Depuis 2018, les boites aux lettres de l’association « Les papillons », placées dans les écoles et les clubs de sport, permettent aux enfants de dénoncer des maltraitances en déposant un petit mot. C’est grâce à l’une de ces boîtes que Lily a pu révéler les viols commis par son grand-père, un drame qu’elle n’arrivait pas à exprimer autrement. Émilie, sa maman, nous raconte leur histoire.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Depuis 2018, les boîtes aux lettres de l'association Les Papillons
placées dans les écoles et clubs de sport
permettent aux enfants de dénoncer les maltraitances
en déposant des petits mots.
Elle a dénoncé son grand-père.
Une jeune fille a dénoncé son grand-père.
Bonjour, Emilie.
Votre témoignage est ultra important.
Vous avez conscience qu'il faut parler de ça
et de ces boîtes aux lettres.
Lily a 13 ans aujourd'hui.
Elle a dénoncé des viols de son grand-père
grâce à ce dispositif.
C'est formidable.
On va mettre la lumière là-dessus.
On revient en arrière.
Un vendredi, en juin 2022, vous recevez
un appel des gendarmes.
Qu'est-ce qu'ils vous disent?
- Emilie: C'était un mardi à midi.
Je reçois un appel de la gendarmerie.
"Bonjour. Gendarmerie de Châtillon.
Il faut aller chercher votre fille à l'école.
Elle a été victime d'agressions sexuelles."
- A.Lecaron: Ils vous le disent au téléphone.
- Emilie: Comme ça.
Je leur demande de m'en dire un peu plus.
Ils ne peuvent pas.
Ils me disent d'aller la chercher à l'école
et de l'emmener à l'UMJ de Bourg-en-Bresse.
C'est l'unité médicojudiciaire.
J'appelle mon mari et je lui dis de venir me remplacer au travail.
Je lui explique.
Je pars à l'école.
J'ai une demi-heure de route.
- A.Lecaron: Vous devez vivre la pire demi-heure de votre vie.
- Emilie: Je ne sais même pas comment j'ai roulé, mais bref...
J'arrive à l'école.
Je tombe sur son maître.
- A.Lecaron: Déjà, dans la voiture, vous commencez à vous demander
qui ça peut être.
- Emilie: En effet.
Sur le coup, pour moi, c'est à l'école.
Je me dis que c'est un garçon qui a touché les parties intimes,
la poitrine ou les fesses...
J'ai l'impression que c'est plutôt un truc d'enfant.
Je suis loin de penser à la suite.
En arrivant à l'école, je tombe sur le maître,
qui m'attend dehors avec Lily.
Il lui dit: "Tu vas y arriver.
Tu as fait le plus dur.
Sois forte."
Je me dis: "C'est grave.
Ce n'est pas un touche-pipi."
Je récupère Lily.
On monte dans la voiture.
Dans la voiture, j'ai envie de parler.
Je lui demande si elle veut m'en dire un peu plus.
Elle me dit que non.
"Tu peux me dire au moins qui c'est."
"La seule chose que je peux dire, c'est que ce n'est pas
dans ta famille."
Ca fait tilt.
Je me dis que c'est dans celle de son papa.
L'étau se resserre.
- A.Lecaron: Vous commencez à vous dire...
Vous savez que ce n'est pas le papa.
- Emilie: Ce n'est pas son papa, mais j'ai quand même des soupçons
sur le grand-père.
C'est la personne qui la côtoyait régulièrement
quand elle était gardée chez son papa.
- A.Lecaron: Comment vous êtes accueillie dans l'unité?
- Emilie: Très bien, par une gendarme qui est super,
un psychologue, une autre psy en apprentissage...
Ils la prennent en charge.
Ils expliquent qu'elle va être auditionnée,
avec micro, vidéo...
Elle n'est pas trop stressée.
A l'inverse de moi, elle est plutôt...
- A.Lecaron: Elle est peut-être soulagée.
- Emilie: Elle y va pour tout dire.
- A.Lecaron: Qu'est-ce qu'elle leur dit?
- Emilie: Je ne sais rien.
Je suis dans une salle d'attente tout l'après-midi. J'attends.
Elle est auditionnée.
A un moment donné, ils viennent me voir 2 minutes
en me disant qu'ils l'emmènent en gynécologie.
Je demande si je peux y aller avec elle.
- A.Lecaron: Elle avait quel âge?
- Emilie: Elle allait avoir 11 ans en juillet.
Ils étaient hyper bienveillants.
Elle est montée en gynécologie.
Après, ils l'ont de nouveaux auditionnée.
Ils ont fait des ajustements.
Après, la gendarme et le psy viennent dans la salle d'attente
et me montrent le mot de Lily.
- A.Lecaron: Qu'elle avait déposé dans la boîte aux lettres.
- Emilie: Je découvre que l'agresseur
s'appelle Jean-Michel.
C'est son grand-père.
- A.Lecaron: Quel choc ça a dû être pour vous...
- Emilie: Oui... C'était...
Je n'ai même pas de mots.
On tombe des nues.
- A.Lecaron: Rien que de voir le mot, nous...
Quand vous rentrez de l'unité médicojudiciaire,
vous êtes dans la voiture avec Lily.
Combien de temps a duré le trajet?
- Emilie: On est restées tout l'après-midi.
- A.Lecaron: Vous n'avez pas pu lui parler.
Vous avez pu lui poser quelques questions pendant le retour?
- Emilie: Je lui ai demandé comment elle avait mis ce mot...
Elle ne m'avait pas parlé de cette boîte aux lettres.
Elle m'explique que dans son école, il y a une boîte
aux lettres Papillons.
Elle a mis son mot dedans.
Elle ne savait pas les proportions que ça allait prendre.
- A.Lecaron: Elle vous a expliqué pourquoi elle ne vous en avait
pas parlé?
- Emilie: Je lui ai demandé.
Elle m'a dit que c'était trop dur.
Des fois, elle voulait en parler, mais elle n'y arrivait pas.
Pourtant, on est assez ouverts.
On parle de ça.
On répète souvent à nos enfants que leur corps leur appartient
et qu'on n'y touche pas.
La preuve que...
- A.Lecaron: Vous avez dû être dévastée.
Il n'y a rien de pire.
- Emilie: Et on s'en veut, comme tout parent,
de ne rien avoir vu.
- A.Lecaron: Vous avez le sentiment que ça l'a soulagée
d'écrire ce mot?
- Emilie: C'est certain.
Après, une différence de comportement énorme.
Ce n'était pas la même Lily.
- A.Lecaron: Elle était comment, avant?
- Emilie: Très discrète.
Elles s'amusait toute seule.
En même temps, elle était fille unique,
à l'époque.
Sans problèmes.
Pas de problème scolaire.
Jamais eu un mot dans son carnet, rien.
- A.Lecaron: Il y a eu un décrochage après?
- Emilie: Une fois que ça a été dit,
elle est devenue très dure, surtout avec moi.
- A.Lecaron: Vous n'aviez eu aucun signe avant-coureur?
- Emilie: Non. Rien n'avait vraiment interpellé.
Elle a eu des maux de ventre, des petits soucis
un peu gynécologiques, mais des petites choses basiques.