Abonnez-vous à la chaîne ! https://bit.ly/47Vhx2q Vivre en Amazonie, ça fait quoi ? - C'est pas sorcier
C'est pas sorcier plonge au cœur de la plus grande forêt tropicale de la planète : la forêt amazonienne. Cette forêt couvre un tiers du continent sud-américain, soit à peu de choses près la surface des Etats-Unis ! Avec plusieurs millions d'espèces, la faune et la flore y constituent un patrimoine mondial exceptionnel. Fred, Jamy et Sabine sont partis à la rencontre de scientifiques du CNRS qui travaillent au beau milieu de la Guyane, dans une forêt primaire qui n'a jamais subi l'influence de l'homme. Nous découvrons avec eux les trésors insoupçonnés de cette biodiversité hors du commun. Comment le climat influence-t-il la forêt ? Pourquoi les arbres développent-ils leurs racines très en surface ? Quelles sont les différentes strates d'une forêt tropicale ? Est-ce juste de dire que la forêt amazonienne est le poumon de notre planète ? Et si, comme on le dit souvent, c'est un piège à carbone qui peut limiter le réchauffement de la planète, faut-il pour autant cesser de l'exploiter ?
« C’est pas sorcier », le magazine de la science et de la découverte présenté par Fred, Jamy et Sabine. A bord de leur camion laboratoire, les trois présentateurs nous emmènent vers des sites insolites et spectaculaires pour nous expliquer le monde qui nous entoure.
Et bah alors ? Elle est pas belle ma petite forêt tropicale ?
Hé Jamy, petit joueur ! Si tu veux découvrir une vraie forêt tropicale, rejoins-moi !
Je suis en Guyane !
Dans la forêt tropicale, Jamy ? Là où il y a plein de bêtes et plein de boue ?
Ah non, merci, moi aujourd'hui, je prends soin de moi !
Jamy, tu veux bien éteindre cette vidéo s'il te plaît ? C'est mon jour de congé !
Ah bah je vois ! On va y aller tout seul avec Marcel alors !
Allez Marcel ! En Guyane ! Dans la forêt ! Dans la forêt !
Il dure de la feuille !
Bah Marcel, qu'est-ce qu'il se passe ? On est bloqué ?
Tu iras pas plus loin, Jamy ! Pour aller dans la forêt, il faut une pirogue ! Je pars devant !
On va rejoindre une équipe de scientifiques qui a installé sa base dans la réserve naturelle des nouragues, en pleine forêt amazonienne !
La forêt amazonienne, c'est la plus grande forêt primaire de la planète !
Primaire, ça veut dire qu'elle est authentique, elle n'a pas été transformée par l'Homme !
Tu te rends compte ? Elle fait la taille des Etats-Unis ! C'est immense !
Oui bah, te perds pas ! A ce propos, on va tout de suite jeter un oeil sur la carte !
La Guyane, c'est un petit morceau de France située en Amérique du Sud ! Enfin petit, tout est relatif !
La Guyane, c'est l'équivalent d'un sixième de la France, presque entièrement recouvert de forêts !
Évidemment, à l'échelle de la forêt amazonienne, c'est une goutte d'eau !
Quant à Fred, lui, il a rendez-vous quelque part par là !
Bah, Jamy, on voit rien, là !
Jamais contente ! Il a rendez-vous ici, au camp des nouragues, autrement dit, en pleine forêt !
Ça y est, Jamy ! Il vient de pénétrer dans la forêt !
Hé ! T'entends tous ces bruits ?
Ici, entre les mammifères, les oiseaux, les insectes et les reptiles, il y a des centaines de milliers d'espèces !
On n'arrive même pas toutes à les recenser !
Tiens, lui ! C'est le singe hurleur !
Fais attention, hein ! Il doit y avoir plein de serpents !
Ouais, je sais ! Il y a des caïmans, aussi !
Des caïmans ? Hé, fais attention ! Bah, c'est quoi, ça ? C'est énorme !
Ça ? Oh, c'est un crapaud !
Un crapaud ? C'est pas possible !
C'est drôlement gros, hein !
Tu m'étonnes !
Bah, tu sais, ici, tout est énorme !
Ouais, bah, j'ai jamais vu des comme ça, moi !
Hé ! Regarde ça ! Une belle migale !
Celle-ci se nourrit d'insectes et de petites grenouilles.
Et tu sais que, dans la région des Nouragues, on a déjà identifié une bonne douzaine d'espèces différentes de migales,
dont la plus grosse du monde, c'est celle-ci, d'ailleurs !
Sauf qu'elle, elle est toute jeune, mais à taille adulte, elle peut faire cette taille-là !
J'aimerais pas beaucoup la rencontrer !
Tiens, regarde ! Comme elle est belle !
Elle est très, très jolie ! Oui !
Allez ! Ici, ça grouille de bestioles pas toutes gentilles,
comme ces terribles fourmis légionnaires, très voraces et agressives !
Lui non plus, faut pas le déranger, hein, le jaguar !
C'est le plus gros félin d'Amazonie !
Ici, la biodiversité est la plus riche du monde !
Rien qu'en Guyane, on trouve autant d'espèces de mammifères que dans toute l'Europe !
Et il y a des milliers d'oiseaux comme ce toucan !
En Amazonie, on découvre en moyenne 8 espèces nouvelles tous les ans,
dont plein d'insectes bizarres !
Tu sais, Jamy, contrairement à ce qu'on imagine,
il y a du relief dans la forêt amazonienne !
C'est pas complètement plat !
Dans cette région de la Guyane, il y a même ce que l'on appelle des insolbergs.
Ce sont des petites montagnes de granit qui culminent à 400 mètres ou 600 mètres d'altitude
et qui émergent de la forêt !
Et tu vas voir le coup d'œil de là-haut !
Regarde ça, Jamy ! C'est magnifique !
Je te présente la forêt guyanaise, l'une des plus diversifiées de la planète !
Si tu te rends compte, sur un seul hectare,
on a recensé jusqu'à 300 espèces d'arbres différentes !
Alors cette diversité, elle est due en grande partie aux conditions climatiques.
Ici, il pleut en moyenne 3 mètres d'eau par an
et il fait chaud en permanence entre 26 et 32 degrés.
Donc l'humidité plus la chaleur, ça nous donne cette évaporation permanente,
cette nappe de brume qui flotte sur la forêt.
Alors pourquoi fait-il aussi chaud et pleut-il autant ?
Et bien c'est à cause de la position de la Guyane sur le globe.
Ce département est situé à proximité de l'équateur.
Quelle que soit la saison, les rayons du soleil qui arrivent sur cette région
et plus généralement sur toute la zone intertropicale,
ces rayons frappent le sol à la verticale, ou presque.
Conséquence, pour une même quantité de lumière,
les rayons étant plus concentrés ici que là,
et bien il fait plus chaud ici que là.
Maintenant, pourquoi pleut-il autant ?
Une partie de la zone intertropicale est recouverte par les océans.
Les températures très élevées engendrent une évaporation considérable.
L'humidité en altitude se condense,
forme des nuages qui se déversent sur les régions voisines.
La Guyane par exemple.
Humidité, chaleur, vous comprenez pourquoi
une grande partie de cette zone intertropicale est noyée sous la végétation luxuriante.
Eh mais dis-moi Jamy, les forêts que tu nous montres là,
t'es sûr que ce sont des forêts primaires ?
Parce que celle-ci, je peux te dire que c'est une vraie forêt primaire.
Dans cette direction, sur 300 km jusqu'au Brésil,
t'as pas une habitation, c'est de la forêt vierge !
Attention, il ne faut pas confondre forêt primaire, en relief sur la carte,
et forêt tropicale.
Une forêt primaire, c'est une forêt qui n'a jamais été transformée par l'Homme.
C'est le cas de la forêt Guyanaise,
mais pas de toutes les forêts situées dans la zone intertropicale.
Certaines sont exploitées massivement par l'Homme.
En revanche, il existe des forêts primaires en dehors de la zone intertropicale,
des forêts primaires au Canada, en Sibérie,
des forêts qui n'ont jamais été transformées par l'Homme.
Et voilà Jamy, on arrive à la station des Nouragues.
Cette station, c'est un véritable laboratoire en milieu naturel.
Elle a été créée en 1986 par Pierre-Charles Dominique,
c'est un chercheur français du CNRS.
Alors, dès le début, bien sûr, il a fallu défricher une partie de la forêt,
déjà pour faire la piste d'atterrissage de l'hélicoptère,
ça permet le ravitaillement régulier de la station,
et puis pour construire ce que l'on appelle les carbets, c'est-à-dire les maisons.
T'as vu, il y a même un four à pain !
Ah bah oui, comme on est ravitaillé une fois par mois,
ça permet d'avoir du pain frais au petit-déjeuner.
Hum, tout va être bon !
Et là, c'est les douches !
Ah, sors de là !
Oh pardon !
Les douches avec de l'eau de source qui arrive par gravité. Astucieux !
Tu suis toujours Jamy ? Direction le carbet labo.
Bonjour Pierre.
Bonjour Fred.
Je te dérangeais en plein travail.
Disons que vous êtes bien organisé ici, des ordinateurs dans la forêt, c'est pas commun.
Oui, oui, ordinateur portable, bien entendu, pour l'énergie.
Et puis on est équipé pour les communications avec l'extérieur, téléphone satellite, mail, fax.
D'accord. Alors, combien de chercheurs tu peux accueillir en même temps ici ?
Entre 6 et 12, c'est la moyenne. On peut aller dans les périodes de pointe jusqu'à 18 personnes.
Alors, les chercheurs qui viennent restent combien de temps ?
Entre 1 et 2 mois, et 6-8 mois pour les plus longs séjours.
Alors, est-ce que je peux m'installer quelque part ?
Écoute, il y a deux carbets de libre qui sont au fond du camp, le carbet d'Ugessia et le carbet Palikouréa.
C'est joli, c'est quoi ? C'est des noms de... ?
Ce sont des petits arbres qui sont à côté de ces carbets.
D'accord. C'est un véritable 3 étoiles ici. Merci, tout à l'heure.
3 étoiles, 3 étoiles. Fais gaffe, il y a peut-être des crapauds sous ton lit.
Bon, mais il n'y a pas de lit ici. On dort dans des hamacs, avec une moustiquaire, à cause des moustiques, mais peut-être aussi des migales.
Regarde ça Jamy, j'ai une vue imprenable sur la forêt. On va être bien ici.
C'est cool, hein ? Ici, les chercheurs étudient l'histoire de cette forêt, car elle n'a pas toujours été aussi vaste.
Sa superficie a évolué en fonction des variations climatiques.
Et les scientifiques ont encore beaucoup de travail pour comprendre le fonctionnement de milliers d'espèces de plantes et leur relation avec la faune de ces jungles.
Au Nourag, on a répertorié plus de 70 espèces de chauves-souris, deux fois plus qu'en Europe.
Oh, qu'elle est mignonne !
Ici, on trouve une des plus petites grenouilles du monde, la dendrobate. Regardez comme elle est petite.
L'avantage de cette station des Nourag, c'est qu'il suffit de s'éloigner de quelques centaines de mètres pour être plongée en pleine forêt vierge.
Et comme l'homme n'est jamais intervenu dans cette forêt, beaucoup d'arbres sont pluricentenaires, 200, 300, 400 ans, certains sont même millénaires.
Et depuis toujours, ces arbres se livrent à une véritable compétition pour aller chercher la lumière dont ils ont besoin pour leur croissance.
C'est pour ça qu'ils poussent tout en hauteur. Les plus grands d'entre eux font entre 50 et 60 mètres.
T'as vu cet arbre, Jamy ? C'est impressionnant. Il a développé d'énormes contreforts pour tenir debout.
Car il a beau faire 55 mètres de haut, en réalité, ses racines sont peu profondes.
Et tu sais pourquoi ? Parce que dans la forêt amazonienne, les sols sont assez pauvres et les racines restent quasiment en surface pour aller chercher les éléments nutritifs.
Donc sans ces contreforts, cet arbre aurait toutes les chances de s'effondrer.
Et t'as vu lui ? Impressionnant. C'est un ficus. Il sort pas de chez ton floriste.
Lui, pour aller chercher les éléments nutritifs, il envoie ses racines à une distance de 50 mètres, toujours, à cause de la pauvreté du sol.
Et si on regarde bien toutes les racines, devant, derrière, sur les côtés, on s'aperçoit qu'elles s'étendent sur une superficie d'un hectare.
En gros, la taille d'un terrain de foot.
Pourquoi la nourriture des arbres se trouve-t-elle en surface et jamais en profondeur ?
Pour comprendre ce qui se passe en Guyane, observons d'abord la façon dont se déploient les racines en zone tempérée.
L'hiver, il fait froid. Pour se protéger, les arbres ont perdu leurs feuilles.
Ils se mettent au repos. Concrètement, ils consomment moins de sel minéraux.
Pendant ce temps, la couche de feuilles mortes qui s'est constituée en automne est lentement dégradée par une foule de petites bestioles.
Au fil du mois, la matière organique, ainsi transformée, s'enfonce dans le sol.
Au printemps, quand la vie reprend, l'arbre va aller chercher ses nutriments en profondeur avec ses racines.
En Guyane, c'est différent. Il n'y a pas de saison. Ou plutôt, il n'y en a qu'une, chaude et humide.
Les arbres ont toujours des feuilles. Elles se renouvellent en permanence.
Du coup, ils ne se mettent jamais au régime. Ils ont toujours besoin de sel minéraux qu'ils vont puiser en surface et uniquement en surface.
En effet, ceux-ci n'ont pas le temps de s'enfoncer dans le sol. Sitôt produit, sitôt consommé.
Alors dans cette mécanique, la couche de feuilles des grands arbres, ce qu'on appelle la canopée, joue un rôle très important.
Elle sert de parapluie. En effet, sans cette couche, les sols seraient lessivés et rien n'y pousserait plus.
Tu as raison, Jamy. La canopée joue le rôle de parapluie, mais elle joue aussi le rôle de parasol.
Car avec tout ce feuillage qui est au-dessus, il y a seulement 1% des rayons du soleil qui pénètrent dans le sous-bois.
Donc, toutes les plantes les plus petites doivent trouver des astuces pour se développer.
Cette petite plante, par exemple, a une technique bien particulière. Avec ses feuilles, elle capte les quelques rayons du soleil qui viennent jusqu'à elle.
Les rayons traversent la feuille. Il rencontre cette couche violette qui joue un rôle de miroir et qui renvoie les rayons vers le haut.
Donc, les rayons passent deux fois. Et c'est comme ça que cette petite plante arrive à compenser le manque de lumière. C'est malin, non ?
Et il y a d'autres astuces. Ces plantes disposent leurs feuilles de part et d'autre de leur tige pour ne pas se faire d'ombre.
Elles captent ainsi un maximum d'énergie lumineuse.
Et ça, c'est un palmier de 20 ans. Si, si, il pousse très lentement et n'a donc pas besoin de beaucoup de lumière.
Une fois adulte, vers 150 ans, ces grandes feuilles en entonnoir vont lui servir de garde-manger.
Elle récupère tout ce qui tombe de la canopée et ça fait un vrai compost.
Il y a même des plantes qui poussent tout en haut des arbres sans contact avec le sol, les épiphytes.
Cette orchidée, par exemple, attrape avec ses racines les éléments nutritifs qui ruissellent sur le tronc.
Elle peut vivre ainsi à 50 mètres de haut en se créant un petit sol suspendu.
Hé, Jemy, t'as vu la liane que j'ai trouvée ? Elle est énorme !
Alors, il ne faut pas confondre. Une liane, ce n'est pas une sorte de racine qui vient de là-haut, c'est tout l'inverse.
C'est une plante qui part du sol et qui utilise le tronc des arbres pour aller chercher la lumière, tout là-haut.
Et ça grandit très vite !
Ici, les lianes ont tout envahi. Pour aller chercher les rayons du soleil, elles courent d'arbre en arbre sur des centaines de mètres.
Parfois, sous le poids des lianes, les arbres s'effondrent et lorsque les lianes retombent sur le sol,
elles repartent de plus belles en formant de nouvelles tiges qui, à leur tour, vont coloniser d'autres arbres.
Ah oui, au fait Jemy, je voulais te dire, c'est des blagues ce qu'on nous raconte dans les films de Tarzan.
Il ne faut jamais s'accrocher aux lianes, ce n'est pas si solide que ça. Regarde !
Non, fais pas ça Jemy, non !
C'est malin ! Qu'est-ce que je viens de te dire ? Tu m'écoutes jamais !
Hé les Tarzans, regardez plutôt. Ça, c'est un bébé liane, tout petit et tout fragile.
D'ici un ou deux ans, il atteindra la cime des arbres et commencera à grossir, grossir.
C'est là-haut que vont pousser ses fleurs et ses fruits.
Mais Fred, où tu grimpes encore là ?
Ne t'inquiète pas, je monte dans la canopée, là où il y a le feuillage.
Et pendant longtemps, ça a été un monde complètement inexploré.
Pour cause, ce n'est pas facile de monter à 50 mètres de haut dans la forêt amazonienne.
Alors ici, on a eu une idée. En partant de la petite colline qui est derrière,
on a mis des passerelles qui vont d'arbre en arbre et sur chaque arbre.
On a mis des plateformes, ce qui permet d'aller observer la canopée.
Alors, ce n'est pas très stable, ça bouge un peu.
Mais avec ça, on a pu découvrir toute une faune que l'on ignorait.
Par exemple, plein d'insectes.
Mais on s'est rendu compte aussi que tout en haut des arbres, il y avait des petits rongeurs qui vivent.
Et même des petites grenouilles.
Des grenouilles à 50 mètres, Jamy, ce n'est pas banal.
Et pour se reproduire tout là-haut, ces grenouilles pondent au cœur de certaines plantes.
Regardez, les petits étards.
Le singe attel et bon nombre d'habitants de la forêt, comme ces perroquets haras et amazones,
sont attirés par une multitude de fruits qui poussent ici.
Et celui-là, c'est le singe hurleur. On l'entend beaucoup, mais on ne le voit pas souvent.
Tiens, ça me rappelle quelqu'un. Fred, t'es où, toi ?
Je suis là.
Où ça ?
Bah, tout là-haut.
Quoi, en haut des arbres ? Je ne vois rien.
Tu sais, Jamy, qu'ici, il fait beaucoup plus chaud que dans le sous-bois.
Et c'est normal, car les rayons du soleil ne sont pas filtrés, ils arrivent en direct.
Du coup, les feuilles des arbres transpirent.
C'est un peu comme nous, lorsque nous avons chaud.
Et c'est comme ça, Jamy, que les arbres restituent à l'atmosphère
une grande partie des eaux de pluie qui tombent au sol.
Pluie, transpiration, pluie, transpiration, c'est un cycle continu.
Alors, toutes les forêts tropicales sont construites sur le même modèle.
D'abord, quelques arbres émergents qui culminent à 70 m de hauteur.
Ils surplombent la canopée.
Tiens, Marcel, tu vas me donner un petit coup de main ?
Non, non, reste là-bas. La lumière, s'il te plaît.
La canopée, donc, 40-50 m de hauteur,
elle permet, un, de capter la lumière,
deux, de protéger certaines espèces de l'ardeur des rayons du soleil.
À l'étage inférieur, des arbres qui vivent avec moins de lumière.
Des palmiers, par exemple.
Et puis, encore en dessous, de petits arbres.
Ils sont dans les starting blocks.
Ils attendent une percée dans la canopée pour prendre la place, enfin,
au rez-de-chaussée des fougères et des buissons.
Pour se multiplier dans cette forêt, les arbres développent aussi des stratégies,
souvent en connivence, d'ailleurs, avec les animaux.
Ce palmier, par exemple, donne un fruit.
Ah, voilà !
Et ce fruit, lorsqu'il est bien mûr, dégage une forte odeur
qui attire un gros rongeur que l'on appelle la gouttie.
La gouttie décortique le fruit pour récupérer la graine,
car à l'intérieur, il y a une amande que la gouttie aime bien manger.
Et très souvent, la gouttie va enterrer ses graines un petit peu partout
pour se constituer des réserves.
Mais comme il est un petit peu tête en l'air, il va les oublier
et du coup, ça va donner naissance à de nouveaux palmiers.
Et des histoires comme ça, Jamy, il y en a plein dans cette forêt !
Tiens, en voilà un de la gouttie.
Ouais, mais cette graine, elle ne risque pas de germer.
Quelle vorace !
Le singe hurleur, lui, est attiré par la couleur de certains fruits
lorsqu'ils sont mûrs.
Ces fruits ont une coque tellement dure que seuls les singes
peuvent les manger et avaler les graines.
Lorsqu'ils rentrent au dortoir, après une bonne digestion,
l'animal va disséminer les graines loin de l'arbre d'origine.
Beaucoup de plantes ont ainsi besoin d'un animal
pour disperser leurs graines.
Ici, par exemple, c'est un piper,
c'est-à-dire un arbuste de la famille du poivrier,
qui produit des fruits qui attirent essentiellement les chauves-souris.
Donc ce fruit est mûr, ici.
Il n'est pas coloré en rouge ou en jaune,
mais il va émettre une odeur très particulière
que nous ne sentons pas, mais que les chauves-souris sentent.
Et lorsque la chauve-souris libère en plein vol leurs excréments,
cela fait une pluie de graines.
Elles ont ainsi plus de chances de tomber
dans un endroit favorable pour germer.
Jamy, qu'est-ce que c'est que ce bruit-là ?
C'est pas grave, Jamy, c'est un arbre qui a dû s'effondrer.
Tu sais que ça arrive souvent dans la forêt amazonienne.
On va aller voir ça de plus près.
Oui, ben, lève les yeux, quand même.
Eh ben, tu vois, Jamy, qu'est-ce que je te disais ?
C'est un arbre qui est tombé.
Celui-ci devait avoir entre 150 et 200 ans.
Alors, pourquoi il est tombé ?
Certainement pas à cause du vent, il n'y en a quasiment pas, ici.
Mais plutôt à cause du poids des lianes et des épiphytes qui l'ont envahi.
Ou encore à cause de la pluie,
car il faut savoir que le feuillage d'un arbre
pèse deux fois son poids lorsqu'il est mouillé.
Donc, lorsqu'il pleut beaucoup et si l'arbre est un peu déséquilibré,
il tombe.
Et puis, il ne faut pas oublier, Jamy,
que ces grands arbres sont très fragiles,
car leurs racines sont peu profondes.
En fait, ce sont des colosses aux pieds d'argile.
En tout cas, lorsqu'un arbre comme celui-ci s'effondre,
ça forme une grande trouée dans la forêt,
ce qui va permettre à la lumière de rentrer
et à d'autres arbres de se développer.
Et c'est comme ça, Jamy, que la forêt se renouvelle.
Et ça, c'est ce qu'on appelle un chablis.
Les plantes qui aiment beaucoup la lumière,
comme le Cecropia, vont pousser en premier
et refermer rapidement la trouée.
A l'ombre de ces pionnières,
d'autres plantes plus sensibles à la lumière
vont pouvoir se développer.
Les pionnières qui ont poussé très rapidement,
étant à vie courte, vont mourir dans les 30 ou 50 ans.
Et ce sont les plantes qui étaient dessous
qui vont prendre la suite et reformer la forêt
comme elle était auparavant.
Et ainsi, de chablis en chablis,
la majeure partie de la forêt tropicale
peut se renouveler en 400 ans.
La forêt amazonienne est également victime
de ses richesses, de ses bois précieux.
Ainsi, certaines espèces sont presque complètement disparues.
Cet arbre, par exemple, c'est le balataï.
Pendant très longtemps, il a été exploité pour son latex.
Regardez, c'est cette gomme utilisée comme isolant
pour les câbles sous-marins,
par exemple les câbles de télécommunication.
Et un seul arbre comme celui-ci, et pourtant il est grand,
donne seulement 5 kg de latex.
Donc on en a abattu des dizaines de milliers.
Et si l'espèce a été sauvée,
c'est sans doute grâce à l'arrivée du caoutchouc synthétique.
En Guyane, la forêt est plutôt bien protégée et peu exploitée.
Mais dans les pays voisins, comme au Brésil,
elle est très menacée.
Des routes sont construites,
les bois précieux sont recherchés comme de l'or.
Pour conquérir de nouvelles terres,
riches éleveurs et paysans brûlent des pans entiers de jungle.
Quand elle n'est pas détruite,
elle est morcelée en de petites parcelles.
Dès qu'il y a morcellement de la forêt,
les populations animales et végétales
sont isolées les unes des autres.
Il n'y a plus d'échange génétique entre elles.
Et un certain nombre d'espèces animales ou végétales
ont besoin de grands espaces pour pouvoir se maintenir.
Donc dès qu'il y a morcellement,
il y a réduction de la biodiversité.
Et cette biodiversité est déjà très attaquée,
puisqu'en 20 ans, la forêt amazonienne
a perdu 14% de sa surface,
l'équivalent de la France.
Mais dis-moi, Jamy,
je pense à quelque chose.
Cette immense forêt amazonienne,
c'est vraiment le poumon de la planète,
comme on le dit souvent ?
C'est un peu exagéré, faisons le point.
Un arbre puise avec ses racines
des éléments nutritifs dans le sol.
Avec ses feuilles,
il capte du carbone présent dans l'atmosphère
sous forme de dioxyde de carbone.
Ensuite, avec la lumière de soleil,
il transforme tous ses éléments
pour en fabriquer de la matière organique.
C'est au cours de cette opération
qu'on appelle la photosynthèse
qu'il produit de l'oxygène.
Par ailleurs,
il en consomme aussi de l'oxygène,
car comme vous et moi,
il respire, du coup il rejette aussi
du dioxyde de carbone.
Mais quand on fait le bilan,
une forêt produit davantage
d'oxygène
qu'elle n'en consomme.
Pour autant, il ne faut pas considérer
la forêt amazonienne comme le poumon de la planète.
En effet,
toutes les forêts de la Terre
produisent de l'oxygène.
Et il n'y a pas que les forêts,
les océans aussi, grâce au phytoplancton.
Par conséquent, il serait plus juste
de comparer la forêt amazonienne
à un alvéole pulmonaire
plutôt qu'au poumon tout entier.
Je suis drôlement déçu, Jamy.
Elle n'a pas un rôle si important, alors ?
Bien sûr que si.
Seulement, il faut arrêter de considérer la forêt
comme un diffuseur d'oxygène et rien de plus.
La forêt, c'est aussi un piège à carbone.
Ce carbone,
on l'a vu, il est présent dans l'atmosphère
sous forme de dioxyde de carbone,
le fameux CO2.
Un gaz qui est responsable
de l'effet de serre. Concrètement,
la couche de CO2 piège une partie
de la chaleur de la Terre,
elle-même provoquée par le rayonnement solaire.
L'ennui, c'est que depuis un siècle et demi,
la quantité de CO2 émise dans l'atmosphère
n'a cessé d'augmenter.
Et ceci,
à cause de l'activité humaine,
ce qui risque, à terme,
d'accentuer le réchauffement de la planète.
Eh bien, la forêt
permet d'atténuer ce risque.
En effet, le surplus de carbone dans l'atmosphère
stimule les arbres.
Ils en font une surconsommation.
Et de fait, aujourd'hui,
les arbres sont beaucoup plus feuillus
qu'auparavant. Voilà pourquoi on parle
de puits de carbone.
Par conséquent, couper la forêt
aujourd'hui, eh bien, c'est se priver
d'un moyen de corriger
en partie nos excès. Mais ce n'est pas tout.
Couper la forêt, c'est aussi
injecter une nouvelle dose
de carbone dans l'atmosphère
car, pour déboiser,
eh bien, on brûle en général la forêt.
Mais cette forêt est une ressource
économique importante pour beaucoup de pays.
Il faut donc préserver ses richesses
tout en apprenant à les exploiter
différemment, en laissant le temps
à la forêt de se régénérer.
Et ça, c'est possible.
Il existe des exploitations
rationnelles de la forêt.
Par exemple, certaines
populations humaines au Brésil
exploitent les palmiers ou du caoutchouc
ou de certaines lianes
qui sont vendues et ils en tirent des bénéfices.
C'est ce qu'on appelle l'extractivisme.
Ça a déjà existé.
Les Amérindiens ont vécu
pendant quand même très longtemps
dans la forêt, en l'exploitant
d'une façon douce,
avec des petites ouvertures pour faire leur agriculture,
petites ouvertures qui se referment
normalement par les mécanismes
naturels de la forêt,
et une chasse raisonnée qui permet
aux gibiers de se reconstituer.
Si l'ensemble des pays du globe
ne se mettent pas d'accord pour sauver les forêts primaires,
d'ici quelques dizaines d'années,
elles auront complètement disparu
et leurs trésors avec.
Voilà, Jamy, c'est fini, je rentre au camion.
Enfin, je suis là dans 5 ou 6 heures,
le temps de redescendre la rivière.
Pendant ce temps-là, tu peux t'entraîner avec Talian.
Allez, c'est parti.
Ah non, moi je n'y suis pas attaché.
Bon, qu'est-ce que j'en fais, moi,
de cette mini forêt vierge ?
Et plutôt qu'une forêt tropicale,
tu ne voudrais pas nous faire pousser
un potager à lait et concombres ?
C'est bon pour la peau.
Lait et concombres ? Oh non, je suis dans les choux.