Camille Berthelot est chercheuse à l’Institut Pasteur et responsable du groupe Génomique Fonctionnelle. Elle travaille depuis quelques temps sur l’endométriose. Un de ses axes de travail est précisément le dépistage précoce de cette maladie chronique.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
- H.Loussaief: Mais si!
- C.Berthelot: Bonjour.
- H.Loussaief: Bienvenue.
Vous êtes chercheuse à l'Institut Pasteur.
Vous travaillez sur l'endométriose.
Vous travaillez sur le dépistage précoce de cette maladie.
Le diagnostic moyen se situe autour de 7 ans.
Comment on peut l'expliquer?
Pourquoi 7 ans?
On n'a pas assez de moyens, aujourd'hui?
- C.Berthelot: Ce n'est pas une question de moyens.
L'endométriose est une maladie diverse au niveau des symptômes.
Elle est difficile à dépister.
Du fait de cette non-spécificité des symptômes,
le symptôme principal étant la douleur au niveau
de la cavité pelvienne, on a une difficulté à isoler
les causes de ces douleurs.
Du coup, ça peut prendre beaucoup de temps de dépister
l'endométriose.
- H.Loussaief: J'ai fait des recherches sur vous.
Vous êtes experte de l'évolution des génomes.
Est-ce qu'il y a l'endométriose chez les autres espèces?
- C.Berthelot: Ca existe chez la plupart des primates
qui ont des menstruations.
- A.Lecaron: Par exemple?
- C.Berthelot: Les singes.
On ne le retrouve pas chez la grande majorité
des mammifères.
Les singes qui ont des menstruations
ont de l'endométriose.
- H.Loussaief: Vous passez beaucoup de temps
sur l'aspect des menstruations.
Comment ça vous a menée à travailler sur l'endométriose?
- C.Berthelot: Mon équipe travaille sur la menstruation.
L'endométriose est une conséquence de la menstruation.
La conséquence de la mise en place de la maladie,
c'est que des morceaux
de l'intérieur de l'utérus vont ressortir
par les trompes de l'utérus avec le flux menstruel.
Le flux emporte des cellules de l'intérieur de l'utérus.
Quand ces cellules portent des mutations génétiques,
elles peuvent emporter la maladie avec elles.
- H.Loussaief: C'est pour comprendre
d'où viennent ces cellules?
- C.Berthelot: Oui.
On essaie de comprendre comment le sang menstruel
est impliqué dans le développement de la maladie.
Est-ce qu'on pourrait utiliser ce sang menstruel
pour dépister l'endométriose?
- H.Loussaief: Vous avez lancé une étude.
Vous avez demandé à des femmes d'être volontaires.
Elles vous transmettent leur sang à elles
ou vous faites des prélèvements?
- C.Berthelot: Elles sont venues donner leur sang menstruel
qu'elles collectent avec des cups menstruelles.
Elles font leur propre collection.
Elles donnent un échantillon au laboratoire.
On regarde la composition du sang menstruel.
C'est un fluide ignoré par la recherche.
Très peu d'équipes s'intéressent à ce sang.
Finalement, c'est un fluide qui vient directement de l'utérus
et qu'on pourrait potentiellement utiliser à des fins
diagnostiques.
- H.Loussaief: Qu'est-ce que vous a dit ce sang collecté?
- C.Berthelot: On regarde si on pouvait le traiter
dans un cadre de recherche, extraire les cellules...
On est en train de analyser ces données.
On va avoir une cohorte plus large.
On pourrait regarder comment associer ce sang menstruel
pour trouver des marqueurs de l'endométriose.
On voit des différences.
On doit avoir un nombre plus important
de personnes.
- H.Loussaief: Vous pensez que c'est l'axe principal
pour essayer d'avoir des infos, de prévenir l'endométriose?
Vous pensez que c'est via le sang qu'on aura plus de pistes
sur l'endométriose?
- C.Berthelot: Il y a plein de pistes qu'on suit.
C'est l'un des fluides le plus proche de la maladie.
Le sang menstruel, on pense qu'il est impliqué dans la maladie.
C'est une piste intéressante.
Il y a d'autres collègues qui travaillent
sur d'autres pistes.
Toutes les pistes sont bonnes à prendre.
- H.Loussaief: J'ai une autre question.
Le test salivaire, l'Endotest, a été pris en charge par la Sécu.
Beaucoup de personnes nous parlaient de ce test.
On va réduire le désert médical autour de ce test?
C'est un complément à votre travail?
Ca peut aider des femmes aujourd'hui?
Vous leur conseillez de se procurer un Endotest?
- C.Berthelot: C'est un test qui se fait dans un cadre clinique.
Ce n'est pas en pharmacie.
Pour l'instant, il est à destination
d'une population particulière, des femmes qui ont des symptômes
d'endométriose et qui n'ont pas, quand on regarde à l'imagerie,
de lésions.
Pour l'instant, ce n'est pas un test qui va être déployé
en 1re intention de diagnostic.
Ca le deviendra peut-être.
Pour l'instant, il n'a pas été testé dans ce cadre.
Ca reste très intéressant pour les femmes
qui ont des douleurs.
La Haute Autorité de santé a décidé de le rembourser pour voir
si ça fonctionne aussi bien que ça fonctionne bien
sur la cohorte sur laquelle ça a été développé.
La piste qu'on cherche avec le sang menstruel, ce sont des tests
plus précoces.
- H.Loussaief: C'est un travail plus long. Merci.
Vous êtes chercheuse à l'Institut Pasteur.
Merci pour tous ces éléments de recherche