Témoin de Notre-Dame : "On entendait les gens chanter au pied de la cathédrale"

KTOTV
37 abonnés
1 Vues de vidéo·14 déc. 2024
Le capitaine Alexis Skowronek est pompier au sein de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris. Le 15 avril 2019, il est engagé contre le feu qui ravage la cathédrale parisienne. Il se souvient d'une nuit exceptionnelle à plus d'un titre, pour sauver un monument unique. A l'occasion de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, retrouvez le témoignage de plusieurs "témoins de Notre-Dame". En partenariat avec la Fondation Notre Dame.
Le jour de l'incendie, ou plutôt la soirée de l'incendie, c'était une garde classique.
On travaillait, on a vu des interventions.
Et là, je reçois un message d'un de mes camarades qui me dit « Qu'est-ce qui se passe ? »
C'est vrai qu'en voyant la photo, je me dis « Tiens, ça ressemble à une grosse église. »
« Bah mais dis donc, c'est Notre-Dame. »
Je suis redescendu en bas au standard, là où on fait partir les engins.
Et j'ai vu qu'effectivement il y avait un incendie en cours dans la cathédrale
et que notre camion était sélectionné pour partir.
Quand on arrive devant la cathédrale et qu'elle est en flamme,
en réalité, on sent que ça prend de l'ampleur.
On prend la mission, on s'approche.
Plus on s'approche, plus on reçoit des débris en munitions qui proviennent de la toiture.
Plus on arrive dans les étages, plus on gravit les marches.
Plus on sent ce sinistre prendre de l'ampleur.
On a été désengagés, réengagés plusieurs fois.
Et finalement, on a été engagés une dernière fois au niveau du dernier étage,
au niveau des tours, au niveau du baie-froid.
Plus particulièrement le baie-froid nord,
où nous avons éteint tout ce qui se passait à l'intérieur.
Donc, grosse flamme.
Et finalement, une longue nuit à ce moment-là.
Il y avait des centaines de pompiers, de sapeurs-pompiers de Paris sur place.
Il y avait des centaines de forces de l'ordre tout autour pour protéger le périmètre.
En réalité, c'est un travail collectif.
C'est l'œuvre du collectif et le travail de toutes nos équipes
qui a permis de venir à bout de ce sinistre.
On n'est qu'un petit maillon de la chaîne
qui a permis de réaliser une partie de cette mission.
Et finalement, c'est l'œuvre collective qui nous a permis
de venir à bout de ces flammes et de tout éteindre.
Le soir même, on ne s'en rend pas trop compte.
Je dirais que c'est plutôt les jours après,
quand on voit ce qui s'est passé, comment ça s'est fait.
On se dit qu'effectivement, ce n'est pas passé loin.
On a un ingénieur qui vient nous dire qu'à une vingtaine,
trentaine de minutes près, la poutre s'est croulée,
les cloches tombaient.
Donc là, on a compris qu'on aurait pu peut-être
rester un petit peu plus longtemps dans cet édifice.
Finalement, je pense que Sainte-Barbe a été au-dessus de notre tête
et nous a un petit peu aidé.
Et puis, on est tous rentrés sains et saufs.
Et ça, c'est le principal.
Je garde une forte image en tête.
C'est surtout au moment où on a pu un petit peu souffler,
faire tomber le casque,
quand tout ça commençait à réduire d'intensité,
qu'on avait réussi à gagner ce combat contre les flammes dans le Beffrois.
Là, on a entendu les chants des Parisiens,
les chants des Français, en fait, qui étaient en bas,
tout autour de l'île de la Cité.
Alors, il y avait des prières, des chants.
On sentait qu'il y avait une communauté,
plein de personnes qui étaient présentes,
à la fois pour la cathédrale,
mais d'une certaine manière aussi pour nous.
Et ça, on l'a entendu.
On l'a entendu et ça nous a redonné un petit peu de peps à cette fin
où on s'est dit, bon ben allez les gars, on y retourne,
on enfile la cagoule, le casque,
on a fini de boire un coup et puis on repart quoi.
Donc ça, effectivement, c'est quelque chose qui a été assez mémorable
et qui restera gravé très longtemps dans nos têtes et nos mémoires.
