie architecturale je vois, on va en parler sur ce
qu’il y a à améliorer. Ce qui aujourd’hui reste pour moi une grande interrogation,
en réalité c’est la scénographie, sur les méthodes qui vont être choisies,
sur son prix, parce qu’on est quand même sur quelque chose d’assez unique.
Pour des raisons de préparation à l’émotion, et Jean-Hugues vous l’expliquera tout à l’heure,
c’est quand même une volonté forte pour rendre crédible la reconstitution de préparer les gens
à cette reconstitution. On va les préparer avec des odeurs, avec des effets sonores et on va
aussi les préparer avec un effet spatial par cette descente le long de cette grande rampe.
Donc on rentre dans la grotte, donc on a fait ce choc olfactif, on a fait ce choc auditif et
on a le troisième choc là qui est le choc du froid, donc on a un système de climatisation.
On a vu les différentes techniques ; il y a deux grandes techniques. La photocopie :
on crée une paroi, on fait des projections et on fait du pointillisme, on fait du jet d’encre sauf
que c’est pas du jet c’est un point de pinceau avec trois poils, et là on fait des panneaux
qui sont extrêmement proches de la réalité. Il y a l’autre technique, qui est la technique
Altamira. Eux ils sont partis non pas sur un travail de copie mais un travail de faussaire.
De la même manière qu’on fait un faux Van Gogh qui n’est pas exactement le vrai mais qui a la
patte d’un Van Gogh, on fait la même chose que les vrais, avec les vrais matériaux, la
même... Je pense que ça, c’est plus proche de la sensation de la visite originale. Ça fera l’objet
des prototypes. On est bien d’accord toutes ces choses, elles seront validées par des prototypes.
Le but d’un fac-similé, c’est quand même de montrer des choses autrement que de
façon 2D. C’est à dire sur une photo ou virtuel, on est quand même devant
un écran. Là on est dans un volume et on essaye d’être dans la grotte Chauvet,
c’est une approche complètement différente. Le virtuel ne remplacera jamais ça, c’est vraiment
quelque chose d’essentiel et avoir un rapport physique avec ce volume-là, c’est vraiment
autre chose que d’avoir quelque chose en 2D. - Les écoulements qui viennent de là-bas, tu vois
la rivière, le petit écoulement est très chargé en argile donc toute la calcite va prendre une
couleur argileuse, rougeâtre. - Rougeâtre oui, oui
- Ça c’est les banquettes de gourd et après tu as des cristaux qui sont au fond du gourd. Le gourd
en fait c’est la petite dépression dans laquelle il y a de l’eau et là tu vois, ça c’est bien quoi.
Il faut vraiment qu’il y ait derrière une architecture de gourd qui soit
remplie en fait de cristaux - Le brillant est beau
- Le brillant ça ira - Oui mais c’est presque rose
Phénomènes avait un sujet précis à restituer dans l’histoire, c’était la géologie vivante
on va dire puisque ce sont toutes les concrétions de calcite vivante, en croissance qui se trouvent
dans la grotte Chauvet. - Attends, je te tiens
- Oui, merci - Vas-y ; voilà.
La première démarche c’était de comprendre ce qu’on était censé restituer. On avait la
mission d’essayer de donner aux visiteurs la même émotion qu’on a pu avoir nous,
quand on est descendus dans la grotte.
- Je pense que c’est pas mal ça. - Oui, on a relief un peu trop fort,
je ne ferai pas partout pareil. - Pourquoi pas, oui.
- Pour conserver un petit peu le brillant - Parce que là au toucher, oui on a quand
même de… il ne faut pas qu’on perde non plus la sensation de cristaux, enfin de la matière qui
nous donne la sensation de cristaux. - Dis-donc ça change tout…
- Il y a quand même… - Parce que c’est ça aussi qui fait vivant,
c’est les petits bourrelets en suspension. A la base tu as les fossiles, après les
petits endroits avec les argiles et les griffades, après les poches comme ça,
oui c’est vrai que c’est complexe. - Le panneau des chevaux tu crois qu’ils vont
le voir à quelle distance ? Comme ça ? - Un peu moins peut-être.
- Mais tu vois
du coup le fusain c’est sûr quand il passe, tu vois on retrouve le… mais après
j’arrive pas à le conserver. - Essaye à l’acrylique.
- Hein ? - Essaye à l’acrylique.
- A l’acrylique ? - De mouiller dessous à l’acrylique.
- De mettre du jus ? - Ouais un peu dilué, quoi.
- Tu veux dire de la pâte très diluée ? - Non non non, de la…
- Du médium ? - Du médium, du médium acrylique.
- Oui mais ça va être luisant après. - Faut juste humidifier ce que tu veux faire.
- Oui, ça risque d’être brillant oui. - C’est ça qui me fait peur.
- Et du médium mat ? - J’ai été obligé de
fixer tout à l’heure et je m’aperçois que ça lui a donné un truc luisant. Connerie.
On a fait tout un travail the prototypes et d’échantillonnage justement pour qu’à
la fois les artisans qui avaient en charge la restitution aient confiance en eux en se disant,
ça on approche de la réalité et ça c’est validé, ça on sait que ça fonctionne,
c’est crédible etc. Et puis, nous aussi on avait besoin en tant que maître d’œuvre de savoir ce
qu’on pouvait leur demander à ces artisans, jusqu’où on pouvait aller dans la restitution.
On a dû faire beaucoup de choses très vite. C’est-à-dire qu’il a fallu s’approprier le sujet,
sortir des prototypes, comprendre le phénomène géologique en trois mois. Donc c’était quand
même très très difficile ; c’est vrai que la réunion, la présentation au comité scientifique…
en fait on avait un peu la trouille, quoi. On savait pas trop si ce qu’on avait fait c’était
bien ou pas bien, comment ça allait être reçu etc. - J’ai vraiment tâché de reproduire non seulement
le nombre de traits mais leur morphologie, c’est à dire qu’ici vous n’avez pas du tout
la même morphologie de gravure qu’ici. Il y a un côté mécanique qui cerne le museau mais
qui est normal. - Non non…
- Mais là on change de geste - Là, dans la ligne,
j’ai remarqué que ce n’est pas la même force qui est utilisée. Là, dans la
ligne il pousse plus fort mais là c’est la même force partout.
- Celui-ci, il est récent, je l’ai amené, on va le mouler,
voilà mais c’est le premier qu’on fait et alors c’est pour les sols cristaux
justement avec des petits mouvements par endroits… - Mais quand même tout ça, ça fait très plastique.
- De quoi ? - Toutes ces matières.
- Mais quand la lumière passe à travers… - Oui peut-être, mais c’est vrai que les vrais,
ça ressemble aussi beaucoup au plastique - Mais oui.
Je me souviens d’un comité scientifique. Dans le comité scientifique on avait souhaité intégrer en
plus des scientifiques, un regard artistique et c’est Miquel Barcelo qui a accepté d’y participer
et je me souviens de discussions assez animées au sein du comité scientifique sur la qualité
des prototypes, certains étant sans conteste réussis et d’autres étant encore améliorables très
fortement. C’est aussi l’intérêt des prototypes. On a deux matières très différentes qui ne font
pas une unité. J’imagine que vous travaillez à la créer. Mais pour l’instant je vois ces
deux matières très visiblement différentes, une matière minérale et une autre plastique.
Et puis après, je trouve ça trop lourd, la peinture ça manque de légèreté parce que
Chauvet c’est très émouvant quand on voit le fusain qui effleure les rochers comme
une aile de papillon. Après c’est vrai, comme disait Dominique, que les gens qui verront ça
non pas vu la grotte originale, alors on peut se dire qu’ils vont en être contents mais…
Est-ce qu’on va se satisfaire de cet argument ?
matériaux qui entourent la partie fac-similé, ça me paraît d’une qualité suffisamment
exceptionnelle pour ce projet de restitution. Pour moi ces prototypes sont absolument adaptés.
Les chevaux rentrent à l’écurie ! - Toi qui l’a visitée,
la vraie, qu’est-ce que tu en dis ? - C’est difficile de comparer
parce que tu as l’ambiance de la découverte. Alors je ne me rends pas compte de l’écrin
dans lequel ce sera placé. Quand tu vas dans la grotte, tu as l’ambiance autour et tout
d’un coup tu arrives et là tu es saisie par la beauté, l’émotion, voilà c’est magnifique.
- Allez-y, allez-y. - Regardez vers nous ! Vers nous !
Le travail des prototypes c’était une étape, c’est-à-dire que quelques mois après avoir
commencé le chantier, si on regardait ce qui avait été fait au moment des prototypes,
ça a été encore amélioré. Et voilà, il faut rester à l’écoute des gens et de la critique.
Sur la partie restitution, exécution de la grotte, il fallait attendre que le bâtiment soit prêt.
Il y a eu presque un an en fait, un an où tout le travail s’est fait en atelier,
s’est fait à l’extérieur ; et puis pendant ce temps-là c’était la partie architecture,
le bâtiment brut qui se réalisait sur le site. Vas y moule un peu Pierre, moule, moule…
- D’après mes documents on doit traiter toutes les surfaces.
- On abandonne celle-ci. - Et cette surface est vraiment
toute nécessaire cette surface ? - Oui c’est la rotation
des camions pompiers, mais… - Tu l’avais calibré ça… parce
qu’une rotation de camions pompiers ce n’est pas obligé de faire le tour, ça peut être que…
- Mais là elles apparaissent pas les surfaces de rotation du sentier pompier, les girations là.
- Non je ne sais pas ce que c’est que ce plan ? Il y avait des extensions sur le plan pour le
retournement des pompiers - Là il y avait un
retournement, bon là il y est mais… - Attendez, restons un peu dans l’ordre.
Je voudrais régler ces problèmes de réseau parce que ça fait un an qu’on est dessus et
j’ai l’impression qu’il n’y a rien qui avance ; donc essayons de régler ces problèmes de réseau
avant de parler d’autres choses. - Oui, enfin c’est un peu lié parce
que c’est quand même les surfaces de voirie… - À force de trop lier les choses on en arrive à
des situations où moi j’essaye de lier connement… depuis le début on essaye de sauver les arbres
et il ne reste plus un. Essayons de sauver ces arbres en tenant des réseaux. Là je… avançons !
- Eh bien, on avance ; donnez-nous les réponses par rapport aux surfaces
qu’il faut traiter. Nous on dit il faut séparateur donc on met un séparateur.
- C’est vous le bureau d’études c’est pas moi. - Moi je vous dis, on met un séparateur. Non
ce n’est pas moi qui décide de savoir s’il y a obligation du séparateur. C’est vous qui êtes
en relation avec le maître d’ouvrage et la DRIRE pour des décisions comme ça. Donc moi
je mets un séparateur, je fais une tranchée là, je m’en fous de l’arbre, je suis bureau
d’études. Si vous raisonnez comme ça, moi je raisonne comme ça. Moi je fais une tranchée,
je m’en fous, j’évacue mon eau, j’applique la réglementation. Je suis bureau d’études, bête.
- C’est la même question… - Et quand je cherche quelque chose vous
montez sur vos petits chevaux en disant ça n’a pas avancé depuis un an. Mais j’en sais rien moi…
- Mais vous devriez le savoir, vous êtes architecte référent du projet,
vous devriez quand même savoir un minimum de choses sur le projet et là j’aimerais
qu’on règle ce problème de réseau et qu’on en parle plus parce que personne ne peut avancer !
La grande particularité de l’art préhistorique c’est un art qui a
été fait sur une paroi et une paroi c’est vivant. Ça a un épiderme,
ça un grain, ça a des brillances, c’est humide, c’est mou donc tout ça il faut le recréer.
- Pasta ! - Cool !
C’est un ensemble. La peinture est indissociable de la paroi. Donc ça c’est très important ;
on ne fait pas qu’une peinture et le but de la fidélité ce n’est pas de refaire exactement
la même chose mais c’est avoir le même rapport entre le support et la peinture qui est dessus.
- Là vous commencez à l’enquiller… - Attends là,
est-ce qu’on ne le monte pas de suite là ? - Le deuxième, il est bon maintenant ? Ah non,
ça va pas ça ! - Il est
bon en hauteur, là ? - Tu vois le petit ergot, il ne rentre
pas dans le petit ergot. - Ce que tu vas faire,
Bruno avec le serre-joints, tu vas te foutre à zéro par rapport à l’autre. Moi ce que je veux
c’est que tu me le pousses davantage. - Oui oui
- Bon ben ça y est c’est remonté, il fallait pas en faire un plat !
- Ouais, ouais… - Moi je trouve que tu t’es beaucoup plaint
pour pas grand-chose ! Pour le dessiner on est juste à hauteur ;
il est juste dans les limites d’un champ manuel ; tu peux le dessiner sans bouger.
Et après voilà, il n’y a pas beaucoup de repentir, il y a quelques coups d’estompe
sinon le trait est extrêmement sûr. On le voit bien, notamment pour la
corne. Il n’y a pas d’hésitation. Je pense que c’est très vite fait,
c’est quelques minutes peut-être, même pas mais c’est beaucoup de talent, beaucoup de métier.
Il y a vraiment un sujet qui nous préoccupait depuis le début, c’était les sols cristallisés.
Alors là, c’était un truc parce que c’était un sujet magnifique. Donc il fallait que le
visiteur en ait plein les yeux, comme dans la vraie grotte quoi. Il fallait qu’on trouve une
solution. Et donc je me suis dit, on doit restituer un phénomène donc on va essayer
de faire ce phénomène de façon accélérée. Et le phénomène qu’on devait restituer c’est une
croissance cristalline donc je me suis dit je vais faire pousser des cristaux sur des formes de façon
à pouvoir restituer des vrais cristaux. - Ils sont pas toujours pleins,
là il n’y en a des pas pleins du tout. - Tu fais une vue de face là, cette série on
voit bien la zone lisse et puis dessous une zone avec des cristaux , tu vois ce que je veux dire ?
Tu vois sur la paroi, en haut on a 2 cm lisse à peu près puis dessous tu as des cristaux…
Et c’est vrai qu’à ce moment-là, quand j’ai travaillé sur cette recherche-là,
j’ai vraiment eu l’impression de rentrer en contact avec les sols de Chauvet. C’est
à dire que quand je faisais pousser ses cristaux, que je regardais ses expériences,
enfin je comprenais les sols de Chauvet, je comprenais ce que j’avais vu dans la grotte et ça,
ça a été vraiment fantastique comme sensation. Donc là, on s’est tous retrouvés dans le
bâtiment qui était vide, qui était immense. Il y avait encore un peu de ciel bleu parce
que le charpentier était en retard, il n’avait pas fini de poser la charpente et donc la couverture.
Et on regarde, tous en tenue de chantier avec nos casques et nos gilets de couleur ;
on regarde le ciel comme ça, on regarde cette hauteur, ça faisait 15 ou 20 m sous plafond ;
tout était vide et il nous restait un an top chrono pour tout remplir.
C’est là je crois qu’on s’est dit, bon sang comment on va faire ? Je crois que c’est là
que tout le monde a réalisé parce qu’il y avait la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre,
le regroupement d’entreprises, etc. Et là je crois que tout le monde s’est dit,
il y a un sacré boulot à faire parce que la caverne était vide, donc ça paraissait
immense et on s’est dit qu’on avait un sacré boulot devant nous et on était en juillet 2013.
C’était parfois et même souvent très difficile de trouver le sommeil parce
qu’il y avait une pression permanente. Quand c’était pas un problème lié aux finances,
c’était un problème lié au calendrier, c’était un problème lié à la technique. On partait vraiment
de très très loin et il y a eu de nombreuses nuits blanches pour plusieurs membres de
l’équipe pendant de nombreuses années, y compris jusqu’à la construction. Quand on
ordonne aux entreprises de rentrer dans le bâtiment du fac-similé qui n’est pas
encore étanche et que le lundi d’après on a 10 cm d’eau à cause des pluies cévenoles d’automne en
Ardèche, c’est vrai que ce sont des moments qui sont un petit peu compliqués à gérer.
Là ce sont tous les points qui ont été mesurés depuis une seule station. En gros
un point tous les 5 mm sur l’ensemble de la grotte ; j’ai fait ça avec un scan 3D.
Au tout départ du projet on est rentré dans ce bâtiment, vide. Alors, pas complètement vide, il
y avait quand même une charpente qui le recouvrait et donc on est entré dans cette grande salle et
on a reçu de la part du client un maillage 3D qui correspondait à la réplique qu’on avait à réaliser
et qu’on avait à incorporer dans cette salle. Il est composé de parois verticales, de pendants,
de cheminées, de plein de choses complètement tordues donc impossible de ramener ça sur des
plans. Donc ce maillage on l’a découpé en trois types de zone.
En fait toutes les parties qui allaient être suspendues on a appelé ça les plafonds ;
les parties qui allaient être posées au sol donc les sols et les parties verticales les
murs. On a décidé très vite pour que ce soit à taille raisonnable et qu’on puisse le fabriquer,
de ramener ça sur un maillage et on a retenu des blocs de 1,50 m par 3 m.
Pour pouvoir fabriquer le support de cette de surface qui était vraiment…
enfin c’était la nature quoi, une surface qui ressemblait à rien du tout, on a choisi de la
ramener dans des plans dans plusieurs directions. On retrouve les suspentes du haut, le palonnier
métallique. En vert, les câbles qui permettent de tenir la cage métallique. La cage métallique,
c’est les traits bleu clair et roses. Et sur un autre fichier, on crée des
petites présentations comme ça avec en rose là,
l’acier à façonner. Et c’est cette image qu’on projette à l’échelle 1 sur des tables
perforées qui permettent aux compagnons de façonner les aciers les uns après les autres.
Ça c’est peut-être pas les figures les plus impressionnantes au niveau taille,
c’est pas les grands panneaux mais un petit rhinocéros comme ça c’est absolument magnifique.
Quand on voit l’œil, la finesse de l’œil avec le larmier ici qui ressemble à une feuille…
C’est un travail, enfin je ne sais même pas quel outil ils ont utilisé… c’est un petit
charbon de bois mais quand on voit la finesse des oreilles ici, c’est absolument magnifique.
Il faut essayer de trouver un équilibre entre tout le travail de la roche, enfin du naturel et les
peintures. Faut pas que les peintures ressortent trop mais il faut qu’elle soient assez voyantes.
Regarde le mouvement qu’il a, la posture qu’il a… en plus il est beau ; à la fois il y a du trait,
du trait simple mais à la fois y a du trait beaucoup plus large qui vient ici par-dessus. Puis
en plus de ça tu as des griffades d’ours, enfin il y a quelque chose de majestueux qui est imposant ;
il est fait en un seul trait, il est sûr. Je suis ravie, je suis ravie de pouvoir le faire, oui.
C’était des artistes confirmés qui devait s’entraîner pas mal, qui devaient apprendre
aussi parce qu’il y a des codes dans l’art préhistorique que l’on retrouve d’une grotte
à l’autre. Il y a des choses vraiment très similaires donc ça nécessite d’apprendre,
d’avoir un « professeur », un maître et ensuite de développer ça, de s’entraîner pour arriver à
quelque chose d’aussi beau que Chauvet. Donc c’était vraiment des artistes hors pair.
Les artistes d’aujourd’hui ont pu aller dans la grotte originale et quand on fait
une reproduction, c’est toujours mieux de voir l’original que de travailler simplement
à partir de photos. Parce qu’effectivement les artistes face aux peintures se sont dit :
« effectivement je comprends, voilà où est le problème, effectivement c’est pas du tout… » Les
photos ne rendent pas du tout, même si elles sont dans la haute précision, ne rendent pas du tout
aussi bien que lorsqu’on à quelques centimètres des peintures du panneau des chevaux ou des
peintures de la frise des rhinocéros par exemple. - Et en fait là, tu vois les
excentriques, tout là. - Il n’y en a pas partout quand même,
du coup il faut bien remonter… - Elles sont là.
- Ouais, il faut bien remonter. C’est des choses qui ont été faites
sur le vif donc tout est incisif, tout est vivant, tout est créé sur le moment donc pour retranscrire
ça c’est impossible. Il faut faire plusieurs tentatives, il faut tester mais on n’aura jamais
la même chose, je veux dire. Donc il faut à ce moment-là faire un travail de fourmi voilà ;
un petit grain à côté de l’autre pour essayer d’avoir cette petite vague qui va montrer la
vitesse, la rapidité du geste à un moment donné. Evidemment, Chauvet on a à peine le droit de
respirer… on peut pas toucher, on ne peut que regarder dans Chauvet, on ne peut qu’admirer.
C’est déjà beaucoup, c’est déjà un privilège. Donc pour bien s’approprier les choses c’était
pas mal de pouvoir aller dans d’autres grottes où là, on peut se rapprocher, regarder la forme
et pourquoi c’est comme ci et pourquoi c’est comme ça et là c’est différent et là c’est pareil. Alors
on a donc réalisé des empreintes au micron qui nous ont permis de faire ce qu’on appelle dans
notre jargon des masters. On s’était constitué des outils et en même temps on ne savait pas comment
les prendre ces outils. On y allait vraiment petit à petit ; on était assez démunis parce qu’on avait
à faire c’était quand même énorme ! C’était énorme et en plus on avait quand même l’envie
de faire quelque chose de juste, de faire quelque chose de « vrai » à la fois scientifiquement mais
émotionnellement aussi il fallait qu’on réussisse à vraiment raconter cette histoire géologique.
Une fois qu’on a validé les scratchs et les cages les sculpteurs peuvent venir
sculpter. Si c’est pas validé ils ne peuvent pas avancer. Après on valide
la sculpture et après on valide la peinture.
L’atelier, ce qui aide à reproduire c’est aussi la mise en condition au niveau de l’obscurité.
Je me rappelle à la fin l’atelier était en général assez calme quand on travaillait
et au bout d’un moment chacun était focus sur son travail et c’est dans des moments magiques
comme ça où on est en train de faire notre œuvre qu’on se retourne et on voit que tout le monde
travaille de manière très consciencieuse est totalement imprégné dans l’œuvre et là on dit,
il y a le même ressenti. On est dans notre grotte, on a réussi à refaire notre grotte.
C’est une création en fait. On n’est pas dans la création pure et dure puisque ce n’est pas
notre imaginaire qui a travaillé sur ce qu’on est en train de restituer. On est
sur une copie il ne faut pas perdre de l’idée que c’est une copie mais c’est un peu comme
notre petit enfant. On est en train de le faire, on le façonne, on l’arrange, on veut qu’il soit
bien… on le pouponne, voilà et donc à la fin quand il s’en va, ça fait mal, voilà c’est ça.
Pour un premier projet c’est…
c’est super. Ah ouais c’est super… c’est une superbe expérience. Même au sein de l’équipe,
enfin on est amené à croiser plein de gens qui viennent de milieux très différents et
on apprend sans cesse. C’est pas toujours facile tu sais, il y a les caractères des uns des autres,
on est tous comme ça mais on arrive à partager et à apprendre et ça a été vraiment très riche.
La restitution a commencé à avoir dans son volume, dans son entier,
des petits morceaux de la grotte c’est à dire est arrivé le premier panneau orné,
après est arrivé la grande concrétion du mammouth et donc là tout à coup,
on était entrain de s’approprier cette nouvelle grotte qui était en train de se construire. On
n’avait plus envie d’aller dans la vraie grotte, pas parce qu’on la snobait ou parce qu’on n’avait
plus besoin de s’en inspirer mais parce qu’il fallait qu’on s’attelle maintenant à forger,
à donner la crédibilité et l’âme à cette nouvelle construction, à cette nouvelle grotte qui était
presque la sœur jumelle, en plus petit mais qui était en train de se construire, de se dessiner.
- On y va ! - Ok, 1, 2, 3 !
Je me souviens qu’à un moment donné quand on a mis le mammouth en place, c’était un moment
qui était pour moi très fort parce que en même temps j’ai vu aussi, j’ai vu un moment très fort,
impeccable et j’ai vu je les dis, je pense avec… pas mal d’émotion le travail de Dany.
Effectivement, on y met du sien et on peut pas mettre du sien sans un peu d’émotion c’est
à dire qu’à un moment donné, on ne peut pas faire ce travail sans avoir… finalement c’est
comme l’omelette est casser des œufs, à un moment donné on est admiratif de quelqu’un qu’on connaît,
qu’on côtoie tous les jours, qu’on voit faire et qu’on admire. Moi j’ai vu Dany avec ses bouquins,
j’ai vu Dany avec toute cette recherche et cette application
et tout d’un coup je vois finalement se concrétiser la pointe d’une pyramide.
Ça sera un succès considérable, que la Caverne du Pont d’Arc. Je n’ai aucun doute
là-dessus. Et si notre présence peut servir encore davantage à la promotion du lieu,
ce que nous faisons aujourd’hui, moi je ne cesserai pas, avec la ministre,
de dire partout où je me déplacerai dans le monde : vous voulez connaître d’où vous
venez ? Venez dans la Caverne du Pont d’Arc, venez en Ardèche et vous serez chez vous !
C’est une grande satisfaction d’arriver sept ans après, à l’inauguration de la Caverne par le
Président de la République avec plusieurs milliers de personnes sur le site pour ce moment de
communion finalement, avec tous les scientifiques qui sont là et qui sont ravis qu’on ait réussi
collectivement à aller au bout de ce projet et ça c’est vraiment une très très grande satisfaction.
Là j’ai eu une émotion parce que j’avais le sentiment que la grotte qui était sur le chantier,
la grotte qu’on avait construite, qu’on avait restituée, elle ressemblait. Voilà on avait
fait sa petite sœur. On s’est dit, voilà ça y est, la grotte on peut la laisser tranquille on
peut la laisser dormir. Effectivement, si on a fait ça c’est pour qu’elle soit conservée,
pour la préserver, qu’on ne l’abîme pas, qu’elle ne soit pas altérée et donc là voilà,
maintenant je pense qu’on a réalisé sa petite sœur et sa petite sœur elle prend le relais.