Grand invité : Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Harris Interactive France
GRAND DÉBAT / Motion de censure : le saut dans l'inconnu ?
« Le récap » par Valérie Brochard
Le lundi 2 décembre 2024, le Premier ministre a déclenché l'article 49 alinéa 3 de la Constitution lors du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale à l'Assemblée nationale. La responsabilité du gouvernement étant engagée, deux motions de censure ont été déposées, par le Rassemblement national et le Nouveau Front Populaire. Bien que Michel Barnier ait accédé à certaines demandes du RN, Marine Le Pen a affirmé que les députés de son groupe politique voteraient assurément la motion déposée par l'union de la gauche. La seule et unique motion de censure à avoir été adoptée au cours de l'Histoire de la Vème République s'opposait à George Pompidou en octobre 1962. Emmanuel Macron réfléchit d'ores et déjà à la nomination du successeur de Michel Barnier. Alors qu'aucune majorité claire ne se dégage de l'hémicycle, parviendra-t-il à choisir un candidat qui fera consensus à l'Assemblée nationale ?
Invités : - Bryan Masson, député « Rassemblement National » des Alpes-Maritimes, - Guillaume Garot, député socialiste de Mayenne, - Anne-Laure Blin, députée « droite républicaine » du Maine-et-Loire, - Marc Vignaud, journaliste économique à « L'Opinion ».
GRAND ENTRETIEN / Jean-Daniel Lévy : la perception de l'Assemblée nationale par les Français
Dans la septième vague de son étude « L'Observatoire du Parlement », l'institut de sondage Harris Interactive s'est intéressé à la façon dont les citoyens suivent et s'approprient l'actualité du Parlement, de ses textes et de ses forces politiques. 57% des Français jugent que l'Assemblée nationale est en capacité de changer leur vie, ce qui place l'institution juste derrière les collectivités territoriales. Le Rassemblement National grimpe dans l'estime des citoyens puisque 40% des Français sont satisfaits de l'action de ses parlementaires, contre 37% dans le sondage précédent. La côte de popularité des Insoumis augmente également. Comment expliquer cette montée des extrêmes ?
Grand invité : Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Harris Interactive France
LA QUESTION QUI FÂCHE / Crise politique : la France, futur maillon faible de l'Europe ?
- Richard Werly, correspondant France/Europe pour « Blick », - Philip Turle, journaliste britannique et chroniqueur international à France 24.
Ça vous regarde, votre rendez-vous quotidien qui prend le pouls de la société : un débat, animé par Myriam Encaoua, en prise directe avec l'actualité politique, parlementaire, sociale ou économique. Un carrefour d'opinions où ministres, députés, élus locaux, experts et personnalités de la société civile font entendre leur voix.
Bonsoir et bienvenue dans Savourgarde, émission entièrement consacrée ce soir à la crise politique dans laquelle plonge le pays.
Avec vous Jean-Daniel Lévy, bonsoir, de l'institut Harris Interactive, comment les français jugent le 49.3, activé hier par Michel Barnier.
Sont-ils inquiets des conséquences de la chute probable du gouvernement ? Qu'attendent-ils des députés ?
Vous venez de publier une vaste enquête sur l'Assemblée Nationale depuis la dissolution, nous en parlerons tout à l'heure tous les deux.
Mais d'abord, les conséquences de la censure. La motion de gauche sera débattue demain à 16h, les troupes de Marine Le Pen vont la voter.
Fin de règne à Matignon, l'après Barnier est dans toutes les têtes, alors qui pour le remplacer ?
Et sans budget, les français vont-ils trinquer ? Grand débat politique dans un instant avec mes invités.
Enfin, la question qui fâche ce soir, la France devient-elle le maillon faible de l'Europe ?
Le regard de nos chroniqueurs de la presse étrangère pour y répondre à la fin de cette émission.
Voilà pour le sommaire, on y va Jean-Daniel, ça vous regarde top générique.
Ils ne la croyaient pas capable d'aller jusque-là. Au lendemain du 49.3 sur le budget de la sécurité sociale,
Michel Barnier s'apprête donc à subir la censure de Marine Le Pen, sauf coup de théâtre.
Les députés du RN voteront la motion de la gauche demain après-midi, le gouvernement va donc très probablement chuter.
La France basculer dans l'inconnu, faute de budget, alors qui est responsable et comment en est-on arrivé là ?
Et surtout maintenant, quelle sortie de crise possible ?
Bonsoir Brian Masson, député RN des Alpes-Maritimes, bonsoir Guillaume Garot, député socialiste de Mayenne,
bonsoir Anne Lorblain, députée droite républicaine du Maine-et-Loire et bonsoir Marc Vigneault,
un expert dans ce plateau très politique pour m'accompagner, journaliste économique à l'Opinion.
Le regard des Français sur cette séquence nous intéresse, vous pouvez intervenir quand vous le souhaitez.
Barnier, dernier jour avant la sortie, c'est dans le récap de Valérie Brochard pour commencer.
Bonsoir Valérie, deux motions débattues demain, mais depuis l'annonce du 49.3, le palais Bourbon bouillonne.
Oui Myriam, avec deux bandes rivales qui s'affrontent, il y a d'un côté celles et ceux qui reprochent aux autres d'avoir osé, pensé, posé une motion de censure.
Faire chuter le gouvernement au moment où on fait le budget, c'est toujours le pire des moments.
C'est un chaos extrêmement important, c'est complètement irresponsable.
Cette censure n'est pas une bonne nouvelle pour le pays, elle n'est pas une bonne nouvelle pour le fonctionnement de nos institutions,
elle n'est pas une bonne nouvelle financière et chacun assumera ses responsabilités.
Et de l'autre côté, celles et ceux que l'on traite d'irresponsables, évidemment, renvoient la balle.
Qui est responsable du projet de loi de finances par la sécurité sociale et du projet de loi de finances ? Qui est responsable ?
En réalité, c'est un acte extrêmement responsable que de mettre fin au gouvernement de Michel Barnier.
Les irresponsables, ce sont ceux qui sont au pouvoir et qui ont cherché à s'allier avec le RN.
L'irresponsabilité, c'est ce budget, c'est ces 40 milliards de taxes et d'impôts supplémentaires.
Alors attention, un nouveau Front populaire et Rassemblement national sont main dans la main pour voter la censure,
mais avec des arguments totalement différents. Marine Le Pen voit plus loin que la chute du gouvernement Barnier.
Derrière, c'est Emmanuel Macron qu'elle veut pousser à la démission.
Elle espère le déluge pour émerger comme seule et unique solution.
Et tant pis pour les avancées qu'elle avait pourtant négociées, même gagnées auprès du Premier ministre,
comme l'annulation des remboursements de certains médicaments ou l'annulation de la hausse des taxes sur l'électricité.
Et des victoires qu'elle laisse tomber pour servir son objectif ultime, une présidentielle anticipée.
Et ça Myriam, la gauche vous dira qu'elle l'avait vu venir, n'est-ce pas M. Garouin ?
Pour vous, c'est la méthode qui a consisté à discuter d'abord et avant tout avec le Rassemblement national
qu'il faut sanctionner, comme vous l'expliquiez cet après-midi dans l'hémicycle.
Et vous vous êtes tourné vers le RN pour faire passer ce budget en multipliant vainement d'ailleurs les concessions,
en allant même jusqu'à citer nommément Mme Le Pen et elle seule dans un communiqué de Matignon hier,
sans avoir mené un dialogue sérieux et approfondi avec la gauche.
Et pourtant, mathématiquement parlant, c'est bien l'addition des voix du NFP et du RN qui pourra faire tomber l'exécutif.
La fin est proche pour le gouvernement le plus éphémère de la Ve République.
Mais malgré tout, il se bat, il se bat encore, non pas pour convaincre les élus, c'est trop tard,
mais pour prendre les Français à témoin.
Le FSS, hélas, ne serait pas le seul problème si une motion de censure venait à être adoptée.
L'impôt sur le revenu de nos concitoyens serait augmenté pour 18 millions d'entre eux.
Près de 400 000 nouveaux foyers imposables dans notre pays par une telle irresponsabilité.
Bien sûr que ça précipitera la France et les Français dans une situation intenable.
Bien entendu que ce sont les Françaises et les Français les plus modestes, les plus fragiles qui seront d'abord touchés.
Des arguments résumés ici par le Premier ministre.
La censure dont il est question demain, nous retrouverons, rendra tout plus difficile et plus grave.
Et depuis l'Arabie Saoudite Myriam, il y a quelques minutes à peine, Emmanuel Macron déplorait devant des journalistes, je le cite,
le cynisme insoutenable du RN et la perte de repère complète du PS.
Ils refusent d'y croire mais pourtant, demain, en fin de journée, il semble que les dés soient déjà jetés.
Merci beaucoup, merci Valérie Brochard.
Avant d'en venir aux conséquences, on commence quand même par un premier tour de table politique sur les responsabilités.
Cynisme insoutenable, Brian Mason.
Franchement, honnêtement, est-ce que vous n'avez pas tous une part de responsabilité ?
Les Français vous regardent.
Et à commencer par Marine Le Pen, n'est-elle pas tout de même responsable de nous plonger dans une forme d'inconnue, d'incertitude ?
Vous savez, les Français aiment la politique, ils aiment en faire, ils aiment l'analyser.
Et ils sont loin d'être dupes dans ce discours catastrophique qu'on entend depuis maintenant des jours et encore cet après-midi à l'Assemblée nationale.
Vous savez, les conséquences budgétaires, financières, sécuritaires de l'état actuel du pays, c'est simplement les sept dernières années aussi d'Emmanuel Macron.
Mais justement, est-ce que c'est le bon moment pour rajouter de la crise à la crise ?
Non, pas du tout.
La crise économique est déjà là, monsieur le député.
Mais nous, ce que nous faisons, c'est un choix politique vis-à-vis d'un budget qui ne nous va pas et qui était un budget qui va même plus loin que la gauche.
Il est spoliateur, il est injuste.
Si la gauche avait présenté ce budget à l'Assemblée nationale, la droite aurait hurlé.
Et pourtant, ce budget-là, il vient de la droite.
Alors attendez, parce que ce qui était présenté, c'était le compromis de la CMP avec des aménagements de dernière minute sur les médicaments, sur les retraites ?
Oui, un compromis de macronistes avec les LR main dans la main.
C'est un faux compromis.
C'est une majorité qui gouverne le pays ensemble.
Et donc, ils se sont mis forcément d'accord.
Ils ont chacun des billes dans ce gouvernement.
Mais la responsabilité première, elle revient des choix d'Emmanuel Macron depuis sept ans à la tête de ce pays.
Parce que très clairement, un certain nombre de députés du Socle commun vous accusent d'avoir fait monter les enchères et de vouloir censurer.
Non, nous avons voulu négocier.
On a voulu ouvrir la porte depuis maintenant plusieurs mois au dialogue.
Michel Barnier ne nous a consultés en réalité que 48 heures avant notre décision.
Il y a quand même un mépris de la part de Michel Barnier.
Lundi dernier, elle était reçue Marine Le Pen.
Et vous savez ce qu'il a dit, Michel Barnier à Marine Le Pen ?
Il a dit en gros, c'est pas le jour des engagements.
Donc, si vous voulez, c'est un rendez-vous pour rien.
Et 48 heures avant l'urgence, voilà qu'il se réveille.
Même si le texte de la censure de la gauche, je l'ai retrouvé.
Guillaume Garot vous insulte directement.
Le RN, vous le voterez.
Vous voterez avec la gauche la motion demain, 16h.
Vous savez, le Rassemblement National a le cuir solide.
Et donc, on passe au-delà des insultes quand c'est l'intérêt de la France.
Que la gauche nous insulte, on en a l'habitude.
Ils le font tout le temps.
Pas qu'à nous d'ailleurs.
Tout ce qui n'est pas de gauche est d'ailleurs fasciste et d'extrême droite.
Donc, on a l'habitude.
Mais peu importe.
Ce qui se joue, c'est la censure du gouvernement.
Et la censure, elle n'est ni de gauche ni de droite.
Elle est un acte démocratique permis par l'Assemblée Nationale.
Et donc, nous allons faire ce choix politique.
Guillaume Garot, vous avez été ministre.
Et le Parti Socialiste, c'est un parti de gouvernement.
Vous voterez cette censure avec les voix du RN.
Il n'y a aucun problème avec ça demain.
Même si on sent quand même que l'heure est grave.
Je voterai cette censure.
Et c'est le RN qui votera la nôtre.
Mais je veux corriger votre propos.
Il n'y a pas d'insulte dans ce que nous avons écrit.
On dit simplement les choses.
Et que ceci soit parfaitement clair.
Vous parlez des plus viles obsessions du RN.
Ce n'est pas une insulte.
C'est vrai.
Vous avez raison.
Je le dis, je le répète.
Vous avez raison, ce n'est pas veritablement une insulte.
Ce n'est pas un compliment, ça c'est sûr.
Parce que nous n'avons rien de commun avec le RN et l'extrême droite de façon générale.
Que ceci soit clair.
Alors, votre question, c'est comment on en arrive là ?
Il y avait les propos du Président de la République à l'instant.
Le PS fait preuve d'une perte de repère complète.
De la part du Président de la République, je pense qu'on attend aujourd'hui davantage de modestie.
Parce que pourquoi on en est là collectivement ?
Probablement parce qu'il y a eu une dissolution.
Une dissolution au mois de juin dernier.
Qui n'a pas donné le résultat qui était escompté par le Président de la République.
Alors maintenant, il faut être capable de travailler.
Ce que je constate d'abord, c'est que le budget de la Sécurité sociale,
c'est quand même ça dont il est question,
il est fondamentalement injuste.
Et c'est pour ça qu'on s'oppose.
Pourquoi il est injuste ?
Sur quelle mesure précisément ?
Parce qu'il n'y avait plus les médicaments, il y avait un compromis sur les retraites,
les petits retraités allaient finalement être protégés ?
Mais pas du tout !
Les petits retraités, non ?
Mais pas du tout !
L'indexation ?
Sur l'inflation.
Sur la moitié de l'inflation.
Que c'était pour les retraités plus aînés.
Mais sur les petits retraités, il n'y avait pas de manque à gagner.
Vous avez vu où était le seuil ?
À un peu moins de 1400 euros.
Donc franchement, il faut arrêter avec ça.
Qu'est-ce que vous dites à certains députés dans le socle commun
qui disent au fond qu'ils sont ligotés par LFI
et qu'ils ne peuvent pas faire autre chose que censurer
parce qu'au prochain législatif,
elles vont arriver sans doute après la prochaine dissolution,
ils perdraient leur siège.
Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Que nous sommes très libres.
Des arrières-pensées électorales.
Que nous sommes très libres.
Et que nous sommes là, ce soir,
dans une proposition pour la suite.
Ce que nous souhaitons, c'est que, bien sûr,
on retrouve de la stabilité dans le pays.
C'est ce que tout le monde attend.
C'est ce que tout le monde attend aujourd'hui.
Alors, qu'est-ce qui se passe ?
Il y a cette motion de censure qui est finalement,
mais je veux le redire aussi,
était la seule façon pour les socialistes,
pour la gauche en général,
de pouvoir s'opposer à ce projet de budget
de la Sécurité sociale,
qui est, je le disais, fondamentalement injuste
parce qu'il fait payer les malades,
il fait peser sur l'hôpital, sur les EHPAD,
la charge générale de l'effort.
Et lorsque le 49-3 est actionné,
vous ne pouvez pas vous opposer autrement
que par une motion de censure.
Donc la question qu'on doit se poser, c'est
comment on est arrivé à ce 49-3 ?
Est-ce que les gestes ont été faits par le Premier ministre
pour arriver à éviter le 49-3 ?
Je dois le dire.
Il y a eu des gestes, mais pas forcément en direction du PS.
Exactement.
C'est dit, on ne va pas refaire le match.
On ne va pas refaire le match,
mais on va redire quand même que
le Premier ministre a préféré se tourner vers le RN
que se tourner vers la gauche.
Et c'est là où est le problème,
parce qu'on était, rappelons-le quand même,
dans un arc républicain.
C'est là-dessus qu'on a travaillé.
C'est déshonoré pour vous, Michel Barnier.
Depuis juillet dernier.
Et ce n'est pas du tout ce qu'a fait, hélas,
le Premier ministre, pour qui j'ai de l'estime personnelle,
bien sûr, mais les actes qu'il a posés,
les gestes qu'il a faits ne sont pas ceux
de l'arc républicain.
Allez, on fait circuler la parole.
Anne Lorblin, vous pensez encore qu'il peut s'en sortir,
très honnêtement, puisque Gabriel Attal y croit.
Le président a l'air de dire qu'il ne peut pas croire
en la censure.
Franchement, honnêtement, sans langue de bois,
c'est fini pour Michel Barnier, là.
Écoutez, en politique, on n'est jamais fini.
La réalité, c'est qu'aujourd'hui encore,
Michel Barnier est au travail,
et son gouvernement également.
La réalité, c'est que cette situation,
elle trouve son origine, effectivement,
post-dissolution, où on voyait très bien
qu'aucune majorité absolue, tout au moins,
ne pouvait et ne s'exprimerait dans l'hémicycle.
Donc, on savait, à l'issue de ce scrutin,
qu'il faudrait travailler avec l'ensemble des composantes.
Et lorsque, pendant plusieurs semaines,
le président de la République a tardé
à désigner un Premier ministre,
que Michel Barnier a accepté cette mission très lourde.
Il faut quand même se rappeler
que personne ne voulait aller à Matignon.
Tout le monde attendait avec impatience
la nomination d'un Premier ministre,
mais personne ne voulait y aller.
Michel Barnier a accepté cette mission
dans un contexte très difficile.
Une France très endettée.
On a oublié, peut-être,
ce qui s'est passé ces dernières semaines,
mais un dérapage financier énorme
sur le budget.
Il a dit, d'ailleurs, qu'il n'avait pas été prévenu
quand il est arrivé à Matignon.
Il devait reprendre les rênes du pays
et, effectivement, présenter un budget.
Mais la tâche était ardue.
Et, contrairement à ce que l'on entend sur ce plateau,
il a ouvert la porte à tout le monde.
Justement, il y a ce soir une interrogation
sur la méthode. Très clairement,
la gauche considère que c'est un déshonneur
d'avoir autant concédé à Marine Le Pen.
On entendait Guillaume Garot, cet après-midi,
aux questions au gouvernement.
Mais pas seulement. Il y a des députés macronistes
qui le disent. Marine Le Pen a pris sa décision
sur la censure. Barnier aura
la censure et le déshonneur. Je trouve ça
humiliant pour Barnier et son gouvernement
se mettre à ce point dans la main du RN.
C'est la honte.
On sent que ça passe mal,
cette dernière ligne droite de discussion,
voire de négociation avec la patronne du RN.
Vous trouvez toujours des gens pour critiquer.
Quand on fait de la politique, on fait de la politique
pour s'engager pleinement. On fait de la politique
pour peser et pour surtout faire évoluer les choses.
On n'est pas là juste pour commenter.
La réalité, c'est qu'aujourd'hui,
la tâche, une nouvelle fois, était ardue.
Michel Barnier l'a exprimé très tôt
dans son discours de politique générale
qu'il ouvrait la porte à tout le monde
et il a travaillé avec tout le monde.
Aujourd'hui, tout le monde
est dans des petites combines tacticiennes.
Chacun a son petit calendrier.
Chacun envisage son opportunité
et ses volontés d'accéder
à l'étape supérieure,
en l'occurrence à la présidentielle.
La réalité aujourd'hui, c'est que
pour les Français, il est indéniable
que l'on doive travailler ensemble
parce que les conséquences
de ce vote d'hier
seront dramatiques.
On va en parler longuement des conséquences.
Au-delà des tactiques, c'est leur quotidien.
Avant de rentrer dans le détail des conséquences
dans le quotidien des Français, on va finir
le tour des sensibilités. Il manque les macronistes
sur ce plateau, ça tombe bien Clément Perrault.
Vous êtes avec Ludovic Mendes,
celle des quatre colonnes à l'Assemblée.
Ludovic Mendes, bonsoir.
À la veille de cette motion de censure,
est-ce qu'il y a encore un peu d'espoir ?
Bonsoir. Je ne sais pas s'il y a encore un peu d'espoir.
On n'a pas les cartes en main
pour le définir. Après, il y a toujours des voies de passage.
On essaie de discuter, de dialoguer
et on verra ce qu'il se passe demain.
En tout cas, on appelle à la responsabilité de chacun.
Vous êtes issu de l'aile gauche du bloc présidentiel.
Est-ce que, Michel Barnier,
c'était le bon choix ?
Je ne sais pas si c'était le bon choix ou le mauvais choix.
Tout ce que je dis, c'est que depuis le départ,
j'ai arrêté de parler de qui et parlons du pourquoi.
Étant donné qu'on a créé un socle commun
qui s'est fait de facto sans fonds
particuliers, sans accords de gouvernement,
c'est un peu compliqué. Tant qu'on ne passera pas par là,
on pourra toujours parler de premier ministre
qu'il soit celui que nous avons
actuellement, M. Barnier, ou n'importe lequel autre.
Ça ne changera jamais rien.
Parmi les noms évoqués pour Matignon, il y a celui de Bruno Retailleau.
Est-ce que vous, si c'est lui qui est
premier ministre, vous resterez dans le socle commun ?
Je ne fais pas de
politique fiction. On verra ce qu'il se passe
déjà demain. On ne vous sent pas
très enthousiaste à cette idée, en tout cas.
Ce n'est pas une histoire d'être enthousiaste ou pas.
Je ne fais pas de politique fiction. Je ne veux pas parler du qui
mais du pourquoi. À partir de là, on verra
demain. Merci à vous.
Merci à vous, Clément Perreault, et à
tout à l'heure. On en vient aux conséquences.
Je voulais m'appuyer sur votre expertise,
Marc Vigneault, parce qu'elles sont de deux ordres.
Il y a des conséquences économiques pour les Français
dans leur quotidien. Il y a
sans doute des conséquences financières
qui pourraient redevenir très concrètes aussi
par effet de chaîne.
Pour les Français, qu'est-ce que ça va changer
finalement d'avoir le budget
de l'année passée ?
D'abord, il ne va pas y avoir
les hausses d'impôts qui étaient prévues par Michel Barnier.
Cela veut dire qu'on va beaucoup moins réduire le déficit
mais on va éviter des hausses d'impôts.
En revanche, il y a un impôt
qui va augmenter et qui n'était pas prévu d'augmenter.
C'est l'impôt sur le revenu, puisque
le barème de l'impôt sur le revenu ne sera pas
indexé sur l'inflation puisqu'il n'est
pas possible de l'indexer dans
une probable loi spéciale,
c'est-à-dire le budget d'urgence qu'on va faire d'ici
à la fin de l'année pour parer à la situation un peu
inédite. Il n'est pas possible d'indexer
le barème de l'impôt sur le revenu. Cela veut dire que
mécaniquement, 380 000
foyers vont rentrer dans
l'imposition sur le revenu.
17 millions de
foyers verront leur impôt augmenter.
C'est une augmentation de l'impôt sur le revenu.
L'ERN répond
oui, mais ça c'est uniquement si on n'arrive pas
à se mettre d'accord sur un nouveau budget
qui va être négocié l'année prochaine.
Alors oui, mais avec quelle majorité
et pour quels compromis ? On en revient
toujours au même problème et en attendant la
situation d'incertitude que ça crée
va fortement
impacter l'économie française
où déjà, dans un environnement
où déjà il y avait un
ralentissement, où déjà on voit
les plans sociaux se multiplier.
C'est le pire moment pour appuyer sur le bouton
et donc ça,
les Français risquent de payer.
Sur l'impôt sur le revenu,
toutes les revalorisations, il y a des lois
de programmation pour les militaires,
pour les agriculteurs
aussi, pour les métiers de la justice,
tout ça c'est un teint.
C'est les aspects positifs du budget, mais ce budget
faisait des économies, on l'a assez dit,
60 milliards d'économies par rapport
à la hausse tendancielle des dépenses d'année en année.
Donc si il n'y a pas ce budget,
on va beaucoup moins réduire les déficits.
Donc il y aura quand même des dépenses
qui vont augmenter plus vite. Par ailleurs,
il y a certaines dépenses, effectivement,
la loi programmation militaire,
qui n'ira pas plus vite, en fait on répartit
les dépenses différemment.
Il y aura une baisse des dépenses de défense.
Tout à fait, il y aura beaucoup moins de choix, ça sera quelque chose de beaucoup plus
technocratique. Normalement c'est 200 000 emplois,
4 000 entreprises sur le territoire
qui étaient prévues
et là vraiment, pour le coup,
c'est un très gros manque à gagner pour nos armées.
Je crois que ce qu'il faut souligner
c'est que le déficit public
va remonter ou
rester au même niveau qu'en 2024
et ça c'est extrêmement grave.
Les Français réalisent que c'est extrêmement grave parce qu'on est à un niveau
de déficit qui fait augmenter la dette
et on n'est pas en période de crise aiguë.
On était à 6, on peut basculer à 7 ?
Du PIB ?
En déficit, pour essayer de mesurer les choses.
C'est très difficile à évaluer
mais moi j'ai parlé
aux spécialistes du budget,
à des gens qui connaissent très bien ça,
on pourrait se retrouver un peu plus
élevés qu'en 2024, c'est-à-dire
6,2, 6,3 et si votre économie
va mal et qu'on rajoute l'effet économique
alors là on pourrait se retrouver à 7, 7,5%
de déficit.
La crédibilité française
sera très atteinte et la dette peut
s'envoler très très vite. Ce qu'on ne voit pas c'est qu'il y a
une dérivée, en fait, si vous continuez
à un déficit aussi élevé, la dette
peut s'envoler très rapidement parce que les conditions
économiques ont changé, avant il y avait de l'inflation,
ça aidait un peu le désordonnement, maintenant l'inflation
s'est terminée et donc la dette
risque de devenir hors de contrôle et ça
ça pourrait... Et ça, ça peut entraîner une attaque
des marchés et des effets en chef.
Alors qu'il va falloir que tous les partis
fassent des compromis qu'ils n'ont pas
réussi à trouver là en cette fin d'année. Quand
chaque parti dit, ah ça c'était pour Laurent
Wauquiez, le RN réclamait
aussi un compromis sur les retraites, les
socialistes forcément étaient contents que l'on
ne touche pas aux petites retraites. Quand on dit, il a donné le point
sur les médicaments à Marine Le Pen,
bah oui, enfin les socialistes n'étaient pas ravis
que les remboursements augmentent
sur les publicités. Donc tout ça n'est pas
même un déficit à résoudre et les solutions
des uns et des autres pour réduire
le déficit sont en général
pas très crédibles. Alors je vous laisse débattre.
Allez-y. Qu'est-ce que vous répondez à tous ces effets
en cascade qui sont très inquiétants
pour notre pays, aussi bien
au quotidien pour les Français que
avec des effets financiers
en cascade potentiels
très graves en fait.
Guillaume Garraud puis Brahim Asso.
D'abord, je veux dire que chacun
est conscient des difficultés
qui sont devant nous et des défis que nous aurons
à relever. Raison de plus
pour changer de méthode
parce qu'on a bien vu jusqu'à présent
que ce qui a été fait depuis le mois de juillet
ne fonctionne pas parce que
ça bloque les choses et ça
ne permet pas de répondre aux problèmes
du déficit en particulier
parce qu'on est dans
un petit jeu de concession comme on l'a vu
jusqu'au dernier moment
encore avec un communiqué de Matignon hier
nous informant des échanges avec Marine Le Pen.
Alors, qu'est-ce que ça veut dire précisément
de changer de méthode ?
Ça veut dire qu'il faut assumer
qu'on travaille dans le cadre de cet
arc républicain dont
je parlais tout à l'heure.
Donc sans votre voisin monsieur Massoud, sans l'ORN ?
Absolument. Moi je dis que je ne veux pas travailler
avec l'extrême droite. Je dis
simplement qu'on doit être en capacité
en tout cas je parle pour ceux que je connais
les socialistes
en tout cas c'est ce que je propose
on doit être en capacité de travailler
avec d'autres au-delà de nous-mêmes
et ça vaut pour moi pour la gauche.
Mais pour ceux qui nous regardent
là vous répondez coalition, vous répondez
accord politique, mais on veut
savoir pour les français qui nous regardent
si oui ou non vous allez réussir avec cette loi
spéciale et puis après il faudra bien se trouver
un budget début janvier, février
à nous épargner des conséquences
catastrophiques financières et économiques.
C'est le sujet principal.
Mais justement si c'est le sujet principal
la question c'est comment on y répond ?
Comment on se met d'accord
les uns les autres pour prendre
des mesures, pour voter
une loi de finances rectificative
éventuellement avec quelques
grands sujets. Un accord de non-censure c'est ça ?
Exactement, avec un accord
de non-censure
qui serait aussi un accord de non-utilisation
du 49.3
qui nous obligerait
à travailler ensemble
et travailler les compromis sur quoi ?
Non seulement sur la question
des dépenses mais peut-être
aussi et d'abord sur la question
des recettes, des recettes
de façon générale
parce que je rappelle juste
que ce sont plusieurs
dizaines de milliards chaque année
qui ont été perdus depuis 2017
puisqu'on a renoncé par exemple
à l'ISF, excusez du peu
on a cette
flat tax qui prive
l'état de ressources et donc qui prive
nos services publics de ressources égales.
Je vais vous laisser répondre
puisque vous parlez d'accord de non-censure, là on est dans le mécano
mais c'est important effectivement de trouver
des compromis, c'est-à-dire
trouver une sorte d'alliance qui permettrait
de ne plus jamais utiliser le 49.3
pour le prochain Premier ministre
en échange de ne plus jamais utiliser la motion de censure.
On est avec...
Ensuite je vous redonne la parole
je vous le promets, mais on est avec
un député LFI au micro de Clément Perreault
qu'est-ce qu'il en pense lui, Adrien Clouet ?
Bonsoir Adrien Clouet
Alors le parti socialiste joue
cette mélodie de l'accord de non-censure
est-ce qu'elle est harmonieuse à vos yeux
ou est-ce qu'elle vous agace ?
Bon d'abord il y a un chrono qui s'est enclenché ce soir
qui est le chrono politique important, demain
à la même heure, monsieur Barnier n'est plus là
et toute sa politique avec fermeture des lits d'hôpitaux
gel des pensions de retraite, etc.
Maintenant quelle est la solution alternative ?
Et bien c'est celle pour laquelle on a un mandat politique
nous, on a été élus député
du Nouveau Front Populaire par une majorité
de nos compatriotes qui voulaient un gouvernement
pour le Nouveau Front Populaire
donc c'est ça, à mon avis, la priorité
et pas des accords dont le contenu est flou
les bords sont flous
et les acteurs, les principaux acteurs
ne sont pas non plus extrêmement...
Vous n'en voulez pas ? Non, je n'en veux pas.
Et ce sera Lucie Castex ou rien ?
Et bien c'est toute personne
qui suscite un accord large
des forces du Nouveau Front Populaire
vous savez, nous, on a dit dès le mois d'été
que Lucie Castex était la candidate pour la France Insoumise
tout au long de la mandature
et je regrette que le Parti Socialiste apparemment n'en veuille plus
puisqu'il ne l'évoque plus jamais dans leurs communiqués
je pense qu'il faut être sérieux, on a un mandat politique
la gauche a gagné ses élections
elle a une Première Ministre qui est prête à gouverner
donc maintenant, il faut être nommé à Matignon
pour notre programme politique, abroger la réforme des retraites
par exemple, et à défaut, monsieur Macron
doit partir car il est le responsable de la crise en cours.
Merci à vous.
Voilà, merci à vous Clément Perreault, c'est donc très mal
engagé cette histoire d'arc républicain
puisqu'elle effie dit non très clairement
ce soir à cette nouvelle méthode. Qu'est-ce que vous répondez ?
C'est ceux qui veulent travailler et avancer
moi j'y suis prêt.
Bryan Masson, Anne Lorblin, sur les conséquences
économiques et financières
vous allez devoir trouver un budget, il faut que
les Français qui nous regardent comprennent bien que
après la loi spéciale, il faut bien doter
la France d'un budget. Et c'est vrai que
Marc Vignot le dit bien, il n'y aura pas de changement
à l'Assemblée, trois blocs que tout oppose.
Qu'est-ce qui va faire que vous allez trouver un accord
en janvier-février alors que
vous n'avez pas trouvé en décembre ?
Parce que justement, moi je suis
d'accord avec ce qui a été dit au préalable
il faut qu'il y ait une nouvelle méthode.
La méthode de Michel Barnier n'a visiblement pas fonctionné.
La méthode des concertations
n'a visiblement pas fonctionné
et parce qu'il y a eu un sectarisme
d'une part et d'autre, j'ai entendu monsieur
qui ne voulait pas travailler avec le RN
comme s'il y avait des députés et des sous-députés
des citoyens, des sous-citoyens
et je trouve que les Français qui nous regardent et qui sont
conscients de la gravité des enjeux se disent
mais enfin tout ça est parfaitement ridicule
et surtout très minable. Donc il va falloir
changer les méthodes et que chacun se dise
on est tous élus, on est tous députés
et on va travailler ensemble. Enfin, il faut aussi
dire la vérité aux Français. Parce que Bruno Le Maire
à l'époque il n'a pas dit la vérité aux Français
et il n'a pas dit la vérité aux parlementaires.
Il n'a pas dit la gravité du déficit.
Lui il expliquait que tout allait bien, que c'était merveilleux
qu'il y avait des efforts à faire mais que quand même
ça allait plutôt bien.
Michel Barnier justement
j'allais vous donner raison
Michel Barnier a dit
on m'a quand même menti sur la situation.
Donc reprenons depuis le début
les choses aussi. N'ayons pas peur
ne nous arrêtons pas à ces dernières 48 heures.
La situation économique
catastrophique de ce pays, elle remonte
à plusieurs mois et plusieurs années.
Mais qu'est-ce que vous répondez aux Français qui disent attention
sur le revenu sûr ?
Il faut juste l'expliquer très clairement aux Français.
Tout le travail est stoppé net
pas tous en même temps.
La réalité c'est qu'on ne peut pas
continuer à travailler sans gouvernement.
La durée qui a été celle
de constitution du gouvernement de Michel Barnier
a été telle que pendant des semaines
on n'a pas pu avancer. Il y a une question
d'urgence aujourd'hui. La réalité c'est
que si vous faites tomber le gouvernement
le Rassemblement National
le Nouveau Front Populaire, il faut que vous vous mettiez
d'accord pour constituer l'après Michel Barnier.
Il faut dans ce cas que vous présentiez aux Français
un gouvernement qui unit
à la fois les députés du Rassemblement National
et les députés du Nouveau Front Populaire.
Comment c'est déjà par
vous unir entre vous ?
Parce que moi je suis convaincu que
Gabriel Attal a quand même tenté de vouloir
mettre des bâtons dans les roues de Michel Barnier.
Soyons conscients de la chose.
Mais vous n'avez pas cessé
que de faire monter les enchères.
La réalité c'est qu'aujourd'hui il y a
une équation très difficile à tenir
et une ligne de crête avec
un budget qui dérape, un déficit
qui est énorme et des mesures que l'on
doit garantir aux Français. Pardon mais sur
les mesures du gouvernement sur la sécurité
est-ce que demain vous assumez de dire aux Français
qu'il n'y aura plus de brigade de gendarmerie
que le construira dans nos circonscriptions ?
Est-ce que vous assumez de dire à nos armées
que demain le budget de la défense va baisser
parce que le budget augmentait
ici dans le budget 2025 ?
Est-ce que vous assumez de dire à nos
personnes âgées, aux familles, aux soignants
le plan d'urgence des EHPAD ?
Je vous le dis très clairement.
Le plan d'urgence des EHPAD
était inclus dans ce texte.
Donc il faut effectivement...
Parce que c'est vrai que... Parfait mais la réalité c'est qu'il y a des mesures
Pardonnez-moi de faire une note
de bas de page pour ceux qui nous suivent.
Il va y avoir une loi spéciale. Vous êtes tous d'accord pour la voter ?
Vous êtes tous d'accord pour la voter ?
Bien bien sûr.
Bien sûr mais sur quelle base ? Pourquoi on vous prie confiance ?
La loi spéciale nous amène à Noël
avec le budget 2024.
La question c'est comment faire pour trouver une issue
que vous dénoncez tant avec les dérapages
budgétaires qu'on a connus ?
L'alliance macroniste
a transformé Anne Lamblin en macroniste.
C'est-à-dire un mépris permanent.
Mais regardez, j'arrive même pas
à m'exprimer. Vous vous rendez compte ?
On va laisser
Monsieur Masson répondre
et après je vous donne la parole.
Je ne le crois pas
parce qu'aujourd'hui ils nous le disent
qu'il faut avancer sur des sujets et qu'il faut les prendre à bras le corps.
Vous êtes en train de manquer
à vos électeurs.
Monsieur Masson
vous répond sur les conséquences catastrophiques.
J'aimerais bien répondre justement.
Écoutez, pardon
mais si vous voulez qu'on remonte le temps, remontons
en 2023.
Où des députés LR ont allié
leur voix avec Éric Coquerel, Alma Dufour
pour une motion de censure.
Une motion de censure
à une motion de censure, c'est un outil
démocratique.
On est en train de contester
le fonctionnement
de l'Assemblée nationale.
Il y a des outils démocratiques
mais ce n'est pas une alliance.
La vraie alliance, elle était au moment
de la dissolution où vous avez été
réélu grâce aux voix de la France insoumise.
Absolument pas.
Les gens qui vous regardent ne vous entendent pas.
Personne ne vous comprend.
À ce stade du débat, j'aimerais bien faire intervenir notre
sondeur, expert de l'opinion.
Ils sont inquiets les Français. Déjà, est-ce qu'ils y comprennent
quelque chose et est-ce qu'ils sont inquiets ?
Est-ce qu'ils y comprennent ? En tout cas, il y a des points
qui sont dans le débat à l'heure actuelle qui ne touchent pas
les Français. En tout cas, qui ne touchent pas tous les Français.
Et la question de la dette et des déficits
les touche quand même beaucoup moins que ce qui peut être exposé
depuis quelques jours. Quand on demande
aux Français, globalement, leur priorité d'un point de vue
global, la thématique de la dette
et des déficits arrive bas, voire très bas.
Et ce n'est pas nouveau. C'est qu'on a pu
voir, notamment au cours de la dernière élection présidentielle
que ça faisait partie de la 18ème
motivation de vote des Français.
Parce que ce n'est pas assez concret.
Ça a été le cas
en 2012. C'était la deuxième motivation
de vote des Français parce que c'était après la chute de
l'Emmanuel Brothers et les Français disaient
on voit les conséquences entre la dette
et les déficits et les conséquences concrètes.
Là on a connu, pour tout un tas de raisons, notamment
à la période du Quoi qu'il en coûte, et donc ça a un peu
désindexé le regard porté
à l'égard de la dette et des déficits
au regard de l'ensemble des priorités qui sont assignées au gouvernement.
Après, dans le détail,
il y a différentes franges de population.
Et quand vous regardez le cœur de ceux qui sont
en soutien à l'égard de Michel Barnier
c'est-à-dire les personnes qui sont proches
du président de la République et ceux qui sont
proches de la droite républicaine, déclarent que
c'est un enjeu non seulement important
mais qui apparaît comme étant très important.
Donc là, c'est clair. En revanche,
dès lors que vous vous éloignez de ces deux franges de population,
cette question de la dette et des déficits
apparaît comme étant beaucoup plus éloignée.
Et quand même on va évoquer le fait qu'on soit
à 4, 5, 6 ou 7%
comme cela a pu être dit tout à l'heure
du PIB,
les Français disent oui. Et alors ?
Ils ne voient pas aujourd'hui la conséquence et le lien
entre cette dimension-là et les conséquences.
Marc, pour se donner
des exemples par le passé,
on sait ce qui est arrivé à l'Italie,
on sait ce qui est arrivé à la Grèce.
À 6, 5, 7% de déficit,
qu'est-ce qu'il peut se passer ?
Je crois qu'il ne faut pas dramatiser, on n'est pas du tout dans la situation
de la Grèce. Il ne peut pas y avoir
de défaut de paiement,
de soudaines révélations
sur la France
aurait maquillé ses comptes. En revanche,
on peut se retrouver dans la situation de l'Italie
où on est étouffé lentement
par la dette, on n'arrive plus à suffisamment
investir et on se retrouve avec
une croissance par habitant
qui est complètement anémiée et où
le pouvoir d'achat ne progresse plus
et où la situation
de tous les Français sera encore plus difficile.
De mon point de vue
de journaliste économiste, ce qui me frappe,
c'est qu'il n'y a pas beaucoup de politique
pour vraiment prendre ce sujet au sérieux.
C'est effectivement l'anesthésie
du « on l'a fait, quoi qu'il en coûte ».
On vous disait avant, François Fillon
vous disait, il y a quelques années,
l'État est en faillite et puis il ne s'est strictement
rien passé. Peut-être que d'ailleurs
trop de dramatisations
à un moment où l'État n'était
pas du tout en faillite, fait qu'on
ne comprend pas aujourd'hui.
Il faut voir des économistes
à l'OFCE qui vous disaient encore
il y a trois ans, il n'y a aucun problème avec la dette,
qui vous disent aujourd'hui la priorité c'est de réduire la dette.
Je crois qu'il y a quelque chose qui a changé
du côté des économistes et qui n'est absolument pas
perçu par le monde politique.
Et c'est peut-être aussi de votre responsabilité
de faire la pédagogie du sujet.
On en arrive à la fin de ce débat,
il nous reste cinq minutes pour aborder
la question de l'après Barnier. Je vais vous montrer
quelques vidages, voici les prétendants.
La liste est très longue,
mais on a choisi Bernard Cazeneuve,
François Bayrou, Sébastien Lecornu,
Bruno Retailleau
qui manifestement se prépare parce que
son adresse à Marine Le Pen était très
cinglante aux questions au gouvernement cet après-midi.
Madame Le Pen, comment
voulez-vous, comment pouvez-vous
accepter de mêler vos voix,
celles de votre groupe
à l'extrême-gauche, à cette
extrême-gauche qui, il y a quelques jours,
déposait un texte
pour abroger le délit
d'apologie du terroriste.
C'est lamentable.
C'est l'inverse de la politique.
La politique,
ce sont les convictions, ce n'est pas
la tambouille politicienne.
Vive la France !
En voilà un qui partage parfois
les idées de Marine Le Pen, Brian Mason,
en tout cas, qui pourrait aussi lui faire de l'ombre.
Vous souhaitez sa nomination ?
Ecoutez, il ne s'est pas gardé son calme,
il perd son sang-froid,
il invective l'Assemblée nationale,
comme Mme Blin tout à l'heure qui voyait.
C'est un débat politique à un niveau impressionnant.
Donc vous n'en voulez pas, vous n'en voulez pas clairement.
Si juste, je peux me permettre sur un sujet,
il va falloir vraiment
que tout le monde prenne en considération
que cette Assemblée, ce n'est pas celle
où il y a une majorité absolue
et une opposition.
Il va falloir qu'on se respecte tous, qu'on se calme.
Vous le savez tous très bien, ce n'est pas une alliance
avec le Nouveau Front Populaire.
Vous le savez, vous faites un jeu de médias.
Il ne faut pas faire de catastrophisme.
Il y a un moment donné où les gens, les Français,
sont loin d'être des idiots.
Parlons, discutons, calmons-nous
et essayons de nous mettre autour de la table avec respect.
Mme Blin,
Bruno Retailleau fait
clairement casser le bloc
des macronistes en deux, ça c'est une évidence.
Il y a toute une partie,
sans compter la gauche, des proches
du parti présidentiel
qui vous dirait
qu'on n'y arrivera plus, notamment sur les sujets régaliens.
Vous,
vous voyez quel type de profil ?
Est-ce qu'il faut un profil plus à droite
ou un profil plus à gauche ?
La question n'est pas au profil,
la question est de savoir ce que l'on veut.
Effectivement, dans ce gouvernement, vous aviez des personnalités,
vous avez des personnalités
qui ont des valeurs très claires,
qui ont posé des principes très clairs
et qui assument des actes très clairs.
Et donc, aujourd'hui,
c'est la question que je posais à mes collègues,
est-ce que demain, avec cette censure du gouvernement,
on assume de
baisser le budget de la défense,
c'est-à-dire la sécurité du quotidien ?
Je vous réponds, mais la question c'est qu'aujourd'hui,
nous devons garantir...
Faut quelqu'un qui respecte le RN, par exemple, comme François Bayrou,
apparemment.
La priorité, c'est garantir
la sécurité du quotidien.
Et à la tête du ministère de l'Intérieur,
Bruno Retailleau avait compris
ce qu'attendaient les Français aujourd'hui.
Et donc, il est au travail.
Il faut garantir aussi que les Français
puissent aussi... Non, bien sûr que non !
Que les Français puissent vivre du fruit
de leur travail.
Et les premiers qui vont payer les concassées de la motion de censure
que vous faites voter demain,
c'est la France qui travaille.
On ne voit pas vous mettre d'accord sur un profil, c'est sûr.
Et pas de leçons pour ceux qui se battent
pour un portefeuille monstériel.
Je rappelle que je suis députée.
Mais peut-être que vous l'avez ignoré.
On est au travail, tout simplement.
Thierry Breton, l'ancien commissaire
européen,
ou le gouverneur de la Banque de France,
monsieur Villeroy de Gallo,
son nom circule.
François, merci. Vous croyez
à ces nominations possibles ?
Franchement, c'est difficile de savoir ce qui se passe dans la tête d'Emmanuel Macron.
Je ne suis pas sûr
qu'un gouvernement purement technique
puisse arriver à faire
ce que les partis s'entendent
sur des compromis
qui soient plus faciles
qu'à la date d'aujourd'hui.
Le problème, c'est qu'on ne voit pas trop
comment chacun pourrait revenir
sur ses positions.
Je ne suis pas sûr que François Villeroy de Gallo,
s'il arrive comme Premier ministre,
laisse filer le déficit. Il va vous dire
que le gel des pensions, il faut quand même un peu le faire
parce que c'est 25% des dépenses publiques.
Je ne vois pas trop comment je peux faire en deux mois autrement.
Un des problèmes, à mon avis,
de ce que raconte le RN, c'est que quand on écoute
leur discours, les économies
qu'on peut faire, il faut faire des économies,
mais elles ne toucheront jamais
personne, à part la fraude
et les immigrés. Mais en fait, ça,
il n'y a pas un expert qui croit
à ce discours-là.
Il y a quand même 13 milliards dans le budget pour la fraude.
Les 60 milliards.
Ça fait 7 ans que les experts dirigent ce pays.
Il y a 13 milliards.
On va donner le mot de la fin à Guillaume Garraud.
Merci.
Si vous arrivez au pouvoir et que vous trouvez 13 milliards de fraude
du jour au lendemain, c'est que vous avez...
Merci à vous. Guillaume Garraud,
vous aurez le mot de la fin. J'imagine que vous plaidez plutôt
pour un retour au centre-gauche
à Matignon, Bernard Cazeneuve, qui
tendrait la main au macroniste
vers une nouvelle alliance, peut-être un accord dans nos censures.
Vous conviendrait-il ?
Ce qu'il faut, c'est un pacte
de stabilité politique pour notre pays,
avec, en effet,
une personnalité qui partage
les valeurs de la gauche. Je ne suis pas sur
un casting, ce n'est pas le lieu ce soir.
Mais qui soit capable,
et c'est très important, cette gauche-là,
de s'ouvrir, de travailler
avec d'autres, d'aller au-delà
d'elle-même pour le bien du pays.
Alors mettons-nous d'accord sur quelques
grands dossiers, grands sujets.
La question de la santé, la question de l'éducation,
la question du logement,
la question du pouvoir d'achat, la question
de la fiscalité. Voyons
sur quoi on est d'accord, sur quoi on peut se mettre
d'accord, et c'est comme ça qu'on stabilisera
le pays. Les Français veulent une politique
de droite, d'ordre, d'autorité.
Ce débat, il va se poursuivre,
évidemment, sur LCP, chaque jour,
en direct. On va s'arrêter là pour ce soir.
Merci à vous, et je
signale, on n'a pas évoqué cette question,
cette petite musique qui monte, d'ailleurs, sur
les demandes de démission au chef
de l'État, ce soir, depuis Riyad.
Emmanuel Macron explique que c'est
de la politique fiction,
et que ça n'est pas à la hauteur, alors
que, je le rappelle, aussi bien dans les
Insoumis que chez une partie du RN,
et Jean-François Copé, d'ailleurs, de votre famille,
réclamait la démission
du chef de l'État. Merci à vous. On s'arrête
là. Vous restez avec moi, Jean-Daniel Lévy.
Quel regard portent les Français sur l'Assemblée nationale
depuis la dissolution ? Les
principaux résultats marquants de votre étude
dans l'invitation de Marion Becker, interview.
Si on vous invite, Jean-Daniel
Lévy, c'est pour décrypter avec
vous le dernier baromètre de l'Observatoire
du Parlement. C'est
la première enquête depuis la
dissolution de l'Assemblée nationale
et les législatives de juillet 2024,
qui a interrogé les Français
sur l'image du Parlement
et du travail parlementaire.
Car, Jean-Daniel Lévy,
vous êtes directeur délégué d'ARIS Interactive,
spécialiste
de l'analyse électorale.
Le premier renseignement de votre étude,
c'est que les Français font encore
confiance à l'Assemblée pour changer
leur vie. À 57%,
devant le Premier ministre
et le Président de la République.
Ils croient encore
à l'institution.
Pourtant, moins d'un Français
sur deux se déclare satisfait du travail
des parlementaires.
Le Rassemblement national se démarque
comme le groupe perçu le plus
positivement à l'Assemblée.
Il est aussi considéré comme celui qui
s'oppose le mieux au gouvernement,
loin devant les insoumis.
Et pourtant,
les Français,
quelle que soit leur opinion politique,
estiment majoritairement que leur groupe
devrait voter au moins
certains projets de loi.
Pour autant, moins de 4 Français sur 10
soutiennent la procédure du 49-3
pour l'adoption du budget.
Vous avez également,
Jean-Daniel Lévy,
invité les Français à se projeter
en les interrogeant sur une nouvelle
dissolution de l'Assemblée.
Ils sont 1 sur 2 à la souhaiter.
Une idée qui séduit
tout autant les électeurs d'ensemble
que de l'opposition.
Alors, c'est une enquête
réalisée avant, évidemment,
le 49-3 déposé
par Michel Barnier et la censure
très probable du Premier ministre demain.
Comment regarde-t-il l'Assemblée nationale
depuis la dissolution, les Français ?
Cette enquête, qui est un baromètre,
on l'a lancée dès
2022, c'est-à-dire juste après
les dernières élections législatives,
avec séances publiques
notamment, et la CHIP.
L'idée était de pouvoir voir, justement,
s'il y avait un regard à l'égard de l'Assemblée nationale
qui montrait un intérêt pour la politique,
le fait qu'ils comprennent ou pas
les enjeux, et est-ce que les
situations étaient nature à faire changer les choses.
Et donc, oui, ça fait changer les choses,
mais ça ne les bouleverse pas complètement
cette dissolution. L'Assemblée nationale
reste encore et toujours un
lieu de pouvoir. Et dans le cadre du
document, là, que l'on vient de voir, qui permet
de résumer les principaux enseignements de cette enquête,
on voit que c'est le deuxième acteur
auquel les Français, d'une manière globale,
accordent le plus de confiance pour pouvoir avoir un effet
concret sur leur vie quotidienne.
Et c'est pas négligeable
parce qu'on a près de 6 Français sur 10 qui disent
oui, l'Assemblée nationale, c'est un
lieu dans lequel il y a
des enjeux et des conséquences concrètes
pour les Français.
Et c'est peut-être pas sans raison, d'ailleurs, qu'on a eu ce
niveau de participation au cours des
dernières élections législatives, avec un sursaut de mobilisation.
S'il n'y avait pas d'enjeux, les Français ne seraient pas déplacés.
Là, ils l'ont fait. Et donc, ils ont montré
l'attention qu'ils portent à l'égard de cette institution.
Alors, dans le palmarès des groupes
parlementaires qui travaillent le mieux
à l'Assemblée, arrive en tête le RN.
C'est un peu paradoxal parce que
le RN n'a jamais réussi
à trouver de majorité pour faire adopter
un texte de loi, ici, depuis 2022.
Les Français sont paradoxaux sur plein de sujets.
Donc, il n'y a pas de raison qu'ils ne soient pas là-dessus.
Après, il faut quand même rappeler qu'il y a
plus de 30% des Français qui se sont déplacés
au premier tour des dernières élections législatives
qui ont voté pour un ou une candidate
du RN.
D'une manière générale, ils considèrent
qu'ils sont et
bonne force de proposition et d'attitude
et on voit qu'on est face à des Français qui veulent
globalement plus des propositions
que des invectives. Et on voit que sur la forme
et pour partie sur le fond,
le RN veut s'inscrire clairement
dans les institutions. On a appelé la stratégie de la cravate.
Il y a la stratégie de la cravate.
En tout cas, 4 Français sur 10.
Et puis, on a eu même des vice-présidents
de l'Assemblée nationale qui étaient issus
du RN sans que les Français
aient eu le sentiment qu'il y avait
des débats qui étaient mal menés
ou qu'il y avait une forme de manque d'objectivité
de la part de ceux qui étaient en charge de l'organisation
globale des débats. C'est la droite qui arrive en deuxième
malgré son tout petit nombre de députés.
C'est la droite qui arrive en deuxième position.
Il y a aussi une posture qui est adoptée.
Il y a aussi l'idée de se dire qu'ils font
globalement des propositions.
Là aussi, la manière de se comporter
a une incidence.
Les Français vont juger aussi bien
le fond que la forme.
Et donc, sur la forme, on n'a pas
le sentiment qu'il y a forcément des esclandres
de la part aujourd'hui de la droite
républicaine et que dans ce contexte-là,
la manière dont ils se comportent recueille
le sentiment d'un peu plus de 3 Français sur 10.
Le groupe macroniste est avant-dernier.
Le groupe macroniste est avant-dernier
et les insoumis sont en dernière position.
Le groupe macroniste
pâtit forcément aujourd'hui du regard qui est porté
à l'égard du président de la République.
On voit qu'il baisse de manière tendancielle
depuis l'annonce de la dissolution.
Mais aujourd'hui, quelle que soit la question,
lorsque vous évoquez le terme Emmanuel Macron
ou des personnes qui sont proches d'Emmanuel Macron,
ils sont, si ce n'est déjugés, en tout cas
moins fortement appréciés de la part
de nos compatriotes et les insoumis.
Sur la forme, là, j'imagine ?
C'est sur la forme, c'est sur l'attitude.
Avec l'impression qu'il y a une forme d'opposition
qui est une opposition systématique,
avec des invectives, avec le fait qu'il soit amené
assez fréquemment même à sortir
de l'Assemblée nationale, et que globalement,
l'attitude que peuvent avoir les députés
au sein de l'hémicycle comme en dehors,
à travers les prises d'opposition qu'il peut avoir
notamment dans les médias,
fait qu'il y a la perception
qu'il y a une conflictualité qui apparaît
comme étant très importante, sans que dans un même élan,
les propositions qui soient effectuées
de la part de la France insoumise soient toujours
entendues de la part des Français
lorsqu'on les interroge.
Sur la nouvelle donne politique à l'Assemblée,
ces fameux trois blocs, on en a eu un aperçu
dans notre débat, que tout oppose
et qui ne parvient pas
à trouver des compromis, en tout cas
pas sur le budget. Les Français
sont assez déçus,
55% d'insatisfaction.
Oui, ils sont insatisfaits
et ce qui est assez intéressant, c'est qu'il faut
le mettre en relation avec la
même question que nous posions avant même
la dissolution. On sait que
le président de la politique n'avait pas de majorité
à l'issue des élections législatives de 2022
et pour autant, les Français
globalement appréciaient
cette situation, en tout cas considéraient que c'était
un espace potentiel de
compromis qui pouvait exister.
Là, ça baisse nettement,
il y a même une inversion, la majorité était
plutôt favorable par le passé,
la plutôt opposée à cette situation-là
avec la perception qu'il y a un blocage
systématique et puis également
avec un point qui apparaît comme étant aussi
assez important, c'est qu'ils disent
nous avons exprimé un message dans le cadre des élections
législatives et nous n'avons pas tout
à fait la perception que notre
message a été entendu
et avec une tension forte de la part
de deux types d'électorats et sans surprise
ce sont les deux formations politiques principales
qui présentent
la motion de censure, à savoir
l'électorat de la France Insoumise d'un côté
l'électorat du Rassemblement National de l'autre.
Ce qui marque, même si ce n'est pas une surprise,
c'est que le 49.3 ne passe
plus dans l'opinion. Il est perçu comme un
déni démocratique. En tout cas, il y a eu
ce terme-là qui a été utilisé.
On voit bien qu'il y a
deux formes d'usage du 49.3
peut-être hormis cette période-là, mais en tout cas
jusqu'à présent, quand le 49.3
était utilisé en période budgétaire
les Français n'étaient pas à vente de vous
ils disaient il faut un budget
c'est la règle normale en fait, l'opposition
s'oppose, la majorité va être amenée à proposer
quelque chose, très bien. Il y a
un point de rupture qui est le 49.3
utilisé par Elisabeth Borne
dans le cadre de la réforme des retraites
où il n'y avait pas uniquement le 49.3
mais où il y avait également l'ensemble
de la mobilisation sociale qui s'était opérée
il y avait entre 60 et 70% des Français
qui étaient opposés à la réforme des retraites
telle qu'elle était proposée par le gouvernement
et que le 49.3 n'est pas
apparu comme étant uniquement une initiative
d'ordre parlementaire ou liée
à l'exécutif, mais était une forme de
déni démocratique par rapport à l'expression
populaire qui pourrait être ressentie.
1 sur 2 réclame la dissolution
aussi, ça pourrait être un peu paradoxal
je voudrais qu'on termine sur votre analyse du moment
qu'on traverse, on sait que
les politiques, les élus
la défiance est très forte
est-ce que vous y voyez les ferments
d'une révolte potentielle comme on a
pu le voir avec les gilets jaunes
ou au contraire les urnes seront toujours
le débouché des éventuels collègues ?
Jusqu'à présent, si on a l'impression
qu'il n'y a pas de débouché politique
les Français sortent
dans la rue, donc toute la question
sera de savoir est-ce que le Parlement
arrive dans sa diversité
à pouvoir bien refléter
l'état de la société française ?
Il y a aujourd'hui une frange de population
qui est encore plus en colère que les autres
ce sont les électeurs du Rassemblement National
parce qu'ils ont le sentiment d'avoir réuni
11 millions d'électeurs, parce que l'ERN
a réuni plus de 30% des suffrages
au premier tour des élections législatives
avec un niveau de participation qui était élevé
et que les 210 désistements
qui se sont opérés entre le premier tour et le deuxième tour
ont donné le sentiment, notamment
à ce coeur électoral là, que
leur élection ne leur a pas entièrement
été accordée.
Merci beaucoup, merci pour cet éclairage, vous restez avec moi
c'est l'heure pour terminer d'accueillir
nos chroniqueurs, tout de suite
la question qui fâche
tir croisé ce soir entre deux
journalistes étrangers, un britannique
à ma droite, Philippe Turl, bonsoir
et merci d'être là
vous êtes chroniqueur international à France 24
et un Suisse, Richard Verly
bonsoir, correspondant France Europe
au quotidien en ligne Blic, bienvenue messieurs
voici la question qui fâche ce soir
j'engage la responsabilité
du gouvernement
de mon gouvernement
le risque d'un gouvernement censuré agite
la France mais aussi la presse étrangère
les motions de censure déposées par
les oppositions ont fait la une de nos
voisins européens. France, le
compte à rebours est lancé pour le gouvernement Barnier
la France dans le chaos,
Le Pen et Mélenchon prêt à voter la défiance
contre le gouvernement dirigé par Barnier
les élections de l'été dernier ont
créé un parlement ingouvernable
Marine Le Pen a droit elle aussi à
la une de plusieurs quotidiens
Marine Le Pen est désormais très proche de son objectif
la chute du gouvernement
Le Pen menace de renverser le gouvernement
français. Le Pen fait trembler
le gouvernement, la France
plonge dans une grave crise
comme en France, la presse internationale
cherche un responsable de cette crise
politique. Comment la France en est-elle
arrivée là ? Monsieur Barnier a été nommé
en septembre par Emmanuel Macron qui a
ignoré le résultat désastreux
des élections législatives pour son parti
et ses alliés. Un nom revient chez les
éditorialistes, Emmanuel Macron
Le nouvel échec de Macron
la décision du président français d'ignorer
le résultat des élections législatives
de juillet conduit Michel Barnier
à une motion de censure. Elle paillit
ses cris. Emmanuel Macron parrainé
par Marine Le Pen, chef du
Rassemblement National. Le président
est décrit comme crépusculaire,
fané depuis les Jeux Olympiques. Alors
la question qui fâche ce soir,
la France devient-elle le maillon faible
de l'Europe ? Allez, Philippe Turdre
ta parole en premier. Alors vous savez
qu'en Grande-Bretagne
quand on peut faire
du français ou se moquer de la France
et bien on se lâche pas. Et quand
on a un
sujet sur la France qui fait la une
de la presse, ça veut dire que c'est quand même un grand
sujet. Aujourd'hui j'ai vu que sur deux jours
en Grande-Bretagne dans The Daily Telegraph
on parle de la France
ça veut dire que c'est quand même quelque chose qui
intéresse les Britanniques. Et en plus
on connaît tous Michel Barnier
parce que c'était celui qui était le chef
des négociations pour le Brexit.
Donc aussi il y a
une espèce de
facilité. Il
recueille aujourd'hui
ce qu'il a sémé quand il a fait
le Brexit pour la Grande-Bretagne. Il a essayé
par tous les moyens de
donner à la
Grande-Bretagne ce qu'il voulait.
Et bien voilà ce qui lui arrive aujourd'hui.
Mais sur le fond, je pense
que les Britanniques sont beaucoup plus occupés
par la situation chez eux
qui est aussi grave
sinon pire qu'en France parce qu'on a un
gouvernement qui est extrêmement impopulaire avec
ce qui est Stormer qui a perdu quand même
47% dans les sondages
depuis qu'il a été nommé au mois de
juillet. Et donc
ce qui se passe en France c'est vrai
que c'est inquiétant mais
pour les Britanniques en général, puisqu'on
n'est plus dans l'Union Européenne, l'Europe
ça a pris une autre place qui est
de moins importante.
Richard Verli, au fond
on est tous à la croisée des chemins
on voit bien qu'il va tomber
Michel Barnier. Quelle image donne la
France en Europe aujourd'hui,
à Bruxelles, en termes de stabilité
économique ? L'image
d'un pays en panne, d'un président
en panne et d'une boîte à idées
que plus personne n'écoute. C'est ça
la réalité. C'est-à-dire qu'il y a
plusieurs choses qui se conjuguent. Il y a
le défi économique de la France quand même.
Tout le monde au sein de l'Union Européenne
sait que la France a un problème chronique
de finances publiques. C'est pas
nouveau. Et les pays frugaux du Nord
s'en inquiètent depuis pas
mal de temps. Maintenant on commence à faire
le rapprochement dans les mêmes journaux que vous avez cités
entre la France et la Grèce.
Il faut raison garder parce qu'on n'en est pas là.
On n'est pas à la mise sous tutelle. Mais les médias
font le rapprochement. Ce que je veux dire c'est qu'il y a
quand même, premièrement sur le plan économique
il y a le sentiment d'un pays qui n'a
pas réussi malgré Emmanuel
Macron à surmonter ses démons
économiques. Et le premier c'est les finances publiques
et le dérapage permanent de ses finances.
Deuxièmement vous avez un président
absent que plus
personne véritablement n'écoute
au sein de l'Union Européenne ou en tout cas
qui n'est plus un élément moteur
comme il l'a été. Et au-delà de ça vous avez
un pays qui a la réputation justifiée
d'avoir été la boîte à idées
de l'Europe, de l'Europe communautaire,
d'avoir eu beaucoup de projets. Mais cette boîte
à idées aujourd'hui elle est refermée
parce que tout simplement comment être une boîte à
idées quand vous êtes dans cette situation difficile
et que vous ne pouvez plus
en interne, vous ne pouvez plus en Europe.
Philippe Turl, il y a deux pays
qui vont mal en Europe aujourd'hui
c'est la France et l'Allemagne. Et c'est les deux
pays fondateurs, le couple franco-allemand
le moteur de l'Europe. Ça veut dire que
la faiblesse de ces deux grands là peut
gagner l'ensemble des 27 ?
Je pense qu'il y a
un sentiment en Grande-Bretagne
que l'Europe va mal.
Un sentiment
qui ne comprend pas pourquoi
l'Europe est arrivée jusqu'à là.
Comment ça se fait que Emmanuel Macron est arrivé jusqu'à là ?
Vous savez qu'en Grande-Bretagne Emmanuel Macron est assez apprécié
quand on considère
ou on compare à Boris Johnson par exemple
ou à Lee's Trust ou à Rishi Sunak
qui n'étaient vraiment pas populaires du tout.
Alors c'est drôle que vous parliez de Lee's Trust parce que
Lee's Trust, pour nos téléspectateurs,
rappelez-nous, elle, elle a fait le mandat
éclair au thème Downing Street.
Elle a été attaquée par les marchés financiers
et elle a dû partir.
Il y a des livres dans les finances
en Grande-Bretagne dont le
parti travailliste aujourd'hui essaye de
crombler le trou qui est laissé par
le parti conservateur.
Ça vous rappelle un peu ce moment-là ?
C'est un peu comparable à ce
qui se passe en France. Vous savez quand je lis les journaux
britanniques et le lendemain je lis
les journaux français, parfois je confonds
entre ce qui se passe en Grande-Bretagne et ce qui se passe en France
parce que j'ai l'impression que c'est la même chose.
Sauf qu'ici, nous avons un problème
dans l'Assemblée nationale que je pense
que beaucoup de Britanniques ne comprennent pas
et ils se posent la question
comment est-ce qu'Emmanuel Macron est arrivé là ?
Parce qu'il avait tout
pour lui, pour réussir son coup
et donc c'est un triste spectacle
de la France qu'on voit. Ce week-end, ça va être
un très grand moment à Notre-Dame avec
une inauguration officielle absolument
incroyable en termes d'image.
Ça on en parlera plus autrement
Donc c'est un grand événement.
Est-ce que, question qu'on pose
tous, la
reconstruction de Notre-Dame, l'inauguration
de Notre-Dame, l'arrivée de Donald Trump
en France pour cette cérémonie
de samedi va mettre de l'ombre à
Emmanuel Macron ou est-ce que lui va pouvoir
rebâtir une certaine popularité avec l'ouverture
de Notre-Dame ? Ça on verra.
Est-ce qu'on va reprendre un peu
d'oxygène diplomatique avec ce
week-end ? Malheureusement, je ne crois pas.
Je pense que tout le monde s'attend
à une inauguration fasteuse
à un spectacle de Notre-Dame
qui va ravir tous les dirigeants
qui seront là, qui bien évidemment féliciteront
Emmanuel Macron pour le travail
accompli, féliciteront tous les employés
les artisans français qui ont oeuvré
mais sur le plan diplomatique
ça n'avancera à absolument rien
et moi je ferais quand même une petite nuance par rapport à l'Allemagne
Myriam, c'est que l'Allemagne est en
mauvais état mais pour l'instant l'Allemagne
va avoir des élections législatives fin février
et l'Allemagne sait sortir
d'une situation compliquée
par une coalition. Elle sait le faire.
Et puis elle n'a pas le même déficit.
Elle n'a pas le même déficit et elle a un appareil économique
qui est en difficulté mais je dirais
qui globalement est relativement sain.
Le problème en France aujourd'hui c'est que
vous avez l'impression vraiment d'une
collision de plusieurs crises
difficultés, encore une fois je le redis, de finances
publiques, difficultés d'un président
Lembeck, vous savez le fameux canard boiteux
puisqu'il ne pourra pas se représenter
et enfin, crise institutionnelle,
ça fait beaucoup. Et avec une guerre aux portes
de l'Europe et un Poutine
qui fait pression en Roumanie,
en Géorgie, c'est vrai que
notre affaibissement inquiète
véritablement. Pour terminer rapidement.
Il inquiète pour une raison simple, c'est que
il faut reconnaître, c'est ce que je disais
au début, Emmanuel Macron était celui
qui souvent a eu les paroles fortes,
il a pris les devants, rappelez-vous sur l'Ukraine.
On lui a d'ailleurs beaucoup reproché d'avoir évoqué
la possible envoie de troupes au sol.
Mais au moins, il avait cette capacité d'avant-garde
là, aujourd'hui, je crois que plus personne n'est prêt
à lui faire compter. Un tout petit mot de conclusion, très rapidement.
C'est très important pour les Français, l'image de la France au niveau international.
Et on sait à quel point les Français
étaient fiers en 2017 de se dire
on nous regarde en disant formidable,
il y a un élan, il y a une nouvelle personnalité.
C'est vrai que si l'image d'Emmanuel Macron donne le sentiment
qu'au niveau international, elle est profondément
dégradée, ça accroîtra
le marasme de la société française.
Et bien, nous voilà bien.
Allez, on garde le sourire.
Merci messieurs d'être venus sur le plateau
de LCP. Très belle soirée à vous.
Soirée documentaire qui commence avec
Jean-Pierre Gracien. A demain.