Exaltée par ce nouveau mandat de Donald Trump, la sphère complotiste n’espère qu’une chose : que le futur président réforme en profondeur le pays et puisse vaincre "l'Etat profond" qui entrave sa politique. Une obsession tenace, partagée au sein même de la garde rapprochée du président.
Dans Complorama, Rudy Reichstadt, Tristan Mendès France et Pauline Pennanec'h décryptent et analysent l'activité de la complosphère, en lien avec l'actualité.
Bienvenue dans Complorama, un podcast France Info avec...
Rudi Rasta, directeur du site Conspiracy Watch.
Et Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l'Université de Paris Cité, spécialisé dans les cultures numériques.
Et pour nous accompagner, Pauline Pedanec de France Info.
C'est le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Après l'avoir quitté dans le chaos et la désolation en janvier 2021,
le 47e président élu des Etats-Unis sera réinvesti en janvier 2025.
Ce n'est pas qu'une victoire des Républicains, c'est aussi une victoire du complotisme.
Exaltée par ce nouveau mandat, la complosphère n'espère qu'une chose,
que le futur président réforme aux profondeurs le pays et puisse vaincre le Deep State qui entrave sa politique.
Une obsession tenace partagée au sein même de la garde rapprochée du président.
Donald Trump, le retour du complotisme à la Maison Blanche, c'est le 76e épisode de Complorama.
Vous avez volé les élections de 2020.
Vous vous êtes moqué, vous avez ridiculisé, vous avez mis des gens en prison.
Mais tout ce truc bidon est en train d'être balayé.
Biden est en train d'être remplacé.
Kamala Harris est balayée.
MSNBC se fait balayer.
Le ministère de la Justice est balayé.
Le FBI va être balayé.
Vous êtes nul et maintenant vous allez payer le prix pour avoir essayé de détruire ce pays.
Vous ne méritez aucun respect, vous ne méritez aucune empathie et vous ne méritez aucune pitié.
C'était Steve Bannon le soir de l'élection, mercredi 5 novembre, sur la chaîne de télévision conservatrice Real America's Voice.
Donald Trump a revendiqué une victoire jamais vue, selon lui, à l'élection présidentielle face à Kamala Harris.
A peine sorti de prison le 29 octobre dernier, Steve Bannon s'est tout de suite engagé dans la campagne pour Donald Trump.
Rudy, rapidement, est-ce que tu peux nous rappeler qui est Steve Bannon et pourquoi est-ce qu'il a fait de la prison ?
Oui, d'abord, l'extrait donne bien le ton général, l'esprit de revanche qui anime les partisans de Donald Trump.
Assez glaçant, d'ailleurs, le côté « vous ne méritez aucune pitié ».
Steve Bannon, c'est vraiment une figure emblématique du trumpisme et du premier trumpisme, d'ailleurs.
C'est aussi un stratège, il a été considéré à un temps comme l'éminence grise de Donald Trump.
Il a fait 120 jours de prison, ces quatre derniers mois, pour entrave à l'enquête du Congrès sur les événements du 6 janvier 2021.
Il avait refusé de répondre aux convocations qui lui étaient adressées.
Il a refusé aussi de fournir des documents qui auraient pu éclairer la représentation nationale américaine sur son rôle
dans la mécanique qui a conduit à l'assaut contre Capitole, qui est un événement qui a fait plusieurs morts, il faut le rappeler.
C'est le cofondateur du site d'extrême droite Breitbart News, Steve Bannon.
Il a contribué aussi à faire émerger cette fameuse « alt-right » américaine,
qui n'est plus tout à fait la droite conservatrice traditionnelle américaine,
qui est autre chose, qui est en rupture vraiment avec ce conservatisme traditionnel
et qui est assez ouvertement hostile aux institutions démocratiques.
Bannon, c'est aussi l'animateur, depuis 2019, d'un podcast très influent, War Room, dont on a déjà parlé ici,
et qui est une sorte d'asile pour tous les théoriciens du complot et les militants d'extrême droite du pays.
C'est une caisse de résonance de toutes les thématiques complotistes actuelles.
Le Great Reset, le Nouvel Ordre Mondial, le covidocomplotisme, l'antivax,
les spéculations sur des réseaux pédo-satanistes, etc.
Et cette influence de Bannon, il faut le dire aussi, elle ne se limite pas aux Etats-Unis.
Il a tenté de développer un mouvement international de soutien aux grandes figures populistes.
Ça va de Jair Bolsonaro à Marine Le Pen en France, en passant par Matteo Salvini en Italie.
C'est vraiment l'idéologue d'un populisme identitaire qui ne connaît pas de frontières.
Tristan ?
Moi, ce que je trouve absolument fascinant, c'est le retour de Bannon.
Effectivement, quand il a fait la prison, on pensait qu'on n'entendrait plus jamais parler de cet individu.
Et donc, il y a une sorte de retour en force de cette figure centrale du complotisme trumpien.
Et ce qui est aussi fascinant, c'est qu'on l'entend dans cet extrait.
Il surfe encore, bien sûr, comme Trump lui-même, sur toute cette idée de vol des élections de 2020.
C'est devenu une sorte de mythe fondateur de la mouvance trumpienne aujourd'hui.
Mais surtout, et tu le disais Rudy en intro, moi, ce qui me frappe, c'est évidemment la violence verbale de son propos,
qui est absolument folle.
Il dit que vous allez payer.
Il le dit, face caméra, vous allez payer et on va être sans pitié.
Donc là, on a une vraie tonalité que je trouve assez inquiétante
et qu'on retrouve de façon assez diffuse dans toute cette complosphère pro-Trump revancharde
et qui est relayée par d'autres influenceurs du même type que Bannon.
Et il y a vraiment une idée de vengeance pour tout ce qu'on aurait plus ou moins subi.
Y a-t-il eu d'autres théories complotistes après cette soirée ?
Oui, exemple avec Michael Finn.
C'est l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump
qui explique, dans le sonneur que vous allez entendre,
que la gauche a essayé de tuer Donald Trump plusieurs fois
et qu'elle, je cite, ne va pas lâcher le pouvoir comme ça.
Restez humbles, restez prêts, restez forts
et on va avancer à partir de maintenant jusqu'à l'investiture.
Donald Trump, il sait qu'il doit rester en vie
parce que c'est un des problèmes auxquels on va être confrontés.
La gauche dans ce pays, la gauche marxiste, ne va pas lâcher le pouvoir comme ça.
Ils ont déjà essayé de le tuer plusieurs fois.
Donc on doit se battre pour nos objectifs.
Je sais que Trump va monter sur scène bientôt.
Voilà ce que je veux dire quand je dis qu'il faut se battre pour l'objectif.
Michael Finn, interrogé dans l'émission Infowars du complotiste Alex Jones,
vous dit « est-ce que tu peux me rappeler son parcours ? »
Oui, Michael Finn, c'est un ancien général de l'armée américaine
qui est devenu conseiller à la sécurité nationale,
tu l'as dit, sous la première administration de Trump.
Il avait dû en démissionner assez rapidement pour parjure
après des révélations dans la presse
qui concernaient ses contacts avec l'ambassadeur de la Russie
avant l'arrivée au pouvoir de Trump.
Il est aussi connu, Flynn,
pour ses déclarations incendiaires au sujet de l'islam,
pour avoir adoubé aussi la mouvance QAnon,
une mouvance qui prétend lutter contre la pédocriminalité sataniste,
la cabale, etc.
Et on l'a vu, par exemple, reprendre à son compte dans une vidéo
le fameux mantra des QAnon,
« Where we go one, we go all »,
qu'on pourrait traduire par « un pour tous, tous pour un ».
Mais surtout, il a joué un rôle prépondérant
dans la théorie du complot sur le « deep state », l'état profond.
Il a vraiment contribué à banaliser l'idée que Trump
était aux prises avec cette organisation occulte, parallèle,
qui manipulerait tout dans les coulisses.
Et récemment, il a expliqué aussi que la gauche
disposait probablement de militants payés
pour inciter à des troubles dans les rues.
Mais ce qui est intéressant dans l'extrait qu'on vient d'écouter,
c'est qu'il montre très bien que le complotisme, c'est une projection.
On prête à l'adversaire ce qu'au fond, on serait prêt soi-même à faire.
Et pourtant, les faits démentent complètement ce que dit Flynn ici,
puisque par exemple, il est faux de dire que ce sont les démocrates
ou la gauche qui a essayé d'assassiner Trump.
Je ne suis pas en train de dire qu'il n'y a pas un risque,
que des gens veuillent assassiner Trump,
ça s'est vu et peut-être que ça se verra encore.
Mais jusqu'à preuve du contraire,
la gauche ou les démocrates ne sont pas impliqués.
Mais surtout, contrairement à ce qu'ils laissent entendre,
les démocrates ont reconnu le résultat des urnes,
ils sont inclinés devant le vote populaire,
ils n'ont pas cherché à se maintenir au pouvoir illégalement.
Or, essayer de se maintenir au pouvoir illégalement,
c'est précisément ce dont s'est rendu coupable Donald Trump, en l'occurrence.
Quelles ont été les autres réactions du côté de la complosphère américaine ?
Pour être tout à fait honnête,
a priori, toute la complosphère américaine a fêté cette élection.
Elles se sont poussées des ailes.
Ils sont vraiment tous habités d'une sorte d'envie de revanche,
vraiment débridée et assez inquiétante.
Ils surfent absolument tous dessus.
Et Alex Jones, la figure vraiment la plus représentative
de cette complosphère américaine pro-Trump,
vit vraiment sa meilleure vie.
Depuis un ou deux jours avant l'élection et jusqu'à maintenant,
il fait des lives non-stop.
Il cherche à capitaliser clairement sur ce moment.
Il fait des lives sur X, évidemment, tous les jours, absolument tous les jours,
en profitant des 3 millions d'abonnés qu'il a maintenant sur X,
grâce à Elon Musk.
Et il n'arrête pas de vendre des produits et de faire des appels aux dons.
Donc c'est vraiment un moment de capitalisation,
à la fois financière et d'audience.
Il cherche à surfer là-dessus.
Un autre point, et j'aimerais ajouter juste ce dernier point,
qui est quand même assez notable et assez déroutant,
c'est qu'on a vu apparaître dans cette ébullition complotiste,
alimentée par la complosphère d'extrême-droite depuis des années,
on a vu apparaître malgré tout un complotisme du côté des pro-démocrates.
Et malheureusement, un complotisme qui reste marginal
par rapport à cette complosphère d'extrême-droite américaine,
mais qui est une réalité, une réalité d'audience notamment sur X.
Avec des démocrates qui ont commencé à pousser l'idée
que Trump aurait volé notamment cette élection en 2024,
simplement du fait qu'il y avait beaucoup moins
des millions d'électeurs démocrates en moins.
Ils ne se l'expliquent pas.
Ils pensent peut-être même, pour certains d'entre eux,
que Trump aurait carrément triché.
Il aurait triché et donc volé cette élection.
Le problème, c'est que certains de ses tweets ont eu plus de 10 millions de vues.
Donc j'insiste encore là-dessus.
C'est un phénomène marginal par rapport à la complosphère
d'extrême-droite américaine.
Mais c'est une réalité.
Une partie de la frange assez marginale démocrate,
malheureusement, a été contaminée par ce type de discours
et promeut des discours complotistes.
Je tiens simplement à vous dire,
au nom de ce groupe extraordinaire de personnes,
des personnes qui travaillent vraiment dur,
des gens extraordinaires,
et on pourrait jeter quelques noms,
Robert Kennedy-Johnner, par exemple.
Il va nous aider à redonner sa santé à l'Amérique.
C'est vraiment un type extraordinaire.
Il veut s'engager.
Ce que je lui ai dit,
c'est écoute Bobby,
le pétrole,
on en a plus qu'aucun autre pays dans le monde.
Plus que l'Arabie Saoudite, plus que la Russie.
Bobby, tiens-toi loin du pétrole.
Sinon, profite.
Lors de son discours de victoire,
Donald Trump a donc laissé entendre
que Robert Kennedy-Johnner pourrait occuper
un poste important au sein de l'administration Trump
dans le domaine de la santé.
Robert Kennedy-Johnner, c'est un vaccino-sceptique
adepte de la diffusion de théories du complot.
C'est lui d'ailleurs, Rudy,
qui est derrière le slogan
« Make America Healthy Again ».
Il essaie de rendre sa santé à l'Amérique.
Il a même dit, Donald Trump,
à Bobby, qu'il allait le laisser se déchaîner
sur la santé.
« Je vais le laisser se déchaîner avec la nourriture,
le laisser se déchaîner avec les médicaments. »
Tout un programme.
RFK, c'est le neveu de John Fitzgerald Kennedy.
Il a affirmé par le passé
que la vaccination des enfants causait l'autisme,
qu'aucun vaccin n'était sûr et efficace.
Il est la tête d'une organisation
anti-vax américaine
qui s'appelle Children Health Defense.
Et puis, il a eu des sorties complotistes,
notamment sur le virus du Covid-19,
en expliquant que c'était une sorte d'arme biologique,
ethnique, génétiquement modifiée,
pour épargner les Juifs Ashkenazes
et les Chinois.
Il était revenu, il avait rétro-pédalé ensuite.
Mais voilà, il est l'auteur
de ce genre de déclarations.
Il y a quand même un paradoxe.
Quelle convergence on peut trouver
entre le champion de l'alt-right américaine
aujourd'hui et le neveu
du président démocrate
John Fitzgerald Kennedy,
qui, par ailleurs,
Bobby, sur la question du climat,
il n'est pas climato-sceptique,
par exemple, contrairement à la base
républicaine.
Quelle convergence on peut trouver entre
un ex-président qui s'est hargué
d'avoir pris les mesures pour garantir
que les Américains recevront en priorité
les vaccins anti-Covid, et l'homme
qui, depuis des années,
est le porte-voix des antivax
les plus radicaux,
pas seulement aux Etats-Unis, mais en Europe également.
Et puis, quelle convergence on peut trouver
entre Trump, qui, lorsqu'il était à la Maison Blanche
entre 2017 et 2020,
a nommé plusieurs lobbyistes de l'industrie
agroalimentaire à des postes clés,
avec pour effet d'alléger les normes en matière
de sécurité alimentaire et de protection des consommateurs,
et puis quelqu'un qui prétend
que la santé des Américains est son unique souci.
Ça, c'est quelque chose qu'il va falloir résoudre.
On parle de lui, quand même, pour être
mis de la santé.
Oui, c'est absolument déroutant de voir
qu'un personnage comme lui, qui est
évidemment le héros des antivax
de la planète,
vraiment de la planète,
il se trouve qu'il a d'ailleurs tweeté, le 7 novembre,
RFK Junior,
il a tweeté son programme.
Et les deux points,
les principaux points de son programme,
c'est, et là je le cite, c'est nettoyer
la corruption dans les agences
gouvernementales de santé.
Et je dois dire que ça, c'est quelque chose
qui résonne et qui rappelle,
qui donne l'idée d'une sorte de purge
et qui franchement fait écho à ce
fantasme complotiste qu'on a entendu pendant
des années, titré le
Nuremberg 2.0,
qui a été poussé par la complotiaire
avec l'idée qu'on va faire payer tous ceux qui sont
responsables des vaccins, du
Covid et je ne sais quoi.
Avec des fois des propos extrêmement virulents,
des attaques personnelles qui sont
du harcèlement, qui peuvent être assez inquiétants
et dangereux. Son deuxième point, c'est
obliger les agences de santé
à revenir sur une science basée
sur des preuves, comme si ça n'était
pas déjà le cas. Derrière ça, on comprend
qu'évidemment, il va s'attaquer
en fait au consensus
scientifique tel qu'il était
établi auparavant sur les questions
de santé. Il veut remettre tout ça
en cause. Donc c'est profondément
inquiétant. J'ajoute une dernière petite chose
assez cocasse, c'est
qu'il se trouve que tout récemment,
le 6 novembre, RFK
Junior a reçu un soutien remarqué
d'une personnalité française
qui est Didier Raoult,
qui a fait un long tweet
assez lunaire, dans lequel il
explique, il salue l'arrivée de
RFK Junior en disant qu'il va
enfin éliminer
la mafia de Big Pharma,
une terminologie qui
résonne clairement, évidemment, dans toute la
complosphère française, et
s'occuper, notamment, il cite
Anthony Fauci, qui est
une figure centrale de la lutte contre le Covid
et qui est harcelé
par la complosphère internationale
et qu'il va aussi s'occuper
de Bill Gates. Voilà où on en est
aujourd'hui. Robert Kennedy Junior, qui donc fait
partie de la garde rapprochée de Donald
Trump, comme Elon Musk,
dont le rôle a été assez central
dans la victoire de Donald Trump, justement,
Tristan. Oui, alors il faudra
qu'on mesure de façon assez précise
quel a été le rôle
de Musk dans la victoire
effective de Trump. On avait d'ailleurs consacré tout un
complorama, notre dernier complorama,
sur le soutien de Musk à
Trump. Il y a juste une chose qui m'inquiète,
un épisode particulier qui concerne
Elon Musk. Il se trouve que le jour
de l'élection de Trump,
Musk a partagé un clip
pro-Trump, assez
caricatural, à l'intérieur duquel
il y avait une référence explicite,
explicite,
à la mouvance QAnon,
avec une lettre Q qui apparaît
très clairement dans
le clip, qui est nettement visible,
et ça a d'ailleurs été perçu
par la QAnon sphère, ça les a
totalement électrisés. Ils ont vu ça comme
une sorte de validation. Et ce
clin d'œil, à mes yeux, franchement,
à ce moment-là de l'élection,
est un signal
assez inquiétant sur ce qui vient.
Et qu'en est-il de Joe Rogan,
de Steve Bannon, Tucker Carlson,
ces personnes qui
sont dans cette garde rapprochée
de Donald Trump ? Oui, c'est des
personnalités qui gravitent autour de
Trump et qui sont tous, surtout,
des influenceurs majeurs,
complotistes, bien sûr,
de la mouvance pro-Trump, et qui ont tous
les trois des émissions,
des podcasts en ligne, qui ont
une audience absolument
folle. À eux trois,
ils cumulent des centaines de millions
d'abonnés potentiels.
C'est vraiment un écosystème extrêmement puissant.
Et je rappelle juste
une remarque qui avait été poussée
par le général Flynn,
qui expliquait
que la présidence Trump
serait la podcast
presidency. Ce qu'il
voulait dire par là, c'était que
tous les podcasts et ces médias
alternatifs de Joe Rogan
ou de Steve Bannon
sont, en fait, le nouvel écosystème,
le nouvel environnement
médiatique de la Trumposphère.
Et que ces médias alternatifs,
particulièrement les podcasts, ont été
un rouage important du
dispositif Trump et qu'ils vont
l'être probablement de l'administration
Trump qui vient. Et
j'insiste sur un point, il n'y a
absolument aucun équivalent
du côté démocrate.
Un point quand même pour illustrer ce
dont on parle avec nos auditeurs, près de la mesure
de ce qu'on entend. Dans un
podcast comme celui de Bannon, on a eu
Tucker Carson, il y a quelques jours seulement,
qui explique, par exemple, que les
récents ouragans qui ont
dévasté une partie des Etats-Unis, qui ont fait plus de 200 morts,
n'ont absolument rien à voir avec le réchauffement
climatique et qu'en réalité, c'est dû à
l'avortement. L'avortement,
c'est-à-dire que c'est une punition divine, puisqu'il explique
que l'avortement sont des sacrifices d'enfants
et qu'on ne peut pas faire ça impunément sans que ça ait des conséquences.
Voilà le genre de propos qu'on entend
de la part de très proches de Trump sur ces podcasts.
La plupart des bureaux du ministère de la Justice
sont politisés et corrompus, mais rien de
comparable aux districts Sud et à Washington.
C'est de là que partent toutes les attaques
politiques. Trump va prendre le contrôle
de tout ça. Il y place ses pions
et ils ont déjà essayé de le tuer.
Ils nous poursuivent tous.
Oui, ils vont essayer de nous tuer à nouveau.
Ils veulent me mettre en prison, mais je ne vais pas me taire
et me comporter en lâche.
Laissez-moi vous dire, j'ai du cran et je suis intelligent.
Je sais que ce que je fais en ce
moment est extrêmement difficile, c'est la chose
la plus dangereuse au niveau mondial,
car ce sont de véritables démons endurcis.
Et de toute façon, ils vont simplement se
réformer et se présenter devant tout le monde
si on ne les bat pas. Politiquement,
culturellement, légalement
et juridiquement, il faut leur couper la tête.
Ils ont essayé de nous tuer,
de nous mettre en prison et ils ont
tué beaucoup de gens et tout ça.
Alors moi je dis, très bien, vous voulez vous battre ?
Vous m'avez trouvé. Me voilà,
c'est tout. Je vous ai beaucoup parlé,
mais on ne s'arrête pas là. On va vous battre.
Alex Jones dans son podcast
The Alex Jones Show, jeudi 7 novembre.
Podcast donc, on l'a dit, qui a pris
une toute autre dimension depuis
quelques mois. Rudy, est-ce qu'on peut
parler de la potentielle violence
déjà contre les ennemis de l'intérieur
qu'il cite en disant qu'il faut leur
couper la tête ?
Tristan parle à l'instant de la purge
de ce fantasme d'extrême droite
qui consiste à dire qu'il faut couper la tête
du serpent, assécher
le marais, c'était un thème qui revenait très souvent
drain the swamp dans la rhétorique
Trump qui est à la fois
promesse et menace,
promesse de châtiment, de punition.
Mais juste
un point sur cette notion d'ennemis de l'intérieur
parce que les ennemis, oui, il faut les combattre
et les châtier ensuite.
Ces ennemis de l'intérieur, c'est une accusation
qui est utilisée au moins
depuis la révolution française par tous les régimes
autoritaires du monde. Ca rappelle
le maccartisme dans le contexte américain
mais on s'inscrit
surtout là dans le répertoire
lexical des dictatures fascistes
et des dictatures communistes du XXème siècle
et donc ça a une implication pratique
de parler d'ennemis de l'intérieur. On ne discute pas
avec un ennemi, on le combat
et ultimement on essaie de le détruire.
Donc cette dénonciation
inlassable des ennemis de l'intérieur
elle remplit plusieurs fonctions
elle entretient l'idée d'une menace imminente
qui justifie les mesures les plus exceptionnelles
les plus radicales
et puis elle permet aussi de faire diversion
en canalisant le mécontentement populaire
ou la colère
vers un objet extérieur. Alors cet objet extérieur
on l'a dit
c'est des personnalités détestées
Bill Gates, Anthony Fauci, les Rothschild
les Rockefellers, ce qu'on veut, George Soros
des organisations réelles, le FBI
la CIA, des organisations
qui n'existent pas aussi, les Illuminati
mais en tout cas la recherche
toujours d'un bouc émissaire. Voilà la fonction
fondamentale que ça remplit.
Le seul problème c'est que
on n'est plus en 2016
qu'aujourd'hui Trump est
mieux entouré, il est mieux préparé
il est porté
par la
puissance symbolique
de la majorité du vote populaire
ce qui n'est pas rien
ce qui lui donne une force, encore une fois, symbolique
très significative
et puis il a des chances de pouvoir avoir
un législatif à sa botte
il a aussi une cour suprême
qui lui est favorable. Bref
on est à un moment où il y a une violence
verbale et un mandat
qui n'est pas celui de 2016
et qui est vraiment un mandat gonflé
aux hormones. Et après QAnon en 2017
est-ce qu'on peut imaginer un nouveau
mouvement complotiste qui verrait le jour
avec ce nouveau mandat Trump ?
Oui c'est une vraie question parce que
la mouvance QAnon, ce monstre
est apparu sous la première
mandature de Trump
et on peut se poser la question, qu'est-ce qui va se passer
sous le second mandat de Trump ?
Est-ce qu'on va avoir un
revival de la mouvance QAnon ?
Une sorte de QAnon 2.0
c'est pas impossible, on a vu tout à l'heure
le clin d'œil de Musk à cette mouvance
QAnon, on voit qu'il y a quand même
une excitation de la base QAnon
aujourd'hui et surtout
on pourrait peut-être imaginer
que le fameux mystérieux
Q et ses messages cryptiques
qui ont alimenté et qui ont érigué
cette mouvance QAnon, qui n'a plus
publié de messages depuis
près de deux ans, si jamais
il venait à le faire aujourd'hui
donc si Q se réveillait
et commençait à produire du contenu
il n'est pas impossible qu'on assiste à
une version 2 de la mouvance QAnon
comme on ne l'a jamais connue.
Reste que si ce n'est pas la mouvance QAnon
il y aura peut-être un autre
monstre numérique complotiste qui fera
surface mais qui s'appuiera cette fois-ci
sur un autre
étendard, sur d'autres symboliques
ou sur d'autres récits.
En tout cas, pas de doute que
quelque chose va apparaître de ce second
mandat qui va permettre en fait
de fédérer une partie de la complosphère
notamment la plus radicale.
Pour conclure cet épisode Rudy, que peut-on retenir
de cette séquence ?
D'abord, le grand enseignement c'est que
la preuve que l'état profond
cette entité insaisissable
omnipotente qui était censée verrouiller
la démocratie américaine
c'est la preuve que tout ça est un fantasme
puisque Trump est passé.
Il y a un analyste américain,
Mike Rothschild, qui est un spécialiste
de la désinformation et du complotisme
qui a écrit dans un texte
quelque chose d'assez crucial.
Il écrit « Les théories du complot ont toujours fait partie de nos vies
mais l'acceptation publique de celles-ci
ainsi que le sentiment de sécurité dans le fait
de les propager est un phénomène de l'ère
Trump ». Et je crois que c'est ça
le grand enseignement pour nous
de ce scrutin américain. C'est-à-dire que non seulement
on peut être élu président des Etats-Unis
en partageant des faits que nous et des théories du complot
mais il apparaît qu'on peut être élu
grâce à elle et pas seulement
malgré elle.
Merci Tristan Mendès-France. Merci à tous.
Merci Rudi Reichtat. Merci Pauline Pédamec.
Merci à Jean-Raphaël Pont et Chérif Bitelmadji
au son, Arthur Lebreton et Cyril
Balta à la vidéo. C'est la fin de ce
76e épisode de Complorama.
Merci de nous avoir écoutés et à bientôt.