En collaboration avec Evelyne Mazurier et Muriel Mermiliod, elle coécrit L'allaitement pour les nuls, publié aux éditions Albin Michel. Retrouvez tous les extraits de l'émission : https://www.france.tv/france-2/la-maison-des-maternelles/
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Vous connaissez la maison des maternelles, vous avez écrit de nombreux ouvrages autour de la lactation, de l'allaitement
et là cette fois-ci c'est vraiment la bible pour celles et ceux qui s'intéressent au sujet.
L'allaitement pour les nuls aux éditions First, que vous publiez avec Evelyne Mazurier et Muriel Mermillot.
Alors j'ai appris énormément de choses, parce que oui je me suis intéressé à l'allaitement moi aussi.
Déjà au niveau des racines ancestrales de l'allaitement, je ne savais pas que ça remontait à très très très longtemps.
D'aussi loin que l'espèce humaine existe, les mères étaient faites pour allaiter.
L'allaitement permettait la survie du petit de l'homme, alors oui très vite des nourrices ont apparu mais à l'origine c'est les mères qui allaitaient leur bébé.
Il n'y avait pas encore tout le lait infantile qui permet de sauver des situations, mais en l'occurrence le lait maternel est vraiment précieux.
Le tiret-lait aussi c'est ancestral ?
Alors le tiret-lait, on peut utiliser celui-ci, il n'existe plus longtemps en effet.
Je disais que ce n'est pas votre premier ouvrage sur l'allaitement, mais qu'est-ce que ça dit alors de notre société ? On n'est pas assez renseigné sur ce sujet ?
Je pense que le marketing du lait infantile a un petit peu biaisé notre regard.
Et puis malheureusement les professionnels de santé qui nous entourent n'ont pas toujours le temps d'accéder aux connaissances, à des connaissances profondes.
Et puis même la transmission de mère en mère, mère en fille n'est plus si prégnante qu'elle l'a été à un moment donné.
C'est la raison pour laquelle ce geste est quelque part un petit peu perdu.
Et on a l'impression aujourd'hui que c'est seuls les chanceuses qui réussissent à allaiter alors que c'est accessible à tout le monde.
C'est ce que j'allais vous poser comme question. Vous parlez de chanceuse ou accessible à toutes.
Pour faire très simple, toutes les femmes peuvent allaiter ?
Toutes les femmes peuvent allaiter, mais dans une certaine mesure.
Je pense qu'Anna va parler du syndrome des ovaires polykystiques qui est un des petits facteurs, un point de vigilance pour la consultante en lactation.
Puisque certaines mères vont avoir une lactation qui est légèrement décalée parce qu'elles souffrent du syndrome des ovaires polykystiques.
Mais il y a toujours des solutions.
Une question qui peut vous sembler très générique et je pense que ce n'est pas la première fois que vous l'entendez.
Vous développez cette thématique dans le chapitre 2.
Qu'est-ce que ça apporte l'allaitement dans un premier temps à l'enfant ?
C'est une évidence au départ et ça apporte des bénéfices pour l'enfant en termes d'immunité, de nutrition bien évidemment, de relation avec la maman.
Puis la maman n'est pas en reste puisqu'elle va être protégée de certains cancers, certaines maladies dites évitables.
Les cancers, ça va être le cancer du sein, le cancer des ovaires.
Et puis pour les maladies évitables, on pense au diabète, on pense à l'obésité.
Ce sont des manières de se protéger.
On parle d'un effet dose dépendant.
Plus longtemps la maman allaite et plus les bénéfices vont se voir sur sa santé comme sur celle de son enfant.
Maintenant, la maman décide pour elle-même de la durée de son allaitement.
Dans le livre, ils vous disent que quand on se lance dans un processus d'allaitement, il faut dépasser la peur.
Oui.
Ou même les peurs.
Oui, bien sûr.
De quelle peur on parle ?
La peur que nos seins ne soient pas capables de produire suffisamment de lait.
Elle est souvent entretenue par la société.
La société qui nous dit, on va entendre une cousine, une tante nous dire,
moi je n'avais pas assez de lait, je n'ai pas réussi.
Je vois Anna qui est inquiète.
On l'entend tellement souvent.
Oui, même de la part de professionnels de la santé, il faut l'en connaître.
L'une des difficultés auxquelles sont confrontées les mamans,
c'est le séjour à la maternité où elles vont entendre tout et son contraire, malheureusement.
C'est justement ce défaut de formation.
Le livre est là pour combler un vide si toutefois certains professionnels de santé s'y intéressent.
On n'a pas parlé de la peur des douleurs.
On peut venir aussi après les douleurs.
Comment on fait lorsqu'on a face à nous une maman qui allaite,
qui a des douleurs ou une maman qui veut allaiter,
qui pense aux douleurs avant même d'allaiter ?
C'est normal d'avoir une peur d'appréhension,
une appréhension de ce qui va se passer.
On saute un peu, on plonge dans l'inconnu.
Il faut se rappeler que la douleur, c'est un symptôme.
Une douleur, ce n'est pas normal.
Si une douleur survient,
elle doit très vite être prise en charge.
On peut tolérer une sensibilité supérieure
dans les jours qui suivent la naissance
parce que le phénomène hormonal va faire
que les mamans soient un peu plus sensibles que d'habitude.
Maintenant, avec une prise en charge convenable,
un accompagnement, on leur parlait tout à l'heure
d'amour, de bienveillance, de soutien.
L'accompagnement en allaitement, c'est ça aussi.
On ne doit pas laisser la maman toute seule
et banaliser la douleur.
On doit la prendre en charge et tout faire pour l'anticiper.
Mais l'éviter parce que c'est tout à fait possible.
Quand vous dites « on », c'est qui « on » ?
Toutes les personnes qui l'entourent,
de la gynécologue en passant par la sage-femme,
l'auxiliaire du périculture, le pédiatre,
la grande-sœur, la cousine, la tante,
toute la société devrait pouvoir protéger l'allaitement.
Et quand on ne sait pas,
savoir orienter et dire
« je vais aller chercher pour vous des personnes pour vous aider ».
C'est pour ça que ce livre est intéressant.
Une question qui est très personnelle
et que je me suis très souvent posée
quand j'ai eu mon petit garçon.
Alors je n'ai pas votre science,
mais je me suis dit, je voyais souvent mon enfant têter fréquemment.
Je me suis dit mais s'il tête fréquemment,
à un moment donné, il n'y aura plus de lait ?
C'est très beau comme image.
Il se trouve que la quantité de lait
qu'une mère va produire, et on en parle beaucoup
dans le livre sous l'angle de ce qu'on a appelé
le petit trésor, ce que la nature a prévu
pour permettre au corps de la femme
d'accomplir ce geste,
le corps de la mère va installer
une lactation, on parle d'une phase de calibrage
et cette lactation s'installe
dans les 2-3 semaines qui suivent la naissance du bébé.
Et ce qui est assez spectaculaire,
c'est que la quantité de lait va rester relativement
la même jusqu'aux 6 mois de l'enfant.
Maintenant, les bébés ne sont pas tous
très matures, évidemment, à la naissance pas tous
très efficaces, et pour certains,
il faudra jusqu'à 18 tétés pour aller obtenir
cette quantité de lait, pour d'autres,
ça se régulera assez vite, aux alentours de 8-10 tétés.
Donc c'est vrai que le nombre de tétés
peut nous parler d'être extravagant,
mais le bébé ne va jamais ni épuiser le quota,
ni trop manger.
J'ai deux questions que j'aimerais vous poser,
la première, est-ce qu'il faut un régime alimentaire
pour la maman, très précis, lorsqu'elle allaite ?
Absolument pas, on met de la couleur dans les plats,
donc comme d'habitude, on mange des fruits, des légumes,
des protéines, des acides gras.
Il y a des produits prohibés ?
L'alcool, en fait, les fêtes de Noël arrivent,
donc on n'a pas besoin
de rentrer dans les ordres non plus,
si on allaite notre enfant, on boit un petit verre,
de manière raisonnable, bien entendu,
et qu'on allaite deux heures plus tard.
Il faut laisser un petit peu de temps quand même.
C'est ce que nous disait Anna, il y a quelques jours.
Je vous renvoie au tuto d'Anna.
Et la dernière question, est-ce que le lait maternel
a une date de péremption ?
Absolument pas.
On s'arrête là, peut-être que l'enfant,
il a 17 ans, il faut arrêter.
Peut-être qu'à 17 ans, on aura envie de passer à autre chose,
mais autant, on peut voir des enfants
prendre des biberons jusqu'à 4-5 ans,
alors je ne sais pas si les mères vont allaiter
jusqu'à 4-5 ans, mais j'ai plutôt envie
de véhiculer la notion de plaisir.
Tant qu'il y a un plaisir partagé
dans cette relation, la maman continue
aussi longtemps qu'elle le souhaite.
Carole Hervé, l'allaitement pour les nuls
aux éditions First.
Merci beaucoup, grâce à ce livre,
je suis un peu moins nul.