Fin de vie : ce que disait Marie Humbert qui l’a vécu avec son fils l Interview l ONPP
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Invité dans l'émission "On ne peut pas plaire à tout le monde" en janvier 2006, Marie Humbert se confiait sur la fin de vie.
"On ne peut pas plaire à tout le monde", également connue son l'acronyme "ONPP", est une émission de talk-show, diffusée de 2000 à 2006, présentée et animée par Marc-Olivier Fogiel.
#talkshow #clash #interview
Merci d'être là sur notre plateau.
Docteur Chossois, bonsoir.
Bonsoir.
Merci d'être là.
Donc, cette semaine, on l'a vu, le procureur de Boulogne-sur-Mer a demandé un non-lieu.
Alors, on va voir si maintenant, il va être suivi.
Vous, vous trouvez que c'est une bonne nouvelle, Docteur Chossois ?
Je vais vous laisser vous expliquer dans un instant.
Et vous, Marie, je pensais que vous alliez prendre ça pour une bonne nouvelle.
On s'est échangé nos voeux pendant les fêtes.
Vous me mettiez sur le petit SMS que vous en aviez marre, que vous craquiez,
que vous en aviez marre de ce procès, qu'il était temps que ça se termine.
Je pensais, en voyant l'actualité, qu'enfin, on allait vous entendre.
Et pas du tout.
C'est une mauvaise nouvelle pour vous, Marie.
Ce n'est pas que c'est une mauvaise nouvelle.
Honnêtement, j'ai été ravie quand j'ai entendu c'est un non-lieu,
parce que j'ai pensé à M. Chossois.
Je n'ai pas du tout pensé à moi.
Et moi, si vous voulez, par rapport à ce que le procureur a dit,
en disant que j'avais des circonstances atténuantes, finalement,
parce que mon fils m'avait manipulé, des choses comme ça.
Et ça, je ne le supporte pas.
Parce que je trouve que c'est injuste de dire un non-lieu.
Un non-lieu, ça veut dire quoi, finalement ?
Ça veut dire que rien ne s'est passé.
Donc, moi, ce que j'aurais souhaité, c'est un procès.
Ça, c'est vrai.
Même si vous risquez gros, vous êtes passible de la perpétuité
pour empoisonnement avec préméditation.
Tout à fait. Mais ça, ce n'était pas le problème.
C'est vous qui risquez ça.
Oui, oui. Moi, c'est moins.
Vous, c'est un peu moins.
Mais si vous voulez, moi, je l'aurais accepté,
puisque je l'ai accepté quand même depuis quatre ans et demi.
Mais de toute façon, j'étais presque certaine,
enfin, je l'espère, je ne veux pas être vaniteuse en disant ça,
mais qu'on n'aurait pas pu me condamner.
Mais au moins, ça aurait été le procès de mon fils.
Et ce n'était pas le mien, c'était le procès de Vincent.
Vous, docteur Chaussois, vous auriez donc aimé un procès comme Marie-Himbert ?
Enfin, qui va d'ailleurs peut-être avoir mieux ce procès,
puisqu'on va voir si le procureur va être suivi.
Ma première pensée va à Vincent.
Parce que quelque part, je pense qu'il peut être fier aussi de sa maman et de son médecin.
Moi, je pense avoir fait mon boulot ce jour-là,
avec le cas que j'avais en face de moi, qui était celui de Vincent.
Vous pouvez rappeler, votre boulot, ça consistait en quoi avec Marie ?
Comment vous êtes répartis finalement ?
On ne se connaissait pas.
Moi, je ne connaissais pas l'histoire de Vincent.
Il était hospitalisé dans un autre service.
Et puis, suite au geste de cette maman, je récupère Vincent dans mon service.
Donc, au départ, la réanimation est en place.
Le geste, c'est que vous avez injecté un produit.
Voilà.
Et puis, la décision va se mûrir en étudiant le dossier, bien sûr,
en rencontrant Marie qui est en garde à vue, le papa de Vincent, etc.
Et on prend l'analyse du dossier.
On dit, raisonnablement, on ne peut pas continuer.
Donc, il faut s'arrêter, parce que ce serait de l'acharnement thérapeutique,
de l'obstination des raisonnables.
Donc, avec mes collègues, on a dit, on va arrêter.
Donc, j'ai arrêté le respirateur.
Et j'ai accompagné d'un geste interdit par la loi.
Et j'ai accompagné Vincent.
Pardon, Marco.
Entre le geste de la maman et le vôtre, dans quel état était Vincent ?
Il était dans un coma profond.
Je veux dire, quelque part, humainement et moralement,
il était inconcevable qu'on puisse remettre Vincent dans son lit.
C'était quelque chose qui, pour nous, on n'aurait pas pu l'imaginer.
Le procès qu'on vole à Marie, vous le réclamez, vous,
puisque vous êtes confronté à ça tous les jours.
Vous avez d'ailleurs dit, si demain, il fallait aider d'autres patients,
j'assumerais.
Oui, bien sûr.
Un procès d'assises, c'est jamais gagné.
Donc, l'objectif de mes défenseurs, c'était bien sûr d'obtenir un non-lieu.
Bon, nous sommes en passe de l'obtenir.
Il n'est pas gagné, mais on va probablement l'avoir.
Donc, c'était le premier but.
Bien sûr, maintenant, demain, il faut continuer.
Je veux dire, la loi sur la fin de vie,
quelque chose qui amène quelque chose en plus.
Pour nous, médecins, pour soigner avec plus de sérénité nos patients,
donc la fin de vie, c'est bien, ça ne règle pas tous les problèmes.
Demain, il faudra peut-être, à mon sens, à mon avis,
arriver à l'ultime liberté, c'est le droit de mourir
et le droit de choisir notre mort.
Je veux dire, en aucun cas, le médecin n'est pas propriétaire
ni de la vie, ni de la mort.
Vous, Marie, vous dites, je reçois beaucoup de lettres de gens
qui vendent leur maison pour emmener leur enfant mourir en paix
dans un autre pays.
Aujourd'hui, c'est ça, la réalité des mamans
qui étaient dans le même cadre que vous.
Et c'est pour ça que vous réclamez le procès, finalement.
Voilà, c'est pour ça que je réclame ce procès
parce que, finalement, en donnant un non-lieu,
les politiques et tout, tout le monde veut étouffer l'affaire.
Et ça, moi, je dis, ce n'est pas logique pour moi, personnellement.
Je dis bien à chaque fois, parce que cette histoire de loi,
la preuve qu'elle n'est pas bien faite,
puisqu'il y a encore un médecin qui va aller en cours d'assises.
Avec l'infirmière, ils sont envoyés aux assises
pour avoir injecté en août 2003 une dose mortelle de potassium
à une patiente de 65 ans, atteinte d'un cancer.
Alors qu'il n'y a pas beaucoup de signatures.
Mais, finalement, cette loi, elle est tellement mal faite
que, finalement, les procureurs peuvent la prendre comme ils veulent.
Parce que la loi aujourd'hui, tel qu'elle a été modifiée dans l'année,
on laisse, finalement, mourir de faim.
On interdit toujours d'injecter le produit comme vous l'avez fait.
On débranche juste la sonde gastrique.
Et ça peut durer combien de temps, docteur ?
Je pense qu'on ne peut pas l'imaginer.
Aucun médecin humainement parlant n'est d'accord pour pratiquer ce genre de choses.
C'est ce qui s'est fait aux Etats-Unis.
Mais, je veux dire, laisser mourir quelqu'un de faim,
c'est pas concevable.
Donc, quelque part, effectivement, cette loi existe.
Elle est ce qu'elle est.
Bon, elle a été votée à 96% par les députés.
Je veux dire, Marie et moi, nous avons eu le courage de nos actes.
Je veux dire, peut-être que les politiques n'ont pas eu le courage, à ce moment-là,
certainement, de pouvoir faire évoluer un peu plus.
Donc, demain, discutons, continuons à travailler là-dessus
pour que demain, encore une fois, on arrive à notre ultime liberté.
L'un et l'autre, est-ce que depuis que le procureur de la République
a réclamé ce requis de non-lieu, vous avez eu des coups de fil dans politique ?
Vous avez écrit plusieurs fois à Jacques Chirac, il vous a appelé ?
Pas du tout. Non, personne.
Moi, personne, non.
Aucun politique ?
Non, personne.
Et vous voulez leur dire quoi, pour terminer ce soir, aux politiques qui écoutent ?
J'aurais bien aimé leur dire que, quelque part, qu'ils prennent leurs responsabilités
et qu'ils fassent les choses correctement pour qu'on puisse enfin débattre,
débattre et non pas faire un tout petit pas qui ne sert strictement à rien.
On sait, Marie, que ce qui vous aide aussi à tenir,
depuis que vous avez permis à Vincent de partir comme ça,
c'est ce combat pour l'euthanasie.
Vous imaginez votre vie après ce combat ?
Mais je crois que, déjà, ça va durer longtemps, je pense, ce combat.
Et après, de toute façon, je continuerai à me battre pour des tas d'autres injustices,
comme cette femme, Mme Tremoy, que je vais, là, j'y vais mardi,
pour essayer de la défendre, elle et son infirmière, parce que c'est...
En ordon.
Voilà, c'est scandaleux, quoi. On ne doit pas laisser faire des choses comme ça.
Pour conclure, Dr Chossois, vous voulez rajouter ?
Moi, je pense que c'était une phénoménale affaire.
Donc, quelque part, demain, il faut qu'on évolue.
Effectivement, il faut que demain, on puisse arriver à cet ultime choix,
cette ultime liberté.
Ce n'est pas nous, médecins, qui pouvons décider.
C'est à la société de prendre ses responsabilités.
Moi, j'ai pris les miennes. Marie aussi.
Je vous demande le droit de mourir, Vincent Imbert,
où il dit qu'il était absolument fan de Jean-Marie Bigard.
Oui, tout à fait.
Et puis, Dr Frédéric Chossois, je ne suis pas un assassin.
Vous applaudissez tous les deux pour votre combat.
Merci beaucoup.
