Un Lâche, Guy de Maupassant

Audiolude
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4 Vues de vidéo·21 nov. 2023
Narrateur : Alain Couchot
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[Musique]
un lâche guide de massant on l'appelait
dans le monde le beau Signol il se
nommait le vicomte gonran Joseph de
Signol orphelin et maître d'une fortune
suffisante il faisait figure comme on
dit il avait de la tournure et de
l'allure assez de paroles pour faire
croire à de l'esprit une certaine grâce
naturelle un air de noblesse et de
fierté la moustache brave et l'œil doux
ce qui plaît aux femmes il était demandé
dans les salons recherché par les
valceuses et il inspirait aux hommes
cette inimitié souriante qu'on a pour
les gens de figure énergique on lui
avait soupçonné quelques amours capabl
de donner fort bonne opinion d'un garçon
il vivait heureux tranquille dans le
bien-être moral le plus complet on
savait qu'il tirait bien l'épée et mieux
encore le pistolet quand je me battrai
disait-il je choisiraiis le pistolet
avec cette arme je suis sûr de tuer mon
homme or un soir comme il avait
accompagné au théâtre deux jeunes femmes
de ses amis escortées d'ailleurs de
leurs époux il leur offrit après le
spectacle de prendre une glace chez
Tortoni ils étaient entrés depuis
quelques minutes
quand il s'aperçut qu'un monsieur assis
à une table voisine regardait avec
obstination une de ses voisines elle
semblait gênée inquiète baissait la tête
enfin elle dit à son mari voici un homme
qui me dévisage moi je ne le connais pas
le connais-tu le mari qui n'avait rien
vu leva les yeux mais déclara non pas du
tout la jeune femme reprit moitié
souriante moitié fâchée c'est fort
gênant cet individu me gâte ma glace le
mari Ossa les épaules Bost n'y fais pas
attention s'il fallait s'occuper de tous
les insolents qu'on rencontre on n'en
finirait pas mais le vicomte s'était
levé brusquement il ne pouvait admettre
que cet inconnu gâta une glace qu'il
avait offerte c'était à lui que l'injure
s'adressait puisque c'était par lui pour
lui que ses amis étaient entrés dans ce
café l'affaire donc ne regardait que lui
il s'avança vers l'homme et lui dit vous
avez monsieur une manière de regarder
ces dames que je ne puis tolérer je vous
prie de vouloir bien cesser cette
insistance l'autre répliqua vous allez
me ficher la paix vous le vicomte
déclara les dents serrées prenez garde
monsieur vous allez me forcer à passer
la mesure le monsieur ne répondit qu'un
mot un mot hordurier qui sonna d'un bout
à l'autre du café et fit comme par
l'effet d'un ressort accomplir à chaque
consommateur un mouvement brusque tous
ceux qui tournaient le dos se
retournèrent tous les autres levèrent la
tête trois garçons pivotèrent sur leurs
talons comme des toupies les deux dames
du comptoir eurent un surceau puis une
conversion du torsentier comme si elles
eussent été deux automates obéissantes à
la même
manivelle un grand silence c'était fait
puis tout à coup un bruit sec claqua
dans l'air le vicomte avait giflé son
adversaire tout le monde se leva pour
s'interposer des cartes furent
échangé quand le vicomte fut rentré chez
lui il marcha pendant quelques minutes à
grand pas vif à travers sa chambre il
était trop agité pour réfléchir à rien
une seule idée planait sur son esprit un
duel sans que cette idée éveilla encore
en lui une émotion quelconque il avait
fait ce qu'il devait faire il s'était
montré ce qu'il devait être on en
parlerait on l'approuverait on le
féliciterait il répétait à voix haute
parlant comme on parle dans les grands
troubles de pensées quel brut que c'est
homme puis il s'assit et il se mit à
réfléchir il lui Falla dès le matin
trouver des témoins qui choisirait-il il
cherchait les gens les plus posés et les
plus célèbres de sa connaissance il prit
enfin le marquis de La Tour Noire et le
colonel Bourdin un grand seigneur et un
soldat c'était fort bien leur nom
porterait dans les journaux il s'aperçut
qu'il avait soif et il but coup sur coup
trois verrs d'eau puis il se remit à
marcher il se sentait plein d'énergie en
se montrant crâne résolu à tout et en
exigeant des conditions rigoureuses
dangereuses en réclamant un duel sérieux
très sérieux terrible son adversaire
reculerait probablement et ferait des
excuses il reprit la carte qu'il avait
tirée de sa poche et jeté sur sa table
et il la relut comme il l'avait déjà lu
au café d'un coup d'œil et dans le
fiacre à la lueur de chaque bec de gaz
en revenant George lamille
51 rue monset rien de plus il examinait
ses lettres assemblées qui lui
paraissaient mystérieuse pleine de sens
confus George lamille qui était cet
homme que faisait-il pourquoi avait-il
regardé cette femme d'une pareille façon
n'était-ce pas révoltant qu'un étranger
un inconnu vint troubler ainsi votre vie
tout d'un coup parce qu'il lui avait plu
de fixer ser insolemment les yeux sur
une femme et le vicomte répéta encore
une fois à haute voix quelle
brute puis il demeura immobile debout
songeant le regard toujours planté sur
la carte une colère s'éveillait en lui
contre ce morceau de papier une colère
haineuse où se mêlait un étrange
sentiment de malaise c'était stupide
cette histoire-là il prit un canif
ouvert sous sa main et le piqua au
milieu du nom imprimé comme s'il eû
poignardé
quelqu'un donc il fallait se battre
choisirait-il l'épée ou le pistolet car
il se considérait bien comme l'insulter
avec l'épée il risquait moins mais avec
le pistolet il avait chance de faire
reculer son adversaire il est bien rare
qu'un duel à l'épée soit mortel une
prudence réciproque empêchant les combat
battant de se tenir en garde assez près
l'un de l'autre pour qu'une pointe entre
profondément avec le pistolet il
risquait sa vie sérieusement mais il
pouvait aussi se tirer d'affaire avec
tous les honneurs de la situation et
sans arriver à une rencontre il
prononça il faut être ferme il aura peur
le son de sa voix le fit tressaillir et
il regarda autour de lui se sentait fort
nerveux il but encore un verre d'eau
puis commença à se dévêtir pour se
coucher dès qu'il fut au lit il souffla
sa lumière et ferma les yeux il pensait
je toute la journée de demain pour
m'occuper de mes affaires dormant
d'abord afin d'être calme il avait très
chaud dans ses draps mais il ne pouvait
parvenir à sa soupire il se tournait se
retournait demeurait 5 minutes sur le
dos puis se plaçait sur le côté gauche
puis se roulait sur le côté droit il
avait encore soif il se releva pour
boire puis une inquiétude le
saisit est-ce que j'aurais
peur pourquoi son cœur se mettait-il à
battre follement à chaque bruit connu de
sa chambre quand la pendule allait
sonner le petit grincement du sort qui
se dresse lui faisait faire un sursaut
et il lui fallait ouvrir la bouche pour
respirer ensuite pendant quelques
secondes tant il demeurait
oppressé il se mit à raisonner avec
lui-même sur la possibilité de cette
chose aurais-je
peur non certes il n'aurait pas peur
puisqu'il était résolu à aller jusqu'au
bout puisqu'il avait cette volonté bien
arrêtée de se battre de ne pas trembler
mais il se sentait si profondément
troublé qu'il se demanda peut-on avoir
peur malgré soi et ce doute l'envahit
cette inquiétude cette épouvante si une
force plus puissante que sa volonté
dominatrice
irrésistible le domptait
qu'arriverait-il
oui que pouvait-il arriver certes il
irait sur le terrain puisqu'il voulait y
aller mais s'il tremblait mais s'il
perdait connaissance et il songea à sa
situation à sa réputation à son nom et
un singulier besoin le prit tout à coup
de se relever pour se regarder dans la
glace il ralluma sa bougie quand il
aperçu son visage refléé dans le verre
poli il se reconnut à peine et il lui
sembla qu'il ne s'était jamais vu
ses yeux lui parurent énormes et il
était pâle certes il était pâle très
pâle il restait debout en face du miroir
il tira la langue comme pour constater
l'état de sa santé et tout d'un coup
cette pensée entra en lui à la façon
d'une balle après dememain à cette
heure-ci je serais peut-être mort et son
cœur se remit à battre
furieusement après-demain à cette
heure-ci je serais peut-être
mort cette personne en face de moi ce
moi que je vois dans cette glace ne sera
plus
comment me
voici je me regarde je me sens vivre et
dans 24 Hees je seraai coucher dans ce
lit mort les yeux fermés froid
inanimé
disparu il se retourna vers la couche et
il se vit distinctement étendu sur le
dos dans ces mêmes draps qu'il venait de
quitter il avait ce visage creux qu'on
les mort et cette molesse des mains qui
ne remuront plus alors il eut peur de
son lit et pour ne plus le regarder il
passa dans son fumoir il prit machine
un cigare l'alluma et se remit à marcher
il avait froid il alla vers la sonnette
pour réveiller son vet de chambre mais
il s'arrêta la main levée vers le
cordon cet homme va s'apercevoir que
j'ai peur et il ne sonna pas
elle fit du feu ses mains tremblaient un
peu d'un frémissement nerveux quand elle
touchait les objets sa tête s'égarait
ses ces troubles devenait fuyante
brusque douloureuse une ivresse
envahissait son esprit comme s'il eû bu
et sans cesse il se
demandait que vais-je faire que vais-je
devenir tout son corps vibrait parcourut
de tressaillements saccadés il se releva
et s'approchant de la fenêtre ouvrit les
rideau le jour venait un jour d'été le
ciel rose faisait rose la ville les
toits et les murs une grande tombée de
lumière tendue pareille à une caresse du
soleil levant enveloppait le monde
réveillé et avec cette lueur un espoir
gai rapide brutal envahit le cœur du
vicomte était-il fou de s'être laissé
ainsi terrasser par la crainte avant
même que rien Fû décidé avant que ses
témoins eussent vu ceux de ce George
lamille avant qu'il sut encore s'il
allait seulement se
battre il fit sa toilette s'habilla et
sortit d'un pas ferme il se répétait
tout en marchant il faut que je sois
énergique très énergique il faut que je
prouve que je n'ai pas peur ces témoins
le marquis et le colonel se mirent à sa
disposition et après lui avoir serré
énergiquement les mains discutèrent les
conditions le colonel demanda vous
voulez un duel sérieux le vicomte
répondit très sérieux le marquis reprit
vous tenez au pistolet
oui nous laissez-vous libre de régler le
reste le vicontte articula d'une voix
sèche saccadée vint pas au commandement
en levant l'arme au lieu de l'abisser
échange de balle jusqu'à blessure
grave le col déclara d'un ton
satisfait ce sont des conditions
excellentes vous tirez bien toutes les
chances sont pour vous et ils partirent
le vicomte rentra chez lui pour les
attendre son agitation apaisé un moment
grandissait maintenant de minute en
minute il se sentait le long des bras le
long des jambes dans la poitrine une
sorte de
frémissement de vibration continue il ne
pouvait tenir en place ni ass ni debout
n'avait plus dans la bouche une
apparence de salive il faisait à tout
instant un mouvement bruyant de la
langue comme pour la décoller de son
palais il voulut déjeuner mais il ne put
manger alors l'idée lui vint de boire
pour se donner du courage et il se fit
apporter un carafon de RH dont il avala
coup sur coup si petit ver une chaleur
pareil à une brûlure l'envahit suivi
aussitôt d'un étourdissement de l'âme il
pensa je tiens le moyen maintenant ça va
bien mais au bout d'une heure il avait
vidé le carafond et son état d'agitation
redevenait
intolérable il sentait un besoin fou de
se rouler par terre de crier de mordre
le soir tombait un coup de timbre lui
donnait une telle suffocation qu'il n'ut
pas la force de se lever pour recevoir
ces témoins il n'osait même plus leur
parler leur dire bonjour prononcer un
seul mot de crainte qu'il ne devinassent
tout à l'altération de sa voix le
colonel
prononça tout est réglé aux conditions
que vous avez fixé votre adversaire
réclamait d'abord les privilèges
d'offenser mais il a cédé presque
aussitôt et a tout accepté ces témoins
son deux militaires le vicomte prononça
merci le marquis reprit excusez-nous si
nous ne faisons qu'entrer et sortir mais
nous avons encore à nous occuper de 1000
choses et il faut un bon médecin puisque
le combat ne cessera qu'après blessures
grave et vous savez que les balles ne
badineent pas il faut désigner l'endroit
à proximité d'une maison pour y porter
le blessé si c'est nécessaire et cetera
enfin nous en avons encore pour deux ou
3 heures le vicomte articula une seconde
fois
merci le colonel demanda vous allez bien
vous êtes calme oui très calme merci les
deux hommes se
retirèrent quand il se sentit seul de
nouveau il lui sembla qu'il devenait fou
son domestique ayant allumé les lampes
il s'assit devant sa table pour écrire
des
lettres après avoir tracé au haut d'une
page ceci est mon testament il se releva
d'une secousse et s'éloigna se sentant
incapable d'unir deux idées de prendre
une résolution de décider quoi que ce
fut ainsi il allait se battre il ne
pouvait plus éviter cela que se
passait-il donc en lui il voulait se
battre il avait cette intention et cette
résolution fermement arrêtée et il
sentait bien malgré tout l'effort de son
esprit et toute la tension de sa volonté
qui ne pourrait même conserver la force
nécessaire pour aller jusqu'au lieu de
la rencontre il cherchait à se figurer
le combat son attitude à lui et la tenue
de son
adversaire de temps en temps ses dents
s'entrechoquaient dans sa bouche avec un
petit bruit sec il voulut lire et prit
le code du duel de Château Villard puis
il se demanda mon adversaire a-t-il
fréquenté lesétirr est-il connu est-il
classé comment le savoir il se souvint
du livre du baron de veau sur les
tireurs au pistolet et il le parcourut
d'un bout à l'autre George lamille n'y
était pas nommé mais cependant si cet
homme n'était pas un tireur il n'aurait
pas accepté immédiatement cette arme
dangereuse et ses conditions
mortelles il ouvrit en passant une boîte
de Gastine Renette posée sur un guéridon
et prit un des pistolets puis il se
plaça comme pour tirer et leva le bras
mais il tremblait des pieds à la tête et
le canon remuait dans tous les sens
alors il se
dit c'est
impossible je ne puis me battre ainsi il
regardait au bout du canon
ce petit trou noir et profond qui crache
la mort il songeait au déshonneur au
chuchotement dans les cercles au rire
dans les salons au mépris des femmes aux
allusions des journaux aux insultes que
lui jetteraient les
lâches il regardait toujours l'arme et
levant le chien il vit soudain une
amorce brillé de dessous comme une
petite flamme rouge le pistolet était
demeuré chargé par hasard par oubli et
il éprouva de cela une joie confuse
inexplicable s'il n'avait pas devant
l'autre la tenue noble et calme qu'il
faut il serait perdu à tout jamais il
serait tâché marqué d'un signe
d'infamie chassé du monde et cette tenue
calme et crâne il ne l'aurait pas il le
savait il le sentait pourtant il était
brave puisqu'il voulait se battre il
était brave
puisque la pensée qu' l' effleura ne
s'acheva même pas dans son esprit mais
ouvrant la bouche toute grande il
s'enfonça brusquement jusqu'au fond de
la gorge le canon de son pistolet et il
appuya sur la
gâchette quand son valet de chambre
accouru attiré par la détonation et le
trouva mort sur le dos un jet de sang
avait éclaboussé le papier blanc sur la
table et faisait une grande tache rouge
au-dessous de ces quatre
mots ceci est mon
testament
27 janvier
[Musique]
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1884
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