Karim Ouaffi est papa de deux enfants mais aussi journaliste grand reporter et auteur. Il publie sa première BD « Être garçon, la masculinité à contre-courant » en compagnie de l’illustratrice Mikankey aux éditions du ricochet.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Je ne vous ai pas mis trop de pression?
- K.Ouaffi: Ca va.
- A.Lecaron: Il a bien aimé.
- H.Loussaief: Très content de vous recevoir.
Vous avez une autre casquette: papa de 2 enfants.
Vous êtes journaliste, reporter et vous présentez
cette première BD: "Etre garçon: la masculinité à contre-courant".
Ca parle de tout ce qui est masculinité.
Quand on regarde dans le livre, c'est un mélange d'histoire,
de narration, mais aussi des infos sourcées.
A chaque fin de chapitre, même si je ne veux pas dire
trop ce qu'il y a dedans...
Pourquoi la masculinité?
C'est la 1re question qui m'est venue
quand j'ai feuilleté le livre.
- K.Ouaffi: Je suis devenu papa il y a une dizaine d'années.
Je me suis posé la question,
quand on se baladait, à la crèche, quel était le comportement
des enfants, ce qu'ils ont droit de faire et de ne pas faire.
Pour les filles, c'est plus dur.
En tant qu'homme, je ne me posais pas la question, avant.
Je n'étais pas du tout concentré.
Je ne m'y intéressais pas, malheureusement.
Quand je deviens papa, je me rends compte que les filles
ont moins d'espace, qu'on les autorise moins à grimper,
à faire le petit singe, alors que les garçons peuvent
se battre.
Les garçons ont plus de possibilités.
On leur offrait plus de choses.
Ca m'a embêté.
Ca m'a amené à réfléchir, à lire et à questionner.
J'ai questionné des femmes autour de moi, beaucoup mes amis.
- H.Loussaief: C'était d'abord dans un cercle privé?
- K.Ouaffi: Oui.
Ces amies me disent à 100 %: "On a toutes été importunées
par un homme, à plus ou moins grande échelle."
100 % des femmes ont été importunées,
une main aux fesses dans le métro, un copain insistant au lit,
un collègue graveleux et dominateur...
Elles ont toutes été dominées à plus ou moins grande échelle.
Je me suis dit que je ne voulais pas que ma fille grandisse...
Je ne veux pas qu'elle ait des hommes toxiques
en face d'elle.
Je me suis renseigné. J'ai beaucoup lu.
- H.Loussaief: Il faut éduquer les enfants face à la masculinité
ou ce sont les parents?
Il faut commencer par les enfants ou les parents?
- K.Ouaffi: Les 2.
On parle de masculinité toxique.
Souvent, dans les manifestations féministes, on dit beaucoup
"éduquez vos fils."
C'est important d'éduquer les enfants.
Ils sont innocents.
On ne peut pas leur en vouloir.
C'est aux parents de se prendre en main
et d'expliquer aux petits garçons qu'il ne faut pas faire du mal,
être tolérant et ouvert d'esprit.
- H.Loussaief: Vous choisissez un angle intéressant
car ce sont les enfants qui trouvent les réponses.
C'est intéressant.
De prime abord, je me suis dit que c'était aux parents...
C'est le frangin qui enseigne, les autres enfants...
Pourquoi avoir choisi cet angle?
- K.Ouaffi: Les enfants, les adolescents, surtout à cet âge,
ils ont du mal à aller parler à l'adulte, des manques,
des faiblesses...
A cet âge, on peut être déconnecté.
C'est important que la réponse vienne
des adolescents entre eux.
Ils passent la journée ensemble.
Ils mangent ensemble.
Ils rigolent ensemble.
Ca vient d'un être qui est comme toi, un autre
adolescent.
C'est difficile de mettre un adulte qui a été éprouvé par la vie.
Il a fait des conneries.
Il a plus de recul.
Si c'est un enfant comme toi, qui est exactement comme toi,
qui te dit qu'il faut être moins méchant, plus tolérant...
Avec les équipes, avec l'illustratrice
et les éditions qui m'ont bien accompagné, on trouvait intéressant
que ce soit les adolescents entre eux.
- H.Loussaief: Il y a un chapitre qui m'a parlé, le premier,
qui parle de la gestion des émotions chez les garçons.
On vous explique qu'on a le droit d'avoir des émotions
quand on est un garçon.
Il y a la perte de quelqu'un de proche.
Je me dis que mon fils, à 3 ans...
Il commence à avoir des signes d'empathie envers les autres.
Je ne sais pas comment le conseiller.
Je ne sais pas s'il a le droit de pleurer...
Il est triste quand les autres enfants
sont tristes.
Vous dites dans le livre qu'il a le droit.
- K.Ouaffi: Je trouve ça génial s'il est triste
pour d'autres personnes.
Il faut pousser à l'empathie.
Le problème chez les garçons, c'est la gestion de la colère
et de la frustration.
Si on leur apprend à verbaliser et à échanger
quand ils sont petits, à ne pas frapper le copain ou la copine...
Juste verbaliser, c'est excellent.
Masato perd un copain dans la BD.
Ca m'est arrivé quand j'étais en 6e.
Un copain est mort d'un cancer.
La CPE me le dit quand je retourne en cours.
Elle me dit juste: "Enterrement de Sébastien cet après-midi."
On ne l'avait pas vu depuis des mois
parce qu'il était à l'hôpital.
Je rentre en cours.
Je me retrouve avec cette information à retourner
en cours, sans parler.
- A.Lecaron: Vous avez caché ce que vous ressentiez?
- K.Ouaffi: On le cache sans en avoir conscience.
On est conditionnés, chez les mecs, à ne pas montrer ses émotions,
à être forts, à ne pas...
- H.Loussaief: A ne pas montrer ses faiblesses.
Malheureusement, les émotions sont considérées
comme une faiblesse, mais ça fait partie de chacun.
On parlait du rapport à l'homosexualité chez les jeunes.
Vous parliez du genre, de plein de choses.
La violence est surmontable?
Il faut être accompagné?
Il faut se faire violence face à la violence?
- K.Ouaffi: On peut être accompagné.
Face à la violence, la réponse la plus simple serait de se battre.
Mais la violence amène la violence.
Ca ne sert à rien.
Il faut essayer de trouver des solutions.
Ca peut être avec un professeur, un grand frère, sa soeur,
une camarade.
Il faut s'opposer à la violence.
Une fois qu'elle s'installe, c'est dur de la faire sortir de nos vies.
Si on a vu son père frapper sa mère, qu'on a été victime
de violences, une fois adulte, on va banaliser et répéter.
- H.Loussaief: Quelle est la meilleure lecture
qu'on puisse faire de votre livre?
- K.Ouaffi: Je l'ai un peu écrit avec le coeur.
On a super bien bossé.
Ca a pris un an de travail.
Rien n'est définitif.
Si des parents, des enseignants, des personnes qui bossent
en bibliothèque peuvent transmettre ce message de la bienveillance...
Avec beaucoup de bienveillance, on peut guérir plein de choses.
C'est super important.
- H.Loussaief: Ca s'appelle "Etre garçon: la masculinité
à contre-courant".
Merci. Je pense que je vais pouvoir l'utiliser
dans les prochaines années.