Philippine de Saint Pierre, journaliste accréditée permanente au Vatican

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14 déc. 2024
Ce dimanche 15 décembre, le pape François effectue son 47e voyage apostolique en Corse, où il passera la journée à Ajaccio, une première pour le Saint Père sur l’île de Beauté. Philippine de Saint Pierre décrypte ce déplacement historique et la place qu’accorde le successeur de Pierre à la dévotion populaire.
Après Marseille, l'année dernière, le pape François se rend en Corse ce dimanche son 47e voyage apostolique
et un rendez-vous historique pour l'île de beauté éclairageant ce samedi matin sur cet événement
avec notre journaliste accréditée permanente au Vatican et qui sera du voyage dans l'avion papal philippine de Saint-Pierre.
Bonjour Philippine.
Bonjour Maxence, bonjour à tous.
C'est un déplacement qui a fait déjà couler beaucoup d'encre.
Le pape a fait le choix de se rendre à Ajaccio et non à Paris pour la réouverture de Notre-Dame une semaine plus tôt.
Comment vous interprétez ce choix ?
Alors oui, ça a fait couler de l'encre.
C'est un peu une histoire médiatique qui s'est montée toute seule cette affaire
parce qu'il n'a jamais vraiment été question que le pape François vienne à Paris.
C'était probablement le souhait du président de la République.
Mais ça n'aurait pas eu beaucoup de sens en soi parce que la réouverture de la cathédrale,
c'est un événement diocésain.
D'autant plus que Mgr Ulrich, lui, n'avait jamais eu l'occasion de célébrer à Notre-Dame de Paris depuis sa nomination.
Donc il prenait possession de son siège.
On ne voit pas très bien ce que le pape serait venu faire là.
Et puis le pape, ce n'est pas une starlette d'Hollywood qui vient donner du lustre à un événement mondain
pour rehausser la liste des invités.
Notre-Dame n'a pas du tout besoin du pape pour attirer les regards du monde entier.
On l'a bien vu le week-end dernier.
Et donc il n'y avait pas d'intérêt pastoral.
Or c'est ça qui motive la volonté du pape de se déplacer, de se rendre quelque part.
C'est pour ça qu'il a choisi d'aller en Corse ce dimanche.
Et le pape se rend-il en Corse ou en France ?
C'est une question qui a été beaucoup posée également ces derniers jours.
Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe.
Alors c'est la question qu'il ne faut surtout pas poser.
On espère que cette dialectique ne va pas pirater d'une certaine manière la visite en Corse.
On souvient qu'il y avait eu beaucoup de débats lors de la visite du pape à Marseille
parce que le Vatican avait dit que c'était une visite à Marseille et pas une visite en France.
Il fallait comprendre par là que c'était une visite pastorale à Marseille
et pas une visite d'état du pape qui vient en France
et qui dans ce cas-là a beaucoup plus de rencontres officielles avec toutes les composantes de la société.
On espère que l'expression ne sera pas employée là.
Parce qu'évidemment avec la question du nationalisme corse,
ça pourrait avoir des répercussions politiques fâcheuses.
Mais le pape est assez au courant de la situation.
Il ne devrait pas se laisser instrumentaliser.
Philippine, pourquoi ce choix de la Corse pour ce 47e voyage apostolique ?
Derrière tout ça Maxence, il y a une histoire de livres en réalité.
Un premier livre signé François Boustillot,
La vocation du prêtre face aux crises,
qui avait beaucoup marqué le pape.
Au point que le pape l'avait distribué à tous les prêtres de Rome lors de la messe chrismale.
C'était il y a quelques années.
Et puis un deuxième livre.
Un livre entretien, cette fois organisé par l'éditeur Nicolas Diaz,
entre Mgr Boustillot, l'évêque d'Ajaccio,
et puis Mgr Edgar Peña Parra,
qui est le substitut de la secrétairie d'Etat,
donc un haut responsable du Vatican.
C'est à l'occasion de ce livre que les deux hommes se sont rencontrés.
Comme ils se sont rencontrés, ils se sont liés d'amitié.
Mgr Peña Parra est venu en Corse en mars dernier.
A cette occasion, il a vu toutes les manifestations de la piété populaire.
Ça l'a beaucoup marqué,
notamment toute la piété autour de la Madonouchia,
la patronne d'Ajaccio.
Il a raconté ça au pape et ça a appuyé la proposition de l'évêque du lieu.
Allons sur le programme.
Un déplacement court et intense.
Le Saint-Père doit atterrir à 9h demain à Ajaccio.
Et premier temps fort, c'est le discours qu'il doit prononcer
en conclusion d'un colloque sur la religiosité populaire en Méditerranée,
au palais des congrès d'Ajaccio.
Il y a plusieurs mots qui sont au cœur de la pastorale de François.
Piété populaire, Méditerranée.
On voit très vite comment ça peut le rejoindre.
Le pape est très sensible à la dimension populaire,
à la proximité de l'église, avec les piétés traditionnels.
Mettre en avant ce colloque, c'est une manière de rejoindre
sa vision de l'église, sa spiritualité.
Parler au cœur, avec des gestes,
plutôt que de parler d'intellect à intellect d'une certaine manière.
Et puis la Corse est au cœur de la Méditerranée,
tout en étant un peu une périphérie.
Parce que la Corse, c'est tout petit en réalité.
350 000 habitants, pas du tout la même taille
que les grandes métropoles qui bordent la marée Nostrum.
Mais le pape est aussi sensible à ces deux dimensions,
la périphérie et la Méditerranée.
Et après ce colloque, qu'est-ce qui attend le pape ?
Après une prière devant la statue de la Madonna Uccia,
on ne peut pas y échapper.
La Madonna Uccia a protégé la Corse d'une épidémie de peste en 1656.
Il y aura une deuxième séquence en fin de matinée
dans la cathédrale Santa Maria Assunta,
la cathédrale d'Ajaccio.
Il va réciter l'Angélus avec les prêtres, les diacres,
les séminaristes, les laïcs en mission pastorale
et les religieux et religieuses.
Et puis il dira un petit mot aussi aux évêques de France
où on dit qu'ils seront une trentaine probablement sur place.
Et puis le pape va ensuite aller déjeuner,
se reposer à l'évêché d'Ajaccio
avant un tour en papamobile dans les rues de la ville.
On imagine l'immense fête que ça va être.
Et puis la dernière grande séquence,
ce sera la messe à 15h30 sur l'esplanade du Cason,
officiellement appelée Place d'Austerlitz.
Figurez-vous qu'on annonce entre 100 et 120 000 Corses,
quasiment un tiers de l'île.
Oui, ça fait un tiers de l'île sur les 350 000 habitants,
c'est beaucoup.
Et avant de quitter l'île de beauté en fin d'après-midi,
le Saint-Père va finalement s'entretenir
avec le président de la République.
Sur quels sujets vont-ils aborder ?
On dit que ça a un peu tiraillé
entre François et Emmanuel Macron,
du fait que François n'est pas venu à Notre-Dame,
on le disait tout à l'heure.
Donc les confirmations de ces rencontres officielles
ont été un peu tardives.
Donc ce sera tout à fait à la fin,
au moment de partir à l'aéroport,
que le Pape s'entretiendra avec le président de la République.
Alors évidemment, l'actualité internationale,
la question de la Syrie,
mais aussi la Terre Sainte, le Liban, l'Afrique.
Peut-être aussi l'intelligence artificielle
dont ils avaient déjà parlé lors de leurs précédentes rencontres,
sujet du sommet du G7.
Et puis vraisemblablement l'actualité française,
la réouverture de Notre-Dame de Paris.
On peut imaginer que le Pape dise aussi un mot
de la question de la loi de fin de vie
qui semble devoir revenir sur le calendrier parlementaire.
Avec ce voyage d'une journée,
quel message le Pape François souhaite-t-il faire passer au Corse ?
Alors écoutez, je n'ai pas les textes,
donc on l'écoutera avec attention
parce que c'est important,
et c'est peut-être un des travers aussi à chaque visite,
de vouloir déjà écrire le film
avant que le Pape se soit exprimé.
Donc je ne peux pas préjuger,
mais certainement une invitation à vivre profondément
ce qu'il professe, ce qu'il chante,
ce qu'il manifeste dans les pèlerinages,
dans les activités des confréries
qui, on le sait, sont particulièrement
nombreuses et vivantes.
90% des Corses se disent catholiques,
c'est quand même absolument considérable.
Il y a là une façon de vivre la laïcité
tout à fait différente du continent,
avec des expressions publiques de la foi
qui ne choquent pas,
qui ne gênent pas. Il y a une crèche à la mairie d'Ajaccio,
vous voyez, ça ne fait pas débat.
Donc une manière tranquille de vivre son identité
chrétienne dans l'espace public, sans qu'il y ait confusion
des genres, et sans doute
que François les appellera
à mettre bien l'évangile
au cœur de toutes ces manifestations
de piété populaire.
Et qu'est-ce que les Corses attendent du Pape et de ce déplacement ?
Ce qu'ils attendent, ils l'ont déjà.
C'est-à-dire que c'est un événement absolument
historique. Jamais un Pape n'est
venu en Corse.
C'est un signe
d'intérêt pastoral,
d'amitié, de tendresse,
on pourrait même dire, du Pape,
pour une île dont on sait qu'elle est très attachée
à son identité.
On espère que ça portera du fruit
et des semences d'évangiles pour que
cette identité ne soit pas
rangée du côté du folklore,
mais qu'elle soit bien irriguée
par la parole du Christ.
Vous l'avez dit, Philippine,
une île marquée par une forte dévotion
populaire. On parlait plus tôt
cette semaine dans l'invité de la matinale
de nombreuses confréries
sur l'île. Pourquoi la
piété populaire apparaît aussi centrale
dans la vision de François ?
Sans doute à la fois intellectuellement, par raisonnement,
parce qu'il y a un danger, notamment en Europe,
que l'Église se coupe des classes populaires
par mépris de la piété populaire,
mais aussi en raison de son parcours à lui.
Georges Mario Bergoglio,
il est argentin, et il est empreint
de ses manifestations de foi,
de ses sacramentaux,
c'est-à-dire l'eau bénite,
les processions, les pèlerinages,
les vénérations des saints, tout ça, ça fait partie
de sa construction. C'est très fort,
très présent en Amérique latine,
on bénit tout en Amérique latine, les voitures,
les maisons, les entreprises,
et ça fait partie de la vie.
La clé de lecture du pontificat, on le dit depuis
plus de dix ans maintenant, c'est
le document d'Aparicida, cette rencontre
des épiscopats latino-américains
en 2007, dont Georges Mario Bergoglio
est l'auteur principal
du texte final.
A Aparicida, les réflexions du cardinal
Bergoglio montrent qu'il voit
dans la piété populaire une manière, précisément,
d'asseoir
la foi dans le cœur des gens,
de faire qu'ils ne soient pas fragilisés
par toutes
les propositions pseudo-spirituelles
qui existent dans notre époque contemporaine,
qu'ils sachent bien à quoi
ils appartiennent, à qui ils appartiennent,
c'est-à-dire au Christ.
Voilà donc quelques éclairages pour se
plonger demain sur le 47e
voyage apostolique du pape
en Corse, à suivre bien sûr sur
KTO Radio, dès 10h15 en ce
dimanche, avec le discours de
François au colloque sur la religie
populaire en Méditerranée.
Et puis, bon voyage, Philippine, à vous.
Merci.
