La Veillée #89 : L'ordinateur, par Fabien Olicard

Axolot
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2 Vues de vidéo·10 déc. 2024
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Lors de cette Veillée spéciale diffusée sur France inter, Fabien Olicard est venu ouvrir la soirée en nous racontant comment il a du mettre à profit ses capacités scéniques dans la vraie vie.
J'ai rêvé d'un autre monde où on se raconterait des histoires le soir.
Et j'y suis.
Je vous racontais la première fois où il m'est arrivé un truc qui ressemble à un film.
Et je me disais, tiens, où sont les caméras ?
Parce que là j'ai du mal à croire que ce qui m'arrive, va m'arriver vraiment.
En fait, j'avais peur du noir quand j'étais tout petit.
Et dans mon cas à moi, l'obscurité ne dissimulait qu'une seule chose.
C'était le grand méchant loup anthropomorphe et anthropophage de Disney.
On ne comprend pas ce qui se passe, il y a 350 personnes devant Times Square.
Et là on voit un avion rentrer dans une tour.
Et un deuxième avion rentrer dans une tour.
On était le 11 septembre.
Il y a mes potes qui me disent, et ma famille qui me disent,
ça te ferait une histoire à raconter.
Et à ce moment-là, je ne veux pas raconter d'histoire.
Je veux juste rentrer à la maison, je veux juste revoir mon fils.
Il y a des inconnus qui ont pris soin d'autres inconnus.
Comme si c'était des gens de leur famille, vraiment.
Il y a des gens qui ont pris des balles pour d'autres gens,
qu'ils ne connaissaient même pas.
On traverse tous des tempêtes, des épreuves,
des choses dans lesquelles on croit qu'on ne se relèvera pas.
Et puis finalement, il y a ces forces.
En tout cas, cette histoire m'a étrangement marqué.
Pour une chose, c'est ce moment où je me suis dit,
j'ai 14 ans et je n'ai rien fait de ma vie.
Donc à partir de là, je suis devenu suractif.
Je me suis fait écrire des tas de trucs, faire plein de choses,
faire de la musique, faire des dessins,
avec toujours cette idée pensant,
si j'étais mort à 14 ans, j'aurais rien fait.
Alors que maintenant, même si je meurs maintenant,
j'ai l'impression que j'ai fait quelques petits trucs.
Parfois, on pense vivre quelque chose pour nous
et en fait, on est juste le pont pour quelqu'un d'autre.
Mon objectif, c'était ça.
C'était d'arriver sur scène, ici,
et de vous raconter cette histoire debout.
Merci de votre attention.
Patrick, première histoire, première invitée.
Notre première invitée, c'est une de ces fameuses exceptions.
Puisque pour le coup, la scène, lui, il la connaît.
C'est un mentaliste.
Un mentaliste, qu'est-ce que c'est ?
C'est quelqu'un qui a des techniques secrètes
qui donnent l'illusion de lire dans votre esprit.
Lui, pour le coup, c'est même le mentaliste le plus célèbre de France
puisqu'il remplit des salles dans tout le pays.
Il est même suivi par plus de 2 millions de personnes
sur sa chaîne YouTube.
Et ce soir, il va venir nous raconter
comment il a appliqué ses compétences scéniques
dans la vraie vie.
Merci d'applaudir très fort Fabien Olicard.
Quel accueil ! Merci beaucoup.
On vient de vous le dire, je m'appelle Fabien Olicard
et donc je suis mentaliste.
Et dès que je dis ça, ça fait un silence en général.
Parce qu'il y a une partie d'entre vous
qui pensent que je suis magicien,
d'autres qui pensent que je suis voyant.
Et le mentalisme, c'est la subtile frontière qu'il y a entre les deux.
Ça s'appelle l'escroquerie.
C'est à peu près mon métier, de faire une escroquerie honnête.
C'est-à-dire que je peux donner l'illusion
de lire dans les pensées des gens.
Mais je sais que je ne suis pas télépathe, j'ai des techniques pour ça.
Et finalement, pour moi, le premier des mentalistes
qui a pu m'inspirer, c'est un personnage de fiction
qui s'appelle Sherlock Holmes.
Mais je n'ai jamais été Sherlock Holmes sur scène,
et encore moins dans la vraie vie.
Quand on me dit, est-ce que tu utilises le mentalisme dans la vraie vie ?
La réponse est non.
Pas vraiment.
Parce que sinon, je ne ferais pas de spectacle.
J'influencerais les gens, je devinerais les numéros du loto, j'en sais rien.
Je ferais des trucs plus conséquents.
Mais un jour, malgré moi,
il a fallu que je me confronte
à la réalité de mes techniques sur le terrain.
Ce jour-là, on est en 2013,
je vais jouer mon spectacle à Mulhouse.
Et dans le train, je suis avec mon collaborateur, mon diffuseur.
On partage deux sièges.
Enfin, on partage...
Il n'est pas sur moi.
Chacun sur un siège.
Et les arrêts se profilent et se défilent.
Et au bout d'un moment,
on sait que le dernier arrêt, ce sera Mulhouse.
Donc le wagon s'est un petit peu vidé.
Je plie l'ordinateur,
je le mets dans le filet bas du siège devant moi.
Ce n'est même pas un filet, d'ailleurs.
C'est là qu'on peut mettre un porte-revue, ni plus ni moins.
Et je vais derrière,
parce que les deux places se sont libérées, pour m'allonger, dormir un petit peu.
Nous arrivons à Mulhouse.
J'ouvre les yeux, je récupère mes affaires,
je range le sac, lui aussi.
On sort, la directrice
de l'entrepôt théâtre de Mulhouse, Sarah,
nous attend avec sa voiture.
On ouvre la partie au théâtre, on fait les balances.
C'est-à-dire que je règle mon son, je règle mon matériel
sur scène, je termine les balances.
Je veux faire mes mails.
Je n'ai pas d'ordi.
Parce que, alors oui,
vous êtes déjà mentaliste. Il est resté dans le train, vous êtes très fort, bravo.
Moi, je n'ai pas eu ce réflexe
encore à ce moment-là. Je me dis, mince, où est mon ordinateur ?
Je réfléchis un petit peu, je me dis,
oui, il est dans le train. Comme j'avais changé de place,
je ne suis pas retourné à ma place précédente.
Il faut que je le retrouve.
C'est un ordinateur avec une pomme
croquée devant, histoire de ne pas
dire de marque. Et donc,
c'est un Mac.
C'est un diminutif
de la marque. J'ouvre
mon téléphone portable, qui est de la même marque,
donc un iPhone.
Je vais sur localiser.
Et sur localiser, on peut retrouver son matériel.
Ça, c'est une des forces qu'avait
ce matos-là dès 2013.
Mais pour ça, il faut que quelqu'un ait allumé l'ordi.
Ce n'est pas le cas, donc je ne le vois pas.
Je déclenche une alerte, c'est-à-dire que je vais recevoir
quelque chose quand mon ordinateur sera allumé.
Et puis, je croise les doigts
pour espérer le retrouver.
Pendant que je fais ça, Sarah et mon collaborateur
foncent à la gare, objet trouvé.
Et là, incroyable,
il n'y a pas le Mac.
La personne qui l'a potentiellement trouvé ne l'a pas ramené.
Ce n'est pas grave, j'ai joué mon spectacle, il faut avancer.
Cinq minutes avant de monter sur scène,
j'ai une notif de localiser.
Il est à Mulhouse.
Et j'ai un bâtiment. Ce bâtiment a une particularité,
il n'est pas entouré d'autres bâtiments.
Donc, comme ce n'est pas précis au mètre près,
je suis sûr et certain de quel
bâtiment il s'agit.
Et j'envoie un message, parce qu'on a cette
possibilité à la personne qui a ouvert le Mac
et qui n'arrive pas à le déverrouiller.
« Je m'appelle Fabien, c'est mon Mac.
Pouvez-vous m'appeler à tel numéro ? »
Et puis, je saurais être reconnaissant.
Je vais me garouetter une récompense.
De place de spectacle.
Je mets mon numéro de téléphone.
Je joue le spectacle.
A la fin du spectacle, je fonce sur mon téléphone.
Et je n'ai pas d'appel.
Sans surprise, la personne qui a vu le message
ne m'a pas du tout appelé,
parce qu'elle n'intéresse pas de rendre le Mac.
Le lendemain midi,
je réfléchis et je me dis
« Ok, si tu es mentaliste, fais le mentaliste. »
Je visualise le wagon du train
dans lequel nous étions.
Et je visualise toutes les personnes présentes
au moment où on est rentrés.
Et avec mon collaborateur, on fait le tri.
Là, un tel est descendu. Là, il y en a deux qui sont montés.
Là, un tel est descendu. On fait vraiment ce jeu-là.
A la fin, je n'ai plus que trois suspects.
Trois suspects, deux personnes relativement âgées
et quelqu'un d'assez jeune.
Je sais que ce n'est pas la personne qui est jeune.
Parce que nous, on est descendus
du train à 14h et l'ordi a été allumé
à 20h25.
Quand tu es jeune et que tu trouves un ordi à 14h,
tu n'attends pas 20h25 pour l'ouvrir.
Donc c'est sûr que ce n'est pas lui.
Les deux personnes âgées, je n'y crois pas tellement.
Ça veut dire que c'est censé être quelqu'un qui travaille peut-être pour la SNCF.
Fort de cette information,
nous allons au bâtiment que j'avais screené.
Et ce bâtiment-là est spécial.
Il y a six appartements en bas
et six appartements au-dessus.
Mais les appartements du dessus,
pour sortir, ont directement un petit palier,
un escalier qui donne directement sur la rue.
Enfin, sur une espèce d'esplanade.
C'est un quartier d'appartements
à loyer modéré.
Quand j'arrive là-bas, je me dis
qu'il y a l'air d'avoir une cohésion.
Il ne faut pas que je fasse le relou
et que je dise n'importe quoi
et que je dise qu'on m'a volé, ça doit être ici.
Je sens que ça pourrait être très mal perçu quand même.
Donc j'approche prudemment
et je garde ma théorie de que c'est quelqu'un
qui travaille pour la SNCF qui a dû le trouver
et le ramener.
Et ça arrive, ma foi.
Objet trouvé, objet à moi.
Je sonne au premier appartement en bas,
à droite, une jeune femme m'ouvre.
Je lui dis excusez-moi, c'est vous ?
C'est votre mari qui travaille à la SNCF ?
Je ne sais plus, on m'a donné l'adresse
mais je ne sais pas si c'est vous ou votre mari.
Elle me fait pas du tout.
C'est bizarre, pourquoi on m'a donné cette adresse
et votre numéro d'appart ?
Je sais peut-être un voisin alors.
Ah oui, il me semble, je crois qu'il y a quelqu'un
qui travaille à la SNCF.
Je lui dis pardon, c'est pas vous, excusez-moi.
Je monte à l'escalier à l'appartement
qui est au-dessus de chez elle.
Là, il y a un mec qui ouvre la fenêtre.
Il me fait un peu agressif.
C'est la dame du dessous qui m'envoie.
Elle m'a dit que c'était peut-être
vous qui travaillez à la SNCF.
Je lui dis pas du tout.
Apparemment, il y a quelqu'un ici qui travaille à la SNCF
et il faut que je le voie.
Et là, il désigne quelqu'un qui passe sur l'esplanade
avec une poussette et il fait demander à elle.
Elle connaît tout le monde ici, elle est du bâtiment.
Donc je descends, je cours vers elle.
Je lui dis excusez-moi, j'ai une question à vous poser.
Et là, en vision périphérique,
je vois au premier étage
sur un autre appartement
quelqu'un qui sort de chez lui,
qui va pour descendre, il me regarde,
il regarde la porte, il hésite une demi-seconde.
Et c'est parfait pour moi.
Pourquoi il hésiterait ?
La seule solution, la seule explication,
c'est qu'il y a quelqu'un qui n'est pas du coin,
qui n'est pas du quartier,
qui est en train apparemment de se renseigner
et lui a quelque chose à se reprocher,
il hésite entre rentrer et ressortir, c'est parfait.
Il y a encore la voisine qui est à son palier,
parce que je suis l'animation,
il y a encore le voisin qui est à sa fenêtre,
il y a la dame qui est là, donc j'ai une audience, j'ai un public.
Donc je me retourne, je fais excusez-moi monsieur,
c'est vous que je cherchais, parfait,
c'est votre employeur qui m'envoie à la SNCF.
Et du coup, devant tous ses voisins,
il fait montez, je vous en prie.
Donc je monte l'escalier,
je dis ok, c'est bon.
Je dis excusez-moi, c'est votre employeur
qui m'a donné votre adresse, parce qu'ils m'ont dit
que c'est vous qui aviez dû retrouver l'ordinateur
et que c'était plus simple que je passe directement chez vous,
comme j'étais de passage.
Il fait oui, oui, non, vous avez bien fait, bien sûr.
Allez-y, rentrez.
Donc je rentre avec lui.
Il ferme la porte derrière moi, il fait bougez pas, je vais le chercher,
il est dans la chambre et tout.
Il revient de la chambre avec un espèce de couteau,
non je déconne, sauf qu'il est parti longtemps dans la chambre
et moi j'ai commencé à me dire
il va revenir avec un espèce de couteau
et en fait on va jamais me retrouver.
Et puis c'est tout.
Donc je flippe comme ça, et non.
Il est revenu avec l'ordinateur,
avec le chargeur, je ne me souviens même plus que j'avais oublié,
et donc en bon état et tout,
souriant, il ne se méfie plus,
ça se voit qu'il est OK,
il voit qu'il n'aura pas de problème,
parce qu'en jouant la carte de son employeur,
c'est très important, si ça se trouve,
ces logements-là étaient peut-être des logements de la SNCF,
vous savez, où ils aident une partie de leurs employés
à se loger, donc il avait beaucoup d'enjeux
en fait, lui, sur cet ordinateur.
Et je ne lui en veux pas, la vie est faite d'opportunités.
Mais il a l'air soulagé à ce moment-là.
Il me rend l'ordi, il me rend le chargeur,
il me regarde dans les yeux,
et ce sera notre dernier échange,
et il me dit, vous avez quand même eu
de la chance que ça tombe sur quelqu'un d'honnête.
Merci de m'avoir écouté.
Merci beaucoup.
Formidable.
Merci Fabien Olicard.
Merci beaucoup.
Je précise quand même que
il y a un petit historique entre
Patrick Beau et Fabien Olicard,
il y a un petit historique entre Fabien Olicard
et les soirées de La Veillée.
Il y a un petit historique entre Fabien Olicard
et un certain nombre d'entre vous.
Vous allez vous manifester dans une minute.
Patrick, vous nous racontez.
Oui, lors de la dernière édition de La Veillée
au mois d'octobre, au début du mois d'octobre,
on a eu un petit incident, quelque chose qu'on n'imagine pas
voir dans un théâtre à l'italienne.
Il s'est mis à pleuvoir, littéralement,
des trompes d'eau sur la scène.
On avait vraiment un rideau de flotte
sur la scène,
dans la salle d'ailleurs.
Du Théâtre Tristan-Bernard à Paris.
Un vrai théâtre. Il ne jouait pas sous une tente.
Il y en a pas mal d'entre vous,
je pense, qui étaient présents et qui ont assisté
à cet événement.
Il a fallu évacuer le Théâtre Tristan-Bernard
et du coup, ce soir, on vous avait réservé
des places en priorité.
Chers amis, merci pour votre fidélité.
Si je peux me permettre, il y a quelque chose
que le public de Tristan-Bernard ne savait pas.
C'est que nous, on était en loge
juste avant parce que je devais passer
avec Damien qui est le co-créateur de La Veillée
qui adore l'illusionnisme.
Il me fait un tour à ce moment-là
et c'est une histoire dans l'histoire.
Il me dit, dis-moi un mot n'importe lequel.
Je me dis, je ne sais pas,
la pluie.
Et à ce moment-là, le toit a cédé sur la scène.
Il y a eu des trompes d'eau et j'ai fait,
il est fort quand même.
Merci Fabien Olicard.
Merci beaucoup.
La Veillée de France Inter.
