Rétrospective 2024 : la guerre au Proche-Orient
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Que retenir de l'actualité en 2024 au Proche-Orient ? "Inquiétudes sur les intentions d' #Israël à #Gaza, espoirs pour la #Syrie" : l'analyse d'Agnès Levallois, auteure de "Le Livre noir de Gaza", vice-présidente de l’Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen-Orient.
À partir d'aujourd'hui jusqu'à vendredi, nous reviendrons dans ce journal sur plusieurs grands faits d'actualité de l'année 2024.
La séquence s'appelle Retro 2024, un fait majeur chaque jour et un ou une invitée pour en parler ensuite.
Patrice Ferrus nous a rejoint. Bonjour Patrice. Bonjour Pascale.
Et votre invitée aujourd'hui, c'est Agnès Levallois.
Oui, la vice-présidente de l'IREMO, l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranéennes,
Bonjour Agnès Levallois. Bonjour.
Avant de vous interroger, on évoque la situation au Proche-Orient en quelques points de repère.
D'abord le 7 octobre 2023, tournant majeur de la guerre entre Israël et le Hamas palestinien.
Au moins 1200 personnes tuées, principalement des civils, en Israël par les attentats terroristes du Hamas.
Le jour même ou alors ensuite en captivité dans la bande de Gaza.
Israël va ensuite riposter immédiatement, bombarder Gaza et traquer le Hamas.
Plus d'un an de guerre en réalité.
Très vite, ça va se poser la question de la vie des civils palestiniens.
L'UNRWA, l'agence onusienne consacrée aux réfugiés palestiniens,
a indiqué le mois dernier que depuis le 7 octobre 2023,
43 061 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza.
70% des infrastructures civiles à Gaza ont été détruites ou gravement endommagées.
Et puis concernant le Liban, maintenant les affrontements s'intensifient
à partir du 25 octobre avec l'attaque israélienne à Hezbollah.
C'est la relance d'affrontements entre Israël et Hezbollah
qui provoque l'exode de plusieurs centaines de Libanais
et surtout au moins 3300 personnes tuées selon un bilan donné le mois dernier
par les Nations Unies jusqu'au cessez-le-feu décidé le 27 novembre dernier
entre Hezbollah et Israël.
On a planté un peu le décor.
Agnès Levallois, je me tourne vers vous.
Quelle analyse faites-vous de cette année qui s'achève sur le Proche-Orient à Gaza au Liban ?
Alors c'est une année absolument catastrophique, dramatique
pour les populations civiles de la bande de Gaza et du Liban, vous l'avez rappelé.
Lorsque l'on voit l'ampleur des destructions menées par Israël dans la bande de Gaza,
on se demande quel est l'objectif recherché aujourd'hui par Israël.
L'objectif de guerre, je le rappelle, c'était de détruire le Hamas et les infrastructures du Hamas.
Alors ce que l'on voit aujourd'hui, c'est que ces infrastructures,
elles ont toutes été visées, détruites.
Et donc on se demande aujourd'hui ce que cherche Israël
en continuant à bombarder tous les jours des centres de soins, des écoles
avec un bilan humain de tous les jours de dizaines et de dizaines de Palestiniens.
Donc la question, quel est l'objectif ?
L'objectif pour moi aujourd'hui, il est simple,
rendre ce territoire invivable pour que les Palestiniens en partent.
Et on voit bien qu'on est loin de l'objectif de guerre d'Israël
qui était simplement, si je puis dire, de détruire le Hamas.
Là, c'est de rendre ce territoire invivable pour les Palestiniens.
Et une fois que ce travail a été fait, et même s'il continue,
eh bien l'objectif c'est d'atteindre le Liban.
Et on voit bien que dans cette stratégie menée par Israël,
eh bien c'est de faire en sorte que les pays voisins,
donc les Palestiniens, alors ce n'est pas un pays,
mais la bande de Gaza, la Cisjordanie et le Liban,
finalement ne puissent plus représenter à terme un danger pour Israël.
Et donc tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif
selon les Israéliens, quitte à tuer des centaines et des milliers de civils
comme c'est le cas dans la bande de Gaza.
Agnès Levallois, je veux rebondir sur ce que vous venez de dire.
Vous parliez du Hamas, il semble en déroute à Gaza,
mais qu'en est-il du Hezbollah au Liban ?
Alors le Hezbollah est sérieusement affaibli,
puisque les bombardements qui ont visé les infrastructures du Hezbollah,
mais également tout le commandement du parti,
fait que c'est aujourd'hui un mouvement qui existe,
qui continue à être présent sur la scène libanaise,
mais qui n'a plus du tout les mêmes capacités qu'auparavant,
et ce qui peut laisser penser qu'il n'aura pas le même poids
au sein des institutions politiques,
et certains espèrent que ça va être l'occasion justement
de relancer un processus politique,
puisque je rappelle qu'il n'y a pas de président au Liban
depuis plus de deux ans maintenant,
à cause de ce blocage,
et l'affaiblissement du Hezbollah peut permettre aux députés
qui composent le parlement libanais
de se réunir aujourd'hui,
de se mettre d'accord sur le nom.
Une réunion est convoquée le 12 janvier.
Comment sortir de ce blocage, de cet impasse,
alors que l'ONU n'est visiblement pas un interlocuteur aux yeux d'Israël ?
Le problème aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus d'interlocuteur,
on est simplement dans un rapport de force.
Israël, soutenu par les Américains,
de façon massive,
veut imposer son ordre,
le nouvel ordre qui considère être le sien,
et en faisant fi de toutes les résolutions de l'ONU,
de tout ce que l'ONU peut proposer,
et donc on est revenu à la force brute,
le rapport de force,
je suis le plus fort, j'écrase,
quelles qu'en soient les conséquences.
Vous avez parlé effectivement d'interlocuteur côté israélien,
concernant les interlocuteurs palestiniens,
à Gaza ou en Cisjordanie,
est-ce qu'il y a aussi, de ce côté-là,
des interlocuteurs pour sauver la paix,
pour lancer cet appel à la paix ?
Pour qu'il y ait la paix, il faudrait qu'Israël souhaite la paix.
Il est clair qu'Israël, étant uniquement dans une démarche militaire,
et donc de rapport de force,
il n'y a pas de place pour la négociation.
Les Palestiniens, eux, de leur côté,
essayent de se réunir,
mais vous savez qu'il y a deux entités,
il y a celle du Hamas dans la bande de Gaza,
l'autorité palestinienne en Cisjordanie,
et que cette autorité est complètement délégitimée,
puisque son chef, Abou Dabas,
est un vieux monsieur qui n'est plus en mesure
de faire quoi que ce soit.
Le Hamas, qui est effectivement complètement affaibli aussi,
mais entend quand même faire partie
d'une délégation,
si un jour une délégation palestinienne
pouvait voir le jour pour des négociations.
Mais aujourd'hui, clairement,
les cartes sont entre les mains des Israéliens,
c'est eux qui peuvent, ou non, lancer une négociation.
Et concernant les otages israéliens,
pourquoi ça piétine encore ?
Parce qu'Israël n'a pas du tout décidé
d'en faire sa priorité,
et ça c'est un changement radical de la part des Israéliens.
Netanyahou, lui,
veut absolument continuer à bombarder,
et s'il négocie un accord
avec Libération des otages,
les bombardements s'arrêteront de fait,
puisque ça ferait partie de ce cessez-le-feu,
de la négociation.
Or, il est clair qu'aujourd'hui, Israël n'en veut pas,
veut continuer cette destruction massive
de la bande de Gaza.
Et dans ce dossier du Proche-Orient, on s'ajoute maintenant
la chute, ce mois de décembre,
du régime syrien de Bachar el-Assad.
Qu'est-ce que ça peut changer ?
Alors ça c'est un élément, et je crois qu'il faut s'y arrêter
quelques instants, vraiment très important
pour les Syriens et les Syriennes,
qui vivent depuis 54 ans
sous le joug de ce système autoritaire,
de cette dictature, et donc la chute du régime
de Bachar el-Assad est un point extrêmement
positif pour les Syriens.
Maintenant, et là aussi on le voit,
depuis une semaine, Israël bombarde
systématiquement les positions
de l'armée syrienne,
ce qui affaiblit le pays.
Et maintenant,
ce qu'il faut, c'est que la communauté
internationale accompagne
cette transition qui est en cours en Syrie,
puisque cette révolution qui a été menée
par les Syriens a été menée uniquement
par les Syriens, et ça c'est un fait suffisamment
important pour être souligné,
pour montrer à quel point
ce qui s'est passé à Damas il y a plus d'une semaine
est très important,
et donc il faut laisser les Syriens gérer
leur transition en les accompagnant
le plus possible, mais
dans un contexte effectivement régional
que l'on vient de décrire, qui est extrêmement
instable avec un chaos terrible,
et donc la crainte c'est que cet environnement
régional complique
cette transition syrienne
qui se déroule aujourd'hui à Damas.
Et un dernier mot, comment voyez-vous l'année 2025
qui arrive ? Alors, moi j'ai un espoir
avec la Syrie, avec cette transition,
estimant que là il y a quelque chose de possible,
mais est-ce que les éléments extérieurs
laisseront cette transition se dérouler ?
Mon inquiétude, c'est cette stratégie
dans laquelle Israël est lancée,
c'est-à-dire de toute puissance,
une espèce d'ivresse de la victoire
côté israélien, mais avec
des conséquences, me semble-t-il, dramatiques
pour la région, parce qu'on ne peut pas écraser
tous ses voisins, et que le seul
langage de la force ne me permet pas
d'envisager une paix à terme
pour les pays de la région. Donc mon
inquiétude, elle est du côté Israël,
Palestine, avec
un espoir côté Syrien. Mais
ces différents dossiers étant liés,
évidemment c'est très difficile
d'avoir une perspective un peu pertinente.
Agnès Levallois, vice-présidente de l'IREMO,
merci d'avoir répondu
à nos questions. Merci
Agnès Levallois et nous, Patrice, on se retrouve
demain pour le deuxième volet de cette
rétrospective 2024. Oui,
il sera question, Pascal, de cette présidentielle
aux Etats-Unis qui a vu le mois dernier
le retour de Donald Trump
à la maison blanche.
