Quand on est fan, on ne compte pas…L’invité de Yasmine Oughlis va nous le prouver. Xavier Yvon est journaliste. Dans son podcast avec sa fille, ils reviennent sur les traces de Taylor Swift pour décrypter le phénomène planétaire autour de cette célébrité.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Xavier, merci d'être avec nous.
Bonjour Xavier, bienvenue.
Bonjour Xavier.
Je me demandais si vous n'étiez pas en pleine discussion avec Martine derrière.
Martine, à chaque fois, elle kidnappe nos invités.
C'est la meilleure, Martine.
C'est pour ça que j'ai été le chercher.
Il faut que ça s'arrête.
Merci d'être avec nous ce matin.
Xavier, vous êtes journaliste.
Mais si vous êtes là, c'est pour décrypter avec nous le phénomène Taylor Swift.
Alors Taylor Swift, si vous ne la connaissez pas,
elle chantait cette chanson « Shake it off ».
C'était il y a quelques années maintenant.
C'est un de ses plus grands subs que vous devez connaître par cœur
puisque votre fille Sacha, qui a maintenant 14 ans,
est une fan absolue de Taylor Swift.
Elle fait carrément partie d'une communauté.
Oui, la communauté qui s'appelle les Swifties.
C'est eux qui se nomment comme ça.
Et c'est une sacrée grosse communauté.
Elle a 800 millions d'abonnés sur les réseaux sociaux.
Et c'est sans compter ceux qui ne sont pas abonnés mais qui la suivent.
Et donc, c'est une vraie communauté très soudée.
Et c'est assez incroyable parce que ma fille,
si elle rencontre quelqu'un qui est aussi Swiftie comme elle,
elle peut discuter pendant des heures avec cette personne
qu'elle ne connaissait pas avant.
Ça lui est arrivé.
On est allé en voyage de classe.
C'est un lien très fort entre les fans, entre les Swifties.
Alors vous, vous avez vu progressivement l'intérêt de votre fille
pour cette artiste devenir exponentielle.
Et vous vous êtes mis en tête, parce que vous êtes journaliste quand même,
de comprendre cet intérêt, cette passion dévorante.
Et alors là, vous avez créé un podcast qui s'appelle
« Taylor Swift, le monde, ma fille et moi ».
Il est disponible sur la plateforme de France Inter, comme on le voit.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer la genèse de ce projet ?
Oui, alors ça part d'un cadeau d'anniversaire pour les 13 ans de Sacha,
ma fille, avec sa mère.
On a réussi, surtout sa mère, qui a réussi à dégoter des tickets
pour un des concerts de Taylor Swift en France.
C'était à Lyon, pas à Paris où on habite,
parce que c'est la place qu'on a réussi à décrocher.
On lui a offert, évidemment très contente, etc.
Et on l'a offert en septembre et le concert a été en juin.
Donc on a eu le temps de voir monter le truc.
Et il nous a parlé tous les jours, le matin au petit-déjeuner.
« Alors, vous allez vous habiller comment pour le concert ? »
« Comment ça, il faut s'habiller comment ? »
Oui, parce qu'en fait, les Swifties, ils choisissent un album
soit qui leur correspond, soit qu'ils aiment.
Chaque album a son esthétique, donc il faut être habillé en fonction d'eux.
Il faut faire des brassées d'amitié, qu'on s'échange, etc.
Donc j'ai découvert un univers qui était assez cryptique au début pour moi.
Je lui ai tiré le fil.
Je suis journaliste, donc je suis curieux aussi.
J'aime beaucoup discuter avec ma fille, avec tous mes enfants.
Pendant ce temps-là, on voyait le phénomène grossier.
Elle est devenue personnalité Time de l'année.
La première milliardaire du revenu de ses musiques.
Il y a eu l'affaire du Superbowl, il y a eu du complotisme, etc.
Je me suis dit, ce n'est pas possible.
C'est un phénomène qu'il faut comprendre et décrypter.
Les parents, on le sait tous, les enfants ont été fans d'un artiste
que les parents ne comprennent pas.
Ça arrive depuis la nuit des temps, depuis l'après-histoire certainement.
Mais là, on s'est dit, le phénomène est tellement énorme,
tellement inqualifiable qu'il faut le comprendre.
Du coup, j'ai eu l'idée de faire ce podcast.
Comme ça, ça pouvait m'aider de mêler mes deux jobs préférés,
c'est-à-dire reporter et papa.
À qui s'adresse ce podcast en réalité ?
Il s'adresse à tout le monde.
Il s'adresse autant aux parents ou aux grands-parents
qui veulent comprendre ce phénomène.
Qui disent, Taylor Swift, je ne connais pas du tout,
je ne sais pas ce que c'est, je ne comprends pas, etc.
Mais aussi aux ados qui voudraient que leurs parents
ou leurs grands-parents comprennent le phénomène.
Et puis à tout le monde, parce que ce n'est pas juste un podcast
sur Taylor Swift, c'est un podcast sur notre époque.
À travers Taylor Swift, on comprend mieux,
on essaie de faire mieux comprendre notre époque
et notamment l'époque dans laquelle grandissent nos enfants.
Ça, c'est très important.
Vous avez étudié ce phénomène, on l'a dit, de très près.
Elle a plus de 18 ans de carrière,
il faut savoir qu'elle a 34 ans.
A priori, quand on la voit, elle est très belle,
elle est blonde, l'américaine type.
En réalité, c'est beaucoup plus profond que ça.
Mais ma question, c'est,
est-ce que vous avez compris pourquoi les ados l'aiment tant ?
Je pense, ça revient à ce que je disais,
je ne suis pas sûr d'avoir tout compris.
Mais une explication, c'est qu'elle correspond tout à fait à notre époque.
C'est un modèle pour des adolescents de notre époque.
Elle parle de tous les sujets qui les concernent,
notamment une époque qui est très individualiste.
Elle parle énormément de sa vie personnelle dans ses chansons,
ça va jusqu'au prénom de ses anciens petits copains
qui l'empruntent parfois pour leur engrade.
Les ados, en tout cas ma fille et les ados qu'on a rencontrés pour le podcast,
ils se reconnaissent énormément dans les paroles de Taylor Swift.
Ça a beau être très intime, pour eux, c'est universel.
Ma fille dit, il y a une chanson pour chaque émotion, pour chaque humeur,
pour chaque chose qui nous arrive dans la vie.
Déjà, on se rend compte qu'il y a quelqu'un comme Taylor Swift
qui a vécu ça avant nous et qui nous explique par quelle face on passe,
pourquoi il faut se faire confiance, etc.
Ça les renforce beaucoup.
C'est une des explications, c'est qu'ils trouvent en Taylor Swift
un modèle, un chemin à suivre et des réponses à certaines questions.
Mais au travers des paroles des chansons,
parce que je me souviens que j'étais fan de Michael Jackson,
mais je peux vous dire que ce n'était pas les paroles.
Ce n'est pas que la qualité de la musique,
c'est même pas ça, parce que Taylor Swift,
ce n'est pas la meilleure chanteuse, ce n'est pas la meilleure danseuse,
ce n'est pas la meilleure chorégraphe.
C'est le personnage.
Surtout, elle a une écriture.
C'est une poétesse.
C'est comme ça.
On est dans le podcast avec ma fille.
Il faut dire quand même qu'elle écrit ses textes.
Oui, elle écrit tous ses textes.
Et on est allés à Harvard,
donc c'est quand même l'université américaine d'excellence,
l'ITIS, etc.,
où il y a une prof au département d'anglais d'Harvard
qui d'habitude étudie des poètes du 18e siècle
qui a fait un semestre de cours sur les textes de Taylor Swift
qu'il a comparé à des poètes du 18e siècle, etc.
C'est les mêmes thèmes.
Elle a quelque chose dans l'écriture qui parle tout de suite.
Alors, quand on parle anglais, évidemment,
ma fille est bilingue puisqu'on a vécu aux Etats-Unis,
donc c'est plus compliqué pour les Français qui ne comprennent pas l'anglais,
mais c'est vraiment le succès de Taylor Swift,
ça tient énormément à ses textes.
À ce qu'elle raconte.
Alors, vous avez entreprise périple à travers les Etats-Unis avec votre fille
qui a duré, je crois, dix jours.
Vous avez donc rencontré plein, plein, plein, plein de fans.
Est-ce que vous avez, pour revenir du coup à nos ados,
réussi à identifier un point commun entre ses fans,
à part le fameux bracelet d'amitié qu'elle s'offre ?
Oui, on en a rediscuté avec ma fille.
Et en fait, le point commun, je crois, c'est la bienveillance.
Parce qu'à chaque fois qu'on a rencontré des fans,
il y avait une espèce de joie, d'empathie, de vonté de se connaître, de discuter.
En gros, ça leur fait du bien.
C'est tout bête, mais au concert, déjà, l'ambiance est extraordinaire.
Et dans le podcast, il y a un moment, on est à New York,
on va à sa première adresse, là où elle habitait au début.
Elle a fait, évidemment, une chanson de sa première adresse à New York,
qui s'appelle Cornelia Swift.
Enfin, toute la vie de Taylor Swift est une chanson.
Et évidemment, c'est un lieu de pèlerinage,
et on est tombé là sur des Swifties suédoises.
Et tout de suite, ça a matché, en fait.
Il y a une ambiance extraordinaire.
Et il y a un autre Swiftie qui est arrivé, lui, qui vient de la Nouvelle-Orléans,
qui a dit « Oh là, elle n'habite plus là maintenant,
je connais sa nouvelle adresse, venez, on y va ! »
Donc là, on se retrouve à marcher pendant 20 minutes
dans les rues de Manhattan avec des Swifties suédoises.
Ce type qui avait des tatouages de Taylor Swift partout sur lui,
et ma fille et moi, est dans une ambiance vraiment très sympa.
Enfin, voilà, on a tout de suite discuté, et tout allait bien.
Ça, évidemment, ça nous plaît, en tant que parents,
de savoir qu'il y a cette communauté qui est bienveillante à l'intérieur d'elle-même.
Alors, pour revenir au podcast, le cinquième épisode,
je l'ai beaucoup aimé, il s'appelle How To, référence au mouvement Me Too.
En fait, vous avez discuté de Taylor Swift, évidemment,
avec votre fille qui, elle, brandit l'étendard du féminisme
à travers le monde, mais en fait, ça vous a permis
d'aborder plein de choses avec votre fille, assez intimes.
Oui, ça nous a permis d'aborder les violences sexistes et sexuelles, notamment,
puisque Taylor Swift a été victime d'une agression sexuelle.
Il y avait un procès, etc. Elle l'a raconté, elle ne l'a pas caché, justement.
Elle a voulu en faire quelque chose de très médiatisé,
et ça, c'est un exemple pour ma fille et puis pour ses autres fans.
Et ce podcast, c'était pas seulement un podcast sur Taylor Swift,
c'est l'occasion pour un père de parler avec sa fille ado.
On a fait énormément de voitures, on a fait 2000 kilomètres,
on a beaucoup parlé dans la voiture, et ça permet d'aborder ce genre de sujets.
On a parlé de choses dont on n'avait jamais parlé ensemble avant.
Même devant, on était allé voir un centre pour les victimes d'agressions sexuelles
à Neigeville, où ma fille a partagé des choses avec les dames qui étaient là,
qui étaient assez intimes et très fortes.
Et donc, parler de Taylor Swift ou de l'artiste qui plaît à votre enfant,
ça permet aussi de parler de sujets parfois un peu compliqués.
Oui, vous avez parlé des règles, je crois, avec votre fille.
On a parlé des règles.
C'est vraiment un prétexte.
Elle m'a demandé si je respectais les filles au collège,
parce qu'elle trouve ça très important, l'égalité fille-garçon, et elle a raison.
Mais on a parlé de toutes ces histoires, d'égalité fille-garçon,
de la manière dont elle perçoit le monde en tant que fille.
Parfois, les garçons ne comprennent pas.
Ils disent qu'on a les mêmes lois, les mêmes droits,
mais en fait, ils ne voient pas que c'est plus insidieux que ça,
qu'il y a des lois cachées.
Donc, elle en parle.
Et en fait, discuter avec son ado de sa star préférée,
ça permet d'aborder ces sujets.
C'est ce qu'on dit tous les matins.
Donc, finalement, ça nous va très bien que vous disiez ça.
C'est parfait.
On vous laisse écouter ce podcast.
Vous avez vu que c'est riche.
J'espère qu'on vous a convaincus.
Les séries de podcast, c'est formidable.
Et quelle aventure avec votre fille.
C'est génial.
J'ai l'impression que c'est quelqu'un qui rassemble Taylor Swift.
On l'entend bien quand vous en parlez.
Maintenant, il te voit en voyage avec sa fille de 10 ans.
Oui, Lucie.
Et après, il y a Simon qui a 6 ans.
C'est génial.
Tant mieux, vous trouverez à chaque fois quelque chose.
Merci beaucoup d'être passé par la maison des maternelles.