Antibiotiques, paracétamol, corticoïdes, traitements du cancer, antidiabétiques... à l'approche de l'hiver, on s'inquiète de ne pas pouvoir se procurer ces médicaments en pharmacie. Mais en réalité c'est toute l'année que plusieurs molécules manquent... Pour y faire face, il y a quatre ans, en pleine pandémie de Covid-19, Emmanuel Macron avait affiché son objectif de relocaliser la production pharmaceutique sur le territoire. Pourquoi ces pénuries durent-elles ? Comment s'expliquent-elles ? Et comment y remédier ? Combien de médicaments sont-ils fabriqués en France ? L'affaire Doliprane doit-elle nous inquiéter ?
Élizabeth Martichoux et ses invités débattent de ces questions : - Bruno BONNEMAIN, président honoraire de l'Académie nationale de pharmacie - Nathalie COUTINET, économiste à l'université Sorbonne Paris Nord et chercheuse au Centre d'économie de l'université de Paris-Nord (CEPN), membre du collectif des économistes atterrés et eco-auteure de "Economie du médicament "(La Découverte) , - Sonia DE LA PROVÔTÉ, sénatrice centriste du Calvados et présidente de la commission d'enquête du Sénat sur les pénuries de médicaments, - Catherine SIMONIN, présidente chargée des politiques de santé de la Ligue contre le cancer.
La santé figure au premier rang des préoccupations des Français et au coeur de tous les grands débats politiques et sociétaux. L'organisation des soins, le service public hospitalier, mais aussi le mal de dos, les allergies, la bioéthique ou encore la nutrition... Sur LCP-Assemblée nationale, Elizabeth Martichoux explore chaque mois un thème de santé publique. Entre reportages, interviews de professionnels de santé, de personnalités politiques mais aussi de patients, ce rendez-vous aborde tous les maux d'une problématique de santé, ses enjeux, les avancées et les nouveaux défis pour mieux vivre demain !
Bonjour à tous. Recherche, médicaments, désespérément.
Amoxycilline, paracétamol, corticoïdes à l'approche de l'hiver,
on s'inquiète de ne pas pouvoir s'en procurer dans nos pharmacies.
En réalité, c'est toute l'année que plusieurs molécules manquent.
La situation ne s'améliore pas depuis l'épidémie du Covid-19.
Au contraire, vous verrez, les chiffres sont tout à fait éloquents
et sans doute inquiétants.
Justement, pourquoi ces pénuries durent-elles ?
Comment les expliquer ? Comment y remédier ?
Est-ce que ça doit nous inquiéter, l'affaire du Doliprane, par exemple ?
Est-ce que c'est un symptôme ou est-ce que ça n'a rien à voir ?
Toutes ces questions, on va les poser avec nos invités
dans ce numéro spécial d'État de santé.
Soyez les bienvenus.
Soyez aussi la bienvenue, Sonia Delaprovoté.
Merci d'être avec nous sur ce plateau.
Vous êtes sénatrice union centriste du Calvados.
Vous avez présidé la commission d'enquête du Sénat
sur la pénurie de médicaments.
Rapport rendu en juillet 2023.
Les préconisations ont-elles été suivies ?
Lesquelles étaient-elles, d'ailleurs ?
Vous nous le direz tout à l'heure.
Monsieur Bonnemain, bonjour.
Président honoraire de l'Académie nationale de pharmacie.
Vous avez été auparavant pharmacien dans l'industrie.
On en parlait juste avant de débuter cette émission.
Il y a beaucoup de pharmaciens dans l'industrie
qui se préoccupent, qui rappellent à l'industrie,
on l'espère en tout cas, qu'au cœur des préoccupations,
il doit y avoir le patient.
Vous nous direz. Est-ce qu'on a des idées simples
sur ce sujet complexe ?
C'est le point de vue industriel que vous porterez.
Bonjour Madame Coutinet. Merci d'être avec nous.
Vous êtes professeure d'économie
à l'université Sorbonne Paris Nord.
Vous êtes membre du collectif
des économistes atterrés,
dont je rappelle qu'il propose une alternative
au tenant du néolibéralisme.
Vous connaissez bien la question.
Vous avez été co-auteur aux éditions
de La Découverte en 2018
d'un ouvrage, L'économie du médicament.
Enfin, Madame Simonin Catherine,
ancienne vice-présidente
de la Ligue contre le cancer,
porte-parole aujourd'hui de France Assos Santé.
Vous suivez de très près
ces pénuries de médicaments
et j'ai envie de vous demander,
Madame Simonin,
est-ce qu'il est fréquent
que des malades du cancer
soient privés de médicaments ?
Ce qui paraît inouï quand on y pense.
Alors ça arrive, on a des études déjà.
La Ligue nationale contre le cancer
a fait une étude en 2023
où on peut voir que les patients
qui sont soignés à l'hôpital
ont beaucoup moins d'informations
que ceux qui vont en officine.
Par exemple, France Assos Santé,
il y a 44% de personnes
qui ont été confrontées l'année dernière
à une pénurie.
2% à l'hôpital.
Et ce chiffre ne bouge pas depuis 3 ans.
Est-ce que ça a des conséquences graves ?
Bien sûr.
Alors, il y a des retards
de traitement,
il y a aussi des substitutions
qui ne sont pas neutres
parce que ce n'est pas le médicament
qui est indiqué pour le patient
et quand on switch,
c'est-à-dire qu'on a vraiment
des médicaments de seconde zone,
donc pour le patient,
il y a un impact,
surtout si la maladie est grave.
Et après, nous avons des informations
sur les pénuries que sur les médicaments
qui ont des intérêts thérapeutiques majeurs
mais pas tous les autres.
Donc c'est beaucoup plus ample
que ce que l'on a objectivé jusqu'à aujourd'hui.
Alors, on va voir les chiffres
parce que je le disais,
ils sont tout à fait éloquents
sur la durée et la persistance
de ces manques de médicaments.
Mais juste un mot, ces pénuries-là,
pour des pathologies aussi graves
que le cancer, c'est nouveau ?
Dans le fond, il y a toujours eu ce risque.
Non, il y a une amplification.
Les études sont récurrentes.
Depuis 2019, la Ligue avait objectivé
qu'un certain nombre d'oncologues
étaient confrontés à des pénuries.
Là, aujourd'hui, il y en a 74%.
74% de quoi ?
D'oncologues qui ont été confrontés
à un problème de pénurie.
Mais par contre, l'information
n'est pas transférée vers le patient.
C'est ça aussi.
Alors évidemment, c'est très grave
et ça nous perturbe énormément,
les malades encore plus,
de savoir que des personnes
atteintes du cancer peuvent être confrontées
en plus de leur maladie à ces questions-là.
Cela dit, tous un jour,
les chiffres, la NSM a reçu
près de 5 000 signalements
de rupture hérisse, de rupture de stock
en 2023.
C'est une augmentation
substantielle.
En 2023, ces signalements
ont augmenté de 30%.
Nathalie Coutinet,
la situation est pire.
Oui, alors moi, j'ai calculé
qu'entre 2013 et 2023,
donc 10 ans, c'est 1000% d'augmentation
de pénurie.
En France, est-ce que tous les pays européens...
C'est un phénomène qui touche
tous les pays, alors pas forcément sur les mêmes
molécules dans les mêmes ampleurs, mais par exemple,
si on se souvient de la pénurie d'amoxycilline
l'hiver dernier, elle a été annoncée
d'abord aux Etats-Unis. C'est les Etats-Unis
qui ont tiré le signal d'alarme sur
cette pénurie, c'était donc une pénurie mondiale.
Oui, bien sûr, le phénomène s'aggrave
et c'est vraiment une croissance exponentielle
à laquelle on assiste
et c'est là où le phénomène qui était déjà
dangereux devient
un vrai sujet de santé publique.
Et dans une économie mondialisée,
évidemment, tout le monde est touché un jour
par une baisse de production.
Dans un pays, on va y venir, mais est-ce qu'on sait
la proportion, est-ce qu'on la connaît, la proportion
de médicaments autorisés
en France qui sont ou ont
été en rupture ? 50-40%
des médicaments autorisés
en France qui ont été signalés. Alors,
signaler, ça peut être un mois, ça peut être
davantage, madame de La Provauté.
C'est pas forcément durable.
Il y a un moment où la chaîne,
le médicament n'est plus livré et puis ça revient
vite. C'est pas forcément durable,
mais tout l'enjeu, c'est dans les moments
où il y a une surconsommation, comme la période hivernale,
de certains médicaments, c'est de l'anticiper
pour que, non seulement, ça soit pas durable,
mais qu'en plus, on ait des
systèmes palliatifs
pour compenser la crise et la
surconsommation au moment où elle va avoir
lieu. Ça, ça s'anticipe, parce que l'hiver,
il y a toujours à peu près les mêmes maladies.
Et donc, c'est la question des stocks.
C'est la question des stocks
et c'est la question de relancer
une fabrication publique
ou d'initiative publique,
relancer la cinquantaine
de pharmaciens en France qui est capable
de reconditionner du Clamoxyne, parce qu'on sait que
les formes pédiatriques, par exemple,
sont compliquées à obtenir et donc
tout ça, ça s'anticipe et
évidemment, si on s'y
prend pas en avance, quand on arrive
au premier jour de l'épidémie,
c'est la catastrophe, puisqu'un jour après,
on n'a plus les médicaments nécessaires.
Et ça devient un casse-tête. On va aller dans
une pharmacie, parce que c'est
évidemment, chez les pharmacies,
qu'on peut constater tout un chacun
le manque de médicaments.
Marianne Cazot a rencontré une pharmacienne de la région
parisienne qui est confrontée à
cette question de la
pénurie. Reportage.
Là, j'ai, ben voilà,
le générique de l'augmentin
qui manque depuis
des mois, des années, des semaines.
Et que j'arrive à avoir de temps en temps.
Vous voyez, là, j'ai une boîte
de 16 comprimés, une boîte de...
Voilà, deux boîtes de 16 comprimés, c'est tout
ce que j'ai pour l'instant pour mes patients.
Sachant que c'est quand même un antibiotique qui est beaucoup
prescrit, notamment l'hiver.
La situation actuelle, c'est un vrai casse-tête.
On se retrouve face à face avec le patient
avec parfois pas de solution à lui proposer.
Aujourd'hui, peut-être
une ordonnance sur trois où on va être en difficulté
parce qu'on n'a pas le produit.
On a eu à certaines périodes, du coup,
des ruptures, notamment sur le téralène.
C'était les gouttes pour les yeux.
Antihistaminique en sirop pour les enfants, il y en a nulle part.
Il n'y a rien de plus frustrant que d'arriver au comptoir
et de dire qu'on ne peut pas
honorer toute l'ordonnance alors qu'on sait pertinemment
que le patient en a besoin.
Donc il y a un côté frustrant,
l'impression de ne pas avoir fait le travail
correctement, même si on sait bien
que ce n'est pas de notre faite.
Malheureusement, on s'est un peu tous habitués,
que ce soit les patients, les prescripteurs ou nous-mêmes,
ça fait maintenant deux ans que ça dure.
Donc on devient
tous un peu fatalistes et on bidouille.
D'habitude, vous avez le générique,
la gabapentine, mais il est manquant.
Donc je vous mets l'original.
D'accord ?
C'est la gabapentine. C'est celui pour vos douleurs.
Voilà.
On a essayé d'évaluer
le temps passé à trouver des solutions
pour les patients et en gros,
on passe à peu près 12 heures par semaine.
Tension, tension, rupture.
C'est déjà s'assurer auprès
de nos grossistes si le médicament
est toujours en rupture de stock ou s'il y a eu des retours
chez eux. Parfois, on doit commander
directement au laboratoire plutôt que de
passer chez le grossiste. Donc c'est encore une étape
supplémentaire. Ensuite, on va essayer
de voir avec nos confrères aux alentours
pour savoir s'il leur reste des produits en stock.
Et puis quand on a épuisé toutes ces ressources-là,
on va appeler le médecin pour savoir
si lui peut changer sa prescription.
Et quand au bout du compte, on n'y arrive pas,
c'est vrai qu'il y a un côté un petit peu
fatigant, en fait, usant.
Je vous appelle pour un renseignement
concernant une disponibilité
du Terralen.
Ils ne font pas de dépannage. Il y a trop de demandes,
ils n'y arrivent pas. Il y aura des livraisons
d'ici une dizaine de jours, quelques...
Quelques boîtes y épargées par là.
Exactement. Voilà.
Il faut qu'on les surveille.
En fait, il y a beaucoup d'incompréhension.
On ne comprend pas qu'aujourd'hui, en 2024, en France,
on manque encore de médicaments.
Ça, ce n'est pas acceptable, très sincèrement.
Pourquoi ça dure, en fait ?
C'est ça. Pourquoi ça dure dans le temps ?
C'est ça, la vraie question. On peut comprendre
que ponctuellement, parce qu'il y a
un problème sur la chaîne de production,
parce qu'il y a un problème sur le conditionnement,
n'importe quelle raison que ponctuellement,
certains médicaments manquent, mais là,
on en est à plus de deux ans, maintenant.
Et donc, on a du mal à comprendre
pourquoi on en est encore là, aujourd'hui, en 2024.
Pourquoi on en est encore là, en 2024,
dit cette pharmacienne ? Elle l'a répétée plusieurs fois.
Elle ne comprend pas elle-même. Sonia, elle a provoqué. Pourquoi ?
Pourquoi ? Il n'y a pas de réponse simple.
Mais en fait, depuis
la question de la chimie, la fabrication
des principes actifs, qui s'est complètement délocalisée
depuis de nombreuses années et sur
lesquelles on n'a plus la maîtrise en France
et en Europe, jusqu'au conditionnement
qui s'est fait ailleurs, pour les génériques
notamment, qui sont les principaux
médicaments les moins chers qui sont consommés
sur le marché,
qui se fait aussi dans d'autres pays que la France,
jusqu'à la distribution dans les pharmacies
et la gestion des stocks,
à chaque étape,
il y a eu une défaillance, on a laissé faire,
on n'a pas regardé les conséquences
et quand on ne fabrique plus le principe actif
dans un pays ou quand
on surconsomme au plan international
et qu'on ne fabrique plus en France,
on n'a pas de stock en France
pour pouvoir répondre à la demande sanitaire
du pays, par exemple.
Est-ce que vous avez dans votre rapport ce chiffre ?
Un médicament
sur cinq est fabriqué en France,
ça veut dire qu'il y en a quatre sur cinq
qui ne le sont pas, ça veut dire que
c'est en Inde, en Chine,
que les médicaments,
les principes actifs en particulier,
sont fabriqués et on doit les importer.
Est-ce qu'il faudrait fabriquer
tous les médicaments en France ?
Est-ce que c'est ça le problème ?
Tous les médicaments, non, évidemment, c'est pas possible.
Par contre, on a,
les autorités ont une liste de médicaments
essentiels, ce qu'on appelle les médicaments d'un thérapeutique
majeur, qu'il faut peut-être nettoyer
parce qu'elle paraît très grosse.
Il faut sans doute la rétrécir.
Ce sont des médicaments qui sont indispensables
pour traiter un certain nombre de pathologies.
Ces médicaments-là, ils doivent être
produits en Europe pour s'assurer,
en tout cas à des principes actifs,
pour s'assurer de leur...
Pour vous, c'est quoi le problème,
justement, pour répondre à cette pharmacienne
et à nous ? Pourquoi ça dure, ces pénuries ?
Il y a deux problèmes. Il y a un problème d'offre
et un problème de demande. Le problème de demande,
c'est qu'il y a, au niveau mondial,
plus de demandes pour ces médicaments
peu chers parce que, et c'est plutôt une bonne nouvelle,
plus de pays ont accès aux médicaments.
Je pense à la Chine,
beaucoup de pays d'Asie, mais aussi des pays
d'Amérique latine. Donc la demande mondiale
augmente. Ça, c'est le côté demande.
Parallèlement, du côté de l'offre,
les industriels ont modifié
l'organisation de leur production,
c'est-à-dire que, de plus en plus,
ils ont fait produire, externaliser
à l'étranger pour augmenter leur profit.
On a... Quand vous dites
qu'il y a un médicament sur cinq,
vous avez raison, qui est produit en France,
il y a 20% des principes actifs,
donc qui est la substance qui soigne,
qui est produite en Europe,
et 80% en Asie. Il y a 10 ans,
c'était l'inverse et il y avait
beaucoup moins de pénuries. On a laissé partir
toutes ces fabrications.
Les laboratoires
pharmaceutiques ont fait un choix pour
augmenter leur profit de délocaliser
comme n'importe quelle entreprise,
et on fait produire.
Et puis, il y a un autre phénomène qui est aussi
lié à l'offre. Les industriels
ont traité le principe actif,
ce qui nous soigne, exactement comme ils ont traité
le textile. C'est-à-dire qu'il y a une main-d'oeuvre
moins chère, et donc on externalise,
on délocalise.
Il y a aussi une autre raison,
c'est l'aspect environnemental.
Dans les pays asiatiques,
il y avait beaucoup moins de contraintes à l'époque sur le plan
de l'environnement, par exemple pour la production
des antibiotiques.
Vous dites qu'il y a un problème de normes ici ?
Oui, bien sûr. On a des exigences réglementaires
au niveau de l'environnement, beaucoup plus
strictes qu'en Inde ou en Chine
à l'époque.
C'est quoi une norme environnementale
pour le médicament ?
C'est tout ce qui concerne la pollution
de l'environnement au niveau
des usines.
Ça revient à dire que les industriels, ça leur coûte plus cher
de fabriquer ici à cause des normes ?
Bien sûr.
Vous élevez contre les normes ?
Pas du tout.
Il y a beaucoup d'industriels
qui s'élèvent contre les normes.
Quand on localise en Europe, il faut changer
les procédés de fabrication, et ça, ça a un coût
important.
C'est plus protecteur pour l'environnement,
et il y a aussi la protection sociale des salariés
qui sont moins exposés.
Dès qu'on fait de l'industrie chimique
en France, on est classé Cveso
seuil haut. C'est le plus haut de la protection,
et donc c'est les plus grandes contraintes
réglementaires. Mais derrière,
ça signifie aussi que
comme ça coûte plus cher mais c'est plus respectueux
de l'environnement, on doit au niveau
européen mettre en place des protections
ou en tout cas mettre des contraintes
sur la façon dont c'est fabriqué à l'extérieur.
Et si ça n'obéit pas ces contraintes,
on doit privilégier ce qui est fabriqué dans nos
pays sous ces normes-là qui sont plus respectueuses
et qui garantissent
un certain nombre de protections,
notamment sanitaires. Donc ça, c'est intéressant.
On est déjà un peu sur les solutions
pour essayer de
garantir la santé publique.
La dimension
satinaire. Juste une dernière cause,
parce qu'on était sur les causes. Je vous donne juste
la parole après. Une dernière cause, c'est que pour certaines
molécules, il y a un ou deux producteurs
au monde qui produisent une
molécule. Et à ce moment-là, évidemment, s'il y a un
monopole. Madame Simona ?
Il y a un problème de sécurité également.
Parce qu'en Inde ou en Chine, il y a moins de contrôle.
Et c'est la FDA aux Etats-Unis
qui va contrôler. Et là, on arrête
la production et
on arrête aussi le départ des lots.
Et les lots qui sont contaminés.
Donc il y a un problème de sécurité
pour les patients. D'où l'intérêt d'avoir
des usines à proximité pour pouvoir
les contrôler. Mais ce n'est pas le seul
problème. Je pense que dans toute la chaîne,
on l'a vu avec la guerre en Ukraine
et notamment le flaconnage
et les dispositifs nécessaires
à la production de toute la chaîne du médicament.
Eh bien, ça manquait.
Vous voulez dire que le flaconnage, c'est l'enrobage ?
On a le principe actif d'un côté
et puis après, il y a tout ce qui
fait que le médicament
est vendable. Et là, si on a
un seul entrant, un seul
producteur pour un entrant dans la chaîne
de production, s'il n'est plus en capacité
de fournir ce
dispositif qui rentre dans cette composition,
il y a un arrêt
et une pénurie derrière.
Donc là, il y a quand même
un souci parce que, par exemple,
il y a la qualité et la sécurité qui doivent être
objectivées sur toute la chaîne et c'est
les plans de prévention des pénuries
européennes. Alors, on y reviendra
sur la dimension européenne. Il y a peut-être des leviers
intéressants. Je voudrais qu'on reste
encore une fois sur une des causes, le prix.
On parle du prix, c'est important.
Le prix du médicament, il est très
contrôlé en France.
Regardez cette infographie
qui nous détaille la décomposition
du prix en France.
Le prix des médicaments remboursés se décompose
ainsi. 63%
pour les industriels,
16% pour les distributeurs
et 21% qui retournent à l'État.
Les industriels communiquent peu
sur les marges qu'ils réalisent,
mais elles peuvent grimper très haut.
Voici le résultat d'une enquête
de l'ONG suisse Public Eye
sur le rêve limite à un anticancéreux
innovant.
0,1% du prix de vente pour la production,
4% pour la recherche
et le développement,
6% pour la distribution
et plus de
89% de marge pour
le laboratoire.
Du côté des génériques, en revanche,
la rentabilité est tout autre.
Elle aurait même été négative en 2023,
moins 1,5%
selon les professionnels du secteur.
Or, les médicaments
génériques représentent la majorité
des ruptures et tensions d'approvisionnement.
Jugés peu rentables,
certains industriels s'en désintéressent.
Bruno Bonnement, c'est un problème, la question du prix ?
Oui, je pense que c'est un vrai problème
pour ces produits génériques
anciens, parce qu'on arrive
à des marges tellement faibles
qu'effectivement les industriels ne s'y intéressent plus.
On l'a vu récemment...
Donc ils ne les fabriquent plus ?
Ou ils le transfèrent à d'autres,
à des gens qui sont...
Par exemple, des Indiens, il y a eu
un certain nombre de ventes
vers des sociétés indiennes.
Donc effectivement, je pense que c'est un vrai problème
qui n'est pas simple à résoudre,
mais c'est un vrai problème économique.
D'ailleurs, je pense qu'il faut se rendre compte
que quand on a un produit générique,
donc un produit ancien, on continue à dépenser
beaucoup chaque année pour le maintenir
sur le marché.
Les industriels.
Pour prendre simplement un exemple,
on a mis en place en Europe
un système qu'on appelle la sérialisation.
C'est-à-dire qu'on va repérer pour chaque boîte
l'origine du produit.
Donc ça c'est très bien.
C'est pour éviter les falsifications.
Mais ça a coûté des millions
aux industriels, y compris pour les produits anciens.
Ce que vous nous dites, c'est que
la méthode de fixation des prix
en France génère
des pénuries parce que
les industriels ne s'y retrouvent pas.
Tout à fait. Et je pense qu'il faut qu'on revoie...
Et donc qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
Parce que l'idée c'est aussi que les prix soient
pas trop élevés pour que
la sécurité sociale puisse soutenir
la demande de soins.
C'est ça l'enjeu. Donc vous voyez, c'est pas simple.
Si vous vendez
les fers à gants
beaucoup plus chers, ça va être un problème pour les Français
qui veulent se soigner.
C'est pour ça que le Premier ministre l'année dernière avait décidé de faire
un groupe de travail sur ce sujet des prix
parce que c'est pas un sujet simple.
Mais effectivement, il faut le prendre
à bras-le-corps pour voir comment gérer
cette situation.
Madame Delaporte.
Oui. Ce qu'il faut voir,
c'est que les négociations avec
les industriels se fait
sur une enveloppe au sein
du CEPS, le comité spécial
qui détermine
le prix du médicament.
Et dans cette enveloppe,
qui est l'enveloppe
médicaments du projet de loi
de finances de la sécurité sociale, qu'on vote
tous les ans, il y a les médicaments innovants
et puis il y a les médicaments matures.
Les anciens médicaments
qui sont, pour le coup, indispensables quand même.
On peut dire qu'ils sont dégénériques.
Eh bien, qu'ils sont dégénériques
ou pas dégénériques.
Tout ça, c'est dans la même enveloppe.
Or, on a une explosion
du prix, du coût des médicaments
innovants. C'est jusqu'à 1,9 million
d'euros pour un médicament,
pour une pathologie très rare,
pour un traitement pour une personne sur un an.
Et donc, on voit bien qu'à un moment,
cette enveloppe qui est contenue n'arrive
pas à compenser
le remboursement et l'accès aux médicaments
très chers et innovants,
mais qui, pour le coup, doivent faire preuve quand même
de leur efficacité,
et à rembourser également ces médicaments
matures qui sont très consommés.
Il y a un vrai effet volume, mais ils sont
absolument essentiels.
Et la nouveauté dans les médicaments
matures, je me permets de dire,
c'est qu'il y a maintenant,
désormais, effectivement, des anticancéreux.
Donc, on est en train de toucher une vraie
problématique, parce que là, pour le coup,
tous les domaines
médicaux sont concernés,
des antiépileptiques,
des traitements à visée cardiologique.
Et donc, on voit bien que, autant
le paracétamol, on arrivait à regarder
ça un peu, voilà, mais maintenant,
c'est des médicaments qui sont
vitaux, vitaux,
essentiels pour les patients, et là,
pour le coup, on est face à une vraie crise
sanitaire et à une vraie défaillance
de santé publique.
Pardon, mais comment on fait,
parce que si je vous écoute,
c'est la rançon du progrès
technologique.
La recherche est performante,
elle coûte très cher, il y a des investissements
qui sont extrêmement coûteux, et donc
il y a des médicaments très
innovants, des produits
de pointe, qui coûtent
très cher et qui sont remboursés, qui sont pris en charge
par l'hôpital, donc par nous.
Et à côté de ça...
Je voudrais faire une correction à ce qui a été dit, parce que,
si vous voulez, il y a eu un deal
dans les années 2010,
entre les industriels et les autorités.
L'idée, c'était de dire, pour
encourager l'innovation, on va avoir des prix
des médicaments innovants qui sont très chers, et en
contrepartie, on va baisser les prix
des médicaments génériques, qui vaut à leur prix
dans tous les pays, d'ailleurs, ce n'est pas spécifique à la France,
qui vaut à leur prix baissé.
Donc, vous acceptez de vendre pas cher
les médicaments du tout venant
tomber dans le domaine public...
Et donc, qu'est-ce qu'ont fait les industriels ?
Ils ont dit OK, et puis, petit à petit,
ils se sont désintéressés.
C'est-à-dire que
ce n'est pas que ce n'est pas rentable de produire des génériques,
c'est que ce n'est pas suffisamment rentable
pour des entreprises financiarisées.
Vous êtes d'accord avec ça ? Est-ce que c'est un problème
de dividendes, d'actionnaires ?
Vous êtes d'accord avec ça ?
La branche de Novartis,
la branche générique, faisait 20% du chiffre
d'affaires de Novartis, donc,
il y a bien une rentabilité à produire du générique.
Donc, vous diriez de la même façon,
les industriels, ce sont des voraces
qui se font
de l'argent sur le dos des patients ?
Je ne suis pas d'accord avec ça. Je pense qu'il y a un certain nombre
de produits qui ne sont plus rentables du tout.
Pour prendre l'exemple
de Servier et de sa branche générique,
30% de leurs produits n'étaient pas rentables
du tout. Il n'y avait pas de marge.
Donc, ce n'est pas possible.
Donc, on ne peut pas demander à une entreprise
de ne pas gagner d'argent sur les produits qu'elle fabrique.
Ce n'est pas possible.
C'est un équilibre global économique d'une entreprise.
Il y a quand même
un bilan global à regarder
à la fin de l'année. Et on voit bien
que ce qu'on gagne sur des médicaments innovants,
on peut considérer
qu'une partie est à perte
sur des médicaments matures.
Le médicament, ce n'est pas bien de consommation ordinaire.
Il y a des politiques de santé publique.
Donc, on ne peut pas considérer que quand on fabrique
du médicament, on fabrique
des brosses à cheveux, sans critiquer
les brosses à cheveux.
Le problème,
c'est que quand on a une société qui ne fait que
des génériques...
Ça, c'est un problème
de stratégie industrielle.
Si elle ne fait que du générique
et ne gagne pas d'argent, elle va fermer
les portes. Mais si elle gagne
beaucoup d'argent avec des médicaments innovants,
la contrepartie,
ça peut être peut-être
de ne pas gagner trop d'argent.
C'est lié aux stratégies
des industriels qui vont aller plus
vers des anticancéreux innovants qui ne concernent
que très peu de personnes.
Avec les carticelles, par exemple, ou de la thérapie
génique, ce n'est pas 1,9 million
d'euros.
Dans l'hémophilie, c'est 4 millions de dollars
aujourd'hui. Donc, on dépasse
tout l'entendement. Ça ne correspond
absolument pas ni à la recherche
et développement derrière. Ça a été fait
plutôt par des start-up ou même
de la recherche
fondamentale qui est payée
par de l'argent public, que ce soit aux Etats-Unis
ou en France. Et ensuite,
il y a 36
pays qui ont des
pharmaciens hospitaliers
et qui ont une association et qui
publient un bilan chaque année. Dans 36 pays,
95 % des pharmaciens
sont confrontés à des pénuries.
Donc, ce n'est pas un problème.
Il faut trouver des solutions
et je voudrais qu'on aille sur ce terrain,
c'est ce qui nous intéresse. Vous aviez
proposé dans votre rapport
une réforme de l'application du prix
ou pas ? Oui, on avait
proposé le fait de tenir
compte des conditions de fabrication du médicament,
c'est-à-dire favoriser ce qui était
fabriqué. Alors, c'est toute la chaîne du médicament,
parce qu'on dit un cinquième fabriqué en France, c'est pas vrai.
En fait, c'est ou les principes actifs pour
certains, ou le conditionnement primaire, ou le
secondaire. Et donc,
la réalité, c'est que toute la chaîne concernant
le médicament doit être réinternalisée
en France ou en Europe. Et en tout
cas, il y a un vrai sujet de souveraineté
et on doit en tenir compte dans le prix.
Parce qu'évidemment, que fait un hôpital
quand il fait un appel d'offre ? L'hôpital
il va au moins 10 ans,
c'est-à-dire qu'il choisit le médicament
qui est proposé par le laboratoire
qui propose le prix le plus bas, parce que
l'équilibre économique hospitalier fait que
ça met en difficulté. Et donc,
on doit pouvoir encourager l'hôpital pour
privilégier aussi le choix
des médicaments qui sont fabriqués
en France ou en Europe, ou en tout cas
qui ont une estampille de garantie
de fournir le produit. Est-ce que vous avez été
entendu ? Ça commence à bouger.
Oui, il y a un travail.
Et il y a eu un article
du projet de loi de finances à sécurité sociale
il y a deux ans, qui demandait
au fameux comité de fixation
du prix du médicament de tenir
compte de ça pour fixer le prix
du médicament mature, de ces médicaments
anciens mais indispensables. Et donc,
ça n'avait pas été fait au début
et là, les choses commencent à être mises en place.
Alors, j'aurais aussi qu'on aborde
la question des stocks. Il y a des amendes
qui ont été infligées à 11 laboratoires
pharmaceutiques à hauteur de 8 millions d'euros
au total, pour des stocks
insuffisants.
C'est un début ? Alors, oui, c'est un début.
Mais là, dans le PLFSS
2025, il y a un article
qui veut renforcer ces sanctions.
Il y a eu une loi qui a été votée
à l'Assemblée nationale
et derrière, il va y avoir un renforcement
des sanctions, en tout cas s'il n'y a pas trop d'amendements
pour détricoter tout ça. Mais nous,
nous y sommes favorables, parce qu'en tant que citoyens
on nous demande
d'observer la loi
et il y a des amendes si on ne l'observe pas.
C'est la même chose.
Ça, cette question,
agir sur les stocks, c'est intéressant.
Oui, mais disons que
on est dans la maladie.
On va dire que la pénurie, c'est la maladie.
On ne cause pas les causes de la maladie.
On ne va pas à la racine du mal.
C'est palliatif, si vous voulez,
mais il faut s'attaquer...
C'est de la prévention.
Mais il faut s'attaquer à la racine
du problème.
Effectivement, comme ça a été dit
dans l'excellent rapport du Sénat,
je tiens à le préciser,
il y a toute une question aussi d'un enjeu
de relocalisation.
On y vient doucement,
Les entreprises pharmaceutiques
sont dans une situation particulière parce qu'elles ont
un marché qui est solvabilisé par l'État.
Tout ce qu'elles vont vendre,
elles sont assurées que ça va être vendu.
Il ne faut pas faire pleurer non plus sur les entreprises pharmaceutiques.
Ça, c'était la réponse à monsieur.
Tout à l'heure.
Je voudrais qu'on vous emmène dans un laboratoire pharmaceutique
pas comme les autres.
Parce que c'est intéressant de savoir que ça existe.
En l'occurrence, ça s'appelle Freepharm.
C'est une plateforme de fabrication
hospitalo-universitaire.
Au commencement, l'Agence nationale du médicament
s'est coordonnée avec des pharmacies
d'hôpital pour qu'elles produisent
des médicaments en rupture d'approvisionnement.
Il y a des solutions quand même locales
qui sont mises en place.
C'est le cas notamment
aux Hospices civils de Lyon.
Reportage Marianne Cazot.
Je suis praticien hospitalier, pharmacien
à l'hôpital Édouard Ayot,
à la pharmacie dans laquelle est implantée
la plateforme hospitalo-universitaire
Freepharm.
Freepharm a une certaine expertise
sur la production de médicaments
stériles et non stériles
avec une production qui est
d'environ 100 000 unités d'os par an.
C'est un médicament
que le Sanofi
ne fabrique plus.
Du coup, nous, nous avons repris
la production.
De l'expérience que nous avons retirée
de la pandémie,
c'est qu'il fallait anticiper
un certain nombre de pénuries et c'est ce
à quoi nous sommes engagés dans une collaboration
avec notamment l'Agence nationale
de sécurité de médicaments.
Donc là, c'est notre matière
première en quarantaine.
A chaque réception de matière première,
on est obligé de faire arrêt
des contrôles pour être sûr qu'il s'agisse bien
du produit concerné.
On compte 5 arrêts de commercialisation
en France depuis le début d'année.
Ensuite, il y a les tensions d'approvisionnement,
c'est-à-dire une centaine au cours de cette année.
Et ensuite, il y a des ruptures de stock.
Il n'est pas envisageable
de répondre à
toutes les pénuries. Ce n'est pas possible, nous n'en avons
pas la capacité. En revanche,
il est possible sur une liste
limitée de médicaments et dans
un temps bien circonscrit
d'apporter une réponse
à ces pénuries.
Nous nous sommes sollicités
pour évaluer la faisabilité
pour reproduire un médicament
soit à l'identique,
soit adapté
à des besoins spécifiques pour des patients.
C'est une enzyme de dégradation
du glucose pour des enfants
qui ne produisent pas
cette enzyme justement,
qui ne peuvent pas être traités par d'autres médicaments.
Nous sommes les seuls à produire en France, en Europe
et dans le monde un médicament
qui permet de lutter
contre un parasite intestinal
dont l'issue est fatale, souvent chez les patients
immunodéprimés. En l'absence
de ce traitement, il n'y a pas
d'autre solution pour le patient.
Il y a eu un arrêt de commercialisation
sur ce médicament et nous avons pu faire
l'acquisition de la matière première.
Il restait un stock en Europe.
A la suite de quoi, nous avons pu reproduire
ce médicament et ensuite le proposer
à la communauté médicale.
Quand on a produit le premier lot
de ce médicament, c'est à la fois
une fierté, mais aussi
on se dit qu'on a fait son travail.
Bon, alors ça c'est quand même assez formidable.
On est tenté de dire, dans l'urgence
on arrive donc
à pallier une pénurie,
monsieur Bonnemain. Oui, je pense que c'est
une solution évidemment qui n'est pas satisfaisante
pour le long terme,
mais à court terme, ça peut rendre service.
C'est ce qui s'est passé pour la noxiciline,
au niveau des pharmacies d'officine.
Donc ça peut être actionné
localement ?
Est-ce qu'il faudrait la provoter
que ça soit partout en fait ?
En fait, si on fait bien
les choses, en France, on a les capacités
dans les hôpitaux, avec les pharmacies
internes des hôpitaux,
au niveau de l'AGEPS, la structure qui dépend
de l'APHP, de l'Assistance Publique
des Hôpitaux de Paris, qui peut fabriquer
et conditionner, au niveau de la pharmacie
des armées,
et puis ce réseau de pharmaciens dans
les territoires qui peut conditionner aussi
dans les pharmacies. On peut répondre à l'urgence,
mais on ne peut pas produire
toute l'année dans ces conditions-là.
D'abord, c'est plus cher la production,
et puis les contraintes sont
pas exactement celles
qu'on impose à l'industrie, qui produit
dans de telles quantités qu'il y a
un cadre législatif et réglementaire
qui est très contraint, et notamment
au suivi sanitaire. Pour dire les choses,
parce qu'on ne l'a pas encore dit clairement, c'est plus cher
de procéder de cette façon-là
que d'acheter des médicaments
à des gros labos. Bien sûr.
Donc c'est bien dans l'urgence,
pour des raisons de santé publique.
Mais ça fait partie des solutions qu'on a proposées.
Quand on a eu besoin des curares, parce qu'il y avait beaucoup de personnes
en réanimation pendant la Covid,
et qu'à un moment c'est trouvé en pénurie,
et bien c'est Lyon qui a retrouvé
la recette, la monographie, et qui a
refabriqué en urgence,
et qui a permis de proposer
aux services d'anesthésie
dans les hôpitaux ce produit
qui manquait sur le marché.
Donc c'est une solution d'urgence,
mais vous ne me dites pas, c'est la solution.
Alors, on va parler
de l'éléphant dans la pièce,
comme on dit maintenant,
c'est quand même Doliprane. Pour nous arriver au sujet
de la relocalisation. Est-ce que la solution
c'est la relocalisation ?
Je parle du Doliprane
parce que Sanofi,
qui avait décidé et s'est acté
maintenant de vendre
sa filiale qui produit entre autres
le Doliprane, a un fonds
américain. Ca a été confirmé.
Le gouvernement a dit qu'il
avait reçu les garanties
nécessaires, on va le voir, communiquées
des ministères de l'économie et des finances,
les garanties nécessaires
pour l'emploi, et
avec aussi un engagement
via l'entrée dans le capital
par BPI,
la banque publique d'investissement,
qui prend 1 à 2%
du capital
de cette entreprise
pour contrôler,
pour avoir, oh je vois l'amour de
Madame Coutinet,
pour garder
évidemment une marge d'action
sur la stratégie
de Sanofi sur le Doliprane.
Est-ce que vous êtes rassurés
les uns et les autres, déjà,
dans cette affaire ?
Madame Simona. Alors d'abord,
la relocalisation, c'est
une solution
pour à peu près une cinquantaine
de spécialités,
au niveau européen, mais c'est surtout la
diversification des approvisionnements.
S'il y a un seul producteur,
et on a eu le cas pour un anti-épileptique
pour pédiatrique,
qui est fabriqué en Italie,
et qui a été en rupture, parce qu'il y avait
un problème sur la chaîne de production.
Donc c'est effectivement,
par les plans de gestion des pénuries,
mais en faire des plans de prévention des pénuries,
et d'essayer d'objectiver sur
les chaînes, les zones de fragilité
qui risquent
de faire en sorte que la chaîne s'arrête.
Et ensuite, l'argent public.
Quand on relocalise, il y a
de l'argent public investi.
Et là, nous nous demandons, en tant qu'association
de patients, que des contrats
soient passés avec ces industriels
pour que ce soit pérenne,
et qu'à la fin des subventions,
tout le monde ne parte pas à l'étranger
au mieux disant
et aux mieux offrants.
Mais vous n'avez pas répondu à ma question
pas sur la délocalisation,
mais le risque de délocalisation
de l'IPRAN,
qui semble être jugulé par l'accord qui a été trouvé.
Est-ce que vous êtes rassurée ?
Je ne suis pas rassurée, honnêtement.
Pourquoi ? Parce que je ne sais pas
s'il y a un pourcentage possible.
Premièrement.
Et deuxièmement,
ce qui nous inquiète,
c'est ces arrêts de commercialisation.
Mais là, le doliprane,
ce n'est pas exactement le cas.
Madame Coutinet, sur le doliprane ?
Disons que non. Ce n'est pas parce que
BPI France va avoir même 2%
que ça va infléchir
la stratégie d'Orpela.
Orpela, c'est la filiale.
Si j'ai bien compris,
BPI France et Sanofi
garderaient à peu près 50%,
et le fonds d'investissement aurait 51%.
Effectivement, c'est-à-dire que
BPI, allié à Sanofi,
pourrait infléchir
la stratégie qui sera mise en place
par le nouvel acteur qui est un fonds d'investissement.
Après, il faut voir que
les actionnaires principaux de Sanofi,
ce sont des fonds d'investissement
qui vendent à un fonds d'investissement
un morceau de l'entreprise.
Non, ce n'est pas rassurant.
Après, dans le portefeuille de la société qui est vendue,
il n'y a pas beaucoup de médicaments
qui sont très importants.
Le Doliprane,
c'est très symbolique.
Tout le monde a une petite boîte jaune
dans sa pharmacie.
C'est vrai que politiquement,
c'était important.
C'est aussi un échec de la politique de M. Macron
qui a donné de l'argent public
pour faire relocaliser
le principe actif du paracétamol à C15
qui devait approvisionner Sanofi.
Si C15 n'approvisionne plus...
Vous nous perdez,
parce qu'on ne sait pas ce que c'est C15,
mais ce qu'on sait, c'est qu'il y a une grande usine
qui va ouvrir l'an prochain
et qui va fabriquer
le paracétamol.
Ça, c'est une conquête.
On peut s'en satisfaire.
On va avoir du paracétamol en France.
Sauf qu'il a approvisionné Sanofi.
La filiale de Sanofi.
C'est la première usine de paracétamol
sur le site de l'Oncopole
à Toulouse.
3 400 tonnes de paracétamol seront commercialisées l'an prochain.
Donc là, on assiste bien
à une relocalisation.
Et puis dans l'accord tripartite
qu'il y a entre l'État, le fonds d'investissement
et Sanofi,
parce que c'est quand même ça,
la présence de BPI, évidemment c'est important
au sein de l'administration,
mais c'est l'accord tripartite et il y a un engagement
de se fournir
auprès de C15
en principe actif pour la fabrication
du paracétamol.
Il y a sous contrainte quand même
de sanctions financières, parce que je veux dire
c'est quand même nouveau tout ça. On a laissé faire
quand même parce que maintenant on peut râler
que c'est pas parfait.
N'empêche que pour le coup,
et moi je me fais le défenseur de personnes
dans cette affaire, mais c'est une première.
C'est-à-dire qu'il se passe un phénomène
qui n'est pas neutre pour la santé publique.
La première c'est quoi ? C'est la relocalisation ?
D'abord, le principe de relocalisation
mais surtout là, cette contractualisation
et le fait que
l'État prend à bras-le-corps le sujet
parce que jusqu'à présent,
ces phénomènes-là ont eu lieu avec les autres
grands laboratoires pharmaceutiques
et personne n'en a parlé et puis on pleure
sur les pénuries.
Il y a une réaction à ce moment-là.
Est-ce qu'elle est efficace ?
Je ne suis pas dans le mar de café
mais dans la contractualisation,
il y a quand même le fait de se fournir
en principe actif auprès de l'usine française.
Il y a un engagement sous pénalité
si ce n'est pas respecté d'investissement
dans les industries françaises de fabrication
de maintien de l'emploi.
Il y a un certain nombre d'engagements
qui sont co-signés par les trois
contractants. Derrière,
il va falloir faire le gendarme
et notamment celui qui va être
présent au sein du conseil d'administration
qui a représenté l'État en quelque sorte.
Il faudra qu'il ait une feuille de route
qu'il ne soit pas que financière
que la vision d'un banquier
et la vision d'un industriel mais la vision
de quelqu'un qui défend une politique sanitaire.
Ce n'était pas mieux avant sur tous les plans
mais c'est vrai que jusqu'en 2008,
nous étions le premier producteur de médicaments
en Europe.
Nous sommes descendus à la sixième place.
On va quand même regarder
les relocalisations.
Il y en a un. Petit flashback,
en 2020, à la sortie du
Covid, on va dans une usine
des Bouches-du-Rhône où la production
de principe actif a été relocalisée.
Regardez ce reportage
qui nous dit que produire en France, c'est possible.
Il est signé Alexia Leperon
et Sébastien Villa.
Il y a quelques années, cette machine
qui produit des principes actifs pharmaceutiques
était en fin de vie.
Elle a été restaurée et reprend du service
pour répondre à la demande.
Le responsable du développement du groupe
qui a racheté cette usine vient
découvrir les nouveaux équipements.
Je vais vous présenter la nouvelle installation,
la nouvelle ligne de bromation.
Ici, on a tout un système de refroidissement
des échangeurs.
Ça nous permet d'alléger la précédente
ligne de bromation, c'est ça ?
Tout à fait, on va pouvoir tenir deux produits
en même temps sur des bromations.
Cette machine permet la synthèse
du bromure de pinavirium,
un principe actif utilisé pour traiter
certains troubles digestifs
et qui avait presque disparu des productions françaises.
C'est une molécule abriquée
historiquement ici depuis fort longtemps,
mais dont le niveau de production commençait
à baisser année après année, avec des
délocalisations importantes, notamment en Inde.
Et en l'espace de 7 ans, on a été
capable de multiplier par 10 la quantité
de cet actif fabriqué ici.
Si M2i a réinvesti,
c'est en fait pour relancer une histoire
industrielle vieille de plus d'un siècle.
En plein bassin Camarguet,
cette usine de la fin du 19e siècle
fabriquait de la soude
pour le savon de Marseille.
Et à partir des années 80,
des principes actifs pharmaceutiques.
Pourtant, l'aventure a bien failli
s'achever il y a une dizaine d'années,
lorsque le groupe Solvay choisit
d'abandonner la production de moins en moins rentable.
Mais en 2013,
M2i fait le pari de relancer
la fabrication de ses principes actifs.
Aujourd'hui, l'entreprise
fabrique une dizaine de ces molécules.
Une démarche qui ne s'est pas faite du jour au lendemain.
Ça passe par plusieurs choses.
La première, c'est beaucoup d'investissements.
1,5 million par an d'investissements dans les machines.
Ensuite, c'est une augmentation des capacités,
avec plus de personnel.
Si ces investissements conséquents ont été rendus possibles,
c'est parce que depuis quelques années,
la demande en principes actifs made in Europe
augmente.
Pour comprendre pourquoi,
il faut se rendre à l'extérieur de l'usine.
Cette machine permet
de filtrer les rejets gazeux propres
à la fabrication des principes actifs.
Là, c'est ce qu'on appelle les scrubbers.
C'est les laveurs de gaz.
Il y a un système qui piège les gaz
dans lequel le gaz est neutralisé.
Car en Europe,
la gestion des déchets polluants est régie
par des normes très strictes.
Nous, ici,
à Saint-Lazaro, on est au milieu
d'un parc naturel.
Tous nos rejets sont régies
par un arrêté préfectoral.
Il y a également des contrôles, inopinés ou planifiés.
Donc oui, tout ça est très contrôlé
par les autorités françaises.
Des normes qui, dans les années 90-2000,
étaient beaucoup moins strictes en Asie.
C'était donc moins cher
d'y produire ces principes actifs.
Mais aujourd'hui, l'écart de coût se réduit.
C'était peut-être économiquement un peu avantageux
dans les années 90 au début des années 2000
de délocaliser.
Aujourd'hui, les normes sont plus sévères là-bas.
Le prix de la main-d'oeuvre est plus élevé.
Ça a obligé les industriels chinois
à rehausser leur niveau d'exigence
et donc à augmenter leurs coûts
pour répondre à des normes un peu plus sévères là-bas
qui sont peut-être pas loin d'être au niveau
de celles que nous avons en Europe
mais qui sont quand même plus coûteuses
et qui réduisent le gap de prix
entre une production délocalisée
et une production française.
Mais alors,
si ce n'est pas une question de différence de coût,
que manque-t-il aux industriels
pour rapatrier la production ?
Des incitations financières
si l'on en croit le gouvernement.
Il y a 120 millions d'euros spécifiquement
dédiés à la relocalisation
d'activités industrielles
liées aux médicaments.
Nous avons engagé des travaux avec
Ségin, Upsa, Sanofi
avec comme objectif
d'ici trois ans
que la France soit en mesure
de produire, de conditionner
et de distribuer du paracétamol.
Alors, ça a pris un peu plus de temps.
Monsieur le ministre Bruno Le Maire
qui était donc encore
aux commandes à ce moment-là.
Depuis le reportage,
la production des principes actifs
continue dans cette usine qui a embauché
une vingtaine de personnes. Le groupe a bénéficié
d'ailleurs de l'aide du plan
de France Relance en 2020 et 2021
pour investir dans la production.
L'État n'est pas inerte, Madame Coutinet.
L'État agit,
finance, encourage.
L'État s'est réveillé, effectivement.
Un peu tardivement, mais l'État s'est réveillé.
Face à la post-Covid, mais la situation
était déjà là avant le Covid, mais l'État s'est réveillé.
Par contre, il y a un problème quand même.
C'est bien d'aider les industriels à revenir,
mais quand ils sont partis,
on n'a rien gagné
à ce qu'ils partent. On n'a gagné que des pénuries.
Mais les profits, eux,
ils ont été gagnés par les entreprises.
Donc, si vous voulez, il y a quelque chose.
C'est quand même maintenant les citoyens...
Quand vous dites ça m'intéresse, on n'a rien gagné.
Vous voulez dire qu'en termes, par exemple,
de découvertes scientifiques, puisque c'est
justifié comme ça par Sanofi,
on a besoin de beaucoup d'argent
pour la recherche, même si l'État
contribue à 4,8 milliards chaque année
pour aider les entreprises,
mais ça coûte très cher.
Donc, on se dit, ce qu'on perd d'un côté,
on le gagne en efficacité
des traitements pour des maladies mortelles.
Oui, mais ce n'est pas les mêmes médicaments.
Là, on parle du principe actif
des médicaments génériques, des médicaments
traditionnels. Ces médicaments-là,
ce n'est pas le même problème que les médicaments innovants
parce que, comme ça a été dit à plusieurs reprises,
ceux-là coûtent très cher.
Donc, ces médicaments anciens,
on voit qu'on peut les relocaliser.
Donc, c'est bien, c'est une bonne nouvelle
qu'on peut les relocaliser et que c'est rentable.
Après, ça dépend de ce qu'on exige
comme niveau de rentabilité.
Ce que je disais, c'est qu'il y a un problème.
Si on regarde le développement
du médicament, ces vieux médicaments,
ils ont eu des brevets. Ils ont coûté très cher
à la Sécurité sociale, aux patients.
Et puis, ils ont perdu leurs brevets.
Ça a fait des économies pour tout le monde.
Mais maintenant, il faut payer.
L'État doit payer pour qu'ils reviennent.
Il y a quelque chose de pas très normal. Voilà ce que je dis.
Mais néanmoins, c'est une bonne chose
et il ne faut pas s'arrêter là, c'est évident.
Vous êtes d'accord ?
Oui, parce qu'on peut, évidemment, pleurer sur le lit renversé,
même si c'est un peu malheureux de dire les choses comme ça.
Mais de toute façon, il faut remonter la pente.
Il y a deux sujets dans les pénuries.
Il y a les sujets de la crise
et c'est tout ce qu'on a évoqué sur les gestions
de stocks, etc.
Les plans de gestion de pénuries par les laboratoires.
Et il faut qu'on ait le moyen de fabriquer en para-public
ou en public s'il y a un besoin
urgent qui se fait
signer. Mais il y a tout le long terme
et le moyen terme, et ça, c'est la
réindustrialisation. Et encore une fois,
il faut tout traiter de la chimie
jusqu'à la boîte qui arrive
dans la pharmacie ou à l'hôpital.
Et ça, c'est essentiel de traiter
de tous les sujets. Ça, ça ne se fait pas
en deux ans, trois ans, quatre ans. Ça se fait cinq ans
ou six ans. Et quand on voit l'ampleur des
pénuries, on se dit qu'il y a beaucoup de
questions de réindustrialisation qui se posent
et pas que au niveau du pays, mais au niveau
européen, puisqu'on doit quand même
raisonner au niveau européen.
La consommation d'un pays à l'autre en Europe,
elle est à peu près la même. Les indications
thérapeutiques sont à peu près les mêmes. Et donc,
les laboratoires, quand ils regardent,
ils voient le marché européen.
Donc, on a urgence à faire les choses
de toute façon ensemble.
Moi, je voudrais quand même souligner...
Est-ce qu'il y a une stratégie européenne
de relocalisation ?
Il y a un medical business
qui vient quand même de se
monter. Il y a des échanges entre les pays
européens. On voit bien qu'à l'Agence européenne
du médicament, il y a une liste européenne
de médicaments indispensables qui est en train
de se monter. Alors, c'est un peu compliqué
d'un pays à l'autre. Chacun a sa liste.
Mais au moins, on aura des choses en commun.
Moi, je voulais juste insister sur quelque chose.
C'est que les pénuries de maintenant,
on doit en tirer l'enseignement,
notamment sur
la nécessité de réindustrialiser
la souveraineté, parce que les médicaments
innovants de maintenant, pour certains, dans 15 ans,
ce sera les médicaments matures.
Et donc, on doit au moins,
pour ces médicaments innovants de maintenant,
mettre en place la chaîne de fabrication
industrielle, parce qu'on aura des
pénuries, sinon, et les mêmes problèmes
de souveraineté dans 15 ans, pour ces médicaments-là,
qui seront de première ou de seconde ligne
pour la cancérologie, par exemple.
Je reviens sur la stratégie européenne, parce qu'on l'a vu au moment du Covid,
il y a eu une mutualisation, avec une
répartition ensuite, par exemple, sur les masques,
qui étaient opérés par l'Union européenne,
par Bruxelles.
Est-ce qu'il ne peut pas y avoir des
mutualisations de production, de relocalisation,
qui soient ensuite redispatchées
sur l'ordre ?
C'est absolument indispensable.
Mais est-ce que c'est en cours ?
Alors, il y a ERA, si je peux me permettre,
il y a ERA qui existe, c'est le consortium
qui, en cas de crise, est activé
au niveau européen. Il y a le paquet
pharmaceutique aussi, qui est en cours de discussion
avec les plans de prévention
des pénuries, parce que là, on est sur la gestion
a posteriori. Moi, j'aimerais qu'il y ait
plus de prévention. Comme l'a dit
madame de La Provauté, ça s'anticipe,
et ça s'anticipe aujourd'hui, pour les médicaments
en pénurie de demain.
Aujourd'hui, il faut la souveraineté,
la diversification des approvisionnements,
des stocks.
Comme ça a marché l'hiver dernier, on a déstocké
les stocks, qui sont
des stocks tournants, et qui ont été déstockés
par la NSM, l'agence nationale
de sécurité. Attendez, c'est quoi ces stocks, là ?
Les stocks de sécurité, obligatoires. Ce qu'on appelle les stocks
stratégiques ? Oui, c'est des stocks de sécurité.
Et normalement, c'est pour
quelle raison, ces stocks stratégiques ?
C'est réglementaire en France,
depuis le décrit de Mars. C'est en cas de conflit ?
Non, c'est pas en cas de conflit.
Parlez pas en sigle,
parce que nous...
Pour tous les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur,
il faut une obligation de 2 mois
de stock à réaliser par les industriels.
Nous demandons 4 mois,
parce que c'est pas suffisant 2 mois,
puisque une pénurie en moyenne, c'est supérieur à 2 mois.
Et ces stocks sont
évidemment pas pérennes,
mais quand il y a une pénurie, le fait de déstocker,
ça donne le temps d'importer
des médicaments. Ça donne le temps
de chercher un médicament de substitution.
Et pour les patients,
c'est quand même essentiel.
Alors, autre levier,
mais je voudrais qu'on s'y arrête, parce que c'est assez surprenant.
Moi, j'ai découvert ça en
préparant cette émission.
8 médicaments, selon l'UFC,
que choisir ? 8 médicaments
sur 10 présentent encore
90% d'efficacité,
c'est peut-être le 10% qui pose des problèmes,
mais 90% d'efficacité
plusieurs années
après la date de péremption.
Quand on pense à toutes les boîtes
de médicaments qu'on jette
régulièrement, on se dit
« Mon Dieu, quel gâchis ! »
Est-ce qu'on ne peut pas faire autrement ?
Déjà, il faut dire que la péremption, c'est quelque chose
de compliqué, parce qu'il ne faut pas
simplement regarder le principe actif, ce qui a fait que choisir,
il faut regarder aussi les impuretés
générées pendant la stabilité.
Moi, je dirais qu'il faut
rester très prudent là-dessus.
La deuxième chose, c'est qu'effectivement,
c'est ce qu'a fait l'AFDA
déjà depuis plusieurs années.
L'AFDA, c'est l'agence américaine.
Ils ont fait une liste des produits pour lesquels
la péremption peut être prolongée en cas de rupture.
Et ça, je trouve que c'est une très bonne idée.
On pourrait faire la même chose en Europe
et en France, ce serait également très bien.
Mais encore une fois, ça demande
un vrai travail entre les industriels
et les autorités de santé
pour pouvoir faire n'importe quoi.
C'est une piste intéressante, marginale.
C'est intéressant de toute façon.
L'étude, déjà, doit être confirmée
scientifiquement, monsieur a raison,
pour essayer, avec l'Agence nationale du médicament,
d'avoir vraiment la certitude
de l'inocuité du produit
que l'on va délivrer à un patient.
Madame Coutinet.
Oui, c'est toujours bien quand on peut avoir plus,
quand il y a plus de stock, quand il y a une disponibilité
des produits qui s'accroît, mais ce n'est pas une solution
durable à ce point majeur.
Mais ce qu'on se dit quand on est
économiste de la santé, quel gâchis monstrueux.
Bien sûr, bien sûr.
Mais ça peut être très bien.
Après, il y a aussi des questions de prescription,
de conditionnement, des médicaments
qui ne sont pas toujours conditionnés dans les mêmes
dosages qu'ils sont prescrits.
Si on vous prescrit, je ne sais pas,
10 pastilles et que la boîte en compte
14, ben voilà.
Il y a des problèmes de conditionnement,
il y a des tas d'éléments qui pourraient permettre
d'améliorer.
Il y a aussi, également, la pertinence des prescriptions.
On n'en parle pas.
Mais pour les solutions.
Oui, c'est des solutions.
C'est-à-dire qu'il y a une surconsommation
de médicaments en France.
Et donc, je pense que les médecins
prescrivent trop de médicaments.
Il y a trop d'angines pour les antibiotiques
et on va avoir de l'antibioresistance
à venir. Donc, il faut être vraiment
attaché à la prescription.
Ça peut être un levier, ce n'est pas marginal
non plus, ça. C'est un levier important.
Un levier important. La surprescription.
Vous en avez parlé dans le rapport ou pas du tout ?
Si on a évoqué ce sujet,
parce que la question
des angines a été, évidemment, assez symbolique.
Et en fait, il y a des tests de dépistage
pour vérifier
si l'angine est à streptocoque ou pas.
Et auquel cas, si c'est du streptocoque,
il faut mettre un antibiotique précis
à ce moment-là. C'est vrai qu'il y a
des angines virales pour lesquelles l'antibiothérapie
n'a aucune efficacité.
Ceci dit, il faut quand même
avoir les moyens...
Les antibiotiques, ce n'est pas automatique, ça fait longtemps
qu'on entend ça. Ça fait 20 ans.
Le test n'est pas forcément pris en charge.
Enfin, je me permets de le dire simplement.
Le test de dépistage. Et donc, il faut quand même
se donner les moyens aussi,
si on veut faire de la prévention,
de financer le test de dépistage.
Parce qu'on prescrit moins d'antibiotiques.
Mais si on n'en prescrit pas assez,
parce qu'on se fait disputer, parce qu'on en prescrit de trop,
après, c'est des conséquences sanitaires importantes.
Parce qu'il y a des effets secondaires
à une angine non traitée. Et ces effets secondaires-là,
à ma connaissance, ils sont quand même pas mal développés
dans les pays où, soi-disant,
on prescrit mieux, mais pas forcément...
C'est passionnant. Parce qu'il n'y a pas
de réponse simple. Exactement.
C'est aussi...
C'est extrêmement complexe.
Enfin, on se dit que s'il y a moins de prescriptions,
et si on jette moins vite ces médicaments,
parce que la durée de préemption est allongée,
bon, ça n'est pas du tout
une réponse industrielle. Parce que
c'est principiel, c'est systémique.
Il faudrait s'attaquer, comme vous disiez,
à la racine du mal. Voilà.
Juste parce que sur ce sujet, vous n'avez pas entendu ce dernier mot,
vous, la dimension européenne
de la solution, elle vous paraît
importante ? Elle est indispensable. Absolument indispensable.
Elle est fondamentale. Tout à fait d'accord.
Elle est fondamentale. Bien sûr. C'est au niveau européen
que cette relocalisation
doit avoir lieu. C'est ça qui a
un sens économique et un sens
industriel. Et là, il y a eu une prise de conscience
quand même avec le COVID. Pour le moment,
elle est timide. Depuis que...
Quand même, les vaccins. Les vaccins COVID,
quand même. Oui, ils sont à la répartition, mais...
Pour le moment, l'Union européenne,
dans les textes sur les pénuries,
ne propose pas de relocalisation,
ne propose pas d'organiser la relocalisation.
Elle propose d'acheter
pour tout le monde. Mais rien n'empêche, effectivement, les Etats,
et notamment les Etats producteurs,
de travailler ensemble
sans passer par la commission européenne.
Il y a quand même un progrès important avec ERA,
dont on a parlé tout à l'heure. C'est une structure
qui a été créée pour la gestion de crise
et ils ont choisi 11 produits
pour regarder justement toute la supply chain,
toute la distribution et la production
pour voir où ça coincait.
On n'y est pas...
On n'y est pas encore,
mais on avance.
C'est bien terminé sur une note un peu
positive. Merci à vous d'avoir
contribué à nous éclairer sur ce sujet encore une fois.
Il faut se garder des idées simples.
Les solutions
sont complexes. Merci
infiniment à tous les quatre.
Merci de nous avoir suivis dans ce numéro
spécial d'État de santé. À très vite.