1 Vues de vidéo·15 sept. 2024
Cette semaine l'émission "Rencontre avec" propose un entretien avec un prêtre théologien mais aussi philosophe et même romancier, issu de la grande famille de saint Dominique : le père Thierry-Dominique Humbrecht. Spécialiste de saint Thomas d'Aquin et de la pensée d'Etienne Gilson, philosophe français du milieu du XXe siècle, il est l'auteur de plusieurs dizaines de livres. "Comme nous sommes un ordre médiéval, nous disons souvent que nous n'avons pas de spiritualité. Mais en réalité, notre spiritualité c'est la théologie et principalement celle de saint Thomas d'Aquin ! Sa théologie est d'essence dominicaine parce qu'il est lui-même dominicain ! Ce qui fait qu'il y a chez lui une sorte d'anthropologie spirituelle dans laquelle on se retrouve", livre le frère Thierry-Dominique Humbrecht, op.
bonjour et merci de nous retrouver pour
cette émission où je rendc compte des
personnalités et intellectuelles qui
comptent dans le monde chrétien
d'aujourd'hui cette semaine je reçois un
membre de la famille des prêcheurs qui
est aussi prêtre théologien philosophe
et même romancier auteur de nombreux
ouvrages et surtout de milliers de page
consacré à Saint-Thomas Daquin et à
Étienne Gilson dont il est l'un des plus
éminents spécialistes français je suis
ravi de recevoir le frère Thierry
Dominique unbrchtte bonjour bonjour j
frère vous êtes frèrees ou vous êtes
père les deux et donc vous pouvez
employer l'un ou l'autre à votre choix
pour vous vous êtes plutôt frère vous
êtes plutôt père entre nous on dit
plutôt frère et sur les documents
officiel aussi père c'est pour que les
gens comprennent qu'on est prêtre aussi
et que ça leur pose pas de problème donc
on les met à l'aise en disant bah
appelez-nous père si vous préférez mais
on est frère parce que religieux et
religieux médiévaux où c'était la
dénomination frère frère Dominique frère
Thomas Daquin c'est comme ça qu'il
s'appelait et vous en tant que Thierry
Dominique vous vous sentez plutôt
dominicain ou prêtre ou est-ce que ça a
pas de sens ah c'est une bonne question
bah on est les deux donc on a accepté le
double programme mais c'est vrai que par
rapport à un prêtre séculier par exemple
qui se définit vraiment comme prêtre
nous on est d'abord religieux vivant en
communauté de surcroix et donc être prêt
est évidemment central et premier dans
notre vie mais mais pas
unique je crois que le point d'équilibre
est un peu différent d'ailleurs on
serait au milieu entre les prêtres
séculiers les prêtres de paroisse si
vous voulez et de l'autre côté les
moines qui alors eux bien plus que nous
encore se définissent d'abord comme
moine avec des prêtres parmi eux par
parce qu'ils en ont besoin nous on a une
sorte de centralité à la fois historique
entre ce haut moyen-âge des moines et
cette situation plus récente pourrait-on
dire du prêtre tel qu'on le connaît on
est des médiévaux du 13e siècle et je
pense que du point de vue de la la
répartition religieux et prêtre on est
dans l'entre deux aussi maintenant
évidemment on nous utilise surtout comme
des prêtres forcément à tel point
d'ailleurs que dans l'église on voit
d'abord en nous les prêtres et ce que
font les prêtres la dimension religieuse
parfois est peu perçu
si on si des gens ne nous voient pas au
quotidien près de chez eux chanter
l'Office par exemple ils savent même pas
qu'on est au cœur dans des stalles à
chanter l'Office vous avez parlé de
programme j'aime bien l'idée de
programme dominicain est-ce que ça fait
système pour vous donc frère prêtre et
Thomas Daquin est-ce que quand on est
dominicain on aime Thomas Daquin alors
système est un mot que je récuserai
parce que il est un peu négatif bien
bien des titres le père Marie Dominique
Chenu grande figure dominicaine disait
dans sa plaquette qui lui a valu par la
suite bien des ennuis mais disait une
phrase qui elle n'a pas été contestée
nous sommes dominicains pardon nous
dominicains nous sommes tomistes par
raison non plutôt par nature donc
c'était sa militance il avait un peu
romantique mais il avait parfaitement
raison c'est vrai que l'ordre a admis la
téologie de Thomas Daquin quelques
courtes décennies après sa mort il
fallait prendre position par rapport aux
autres familles spirit il y a un côté
institutionnel pour ne pas dire boutique
aussi mais mais enfin je crois qu'il y a
quelque chose de beaucoup plus profond
avec Thomas qui représente grosso modo
le territoire de la théologie catholique
dans son
développement le plus clair le plus
contemplatif le plus intelligent on se
retrouve sa théologie est d'essence
dominicaine parce qu'il est lui-même
dominicain et il y a une sorte
d'anthropologie spirituelle qui fait
qu'on s'y retrouve à tel point que chez
nous comme nous sommes des médiévaux
nous disons que nous n'avons pas de
spiritualité phénomène moderne notre
spiritualité c'est la théologie et la
théologie c'est la sienne parce que non
pas parce que c'est un objet l'objet
Thomas comme auteur encore que ce soit
très important mais parce que sa façon
d'entrer dans le mystère chrétien et
dans la théologie rend compte un peu de
la façon dont dont nous procédons nous
sommes là au fond pour avoir une
prédication doctrinale en gros ça
revient à ça et il nous y convit d'une
manière assez unique enfin il fait
partie de ces gens il n'est sans doute
pas le seul euh qui qui nous rendent
intelligent h mais justement qu'est-ce
que qu'est-ce que vous lui trouvez à
Thomas comment est-ce que quand vous
quand vous présentez Thomas Daquin soit
au petits dominicains soit aux braves
gens qui vous disent mes pères
parlez-nous de Thomas Daquin qu'est-ce
que vous leur dites d'abord qu'est-ce
qui pour vous est le le cœur de euh je
dirais à ceux qui commencent et qui
auraient presque des troubles à son
égard je dirais d'abord la clarté
d'exposition la simplicité du discours
c'est pas du tout quelqu'un d'obscur il
y a très peu de jargon bah il y a 30
mots de vocabulaire philosophique il en
faut bien quand on est médecin il y en a
plusieurs centaines et personne ne se
plaint donc il y a une trentaine de mots
qu'il faut un petit peu maîtriser par la
force des choses mais une fois qu'on les
a un peu en tête c'est d'une clarté
parfaite c'est sobre les phrase tombe
sans un mot de trop il y a une sorte
d'immédiateté du discours enfin de la
façon de dire à ce qui est dit et ça on
y entre on le goûte euh si on en goûte
j'allais dire la la sobriété euh je
dirais même qu'après on a bien du mal à
revenir à des discours sur les mêmes
choses avec la même doctrine mais dans
un langage plus diffus ça vous tbe des
mains en gros tandis que là il y a une
sorte de de force et de clarté du
discours qui qui qui séduit je pense et
je pense à j'ai un ami jeune philosophe
alors laïque professeur qui faisait son
stage d'agrégation de philo avec
d'autres jeunes qui avaient à se faire
les uns aux autres une leçon
d'agrégation et cet ami qui était chargé
de faire la leçon sur Dieu avait glissé
une des parties sur Saint- Thomas un
texte de Saint-Thomas devant de jeunes
agrégés qui n'en avaient jamais entendu
parler et il y en a un je n'oserai pas
pour la télévision reproduire son
vocabulaire qui était plutôt brutal ça
lui a décroché la mâchoire il voyait en
une page la force de cette pensée la
clarté euh dans la manière de dire il
n'avait jamais rencontré ça et je pense
que on le sent maintenant il y a aussi
ce qu'il a à dire c'est il s'agit de
développer le mystère chrétien c'est
l'intelligence du mystère chrétien c'est
le rôle de la théologie il y a rien de
miraculeux là-dedans mais d'autres l'ont
fait avec d'autres moyens mais il y a
une comment dirais-je une une clarté une
force particulière une puissance
d'analyse une sobriété pour l'exprimer
une sobriété qui va croissant d'ailleurs
dans son œuvre dans ses toutes premières
œuvres je pense à un petit opuscule sur
les temps et les S qui qui est souvent
utilisé parce qu'on comme il est bref on
le croit facile c'est tout le contraire
j'ai même l'impression que c'est c'est
une œuvre d'étudiant pour répondre à à
une demande d'un ami qui le croit Benet
et il il lui écrit un livre en réponse
c'est un peu complexe presque un peu du
jeune intellectuel qui j'allais dire qui
se la pète un peu enfin qui qui qui a
encore la difficulté technique comme
comme instrument alors que la Somme de
théologie qu'il a écrite pour des
débutants qui fait reculer tout le monde
quand on voit les quatre gros volumes
c'est effectivement pour des débutants
par comparaison les questions disputées
exercice médiéval universitaire très
connu c'est recueil de questions
disputées par rapport sont des ouvrages
de recherche là ce sont des ouvrages
pour Master Doctorat la somme c'est fait
pour des débutants alors il a peut-être
mis la barre un peu haut pour des
débutants napolitains italiens pour
lesquels il a dû écrire l'ouvrage je
suis pas sûr qu'à son époque ils aient
pu le lire si facilement mais quand même
h HM il a cette capacité on s'y retrouve
il y a une anthropologie je pense et et
une manière de de vivre à la fois sa
théologie ou sa philosophie pour
l'instant je distingue pas sa manière
d'exprimer le mystère et la manière
notre manière de vivre et de prêcher on
en sent petit à petit la la profonde
fusion enfin la la même intuition est-ce
que vous diriez que la la pensée de
Thomas c'est une pensée tomiste
ou c'est simplement la théologie
de son intention c'était de faire de la
théologie il n'a pas cherché à être
thomiste puisque ça n'existait pas il
n'allait pas se copier lui-même mais il
a voulu exposer le mieux possible le
mystère chrétien la tradition chrétienne
la religion chrétienne c'est ça sonne
presque comme Calvin la religion
chrétienne c'est dans le prologue de la
Somme de théologie dans sa totalité
c'est ce que tout le monde fait donc en
s'appuyant sur la Bible bien sûr sur les
textes des conciles pour autant qu'on
les aille les a pas tous ou pas tous
tout de suite les docteurs de l'Église
pour autant qu'il les ait là aussi et il
Râ de ne pas avoir tous les pères
orientaux qui dont il aimerait avoir les
traductions et les docteurs
contemporains mais qu'on ne cite jamais
ça se fait pas donc au fond la théologie
c'est la doctrine sacrée comme il le dit
c'est cet ensemble h il s'agit d'exposer
le mieux possible la religion chrétienne
avec toute sa tradition culturelle donc
il fait pas duutomisme mais on pourrait
dire comme alors à son époque en ress
prend un peu le champ je ne sais pas moi
Bonaventure qui est son strict
contemporain Albert lerand qui est son
maître donc il a une petite génération
de plus euh il parle des mêmes choses
avec les mêmes mots ce sont les mêmes
problèmes parfois les mêmes objections
d'étudiant qu'on retrouve chez les trois
maintenant donc ça a dû être de vraies
objections à la base mais il fait la
différence par ses réponses chacun
répond de toute façon personnellement
mais souvent il creuseent la distance h
sans trop le dire parce qu'on est à une
époque où on ne se glorifie pas d'être
novateur à l'inverse de nous aujourd'hui
où dès qu'on a une petite idée on dit je
suis en profonde rupture avec non non au
contraire on seoule dans une tradition
dans un flux quitte presque à dissimuler
ce qu'on a de neuf je pense par exemple
parce que c'est ce petit passage me me
saisit beaucoup c'est dans une question
disputée sur l'essence de Dieu sur le
rapport entre S être et essence en Dieu
c'est pas un sujet commode si on veut et
dans une réponse à une 9e objection dans
une 9è réponse vous savez ça fait quatre
lignes hein une réponse comme ça trois
fois il dit moi ce que j'appelle être
c'est la perfection toutes les
perfections ce que j'appelle être c'est
l'acte de tous les actes ce que
j'appelle être trois fois il y a une
scansion h HM euh c'est pas son c'est
pas son style il ne le fait pas je n'ai
pas d'autres exemple on a l'impression
d'une véritable réponse faite en
amphithéâtre reportée par le secrétaire
c'était des repartations comme on disait
presque à l'état brut vous voulez savoir
ce que j'appelle être moi à la
différence de ma tradition augustinienne
pour qui l'être c'est d'abord l'essence
de Dieu ben je vais vous le dire et pour
moi l'être c'est ça là il craque et tout
d'un coup il dit quelque chose de plus
personnel semble-t-il mais sinon il
reste un peu en retrait et vous vous
êtes tomiste où vous vous sentez euh
alors vous utilisez Thomas comme une
sorte d'outil mais
général alors le le problème c'est que
tomiste aujourd'hui peut avoir plusieurs
couleurs enfin plusieurs manières de euh
de se présenter s'il s'agit d'être
attaché à Thomas de l'étudier de
l'enseigner et d'en vivre de d'en
nourrir de s'en nourrir comme d'une
substance qui fait vivre oui à 100 %.
j'ai pas trouvé mieux et du coup comme
dirait euh Gilson Thomas aide à lire les
autres l'inverse n'est pas vrai et on se
sent immédiatement à l'aise dans des
auteurs anciens ou modernes parce qu'il
donne un esprit clair je pense à
teltomis d'une génération précédent la
nôtre qui était ensuite venue à Idger il
expliquait Idger dans les années 80 avec
une clarté qu'aucun ID Guerrien n'était
capable de parce que il avait l'esprit
clarifié par sa formation Tomis initiale
donc sous le rapport de la nourriture et
de la de l'enseignement oui c'est
évident maintenant quel type de tomisme
parce que jeallais dire c'est là
qui comment
dire au fond il y a plusieurs tendances
dans l'OM
du 20e siècle de la fin du 19e siècle et
du 20e siècle qui à mon avis se
distribue autour de deux polarités
centrales ou bien un tomisme dit
simplifiant spéculatif c'est-à-dire
Thomas est un point de départ une boîte
à outils justement un instrument et le
but c'est surtout à partir de lui de
s'autoriser des des suites des
constructions des compléments avec
d'ailleurs cette un peu curieuse
dénomination chez Saint- Thomas oui ça
n'était qu'implicite on va le faire
passer à l'explicite moi ça me sidère
parce que c'était pas la peine qu'il a
écrit 20000 pages pour être rester sans
arrêt dans un implicite un peu magma
voyez enfin bon mais non mais oui il n
pas parlé de ça alors si ce sont des
problèmes qui n'étaient pas de son
époque d'accord mais j'ai pu
m'apercevoir parfois pour certains
sujets que s'il n'avait pas parlé de
quelque chose avec certains termes c'est
pas parce qu'il y avait pas pensé c'est
qu'il voulait pas en fait et donc là il
faut aller jusque là pour se rendre
compte que ces équilibres tiennent à des
à des silences aussi mais là faut
prendre le temps de les écouter donc le
tomisme spéculatif qui essaie et c'est
tout à fait noble de l'actualiser c'est
ce que l'Église demande finalement de le
rendre actuel pour nous aujourd'hui de
le prolonger de le rendre moderne grande
figure maritin h finalement et l'autre
pôle ce serait un SaintThomas alors
qu'on a dit historique parce qu'il
fallait revenir pour ne pas aller trop
loin dans l'extrapolation précédente à
un Thomas étudié par lui-même et pour
lui-même comme un
auteur donc on respecte son œuvre on s'y
plonge dans un écosystème on cherche pas
à prolonger ce qui n'en a pas besoin un
peu comme si je vous disais je viens de
relire toutes les fables de La Fontaine
j'ai ajouté des paragraphes parce que
j'estimer que ça se terminait
insuffisamment les gens vont vous
regarder il s' fout il est pas bien ce
donc il y a pas à prolonger saint Thomas
que faut-il prolonger alors ça va être
la question mais d'abord revenir à
Thomas pour le le comprendre de
intérieur dans son contexte disait le
père Chenu là ce serait Chenu Gilson si
vous voulez comme école ça a permis de
nettoyer un peu des excroissances qui
finalement l'avaient obscurci parce que
non pas parce qu'elles étaient modernes
non pas parce qu'elles étaient
actualisantes mais parce que et c'est le
paradoxe elle se voulait actualisante
mais était comme un comme par instinct
un retour à d'autres périodes
antérieures duutisme notamment baroque
beaucoup plus rationalisante ce qui
malgré tout provoquer une des ruines
duutisme au 20e siècle c'est un côté
trop trop rationnel trop logique trop
trop sec mais c'était pas lui ça c'était
des
périodes postérieur de grands
commentateurs qui avaient fait ce qu'ils
avaient à faire à leur époque mais qu'on
a cru à tort par naïveté je pense avoir
été ces grands commentateurs cachetan
Jean Saint-Thomas et d'autres des
continuateur c'estd ils avaient expliqué
Saint- Thomas non je pense qu'ils ont
voulu faire autre chose ils ont fait de
la théologie pour leur époque pour h siè
17 siècle jeanomas c'est le début du 17e
siècle une génération à peine avant des
cartes donc il cherche la certitude il
il a d'autres points d'appui plus
rationnel pourrait-on dire et donc il
fait du saint Thomas parce qu'il y croit
parce qu'il aime ça parce que c'est la
chair d'enseignement institutionnel et
qu'il faut être tomisee pour percer mais
en fait l'un et l'autre ont voulu faire
autre chose et donc là je crois qu'il y
avait un peu de de pagaille dans notre
interprétation notre réception de tout
ses auteurs par surcouche revenir à
Thomas permet de voir des choses chez
lui qu'on ne voyait plus un peu comme le
le décapage de la chapelle six il y a 25
ans quand on a commencé à enlever toute
la Crass qu'il avait je ne dis pas que
les Tomis sont de la Crass mais voyez il
y a eu des protestation qui disit vous
vous enlevez la couleur oui c'est ça or
la couleur sombre nous donnait une
vision de la chapelle 16 un peu
postromantique c'est-à-dire on était
dans les brumes mais non c'est c'était
vra c'était vraiment de la suie et donc
tout d'un coup on a vu des des verrs
citronnés criard c'est un peu ça pour
saint Thomas il y a du ver citronné
criard je pense que c'est c'était une
bonne école
maintenant est-ce que ça empêche
d'actualiser non mais ça permet de pas
partir dans le décor c'est ça et là on
est libre d'actualiser autrement mais
sans avoir la naïveté d'une continuité
qui n'en était pas tout à fait une et
vous c'est quoi votre verre citron é
criard de Thomas quel est le parce que
vous avez écrit plusieurs livres hein
théologie négative et non divin chez
Saint- Thomas d'quin ça c'est votre
thèse euh de philosophie je crois euh
Trinité et création au prisme de la voix
négative chez Saint-Thomas Daquin ça
c'est la thèse de théologie et puis vous
avez fait une une habilitation à diriger
des recherches Thomas Daquin Dieu est
métaphysique alors tout ça est chez
parole et silence ou chez Vrain c'est ça
c'est quoi votre vrai votre verre criard
à vous qu'est-ce que vous avez réussi à
décaper bon moi j'ai rien réussi du tout
j'ai j'ai simplement essayé pendant des
années de de lire Saint- Thomas de près
euh ben c'était déjà un gros effort
quand même non pas encore une fois il
n'est pas difficile il y a quand même
une difficulté si c'est la masse c'est
un peu gros c'est gros et il aborde les
mêmes sujet plusieurs fois dans sa
carrière et donc le temps de faire le
tour d'un même sujet avec les choses un
peu voisines dans plusieurs œuvre ça
prend du temps et ça ça c'est un peu
austère parce que on peut pas tout
épuiser en quelques chapitres encore que
pour des ceux qui commence je je nous
conseillons souvent de de lire vraiment
des chapitres antiers des questions
entières pas en picorant des des belles
phrases mais vraiment pour y entrer pour
rentrer dans un écosystème où tout se
répond
rien est mis en avant lire un texte en
lisant un texte tout simplement comme
comme pour tout le monde mais oui bien
sûr or évidemment la tentation Thomas il
a tellement été lu de manière scolaire
que on a extrait des phrases qu'on
ériige en principe en axiome il y a pas
de principe il y a pas d'axiome mais
alors voyez je prends un exemple une
phrase très utile aujourd'hui dans les
débats sur grâce et nature la grâce ne
détruit pas la nature mais la rend
parfaite ça c'est une phrase de Thomas
la grâce ne détruit pas la nature mais
la rend parfaite est-ce que vous pouvez
l'expliquer alors la vie de la grâce
donc Dieu enant qu'il qu'il est dans
notre âme qui nous rend chrétien qui
nous transforme est-ce que du coup il va
modifier ce qu'il y a d'humain en nous
d'abord en général et éventuellement
est-ce que je sais pas moi est-ce qu' il
estompe nos défauts ouis bah oui et non
on est toujours ce qu'on est un peu
comme on dit du jeune prêtre oh dis donc
tu es toujours le même quand même vous
voyez enfin quand tu es toujours le même
oui sauf que la grâce est transformante
aussi elle nous conduit vers le ciel
elle fait croître en nous les vertus
humaines les vertus théologales la vie
spirituelle oui mais c'est toujours nous
Saint- Paul c'était un docteur de la loi
juive c'est devenu un docteur de la
grâce et il reste il reste insupportable
et il reste insupportable et c'est
toujours un docteur et c'est toujour et
c'est pour ça qu'il a été choisi bon tel
quel enfin il n'est pas devenu autre
Pierre Simon était un pêcheur il est
devenu pêcheur d'homme et ainsi de suite
bon cette phrase de Thomas qui
ramassé sert de principe chez Thomas
elle elle est présente de temps en temps
un peu au détour de d'un exposé ça n'est
jamais un début de de démonstration qui
servirait voyez de lumière pharaonique
et le danger ce serait de les détacher
et voyez d' d'en faire en retour des
principes un peu trop mathématiques des
axiomes pourrait-on dire non il faut les
les laisser dans leur contexte ah oui
mais alors du coup faut le lire le
contexte et là j'en reviens à l'effet de
masse c'est-à-dire tout d'un coup pour
se rendre compte que telle phrase est
importante faut l'avoir vu souvent donc
avoir lu beaucoup ça c'est un peu le
prix à payer en tout cas pour le tésard
c'est un peu le prix à payer hm hm bon
mais euh ben voilà enfin c'est je pense
que Thomas gagne comme tout auteur à
être lu cursivement en entier alors euh
quand on peut dans l'entier qu'on peut
oui alors ça peut être une question euh
euh comme le catéchisme l'Église
catholique surtout pas par numéro par
traité complet et donc vous quel
qu'est-ce qui est pour vous l'intuition
qui vous a le plus alors moi les
domaines qui m'intéressaient c'est ce
qui tournait autour de Dieu d'un point
de vue un peu philosophique h hein et
donc euh j'ai découvert chez Thomas
parce que ça je m'en doutais pas
forcément au début le fait bien sûr
qu'il en a beaucoup parl mais que entre
sa reprise du dieu d'Aristote mettons et
l'exposé chrétienne de Dieu il pouvait y
avoir une sorte d'entre deux sa reprise
de Denis laréopagite auteur mystérieux
du 6e siècle un néoplatonicien chrétien
qui se fait passer pour le compagnon de
de Paul à l'Aréopage on sait depuis le
19e siècle qu'en fait non c'est un
auteur du 6e siècle mais pour Thomas
c'est un pseudo apôtre pour Thomas et
pour tout le monde à son époque Bossuet
pour tout le monde et donc un quasi
apôtrre enfin un auxiliaire d'apôtres et
donc une grande signature et donc cet
auteur qui est probablement un
philosophe païen élève de Proclus donc
l'ultime école d'Athène qui se convertit
qui devient moine en Syrie et qui
réécrit la grande philosophie grecque en
des termes chrétiens c'est c'est une
œuvre géniale mais alors avec un style
impossible euh
efflorescent bon maximaliste Thomas
comme Albert ben il dit bon on intègre
ou on on inègre pas ils intègrent c'est
un gros effort c'est un gros effort
Thomas même se plaint du style obscur de
Denis il se plaint jamais du style du
style obscur d'Aristote il aurait pu bon
donc c'est dire qu'il a peiné bon mais
il l'a il l'a fait c'est-à-dire il l'a
intégré dans des termes plus peut-être
plus plus raisonnables enfin plus moins
excessifs disons et donc ce territoire
je l'ai découvert en me disant oui or
ces auteurs disent des choses
intéressantes sur notre connaissance de
Dieu avec des moyens philosophiques mais
alors est-ce de la philosophie ou de la
théologie c'est dans un entre deux
étrange en fait c'est de la théologie
euh et j'ai voulu étudier plutôt ça et
même la métaphysique puisque vous y
faisiez allusion et que ça a été l'objet
de mes 10 dernières années même la
métaphysique chez
Thomas a été enseigné peut-être
excessivement à la à la période moderne
disons depuis la reprise duutisme dans
l'Église comme une matière strictement
et seulement philosophique euh séparée
une philosophie séparée donc livré clé
en main avant la théologie ce qu'on fait
finalement dans les séminaires ou des
choses comme ça orors je crois c'est une
déformation de ce que Thomas a fait euh
ça c'est au contraire une acception
beaucoup plus moderne de la de la
métaphysique c'est-à-dire de la
philosophie en général c'est c'est 16e
siècle c'est Suarez c'est le jésuite
c'est le concile de 30 c'est face aux
protestants qui ni toute possibilité à
la raison d'accéder à une connaissance
par elle-même à cause de sa corruption
par le péchur originel donc seul la foi
seul la grâce font le travail hein benah
la réaction catholique a consisté à
glorifier la raison la nature
l'humanisme le baroc et cetera et donc
on a érigé la philosophie déjà classique
en une philosophie complète clé en main
livré avant la théologie pour soutenir
comme un socle la théologie ce qu'on
appelle la métaphysique une sorte de
parle de Dieu sans parler de Dieu elle
existait déjà mais elle a pris un statut
plus séparé plus autonome et ça Thomas
il a pas fait ça or c'est c'est pourtant
cela qu'on a enseigné longtemps ce qui a
contribué à dégoûter certaines
génération de la scolastique parce
qu'elle était rationalisante un peu
desséchée enfin faisant semblant d'être
détaché de la théologie alors qu'en fait
si on était un peu averti on voyait bien
que c'était des théologiens qui
pensaient en ces termes et donc je me
suis dit revenons à Thomas au fond lui
il se situe comment là-dedans et je me
suis aperçu que les interférences disons
entre philosophie et théologie étaient
beaucoup plus importantes qu'il n'y
paraissait alors si on veut voir le le
best of vra 2023 introduction à la
métaphysique de Thomas
là vous condensez un peu voilà c'est un
petit après le gros qui est vraiment
très
gros un site célèbre de vente en ligne
dit 1, 57 pour l' HDR donc c'est voilà
pour caler une armoire normande c'est
parfait vous là vous faites en 250 g oui
là voilà là il fallait faire quelque
chose de très court ça n'est pas un
résumé j'ai voulu l'écrire autrement
avec un élan particulier quelques idées
poussées mais une introduction à la
métaphysique dans son pour dire son type
d'équilibre c'est ça voilà Étienne
Gilson ça c'est quelqu'un dont vous
parlez souvent d'abord qui est-ce milieu
milieu du du 20e siècle Ettien Gilson
est un philosophe français né en
1884 mort en
1978 et Jacques maritin qui est son
strict contemporain il se connaissaient
d'ailleurs c'est 1882 mort en 1973 donc
ils se sont vraiment ils ont traverser
le siècle de la même façon c'est un
philosophe français d'origine catholique
républicain catholique début du 20e
siècle qui a finalement euh franchi les
étapes du grand schlem de la carrière
universitaire Normal Sup excepté et on
sait toujours pas pourquoi il a voulu
choisir la philo tout de suite donc
agrégé de philosophie très
jeune professeur à la Sorbonne auutes
études à Harvard au Collège de France
euh et Académie française bon et il a
produit tout le monde devrait le
connaître et Ben et tout le monde
devrait le connaître et il et il a écrit
une œuvre et alors vraiment considérable
en masse et en impact parce que il a
fait il est parti de descart comme tout
français du début du 20e siècle à
l'université laïque on parle de
Descartes et on l'a il a été aiguillé
par les les vies brûes si j'ai bonne
mémoire vers les sources médiévales
possibles de Descartes et il a découvert
un monde absolument inconnu à cette
époque le monde des philosophes
médiévaux pour s'apercevoir à la fin de
sa
fallait oser à l'époque dans la Sorbonne
anticléricale et laïque du des années
1920 en on a même pas idée de ce que
c'était que le meilleur de ce qu'il y a
dans Descartes se trouve chez les
médiévaux en lui en mieux et donc
Descartes représente moins un
enrichissement qu'un
appauvrissement vous imaginez bon
l'ambiance oui j'imagineamb et de ce
fait du coup il est passé assez vite à
la philosophie médiévale comme telle
qu'il a enseigné as Strasbourg en 1919
dans l'université redevenue française
voyez c'est en après la guerre enfin il
y a une ambiance aussi et et de fil en
aigui il a écrit une première version
sur Thomas Daquin B il fallait bien
parler de lui bonne aventure puis
Saint-Augustin puis Saint-Bernard plus
tard don Scott eloisea Bellard enfin il
a fait une œuvre de philosophe
médiéaviste considérable en réhabilitant
la
matière en produisant des monographies
plusieurs éditions d'utomisme et quand
on dit plusieurs éditions parce qu'on
parle beaucoup des œuves complètes
aujourd'hui c'est pas seulement une
réimpression c'est une réécriture en
profondeur montrant l'évolution de sa
pensée une quantité d'articles à peine
imaginables et euh au fur et à mesure de
sa vie des interventions dans le monde
politique ou social qu'on avait
complètement oublié mais qui maintenant
sont édités dans les deux premiers tomes
des œuvres complètes par exemple dans
les années 45
50 plus d'une centaine d'articles dans
le monde sur la situation politique il a
même été sénateur MRP en 46 47 un des
seuls grands intellectuels français avec
marittin à n'avoir pas pactisé avec
Vichi
bon alors bon sénateur ça s'est pas très
bien passé parce que les les queue de
ceris l'intéressaient peu j'ai lu les
vous savez les minutes du Sénat où
visiblement il roupille pendant 300
pages de de rapport d'un coup il se lève
en disant faudrait quand même augmenter
la paye des profs de gym en France bon
et puis il se rendort bon c'était il
était pas à sa place mais enfin il était
là pour représenter une certaine qualité
franç française de la vie intellectuelle
et il sa'est jusque dans les années 60
avec maritin avec Lubac tout ça ils ont
protesté contre un certain délabrement
de l'Église de France suite au concile h
HM avec des articles retentissants dans
les années 60 sur les traductions du
missel en français pas sur le Concil ça
lui pose aucun problème pas la liturgie
ça lui pose aucun problème les
traductions françaises du missel qu'on a
subi jusqu'à il y a 2 ans finalement le
fameux consubstantiel et il a dit mais
enfin suis chismatique ça a été un de
ses grands articles à l'époque il y a eu
par qu'il connaît parfaitement la
tradition chrétienne il y a il sait ce
que veut dire qu'on substantielle mais
oui il il a fallu des siècles aux
évêques qui se sont entretués à niissé
pour fixer un peu le vocabulaire pour
dire des choses et en quelques années
des évêques incultes nous fichent tout
par terre c'était le dépérissement
culturel qui le hérissait en quelque
sorte bon et il y avait encore une fois
maritin Lubac moriaak et quelques autres
qui avaient protesté dont certains
laïques là personne les avait écouté
c'est assez amusant on nous parle de
cléricalisme c'est assez drôle enfin bon
c'est un surtout un grand universitaire
qui a quand qui s'est quand même commis
par intermittence dans la vie sociale et
politique mais surtout et c'est là où ça
devient intéressant outre le fait que
c'est un styliste éblouissant ce qui est
rare c'est que petit à petit à force
d'en faire à force de comparer les
médiévaux au fond il en est venu à une
préférence de saint Thomas par
comparaison alors bon il était
catholique on sent que même quand il
n'est pas encore Tomy pourrait-on dire
il est déjà assez proche d'une manière
de faire qui le rapproche de Saint-
Thomas mais la préférence Tomis chez lui
s'est faite par comparaison avec tous
les autres et ça c'est unique parce que
finalement les tomistes à l'époque ils
étudiaient saint Thomas seulement donc
c'était une
préférence comment dirais-je une sorte
de préférence ecclésiale une préférence
de de rattachement lui notamment en
métaphysique ça a été quand même le le
grand scoop de du début des années 40 il
dit il a fait la même que Heideger
l'histoire de la métaphysique
occidentale c'est celle en gros de
l'oubli de lêre Heidegger termine
là-dessus en disant et personne ni a
repenser sauf moi-même qui fait
l'analyse et gils on dit oui c'est la
pente naturelle de l'esprit humain de se
contenter des essence d'oublier l'être
tous sauin Thomas Daquin et il
s'aperçoit de ça au cours des années 30
donc je pense même qu' s'aperçoit pas
qu'il y pensait depuis plus longtemps
sans le savoir il dit 39 40 mais je
pense que c'est antérieur mais il
s'aperçoit qu'il y a chez Thomas une
perception de l'être ce que j'appelle
être voyez le le le cri de tout à
l'heure du pédagogue ben c'est c'est
quelque chose de plus profond que la
saisie des concepts et Thomas était de
son point de vue le seul à l'avoir vu et
ça a été vite perdu ou contesté après
lui et il dit là Thomas est le plus
grand et c'est ça qu'il a voulu faire
passer dans la suite dans les décennies
suivantes et quel est l'enjeu parce que
là on va arriver justement à des choses
tout ça est très très spéculatif on se
dit mais non en fait c'est extrêmement
concret alors ce qui est concret c'est
que la figure de gillesson a été un peu
oubliée estompé parce que dans les
années 60 où on s'intéresse vraiment
d'autre à autre chose hein dans
l'université française où dans les idées
c'est c'est Sartre c'est Marx c'est le
structuralisme c'est tout ce qu'on veut
lui c'est déjà un vieux monsieur d'une
certaine manière il n'est plus au
Collège de France depuis 10 ans donc il
continue à écrire mais son rayonnement
un peu comme maritin considérable dans
les années 20 et 30 ben par la force des
choses ou 50 même s'estompe un peu donc
il était un peu en retrait quoique
toujours publié par son éditeur
principal la maison Vrain qui l'a
cofondé d'ailleurs euh mais enfin et
puis euh il y a une sorte de renaissance
pourquoi de mon point de vue parce que
euh Gilles sonc est un universitaire
impeccable dont l'ombre place plane sur
tout le monde euh
même ceux qui j'allais dire le
contesteraient ou bien pour ses
positions d'historien parce que depuis
il y a des choses qui ont évolué ce qui
est tout à fait normal ou bien en fait
aussi par son rattachement catholique
romain
et insolemmentomiste parce qu'il a une
verve française comme on la souhaite à
beaucoup donc et il se gêne de moins en
moins à mesure que les années passent il
a il a un éclat chez lui il a un panache
français qui fait que dès qu'il ouvre la
bouche et qu'il dit quelque chose c'est
immédiatement écrasant h et ça ne plaît
pas à tout le monde et je pense
qu'aujourd'hui encore j'assiste moi-même
amusé à des à des des jeux des
entrecroisements comme ça de de petit
froissements n'importe quel jeune
universitaire va commencer son topo en
disant Gilson à dit ceci sur telle
hauteur n'importe qui je vais vous
prouver le contraire très bien bonne
chance assie-toi toi le nain sur les
épaule de ce géant tu verras plus loin
c'est fait pour ça un géant mais
justement c'est fait pour ça
c'est-à-dire que c'est un personnage qui
dont l'ampleur est considérable tout le
monde le reconnaît on peut ne pas être
d'accord avec lui mais j'allais dire
c'est peut-être le seul capable de faire
entrer Thomas dquin à l'université avec
une une noblesse universitaire reconnu
parce que il est impeccable de ce point
de vue marittin ne passe pas h parce
qu'il est plus apôtre il s'est moins
accroché à l'institution
universitaire aux habitudes aux lois de
l'université soumission aux
universitaires g il a moins de notes de
bas de page il y a moins de notes voilà
exactement Gilson si est soumis il en a
fait plus que les autres des notes de
bas de page et et du coup et en même en
se soumettant à l'appareil il a écrasé
l'appareil parce que il était plus fort
enfin écrasé c'est une manière de dire
mais il était plus fort et son œuvre est
magnifique il y a des universitaires
aujourd'hui qui vont dire même son
Saint-Augustin de la fin des années 20
je crois que c'est 29 ou 30 alors il
peut être dépassé par bien des aspects
mais la puissance d'analyse fait qu'on
on le lit toujours et un un jeune
étudiant aujourd'hui qui n'a n'est pas
toujours fortuné s'il a un livre à
acheter ce sera peut-être celui-là pour
commencer et il me semble que tant pour
des auteurs médiévaux en général que
pour Thomas daakin en particulier un
étudiant d'université qui veut pas non
plus trop se mouiller avec des choses
d'église et c'est légitime voyez pour
respecter sa neutralité de pensé et de
rattachement eclésial peut commencer par
Gilson ça va le faire croître le nourrir
et en fait souvent le transformer c'est
là où on est un peu gagnant à la sortie
mais je l'ai constaté plusieurs fois et
donc il me semble que Gilson peut servir
de marche-pied de transmission c'est un
passeur plédoyer pour Gilson pldoyer
pour Gilson est-ce que c'est aussi un
modèle pour vous c'est-à-dire cette
cette dualité d'un d'une recherche
extrêmement théorique enfin quand même
assez et puis quand même un engagement
vous avez dit
sénateur écrivant dans le dans le
journal Le Monde et cetera est-ce que
pour vous un ça doit être ça alors pour
moif ENF pour moi personnellement non
non parce que je suis religieux je suis
religieux je suis prêtre et donc sous ce
rapport il me semble que un religieux
prêtre n'a pas à entrer dans l'arèine
socioppolitique comme disait le Concil
Vatican de très justement le temporel et
le domaine des laïques h pas de
cléricalisme et je pense que lorsque les
prêtres se mêlent de politique d'abord
ils disent souvent des bêtises mais
quand bien même n'en dirait-il pas ça
n'est pas leur domaine c'est le domaine
des laïes donc par exemple un un engage
enfin une parole sociale massive ou
politique massive ou des choses les
choses qu'a fait Gilson ou cell qu'a
fait maritin à sa façon ambassadeur au
Vatican tout ça c'est le rôle des
laïques et de ce point de vue on a deux
belles figures complémentaires si on
veut hein de de l'intellectuel
catholique laïque qui a plus de liberté
sous ce rapport d'ailleurs il y a des il
y a des pages à mourir de rire de
gillson sur c'est dans son
autobiographie intellectuelle le
philosophe et la théologie euh c'est le
dernier chapitre sur être tomiste en
gros il il faut du temps pour sa'avouer
tomiste vous savez mais le jour où on
franchit le pas les ennuis commencent
parce que d'abord les véritables
universitaires vous tournent le dos et
ensuite vous entrez dans un monde le
celui des thistes et là vous vous
trouvez avec des voisins de lit plutôt
inattendus il y a de tout et ce sont pas
des gens faciles et Dieu m'a fait la
grâce de ne pas être dominicain parce
que là j'en aurais vu des des vertes et
des pamures donc là il y a une tirade
qui est géniale donc je pense et il dit
maritin et moi c'est dans une
correspondance où je sais plus très bien
si nous avions été prêtres nous
n'aurions pas pu écrire le ctiè de ce
que nous avons fait ils avaient la
liberté du laïque dans un dans le
domaine qui leur était propre c'est
aussi pourquoi à mon avis ni l'un ni
l'autre pour les prendre ensemble enfin
ce sont de certaine manière peu
aventurés en théologie respectant le
domaine des théologiens même si à mon
sens en thologie il valait bien trois
théologiens ficelés comme des asperges
d'Acton mais il y avait il y a quand
même une sorte de réserve ils se sent
laïque mais vraiment profondément laïque
mais Laï connaissant parfaitement la
théologie et pouvant l'exposer
admirablement est-ce que vous diriez que
vous vous pouvez vous engager sur le
plan eclésial du coup alors eclésial
parce que vous avez écrit he
l'évangélisation impertinente guide du
chrétien au pays des postmodernes en
2012 oui bah d'une certaine manière
c'est une prédication ça relève de la PR
éducation chrétienne et d'une réflexion
sur l'état de la société en tant que
concerné par la place de
l'évangélisation faudrait pas aller
tellement plus loin à mon
sens au plan politique ou alors vraiment
en amont pour parler de l'anthropologie
chrétienne enfin ce qui est en jeu mais
il faut pas descendre trop bas c'est pas
notre rôle je pense en revanche créer
des liens ou manifester les liens entre
une certaine idée de la théologie et de
la place du christianisme et de son
efflorescence dans dans la vie sociale
oui mais je pense que c'est vraiment au
laïque de faire le travail et vous quel
est votre travail quel est le travail
justement du de de quelqu'un qui a
autant travaillé Saint- Thomas est-ce
que c'est de d'enseigner Saint- Thomas
ou est-ce que c'est la question de la
transmission en fait ou ou est-ce qu'il
y a autre chose oui ah ben il y a quand
même la transmission qui est importante
on en a peu parlé mais enseigner d'abord
aux jeunes frères dominicains comme
c'est mon cas enfin j'y participe très
modestement depuis 30 ans hm hm
c'est pour moi
une une perle enfin vraiment c'est une
des choses les plus précieuses je trouve
même si sont des cours d'introduction
enfin vraiment c'est c'est une des
choses les plus précieuses et j'y tiens
beaucoup et notre génération d' d'âge
qui a eu un peu à reconstruire hein des
choses pour essayer de justesse de
d'assurer des continuités face à des des
ruptures de de générations on a eu à
reconstruire quand même des plus jeunes
maintenant prennent la suite et le font
à leur manière avec beaucoup de liberté
et on se le disait avec tel ou tel jeune
père aujourd'hui qui se lance un peu
dans l'enseignement au fond ils
s'aperçoivent bien que ils peuvent
commencer à bien des égards avec notre
point d'arrivée ils gagnent 20 ans et
c'est le but d'une transmission il gagne
20 ans et il me semble que pour nous
ceux qui nous ont immédiatement précédé
la transmission nait pas été faite il y
a eu un peu de gâie il faut quand même
le reconnaître et euh bah ils ont perdu
20 ans enfin ils n'ont pas gagneré 20
ans nous on a eu un peu à rattraper en
vitesse ce qui aurait dû être ce qui
aurait dû aller beaucoup plus vite et du
coup on n'est peut-être pas allé aussi
loin qu'on aurait pu d'ailleurs un
dominicain très connu nous l'avait dit
quand nous étions jeunes pèr parce que
vous avez tout à reconstruire vous
n'irez pas aussi loin que d'autres qui
commencent plus vite h et je crois que
c'est un peu vrai donc il fallait
sacrifier quelque chose pour le faire
mais on est heureux de l'avoir fait et
je vois les les jeunes frères
aujourd'hui peuvent aller beaucoup plus
loin beaucoup plus vite et dans 10 ans
20 ans ils porteront des fruits voyez
comme si la vitesse de croisière était
en partie retrouvée avec des moyens très
modestes donc je crois que cet aspect de
transmission est important déjà pour nos
jeunes frères dominicains mais aussi
pour l'extérieur là aussi j'ai quand
même passé un peu toute ma vie enseigner
à des jeunes laïques et j'y tiens
beaucoup h et bah il y
a peu de temps il y a eu un collogue
Gilson à la Sorbonne qui
faisait le point sur l'édition de ces
œuvres complètes qui sont en cours
chevvrin ce sera une pyramide enfin
vraiment ce sera un travail magnifique
il y avait 40 participants ce qui est le
contenu à peu près normal d'un colloque
universitaire il y avait les tr/4s de
jeunes h de jeunes alors d'étudiants un
petit peu avancés ou de jeunes pro mais
il y a 20 ans il y auraiit pas eu ça
donc j'en suis très heureux on sent
qu'ils ont soif certains sont déjà ils
savaient ce qu'ils allaient trouver
d'autres découvrai et voulent savoir h
ils ont soif de mettre mais justement
vous bon vous faites très clairement
allusion la à la génération conciliaire
la génération du consil de Vatican 2
sans parler sans citer de nom ou même
sans sans sans être polémique qu'est-ce
qui s'est passé et justement pourquoi
est-ce qu'on a lâché Thomas par exemple
parce que quand même on l'a lâché bien
sûr on l'a lâché il me semble qu'est-ce
qui plais qu'est-ce qui ne plaisait pas
oui à mon avis il y a sûrement plusieurs
paramètres tous importants et je vais en
oublier mais ce sera donc déséquilibré
il me semble que Thomas s'il a été lâché
c'est pas pour ses positions
théologiques personnell comme si on
disait sur la Trinité il a dit quelque
chose qui est déplaisant et qu'on ne
peut plus suivre ça n'a rien à voir
c'est à cause de sa position
iconique symbolique laquelle
c'est-à-dire qu'il est le théologien
officielle de l'Église catholique
c'était ça qui posait problème et oui
avec tout ce que ça d'abord le fait que
il soit le théologien officiel lui et
pas un autre puisqu'il est le docteur
commun saint Bonaventure est un grand
docteur il est pas le docteur commun et
puis parce que au fond ses positions
sont à peu de chose près à peu près
équivalentes à la doctrine catholique la
plus classique donc si on veut plus du
classicisme c'est Thomas qui va prendre
et puis parce que du coup il avait été
un peu revêtu d'une fonction
disciplinaire il y a eu des tomistes qui
ont occupé des des fonctions
disciplinaires un peu de sanction contre
ceux qui voulai s'en écarter à une
époque où c'était difficile de le faire
les années 50 par exemple oui compris
pour pour des gens que vous aimez bien
par ailleurs comme comme le cardinal de
Lubac oui mais oui il a étéomisé si on
peut dire oui et en même temps Lubac dit
lui-même moi nous dans les années 25 à
l'île de Jersey lieu de formation bah de
des Jésuites qui étaient expulsés de
France quand même on nous interdisait de
lire Saint- Thomas parce que le docteur
qu'il fallait lire c'était Suarez Saint-
Thomas est obligatoire dans la compagnie
mais selon les Pères de la Compagnie
c'est-à-dire Soarez donc Saint- thomas
était en fait interdit déjà et donc
Gaston Fessard et moi-même avons lu
Saint-Augustin et Saint- Thomas en
entier et on les a mis en fiche ouais
résultat mais ça veut dire qu'en fait ça
jamais été simple bon c'est ça mais donc
je pense que la fonction iconique jouait
beaucoup un saintomat obligatoire donc
détester et revêtu d'une fonction
disciplinaire donc détester aussi alors
il y a pu y avoir aussi un certain type
deutomisme au début du 20e siècle on y
faisait allusion tout à l'heure un peu
trop rationalisé
logicisé avec une déperdition biblique
et patristique du coup un peu déplaisant
quand même à une époqueù on s'aperçoit
que il faut remettre en valeur tout ça
mais c'était présent chez lui euh
maintenant on s'aperçoit avec des
traductions qui sont de plus en plus
importantes qu'il a quand même commenté
tout le corpus palinien oui tout il
compris les Hébreux donc le corpus
palinien ligne à ligne Matthieu et Jean
pour Luc et Marc on sait pas si c'est
perdu mais on pense qu'il a pas eu le
temps de le faire d'autres petites
choses dans l'Ancien Testament donc son
enseignement à la Sorbonne c'était la
Bible c'est un bibliste donc cette veine
là avait été un peu oublié maintenant ça
y est elle est elle est rétablie et donc
il pouvait y avoir l'image excessive et
fausse d'un d'un Thomas rationaliste et
c'est une image qui traîne encore par
mode de retard ou de mauvaise foi je
dirais bon la mauvaise foi existe aussi
et donc si Thomas a été refusé c'est et
aussi parce que dans les années un peu
chaudes il représentait une orthodoxie
et une catholicité à une époque où on se
présenter plutôt comme voulant assumer
les modernes et être modne soi-même
comme eux et de manière critique
c'est ça donc Thomas vous imaginez
c'était au-delà du réel quoi c'est ça
donc c'est un peu un peu tout ça oui
cétait le chiffon rouge voilà exactement
et c'était un peu bête parce que il aura
fallu une ou deux générations alors
d'universitaires qui alors par le seul
billet de l'histoire cette fois-ci sont
revenus à Thomas comme grand auteur ça
ils nous ont fait la leçon d' certaine
manière c'était pas leur intention mais
concrètement ils ont permis de faire
passer Thomas aussi comme grand auteur
inscrit dans une problématique générale
en métaphysique notamment mais dans des
sujets de théologie aussi et finalement
maintenant on peut plus facilement
revenir à lui grâce à une toute petite
partie de l'université alors on arrive à
toute la toute fin de l'émission je l'ai
promis en dès le début vous êtes aussi
romancier vous avez écrit deux romans
Charlotte Le Pont des Arts et mémoire
d'un jeune prêtre donc c'est entre 2010
et 2013 c'est aussi c'est une manière de
de s'exprimer ben oui c'était un petit
peu le but c'est-à-dire par le biais de
la fiction de l'imagination
de de la mise en vie d'un certain nombre
de personnages essayer de creuser des
caractères et et des situations alors
bon ça a été ce que ça a
été si je n'ai rien fait après c'est
peut-être pour plusieurs raisons
notamment parce que j'étais quand même
dans le gros travail de métaphysique qui
exigeait de dégager tout le reste y
compris un certain nombre de petits
livres spirituels quand on fait
métaphysique on rigole plus on rigole
plus on peut pas tout faire à la fois
dès qu'on prend 6 mois ben ça décale le
reste de de 6 mois faut s'il y revenir
je ne sais pas j'ai eu des
réponses contrastées des gens qui m'y
encouragent d'autres d'autres noms je ne
sais pas est-ce que justement ça c'est
important pour vous de de de partir sur
d'autres manière de de transmettre
c'était mon but c'est-à-dire
comment non pas percer l'encerclement
mais enfin comment faire entendre une
parole au-delà de nos cercles chrétiens
alors aujourd'hui on répond 10 ans après
encore plus vaillamment par des vidéos
ouais et c'est vrai j'en suis témoin
tous les jours des des gens témoignent
j'ai vu des vidéos sur la foi chrétienne
sur même sur Saint-Thomas qui m'ont pris
au kilomètres d'éloignement où j'étais
et qui m'ont converti c'est formidable
bon mais je pense que l'écriture dans un
autre style avait été pour moi un essai
de réponse à cette question on prêche à
quelques centaines de personnes à la
limite ça passe en vidéo ben on va
augmenter d'un zéro mais on reste dans
le même registre Pr
je me suis je m'étais dit est-ce qu'il y
a pas un autre registre euh qui serait
la fiction h h comment prêcher le plus
explicitement possible mais là dans un
roman c'est ambigu il faut pas faire de
d'apologétique bétasse mais comment
arriver à à conduire au cœur par
d'autres
moyens à une époque où avec la
raréfaction des prêtres tout cela semble
un luxe et où on est tous un peu écrasés
par la demande urgente de pastorale
immédiate de pastorale sacramentelle
mais comme me disait récemment un prêtre
séculier mais il y a une époque où les
prêtres avaient le temps d'être autre
chose que curé h d'autres types
d'activité justement est-ce que vous
avez pas l'impression que enfin on l'en
voit aussi beaucoup à kateo de jeunes ou
plus ou moins jeunes justement converti
non pas par l'émotion par l'expérience
mais carrément par la théologie enfin
peut-être pas par saint Thomas mais
parce que c'est il faut déjà la somme
thologique mais mais par par par
l'intelligence alors il y en a et c'est
de plus en plus net enfin et remarquable
évidemment c'est dans un mouchoir de
poche bon et c'est concentré dans
certains lieux il n'empêche oui bien sûr
et je crois que au-delà d'e d'une
première approche qui peut être pourquoi
pas plus sentimentale plus musicale
plusf et dans une communauté au sens
large une communauté ecclésiale c'est
comme ça qu'on on convertit son cœur
c'est très important il y a un moment où
la médiation doctrinale nourricière est
importante et si on la manque on manque
quelque chose d'important et il y a
beaucoup de jeunes qui en demande qui
sont même en demande avec même des
demandes auxquelles on ne répond
pas et qui s'en plaignent et qui je
pense qu'il y a des occasions ratées en
tout cas merci de d'avoir d'avoir
participé à cette émission pour avec
grand plaisir peut-être un dernier mot
2024 chez ège en attendant le paradis
sans méditation pour le moment perdus
c'est l'occasion de de parler de de
faire de la pub pour la maison Artège et
puis pour votre pour pour votre pour
votre livre vous avez allez une minute
retour à un petit petit livres
spirituels des méditations d'une
l'équivalent d'une demi-page une
centaine sur la vie spirituelle un peu
sur tous les sujets aussi sur la musique
est-ce qu'elle fait prier qu'en est-il
de notre sortie des abus euh qu'en
est-il d'une prédication face au monde
politique je me suis amusé à commenter
le tableau de où on voit Saint-Jean
Chrisostome face à l'impératrice Doxy
dans saintesophie de Constantinople deux
monde s'affrontent bon voilà des des
petites choses est-ce que Jésus
préparait ses sermons
comme une très belle série américaine
nous le montre oui oui tout à fait on
peut se poser la question est-ce que le
Verbe de Dieu a besoin de travailler je
ne sais pas moi et donc voilà c'est des
petites questions spirituelles que je
pose dans ce petit livre en attendant le
paradis sans méditation pour les moments
perdus c'est paru aux éditions artage
merci beaucoup merci de nous avoir suivi
un tout grand merci à Victor NIF le chef
d'édition de cette émission qui m'a
grandement aidé à préparer entretien qui
m'a aidé à mieux rentrer dans votre dans
votre pensée merci de nous avoir suivi
vous savez que vous pouvez retrouver
cette émission sur le site internet de
cateo wwwkateotv.com