La Veillée #87 : La dualité onde-particule, par Célia Pelluet

Axolot
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10 déc. 2024
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J'ai rêvé d'un autre monde où on se raconterait des histoires le soir.
Et j'y suis.
Je vous racontais la première fois où il m'est arrivé un truc qui ressemble à un film.
Et je me disais, tiens, où sont les caméras ?
Parce que là j'ai du mal à croire que ce qui m'arrive, va m'arriver vraiment.
En fait, j'avais peur du noir quand j'étais tout petit.
Et dans mon cas à moi, l'obscurité ne dissimulait qu'une seule chose.
C'était le grand méchant loup anthropomorphe et anthropophage de Disney.
On ne comprend pas ce qui se passe, il y a 350 personnes devant Times Square.
Et là on voit un avion rentrer dans une tour.
Et un deuxième avion rentrer dans une tour.
On était le 11 septembre.
Il y a mes potes qui me disent, et ma famille qui me disent,
ça te ferait une histoire à raconter.
Et à ce moment-là, je ne veux pas raconter d'histoire.
Je veux juste rentrer à la maison, je veux juste revoir mon fils.
Il y a des inconnus qui ont pris soin d'autres inconnus.
Comme si c'était des gens de leur famille, vraiment.
Il y a des gens qui ont pris des balles pour d'autres gens,
qu'ils ne connaissaient même pas.
On traverse tous des tempêtes, des épreuves,
des choses dans lesquelles on croit qu'on ne se relèvera pas.
Et puis finalement, il y a ces forces.
En tout cas, cette histoire m'a étrangement marqué.
Pour une chose, c'est ce moment où je me suis dit,
j'ai 14 ans et je n'ai rien fait de ma vie.
Donc à partir de là, je suis devenu suractif.
Je me suis fait écrire des tas de trucs, faire plein de choses,
faire de la musique, faire des dessins.
Avec toujours cette idée pensant,
si j'étais mort à 14 ans, je n'aurais rien fait.
Alors que maintenant, même si je meurs,
j'ai l'impression que j'ai fait quelques petits trucs.
Parfois, on pense vivre quelque chose pour nous
et en fait, on est juste le pont pour quelqu'un d'autre.
Mon objectif, c'était ça.
C'était d'arriver sur scène, ici,
et de vous raconter cette histoire debout.
Merci de votre attention.
Notre invitée suivante est spécialiste de physique quantique.
Rassurez-vous, vous n'avez pas besoin de comprendre la physique quantique
pour suivre l'histoire qui vient.
Il faut juste garder cette idée en tête,
l'idée que dans le monde des atomes et des particules élémentaires,
il se passe des choses très, très bizarres,
très étranges par rapport à ce qui se passe à notre échelle à nous.
Mais parfois, entre ces deux mondes,
il y a des connexions qui se font.
C'est ce que va venir nous raconter notre prochain invité.
Merci d'applaudir, Célia.
Bonsoir.
Effectivement, en physique quantique,
il y a un phénomène qui me plaît beaucoup
et qui s'appelle la dualité ondes-corpuscules.
Alors, ne partez pas tout de suite.
C'est un principe qui dit
que toutes les particules qui composent l'univers,
elles peuvent être à la fois vues
comme des petits corpuscules,
des petites quantités d'énergie,
mais aussi comme des ondes,
des vagues à la surface des océans.
Et on ne leur demande pas de choisir
parce qu'elles sont les deux à la fois intrinsèquement.
Et moi, je suis un peu jalouse
parce que, des fois,
je me sens un peu onde et corpuscule à la fois.
Et moi, on me demande beaucoup de choisir.
Je m'explique.
Moi, je me suis très souvent sentie partagée
entre l'envie de faire une carrière artistique
et l'envie de faire une carrière scientifique.
Alors, déjà, très petite,
quand, à 12 ans, on nous demandait
de remplir la petite fiche métier,
je ne savais pas si je lui disais
que je voulais devenir astrophysicienne
ou chanteuse-danseuse-violoniste.
Pourquoi violoniste ? Ne me demandez pas.
Je n'ai jamais fait de violon.
Et par la suite, j'ai choisi
de faire des études scientifiques
parce que j'ai évolué dans un monde élitiste
qui nous a tous convaincus que notre valeur
ne dépendait que de l'excellence de nos diplômes.
Du coup, j'ai fait une classe préparatoire
et j'ai fait une grande école d'ingénieurs.
Et en parallèle de tout ça,
je continuais à faire de la musique,
faire du théâtre, etc.
Et en école d'ingénieurs, il m'est arrivé deux choses
qui ont vraiment changé ma vie
et qui ont littéralement mis des étoiles dans mes yeux.
La première, c'est que j'ai participé
à un concours d'humour étudiant
qui s'appelait le Campus Comédie-Tour.
C'était un concours où
des humoristes venaient dans les écoles d'ingénieurs
et nous, on proposait des sketchs.
Et avec un ami à moi,
qui s'appelle Cerise, qui est dans la salle ce soir d'ailleurs,
on a proposé
un duo humoristique avec des chansons.
Et il se trouve que cette aventure
nous a amenés à faire notre
première vraie scène d'humour
sur la scène de La Cigale à Paris
en captation pour la télévision
avec, comme
personne sur la scène avec nous,
Romane Fréciné, Méla Bédia,
Thomas VDB, Baptiste Lecaplin,
enfin, un line-up
absolument fou.
Et on a perdu.
Mais on a perdu face à Paul Mirabelle.
Je pense qu'on pouvait
s'y attendre.
Et ça m'a littéralement mis des étoiles dans les yeux
parce que la première fois que je faisais rire
une salle de théâtre, c'était
à La Cigale à Paris. Absolument incroyable.
La deuxième chose, pendant
mon école, qui m'a donné des étoiles
dans les yeux, c'est que j'ai fait un stage
au Chili, à l'observatoire
du Cerro Paranal. C'est l'observatoire où se trouve
le Very Large Telescope.
Le Very Large Telescope, c'est les plus grands télescopes
du monde. C'est des télescopes avec
des miroirs qui font plus de 8 mètres de diamètre.
Pour vous donner une idée.
C'est la plus grande taille qu'on puisse faire
pour des miroirs avant qu'ils ne s'effondrent sous leur propre poids.
C'est des mastodontes.
C'est absolument impressionnant.
Surtout, c'est un observatoire qui se trouve
au nord du Chili dans un désert qui est un des
plus arides du monde. Un désert avec
un paysage martien, littéralement.
La terre est rouge, ça fait des cailloux comme on imagine
sur Mars.
On habite dans l'observatoire
quand on y travaille, pendant plusieurs jours.
On y revient, comme ça,
toutes les semaines. J'ai fait un stage de 5 mois
dans cet observatoire au milieu du désert.
J'étais un peu la seule jeune fille
à ce moment-là à l'observatoire.
Il faut savoir que les sciences, c'est des milieux très masculins.
Pour vous décrire un peu
le lieu, cet hôtel
dans lequel tous les scientifiques
vivent, c'est réellement un décor
de film. Il a été utilisé pour
tourner la scène finale de Quantum of
Soleil. C'est un James Bond.
Daniel Craig a couru sous les toits de l'hôtel
où je dormais tous les jours.
Pas pendant que j'y étais, malheureusement.
Il y avait encore
des choses qui restaient du tournage.
Par exemple, il y avait des grosses pierres
devant l'hôtel,
devant lesquelles je passais tous les jours en allant au bureau.
Concrètement, qui étaient des pierres
de décors de cinéma.
Ça va parler à quelqu'un.
Qui ont été faites pour le film et qu'on pouvait s'amuser
à soulever pour faire comme si on était super musclés
alors qu'on était avant tout des scientifiques.
Donc, t'es pas musclé.
Et dans cet
observatoire,
il m'est arrivé plein de choses.
Il y avait une salle de musique.
Je continuais à vivre un petit peu
ma dualité au milieu du désert.
On brisait le silence du désert en faisant des
jam sessions avec des chercheurs du monde entier.
Il y avait aussi
une serre tropicale.
Il y avait aussi une piscine, un sauna
et une machine à glace italienne.
Ça, c'était super.
Je pense que c'est ce qui me restera le plus longtemps dans le cœur.
Et donc, tous les soirs,
on pouvait admirer le ciel
le plus beau du monde.
Réellement, des étoiles dans les yeux.
Et un jour, alors que je mangeais au self
de l'observatoire,
je lève les yeux et je vois un visage
qui m'était familier.
Et ce n'était autre que notre hôte de ce soir
puisque c'était Patrick Bouin
qui était là-bas.
C'est vrai.
C'est comme ça que j'ai rencontré Patrick
qui était en train de tourner un reportage là-bas
avec Michel Maillard
qui aujourd'hui est prix Nobel
puisque Michel Maillard, c'est l'homme
qui a découvert la première exoplanète.
C'est-à-dire qu'avant lui,
on n'avait jamais eu la preuve
qu'il existait des planètes en dehors de notre système solaire.
Et après lui,
on a changé toute la vision qu'on avait
de notre place dans l'univers.
Voilà, Michel Maillard, une personne absolument incroyable
que j'ai rencontrée.
Et à ce moment-là, j'avoue que la personne
qui me rendait quand même un peu plus stressée, c'était Patrick.
Voilà.
Parce que même s'il n'a pas de prix Nobel, Patrick,
il a fait des vidéos que je suivais assidûment.
Il a fait des nombreuses vidéos
que je suivais assidûment à l'époque.
Moi-même, j'avais envie de faire
de la vulgarisation et surtout,
un jour, il avait publié sur sa page Facebook
et oui, encore une fois,
on part dans le passé,
un article de blog sur une femme
qui s'appelle Hedy Lamarr.
Et moi, je vous ai dit déjà,
j'étais une des seules femmes à l'observatoire,
souvent une des seules femmes dans mes études.
Et là, je découvre l'histoire de cette femme
qui avait une dualité
bien plus impressionnante que la mienne
puisqu'elle était à la fois
actrice de cinéma dans les années 40,
elle a été désignée comme étant
la plus belle femme du monde pendant longtemps
et elle a aussi été mathématicienne
et elle a développé les codes
qui permettent aujourd'hui d'avoir la Wi-Fi.
Donc dans le genre dualité, je pense qu'on était pas mal.
Donc ça m'avait beaucoup inspirée,
cette histoire et rencontrer Patrick
qui était la personne qui m'avait raconté
cette histoire via les réseaux, ça m'a beaucoup émue.
Merci Patrick pour ce moment.
Alors, quand je suis rentrée du Chili,
j'ai continué ma carrière scientifique.
J'ai fait une thèse en physique quantique.
Alors, un petit peu parce que
je voulais comprendre l'univers
et beaucoup parce que j'en avais marre
qu'on me demande si on devait m'appeler
madame ou mademoiselle.
Je voulais qu'on m'appelle docteur, voilà.
Du coup, j'ai étudié la science de l'infiniment petit.
Alors, pour vous expliquer rapidement
ce que j'ai fait en thèse,
je vais pas faire toute ma soutenance
parce qu'on n'a pas le temps,
mais j'étudie la matière à l'échelle
de l'infiniment petit, les atomes,
des gaz d'atomes que je mets dans des chambres à vide,
dans une boîte
dans laquelle on aspire tout l'air
et on vient juste mettre le gaz des atomes
qui nous intéressent et nous on vient les piéger
à l'aide de la lumière des lasers.
Et une fois qu'on les a piégés,
on peut les étudier, alors nous on les étudie par exemple
pour regarder la façon dont
ils tombent dans un champ de gravité.
Parce que oui, des atomes ça a une masse
et un atome, si je le prends et que je le lâche,
il tombe. Alors, étudier
cette chute, ça nous permet d'étudier
la gravité terrestre pour des applications
fondamentales ou même juste pour comprendre
notre planète, le climat,
etc. Voilà, c'est sur ça que j'ai
travaillé en thèse et
parallèlement à cette thèse,
notamment pendant ma dernière année,
j'ai commencé à faire du stand-up
toute seule.
Timing très questionnable.
Je ne le recommande à personne,
mais j'ai commencé à monter sur scène
régulièrement dans les Comedy Club, toute seule
avec ma guitare. Elle s'appelle Guy.
Et j'ai
commencé à raconter ma vie
de chercheuse, à raconter mes dates
avec ma guitare sur les scènes
de stand-up.
Et j'avais notamment écrit une chanson, la toute première
chanson que j'ai écrite, c'était sur
quelqu'un que j'admire beaucoup,
qui s'appelle Thomas Pesquet.
J'ai un petit peu de mal à dire son nom, ça m'émeut.
Peut-être qu'il est dans la salle, je sais pas.
J'ai écrit une chanson
sur Thomas Pesquet, et je la chantais
dans toutes les caves de Bordeaux,
puisque les Comedy Club, c'est souvent dans des caves, quand même.
Et ça me tenait à cœur.
Donc je continuais parallèlement
à faire de la recherche, et au cours
de ma thèse, j'ai eu l'occasion de participer à une expérience
à nouveau extraordinaire.
Or, pas dans le désert, cette fois, mais dans
un avion. Parce que je vous ai expliqué
que je faisais des outils quantiques
qui veulent étudier la gravité, mais en fait,
le but, c'est d'emmener ces outils
quantiques à bord de satellites
dans l'espace.
Histoire de faire simple, quoi.
Et avant d'emmener des technologies
dans un satellite, il faut les tester.
Parce qu'on peut pas juste envoyer
des satellites dans l'espace et voir ce que ça fait,
parce qu'on n'est pas tous Elon Musk.
Et du coup,
on doit tester ça sur Terre.
Alors on a testé ça à bord de l'avion Zero-G,
qui est un avion qui reproduit
l'impesanteur qu'on retrouve à bord des satellites.
C'est l'avion de Calogéro,
à mon goût.
J'avais la chose sur la tête tout le temps.
C'était insupportable.
Comment il fait, cet avion ?
Il fait des formes de paraboles dans le ciel,
c'est-à-dire qu'il décolle et il monte
vers le ciel à 45 degrés d'angle
avec l'horizon.
Si on le voit par la fenêtre, ça fait flipper.
Pendant que l'avion monte,
on ressent deux fois notre poids.
Ensuite, les pilotes
éteignent le moteur,
quasiment éteignent le moteur,
et là, ils nous lâchent en chute libre avec l'avion.
À ce moment-là, tout à bord de la cabine,
nous, les pilotes, tout le monde,
on est tous en train de flotter
en apesanteur.
Le temps s'arrête un peu et on vit
cette expérience incroyable pendant 22 secondes
avant de redescendre
violemment vers le sol et de re-avoir deux fois
notre poids. Globalement, on se fait
secouer comme ça 30 fois à bord d'un avion
pendant qu'on doit faire nos expériences
scientifiques. Des fois, on me demande
ce que ça m'a fait ressentir,
quelles émotions,
quelles sensations physiques j'ai eues
avant tout l'envie de vomir.
Je vous le dis vraiment, c'est
assez compliqué.
Alors que j'étais en train de faire cette expérience,
j'étais en train de changer des petits paramètres.
Là, je vois quelqu'un sortir de la
cabine de pilotage
et c'était Thomas Pesquet.
J'étais en train de travailler et il est venu
vers moi. Il n'avait pas trop le choix
comme il n'y a qu'une seule allée dans l'avion.
Je pense qu'il est venu pour moi.
Et là, il y a quelqu'un qui nous a présenté.
Il a dit que Célia rencontre
Thomas.
Il se trouve que Célia,
elle hésite un petit peu dans sa carrière à faire
des sciences ou de l'art.
Mes collègues le savaient un peu.
Alors moi, j'étais
totalement paniquée.
En plus d'avoir envie de vomir, j'étais en train de fondre
complètement. Il y avait mon directeur
de thèse à ma gauche qui n'avait aucune idée
du fait que je faisais du stand-up jusque-là
et Thomas Pesquet à droite
qui me demande de choisir entre art et science.
Alors moi, j'ai bégayé.
J'étais vraiment en panique
et je n'ai pas su quoi lui répondre.
J'ai juste bégayé.
Parce qu'en fait, je fais des sketchs d'humour musical.
Et alors là,
Thomas Pesquet m'a demandé
c'est quoi l'humour musical ?
On est d'accord ? On sait ce que c'est l'humour.
Thomas Pesquet, il parle six langues
mais par contre ça, il n'a pas...
Bon. J'ai bégayé, je lui ai dit
oui et d'ailleurs, j'ai écrit une chanson sur toi,
vous.
Ça ne l'a pas fait rire du tout.
Et après, il a dû partir
parce qu'on allait recommencer à faire de la 0G.
Et bon, la petite histoire,
c'est aussi qu'après, je lui ai un peu volé un selfie
parce qu'il ne voulait pas faire de selfie mais
sans qu'il le sache, j'ai pris un selfie avec lui
pendant qu'on volait. Un peu la honte.
En vrai, c'est une vidéo. On voit qu'il me juge dans la vidéo.
Donc voilà.
Après, pendant un an, avoir chanté son nom dans des caves,
j'ai un petit peu raté ma rencontre avec Thomas Pesquet.
Mais bon,
j'avais toujours ce doute en moi,
finalement, art et science,
quoi faire et puis malgré cette discussion
avec mon conseiller d'orientation, Thomas Pesquet,
je n'ai pas
vraiment réussi à choisir.
Et voilà. Aujourd'hui, je n'ai toujours pas choisi.
Aujourd'hui, je travaille au Centre national
d'études spatiales, le CNES. C'est un peu
la NASA mais la version française.
Et du coup,
je continue à faire des
Comédie Club à Toulouse.
Je continue à préparer mon spectacle.
Et je n'ai toujours pas choisi.
Du coup, je ne sais pas si je suis honte ou si je suis
particule, mais je sais que j'aime les sciences.
J'aime beaucoup en parler et j'aime aussi
beaucoup faire de l'humour. Du coup, en général,
ma conversation, c'est une sorte de mélange entre
des faits que j'apprends aux gens et des blagues.
Je suis un apéricube, en fait.
Merci beaucoup.
