Découverte : une ferme urbaine au coeur d’Annecy !
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Quand on a vu ça, on s'est dit qu'il s'était trompé de route.
Un tracteur en plein coeur d'Annecy, au pied des barres d'immeubles.
Et pourtant, non, Sylvain est bien un vrai fermier.
Sauf que ses cultures à lui, sont au coeur de la ville.
On veut donner la chance aux anciens de pouvoir manger de qualité,
de façon durable et que leurs enfants, nos enfants,
puissent voir à quoi ressemble un radis.
Bienvenue chez ceux qui s'aiment.
Sylvain et Marie sont en couple.
Ils ont un fils de 10 ans, Pierre.
Ils étaient ingénieurs.
Il y a quatre ans, ils ont décidé de tout plaquer et de changer de vie.
Alors ici, on est sur les anciennes serres municipales de la ville d'Annecy.
On est sur un lieu qui fait un hectare, deux à peu près.
C'est un site qui a été utilisé à partir des années 60,
où on a pu retrouver de la production horticole principalement.
Devenir des paysans, même en pleine ville,
c'était un pari un peu fou.
Il était pourtant nécessaire à leur équilibre.
J'étais déconnecté du vivant, j'étais dans les avions,
je voyageais énormément.
Et à 40 ans, on se repose en se disant, mais qu'est ce que je voulais y air ?
Je me suis reconnecté à une jolie plante qui était Marie.
Moi, j'avais besoin d'être dans un métier qui soit vraiment dehors
et qui fasse sens aussi, pour moi, nourrir les gens.
C'est vraiment le métier vraiment de base.
Mais quand on crée une ferme en pleine ville,
il faut repartir de zéro.
Nous, toutes les serres, elles étaient avec 60 centimètres de gravier,
avec des bâches au sol, donc il a fallu tout enlever,
décaisser, remettre du fumier, remettre de la terre,
remettre de la vie dans un sol qui, finalement, n'en avait pas depuis X temps.
Donc, ça a été un vrai challenge au départ.
On peut régénérer de la vie dans des sols qui sont a priori à l'abandon.
Je pense que c'est ça, la ville de demain.
Nos tourtereaux font pousser leurs légumes en pleine terre,
comme à la campagne.
On est dans une phase transitoire.
On est en train d'enlever des cultures, notamment des tomates,
des aubergines, différentes choses, pour ensuite remettre des cultures
plutôt d'automne et d'hiver.
Marie, Sylvain et leur associé Julien plantent du mesclun,
une salade très appréciée quand le froid arrive.
Le climat de cette année est un climat vraiment particulier.
On a eu un été absolument peu clément, très, très humide,
avec peu d'ensoleillement, ce qui nous a retardé énormément nos cultures.
Le mois de septembre, qui est d'habitude un mois assez ensoleillé dans notre région,
on a eu plutôt beaucoup, beaucoup d'averses.
Que vous ayez ou non une serre chez vous,
les plantations en pleine terre sont possibles toute l'année.
Sylvain vous confie ses conseils de maraîcher.
Alors, à l'automne, que planter ?
Vous avez les chicorées d'hiver.
Vous avez, bien sûr, les épinards, le géant d'hiver,
qui est quelque chose qui est traditionnellement connu
pour pouvoir résister aux températures un peu froides et vertes.
Donc, la première chose à faire dans cette période d'automne,
c'est d'amender votre sol, de lui donner à manger pour que la faune,
pour que les vers de terre, tous les colamboles,
tous ces petits acariens qu'on voit dans la terre là,
puissent digérer la matière organique.
Ça sent bon, ça sent la forêt, c'est ça la vie.
Le couple a choisi de ne travailler qu'avec des semences dites paysannes,
n'ayant subi aucun traitement industriel.
Donc là, on est au cœur de la ferme.
On fait à peu près 90% de nos plants ici.
Tu manges une tomate de chez nous, tu dis wow, c'est la tomate de mon enfant, j'adore.
Tu récupères cette fameuse semence, tu la replantes l'année suivante,
ça te donnera la même tomate.
La plupart des fruits et des légumes que nous consommons aujourd'hui
sont issus de semences hybrides, appelées F1.
Contrairement aux semences paysannes, elles ne peuvent être utilisées qu'une seule fois.
Les paysans, de tout temps, ce qu'ils ont fait,
c'est qu'il y avait une partie de la production qui laissait monter
justement en graines pour récupérer les semences,
pour les ressemer l'année suivante,
ce qu'on ne peut pas faire avec les hybrides F1.
On est obligé de racheter d'une année sur l'autre à chaque fois.
Chaque année, ces amoureux de la nature font pousser 12 tonnes de légumes.
Une production qui permet de nourrir les habitants d'Annecy
et de fournir les restaurants locaux.
On a beaucoup de chance sur le territoire d'Annecy
d'avoir beaucoup de restaurants étoilés,
mais pas que, des restaurateurs engagés pour avoir des produits de qualité.
Donc, les fermes de proximité répondent, à mon sens, vraiment à cet enjeu là.
Justement, Léa et Julien viennent récupérer des légumes pour leur restaurant.
Eh, salut les galopins !
Salut !
Ça va ?
T'as vu ça ?
Oui, c'est beau.
Tu voulais des feuilles, des petites feuilles de capucines ?
Oui.
Donc, t'as de la capucine bien jeune.
Regarde.
Dès qu'il a des légumes à nous proposer, on les prend.
Ça nous permet de suivre les saisons.
Ça nous force même à suivre les saisons
parce que forcément, des fois, il n'y a plus certains légumes.
Donc, ça nous force à avoir des produits ultra frais
et qu'on travaille au jour le jour.
Le couple a aussi besoin de fleurs comestibles.
Ben non, mais c'est poivré, ça.
Ça picote le bout de la langue.
Cela tombe bien, car ici, on ne fait pas pousser que des légumes.
Attention aux abeilles, à cette heure-là, il y a encore des abeilles.
On a encore la chance d'avoir ici de la fleur de cosmos,
qui normalement devrait être complètement lessivée
au vu de la météo et de la saison.
Mais là, c'est assez clément.
On va avoir besoin des insectes pollinisateurs.
Donc, pour les faire venir, il faut mettre de la fleur.
C'est primordial.
S'il existe environ 400 fermes urbaines en France,
elles sont souvent installées sur des toits.
Peu d'entre elles sont en pleine terre.
Le vaste terrain cultivé par Marie et Sylvain au coeur d'Annecy
attire donc les promoteurs immobiliers et vaudrait près de 12 millions d'euros.
Mais pour nos deux maraîchers, une agriculture humaine,
raisonnée et proche des gens, ça n'a pas de prix.
C'est capital, une ferme urbaine, parce qu'on se rend compte
qu'il y a beaucoup d'enfants comme d'adultes, en fait,
qui ne savent plus du tout comment ça pousse ni à quelle saison.
Il faut essayer de remontrer, montrer notre métier,
comment on fait, comment on plante, comment on cultive, comment ça se récolte.
Ça donne un espoir de se dire que demain, on pourrait changer cette agriculture
de masse vers une masse de petits agriculteurs résilients
qui pourraient répondre aux enjeux de demain.
