Les RDV de la philosophie : Mettre en lumière les liens entre philosophie, écologie et imaginaires
1 Vues de vidéo·17 nov. 2024
"La philosophie en dialogue avec les humanités écologiques et les imaginaires" est le thème de "La nuit de la philosophie" organisée vendredi à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Casablanca, à l’initiative de l’Institut Français du Maroc, en partenariat avec l’Université Hassan II de Casablanca.
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C'est, pour moi, trois choses.
D'abord, une tentative de remettre la philosophie au cœur de la cité.
Parce que, comme vous le savez, pendant très longtemps, la philosophie a été marginalisée au Maroc.
Et depuis dix ans, lorsqu'on a créé cet événement, le but c'était de remettre la philo au cœur
et de permettre aux gens de comprendre que la philosophie n'est pas uniquement une discipline.
C'est une manière de penser, une manière d'être au monde, de se questionner, d'être tout le temps en questionnement.
Et ça, c'est fondamental.
Et depuis le début, l'engouement qu'il y a, surtout des jeunes, pour venir dans cet événement, me semble quelque chose d'extraordinaire.
La deuxième chose, c'est que ces rendez-vous de la philo permettent des rencontres entre des philosophes du Sud et du Nord,
de l'espace africain, de l'espace méditerranéen, européen.
Et une manière aussi de faire dialoguer plusieurs approches de la philosophie.
La troisième chose, et c'est la beauté, c'est qu'on tient à tenir ces rendez-vous dans des lieux qui sont des lieux au cœur de la cité.
Ici, à Casa, on est à la fac de médecine.
À Rabat, on est dans la fac des sciences.
Le but, c'est d'ouvrir l'université sur la ville, de dire aux citoyens, vous êtes les bienvenus à l'université.
Et donc, rompre ce tiraillement entre l'espace du savoir et l'espace de vie.
Quels sont les principaux objectifs de cet événement, spécialement la 10e édition des rendez-vous de la philosophie ?
Il y a un objectif, d'abord, de transmission.
On a une école doctorale de la pensée critique qui s'est tenue à Fès pendant 4 jours, de lundi à jeudi.
On a sélectionné 30 doctorants qui ont réfléchi.
C'est une école doctorale de la pensée critique.
Ils ont 8 philosophes qui se sont passés avec un anthropologue, des philosophes des sciences, etc.
Il y a une école de la philosophie qu'on fait pour des enseignants du terminal.
On le fait avec le ministère de l'éducation nationale.
On choisit des enseignants de tout le Maroc.
Et donc, c'est un moment dans lequel il y a une transmission de la manière de réfléchir et de travailler à partir de la philosophie.
Donc là, c'est l'objectif de transmission.
Il y a un deuxième objectif, un objectif d'animation du débat public,
de faire en sorte que l'espace public devienne un lieu de réflexion.
Et donc ça, c'est ce qui fait qu'on a les nocturnes.
Cette année, c'est la première fois qu'on fait 4 nocturnes.
Une à Marrakech, une à Fès le 13 et puis le 15 ici à Gaza et demain à Araba.
Donc le troisième objectif, c'est un objectif de faire vivre cet espace afro-méditerranéen,
de le rendre un espace de dialogue, un espace de réflexion, un espace de pensée critique
et non pas uniquement un espace de commerce ou d'échange de biens.
Donc un échange d'idées, un espace intellectuel, c'est fondamental.
Vous avez choisi comme thématique l'Universel en tant qu'ancien.
Pourquoi vous avez choisi cette thématique ?
Parce que pendant très longtemps, l'Universel, l'Europe a considéré qu'elle avait le monopole de l'Universel,
ce qu'on appelle l'Universel euro-centré.
Aujourd'hui, on parle de pensée décoloniale, on parle des communs,
on parle même de pluriverselle par des penseurs d'Amérique du Sud.
Pourquoi ? Parce que d'abord, il faut qu'on sorte de cette hégémonie de l'Occident.
Deux, il faudrait aussi penser la question de l'Universel comme une problématique philosophique.
Comment, en étant plusieurs, on peut faire un ?
C'est problématique dans un moment de tension, de guerre, de génocide à Gaza,
de deux poids deux mesures entre l'Occident et l'Orient.
C'est un moment compliqué, c'est un moment dans lequel la mondialisation,
avec l'arrivée de Trump, vous allez voir, le commerce va prendre le dessus,
mais d'une certaine manière, c'est l'hégémonie d'une sorte d'Occident mondialisé
contre l'idée de l'Universel entre toutes les nations et toutes les civilisations.
D'après vous, quelles sont les thématiques les plus populaires
et les plus discutées ces dernières années dans le monde de la philosophie ?
Dans le monde de la philosophie, aujourd'hui, il y a évidemment cette question de décolonisation des savoirs.
Elle est fondamentale, elle pose la question de comment on peut repenser les corpus,
qu'est-ce qu'on lit pour développer un savoir,
comment on traite le terrain dans nos sociétés pour comprendre nos réalités.
La question de décolonisation des savoirs est un sujet extrêmement important.
Deux, il y a les questions de l'écologie aujourd'hui,
qui posent la question non seulement uniquement de l'environnement,
mais de comment on pense le vivant et le non-vivant, le rapport de l'homme et de la nature.
C'est une question extrêmement importante qui revient, et elle est d'ailleurs, vous l'aurez retrouvé,
la question de la traduction, qui permet d'élargir l'Universel
et de penser non pas à partir de ce qu'on appelle un logos,
ça veut dire une raison ou une langue centrale,
mais plutôt de plusieurs, de transfert d'une langue à l'autre.
Et cette question de réflexion à partir de la traduction, elle est fondamentale.
Aujourd'hui, comment on peut gérer notre stress quotidien avec la philosophie ?
La philosophie nous permet de prendre la distance, de se poser des questions,
de ne pas prendre des vérités, des évidences pour des vérités,
parce qu'elles nous sont données en tant que telles.
Donc d'avoir ce doute systématique et ce questionnement,
de dire que la vérité, elle est toujours à venir, elle n'est pas donnée a priori.
Cette année, c'est la dixième édition des rendez-vous de la philosophie.
C'est un grand programme chaque année de conférences publiques,
de débats sur des grands défis, des grands enjeux qui traversent nos sociétés.
Et c'est chaque année un événement qui rencontre un très bel écho parmi le public marocain
et qui rassemble autour de nous des partenaires de plus en plus nombreux.
Et donc cette année, nous avons invité une quarantaine d'intervenants de France, du Maroc,
mais aussi au-delà, d'Europe, du continent africain.
Et le thème qui a été retenu pour cette édition par les co-commissaires marocains et français
des rendez-vous de la philosophie, c'est l'universel en tension.
C'est une invitation à s'interroger dans le monde fragmenté dans lequel nous vivons,
sur ce qui fait le commun de l'humanité et sur la façon aussi d'habiter notre terre en commun.
Et d'ailleurs ce soir, à Casablanca, c'est la première nuit de la philosophie à l'université Hassane II de Casablanca,
sur ce thème des humanités écologiques.
Qu'est-ce qui a motivé le choix de cette thématique aujourd'hui ? La thématique, c'est l'universel en tension.
Tout à fait. Je vous le disais, c'est un thème qui a été un choix des co-commissaires,
qui permet d'aborder de très nombreux sujets.
Et ce soir, ce seront 16 conférences qui seront proposées.
Mais toute la semaine, de très nombreuses conférences ont eu lieu.
Une nuit de la philosophie a eu lieu à Marrakech, à Fès.
Et puis demain, ce sera à Rabat, avec demain matin également une conférence à l'Académie du Royaume,
avec le grand philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne,
et puis le directeur philosophe et directeur de l'école normale supérieure de Paris, Frédéric Worms,
qui interviendront à cette occasion.
Qu'est-ce qui vous a motivé à participer à cette 10e édition ?
Les Rendez-vous de la philosophie, c'est un programme phare de l'Institut français du Maroc depuis maintenant 10 ans,
avec de très nombreux partenaires, des universités qui sont de plus en plus nombreuses,
ici à Casablanca, à Fès, à Marrakech, à Rabat,
de très nombreux partenaires comme l'UNESCO, l'ISESCO,
des prestigieux partenaires comme l'Académie du Royaume,
et puis des universités françaises également qui s'impliquent,
avec une dimension aussi d'ancrer la pratique de la philosophie,
l'enseignement de la philosophie dans la coopération franco-marocaine.
D'abord, ce n'est pas la première fois pour moi,
parce que j'en ai des expériences réellement formidables,
à la fois de ce qu'on y entend, ce qu'on y écoute,
et puis des conversations des gens qu'on rencontre aussi,
et puis cette idée de mêler les deux rives de la Méditerranée
dans cette discussion philosophique interminable,
je trouve que, en tout cas pour moi, c'est absolument nécessaire.
C'est ça le paradoxe, c'est qu'elle présuppose une espèce d'entente,
mais elle la construit aussi.
Elle contribue à la production,
non pas à la production d'un débat ou de l'opposition des opinions,
mais plutôt à la possibilité de faire de ces opinions des arguments,
de rationaliser les propos que l'on peut tenir,
de clarifier les idées,
et surtout de nommer les problèmes autour desquels notre pensée tourne.
Je pense que malheureusement il y en a une qui est spectaculaire,
et c'est la violence,
qui est éruptive partout,
qui stupéfie tout le monde,
et peut-être à laquelle tout le monde participe d'une manière ou d'une autre,
activement ou passivement.
Je pense que c'est un des problèmes majeurs,
il y en a malheureusement beaucoup,
et heureusement aussi pour la philosophie,
il s'agit de produire des problèmes,
mais je pense que celui-là est vraiment le plus brûlant, le plus actuel.
Encore une fois, retrouver des amis,
des partenaires, des interlocuteurs,
et puis surtout ces échanges avec le public que je trouve
toujours extrêmement stimulants,
toujours surprenants,
ça vous décale, ça vous bouscule un petit peu,
et moi c'est ça que j'attends.
La question qu'on est en train de poser,
et qu'on discute là depuis qu'on va discuter,
l'universel,
c'est en rapport direct avec la question que j'évoquais à l'instant,
c'est-à-dire celle de la violence,
la production ou l'accessibilité à un universel,
c'est précisément le contrepoint du déchaînement de la violence actuelle.
Parlons des objectifs,
quels sont les principaux objectifs de cet édition ?
Je pense qu'encore une fois, il ne s'agit pas de trouver des réponses.
Il s'agit au contraire d'essayer les problèmes, les reformuler,
y compris avec cette possibilité de décentrement permanent.
On n'a pas les mêmes manières de poser les problèmes,
on ne voit pas la même chose dans ce problème de l'universel,
et je pense que la multiplicité des conférences, des dialogues ici,
montrent que c'est un problème multiface,
que ça concerne aussi bien les sciences d'un côté que la politique de l'autre,
la morale, les valeurs, la langue ou les langues par la traduction,
et voilà, c'est ça qu'on peut attendre.
Ce soir, nous organisons ce qu'on appelle la nocturne philosophique
à la faculté de médecine et de pharmacie de l'université Hassane de Casablanca,
et ce dans le cadre des rendez-vous de la philosophie.
C'est la dixième édition des rendez-vous de la philosophie,
qui sont organisés par l'Institut français du Maroc.
Cette année, nous nous sommes associés en tant qu'université Hassane de Casablanca à cet événement.
Nous co-organisons cette nocturne philosophique,
et comme vous voyez, nous l'accueillons dans la faculté de médecine,
qui est une faculté qui nous rappelle aussi le nom des amphithes qu'on a choisis.
C'est des amphithes de philosophes arabo-musulmans, Ibn Sina, Razi et d'autres.
Je pense que c'est un espace...
Nous, notre université, elle est grande, c'est un grand campus,
et je pense que cette faculté, cet espace est vraiment très approprié,
et vraiment, il est très ouvert aussi à ce genre de discussions philosophiques.
L'importance peut-être aussi de cet événement,
c'est que cette année, la thématique de cette dixième édition,
c'est l'universel en tension.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
On croit tous qu'il y a des modèles universaux,
les droits de l'homme, la démocratie,
ces grands principes qui sont à l'échelle universelle.
Est-ce qu'ils servent toujours de repère, de solution pour nos problématiques contemporaines ?
Nous, on a dit que ce sont des modèles qui sont en crise,
et je pense que les discussions des plus de 40 philosophes invités dans le cadre de cette édition,
du partout méditerranéen, du Maroc, mais aussi des collègues de l'Afrique subsaharienne,
c'est pour discuter justement de la pertinence de ces modèles,
et justement de re-questionner ces modèles dominants,
et comment on peut trouver, grâce à la réflexion philosophique,
grâce au questionnement philosophique, à la critique, etc.,
comment on peut essayer de trouver d'autres modèles et des alternatives de réflexion
pour comprendre le monde et pour l'habiter.
