Comment le surdoué Olivier Rousteing, 28 ans, réinvente les fondamentaux de la mythique maison Balmain. Une visite des coulisses survoltées d’avant-défilé, signée Loïc Prigent.
1945. Pierre Balmain crée sa maison et réenchante la France d’après-guerre sur le thème "Paris est une fête !". Chic et extravagance. Aujourd’hui, son digne héritier, Olivier Rousteing, surdoué de 28 ans, règne sur les collections, avec un leitmotiv, "éblouir" malgré les crises, pour de ferventes adeptes dont sa muse Rihanna. Cuir, raphia, rotin, plastique : le magicien crée, en tours et détours de mains, des robes du soir aux bustes surélevés pour femmes à la silhouette conquérante. Pulls en fourrure, fourreau en cordage, recolorié au feutre jaune pendant trois jours : entre passementerie et copiés-collés tendance, la ligne Balmain triomphe toujours, même si Constance Jablonsky, top en vogue, s’évanouit, le corps (un peu trop) serré par une de ses ceintures.
La maison Balmain est sur le pont en branle-bas de combat pour réussir à émerveiller la presse, les clientes et Rihanna.
On est très en retard, ça va être compliqué.
Pierre Balmain, c'est le premier à avoir de nouveau fait rêver Paris et le monde après les horreurs de la guerre en 1945.
Et aujourd'hui encore, sa maison s'entête dans cette mission, éblouir malgré les crises.
Franchement, après ça, on fait péter Champagne.
Balmain est indépendant, l'équipe est réduite.
Soudée autour de son très jeune créateur, Olivier Roustin.
28 ans, une pile d'énergie et d'idées, nouvelle génération, nouvelle façon de créer de la mode.
Je pense qu'il a le meilleur et le pire poste.
Grand et court, grandes épaules, jupe courte.
Rihanna est une adepte et doit d'ailleurs venir au défilé.
Enfin ça, c'est si tout va bien.
Il y a tout qui joue contre moi.
Comment un jeune créateur que personne n'attendait peut reprendre une vieille maison française, symbole de chic et d'extravagance ?
Entraîner avec lui les anciens des ateliers et les stagiaires fan hystériques ?
Survivre à la pression pour épater la galerie ?
C'est la ligne Balmain.
Au jour zéro de la collection, on découvre l'ambiance.
Les portants sont vides, rien n'est prêt.
Là, on est à 0,3%.
Et le virgule 3, c'est genre, je ne sais même pas ce que ça serait.
Voilà, c'est happy face.
Olivier Roustin est entouré de son équipe rapprochée.
Esprit de bande, on se connaît très bien.
Et atmosphère tellement décontractée qu'on peut se permettre de contredire le créateur.
Je pense que ce n'est pas trop dans l'histoire.
Non mais j'en ai marre de faire quelque chose à cause de tous.
Bon, ça ne veut pas dire qu'on gagne, mais on a le droit d'essayer.
J'ai essayé.
La méthode de travail est très étrange, franchement inédite.
Ici, pas de dessin préparatoire classique, pas de séance de drapé sur la mannequin non plus.
Mais un panneau rempli de photos des tenues de la pré-collection qui vient d'être présentée.
Et on retouche directement sur la photo.
On rajoute, on rature, on exagère.
La nouvelle collection sera une prolongation de la précédente pour que l'œil des clientes se retrouve.
En fait, il y a des volumes qu'on n'a pas le temps de revoir ou de refaire.
Donc, on repart de la pré-colle pour aller plus vite.
Moi, il y a des silhouettes que j'ai dans ma tête que je veux faire évoluer,
que je veux complètement changer ou twister.
On dessine des broderies au feutre.
On scotche un détail.
On typex, on recadre, on reprend.
C'est la création à l'air du copier-coller.
Une ceinture devient un bustier à force d'être copier-coller.
Ou une autre ceinture orange est multipliée pour obtenir une jupe.
Celui qui définit la ligne Balmain, c'est Olivier Rousteing.
Il a 26 ans quand le public le découvre et l'applaudit pour la première fois le 28 septembre 2011 à 15h.
Anna Wintour, obligée de nettoyer ses lunettes de soleil tellement c'est éblouissant.
Balmain, ça rutile.
La pâte d'Olivier Rousteing chez Balmain, c'est du cuir utilisé comme si c'était du coton.
Des broderies impressionnantes, extrêmes à la limite du rigide.
On a été ensemble au gala du Met Ball une fois.
Elle ne pouvait même pas manger, tu te rappelles ?
J'étais comme ça.
Elle ne pouvait pas manger.
Elle disait, Olivier, je crois que j'ai un problème.
Tu peux me déciper ?
Il a dû me nourrir toute la soirée.
Des femmes carénées jusqu'au cube, des bustes épaulées mais réduites de par leur taille surélevée.
Quand la presse découvre ses robes en raffia rotin et plastique inspirées par des chaises qu'il a vues à Miami et Cuba,
la réaction est médusée.
Il entre dans le cercle restreint des créateurs respectés.
Son prêt à porter est tellement statutaire qu'il en devient couture.
En quelques saisons, Olivier Rousteing gagne non seulement l'estime des rédactrices mais aussi des stars qui le portent,
comme Beyoncé ou Rihanna.
Cette dernière accepte de poser pour sa campagne de publicité.
Au début de la ligne Balmain, il y a cela.
Une robe de corde tellement complexe que pour l'envisager, il faut réaliser un sarcophage en papier.
Les patronages en 3D, une virtuosité pratique propre à Balmain pour réussir à visualiser le résultat final
mais aussi mettre à plat les difficultés techniques.
Mais cette robe, au départ blanche, n'a pas convaincu et il faut l'atteindre en jaune à la dernière minute et au système D.
Quand tu crées un défilé, tu as envie d'avoir certaines silhouettes jaunes
et tu te rends compte que tu n'as pas lancé assez de vêtements jaunes.
Et on a essayé de l'atteindre et en fait, c'est juste la broderie qui coûte 25 000 euros et on l'a pratiquement détruit.
Donc là, on s'est dit qu'on a cherché dans tout Paris des feutres pour la colorier.
Donc tous les petits stagiaires qui sont en train de colorier pendant des heures et des journées.
Essayage de la robe jaune qui se révèle fuselée.
Attention problème de zip jusqu'où le descendre pour combiner portabilité et sexibilité.
On va finir la robe, ça te dérange tout le monde de repasser ?
Balmain, c'est une maison à la française, de renommée mondiale mais de petite taille.
Il y a du parfum Balmain mais ce sont les ventes de prêt-à-porter qui sont le moteur de la maison.
Une institution où l'on offre la robe de mariée aux collaboratrices qui convolent.
La direction est toujours au 44 rue François 1er, là où Pierre Balmain a fondé la marque.
Mais le studio a déménagé à deux immeubles de là, tout près des Champs-Elysées.
Et ici, autour d'une cour centrale, il y a tout sur un étage.
Le bureau d'Olivier Rousteing où il fait les essayages avec les mannequins, avec mini studio photo.
Juste à côté, un genre de cabinet d'expérimentation où l'on crée des centaines de procédés.
Des faits de matière folle, des canaches de croco et d'or improbable, des panthères métallisés cloutés,
des zèbres reconstituées, des tartans hybridés.
Ça inspire beaucoup Olivier pour la collection, de développer des choses, de proposer des idées,
de mélanger différentes matières.
C'est entre le broderie et le textile en fait.
Puis à côté, il y a le bureau des infatigables modélistes Gloria et Valérie.
Un atelier de couture, des bureaux de commercialisation, une cuisine laboratoire.
Un stock de tissus, un atelier traditionnel et il y a le couloir de la gloire,
là où défilent les modèles terminés dont on est sûr qu'ils passeront sur le podium.
En fait c'est impressionnant parce que le couloir pour nous c'est un peu la garantie que la collection est faite.
Parce que là par exemple le couloir il est vide, jour après jour il se remplit mais considérablement.
Et à la fin, au bout d'une nuit avant le show et tout, que tout est rempli, on est comme ça,
on se dit « putain, une semaine, on est arrivé ».
D'un point de vue pratique, cela veut dire que si Olivier Rousteing est inspiré le matin
par disons un tailleur à basques de l'archive Balmain, il peut aller choisir son tissu au stock,
faire exécuter un patronage par des modélistes, faire couper le tissu à l'atelier, faire monter la basque,
la faire valider et pour le soir, la basque est essayée dans son bureau sur la top modèle qui la portera au défilé et hop, photo !
J'ai aucune patience, donc ils savent qu'il faut que ça aille très vite sinon je passe à une autre idée.
Ou parfois ils savent que si ça ne va pas plus vite, je leur demande 4 basques.
Donc en fait ils se disent peut-être qu'il vaut mieux en faire une et aller vite que s'ils en demandent 4 parce qu'il n'en a pas vu une.
De l'idée à l'essayage, tout se fait au même étage, en un temps record.
C'est la méthode typiquement parisienne et c'est ainsi qu'en partant de 0,3%,
on parvient éventuellement à monter le grand puzzle d'un défilé.
Une icône de la ligne Balmain contemporaine, c'est Rosie Huntington-Whiteley,
mannequin et actrice à Hollywood, femme Balmain, de la tête aux pieds.
De la tête aux pieds.
Rosie Huntington-Whiteley est le prototype de la conquérante qui fascine Olivier Rousteing.
Je sais ce que je veux.
Redoutable quelle que soit l'équipe dans laquelle on joue.
Elle peut rendre n'importe quel gay hétéro.
Quand elle s'habille derrière le para avant sa confrontation avec la garde-robe Balmain va faire des étincelles.
Olivier Rousteing se met à ses pieds, on l'arnache, la parade commence.
Attention à l'artifice de la silhouette, la taille est tellement haute qu'il ne s'agit plus que d'un quart de perfecto, un nouveau genre de soutien-gorge.
Une double ceinture, une basque à panneaux, une jupe en corde scellée de cabochon, des talons de 12, on n'est pas là pour plaisanter.
Subterfuge anatomique, comme si les jambes commençaient sous les seins.
Essayage validé en cinq minutes et hop on dé-zip, étincelle.
Second essayage, ce sera avec cette robe qu'on avait découvert en papier puis étalée pendant des heures et des heures.
Un très sophistiqué tressage de cuir et de plastique, un fourreau noir.
J'aime ce casier handicap dans mes vêtements.
C'est souple ?
Non, c'est très rigide mais c'est bien, ça te rend vivante.
Comme quand vous portez des talons inconfortables, ça vous donne de l'allure.
C'est une dure à cuir.
Pour bien définir la ligne Balmain, il faut une assistante qui tienne la barque et un styliste avec un œil extérieur.
Ainsi Amanda est la collaboratrice qui sait tout, qui micro-surveille tout, elle connaît la collection par cœur et dans ses plus infimes détails.
Plus c'est technique, plus elle est infaillible.
On a voulu vérifier et lui demander, c'est un test pas très sympa, combien de plis il y a sur les basques ?
13 ?
Je suis l'une de ses assistantes donc je suis censée être au courant de tout ce qu'il se passe.
J'adore créer des choses, je ne sais pas si j'aime la mode, j'aime développer de nouvelles choses, je suis tombée dedans, par hasard.
Je pense que c'est une belle industrie où tu es amenée à développer des choses et à les partager.
Les gens les portent et tu as un retour immédiat sur ce que tu fais.
Et l'autre indispensable pendant tous les essayages, le regard impartial, c'est Lucas, le styliste, consultant.
A la base on est super amis, on rêvait en face des vidéos clips de Rihanna et aujourd'hui il est super proche à elle, c'est très bizarre.
Il faut le consoler, il faut lui parler.
En fait je pense, je ne sais pas si c'est bien de le dire en face de la caméra, qu'Olivier ne correspond pas du tout à l'image qu'il dégage.
C'est quelqu'un d'être très timide, même s'il est tout joyeux et on le voit souvent en débarque d'air, moitié à poil, etc.
C'est-à-dire qu'on le voit toujours très sûr de lui, alors qu'il ne l'est pas du tout et on rigole.
C'est quelqu'un de fragile ?
A certains niveaux oui, énormément je pense.
Mais c'est aussi quelqu'un d'être très déterminé pour être là où il est, jusqu'à là.
Il n'y a pas qu'Olivier Rousteing qui travaille à moitié à poil, ainsi ces images de Pierre Balmain.
Oui c'est lui qui fait des séances de drapé en public.
Et voilà Olivier Rousteing justifié dans ses micro-t-shirts puisque Balmain l'a assumé avant lui.
Mobilisation générale, même dans les bureaux administratifs, tout le monde met la main au chiffon.
Patricia, dont ce n'est pas le métier, se retrouve à la tâche très délicate de détricoter un pull en marmotte orange.
C'est un travail de petite fourmi, on veut le raccourcir.
Et à la façon dont c'est fait, on est obligé d'enlever poil par poil.
En fait c'est du cuir, c'est de la fourrure qui est coupée en tranches, en lamelles.
Et ces petites lamelles, elles sont passées dans le filet.
Il y a une bande de 16 cm de fourrure à enlever.
La coupe est lente mais doit être régulière et uniforme.
Un coup de ciseau maladroit et le pull s'effondre.
On est obligé, pour ne pas faire de bêtises, d'y aller tout doucement.
Donc là je vais couper ici.
Voilà, là je coupe le truc.
Et je le détricote d'un côté.
Et je le détricote de l'autre côté.
Voilà, mais moi je m'amuse bien à faire ça.
J'adore.
Depuis que je travaille chez Balmain, j'ai toujours aidé les gens à la couture au dernier moment.
Et je me suis toujours retrouvée sur des trucs comme ça, un peu improbables.
Mon poste c'est acheter des tissus.
En fait moi j'ai un CAP de couture à la base.
Et donc voilà, je suis rentrée chez Balmain il y a très très très longtemps.
Mon poste est devenu très administratif parce que c'est ça que j'ai choisi de faire.
Mais c'est vrai que pendant les collections, c'est génial parce que quelque part, je…
Au milieu de dites à personne, je choisis un peu ce que j'ai envie de faire.
Et ça permet de rattraper un peu de retard.
Si tout le monde s'y met, c'est bien.
Ce que fait Patricia est en fait une tradition Balmain.
En juillet 1949, alors qu'une grève des ouvrières de la couture paralyse les maisons de mode parisienne,
les vendeuses, les secrétaires, la direction, tout le personnel Balmain met la main à la pâte et termine ensemble la collection à temps.
Quand je suis arrivée ici chez Balmain, il y avait une chef d'atelier qui était là depuis 25 ans.
Et je me dis, ben dis donc, elle monte le même escalier depuis 25 ans, mais comment fait-elle ?
Et moi ça fait 17 ans et j'ai pas eu l'impression de faire la même chose pendant 17 ans.
Donc finalement…
Trois heures plus tard, elle en est là.
Il y a un gros trou là, comme ça vous pouvez voir comment c'est en dessous.
On est plutôt demain, on sera peut-être… on aura les yeux un peu cernés, mais on aura mieux avancé.
Parce que là, ouf !
Avec ce pull, tout est un casse-tête. Pour essayer, on met des épingles pour marquer la nouvelle longueur.
Non, c'est pas des épingles à nourrice. Tu veux que je mette des épingles à nourrice ?
Donc on recommence avec des épingles à nourrice.
Merde, j'y arrive pas.
En plus, quand tu dois aller vite, tu fais un peu n'importe quoi.
Merci.
J'espère qu'ils veulent pas qu'on le raccourcisse jusqu'à la tête.
On parie que c'est ce qui va arriver ?
J'espère que t'as rien à faire ce soir.
Ça aurait fallu passer encore quelques heures.
Bon, allez, reviens, on repart.
Essayage.
C'est très loin.
Mais c'est loin d'être fini.
Et là, surprise du chef.
Il veut garder la résille en bas, pour qu'on puisse bien attendre sous la jus.
Ah, tu la gardes jusqu'au bout ?
Ouais, rien, parce qu'on peut toujours la mettre dans la jus.
Il faut donc tout découper, détricoter jusqu'en bas, mais sans jamais abîmer la résille.
Évidemment, les épingles à nourrice se sont emmêlées dans la fourrure et sont littéralement impossibles à enlever.
Non, je peux pas couper parce qu'il y a la résille en dessous.
Je suis dans la résille, là.
Galère, passe à découper.
Hop, c'est toujours la même histoire, quand on a les bons outils.
Et la bonne nouvelle, c'est que le problème du pull rouge existe aussi en version jaune, et encore pire.
On l'essaye sur la mannequin Riley, avec une basque très élaborée, elle aussi remplie d'épingles.
Attention, il y a des épingles.
Dans la basque ?
Oui.
Non, elles ont remplacé par des épingles nourrices ?
Non, je viens de me piquer avec les épingles.
Ah, d'accord.
Bon, c'est canon sur elle, en gros.
C'est très beau sur toi.
C'est Verica, à l'atelier, qui doit finir la basque en zèbre, métal et cuir.
C'est comme le pouze, là.
Et là, on n'a que des petits bouts, vous voyez.
Et là, une fois qu'on va porter sur la personne, c'est autre chose.
Quelque part, c'est un rêve, on peut dire.
On ne peut pas éviter, ne pas être oublié de la beauté de Gaudry, de l'imagination de notre styliste, de son équipe.
Quand on voit, c'est vraiment quelque chose.
C'est dur aussi, c'est dur à faire, mais ça, c'est une autre histoire.
Quand on voit comment c'est beau, on oublie tout le mal qu'on a eu pour le faire.
Je viens de Croatie.
J'ai fini mes études, j'arrivais en France pour passer mes vacances.
Et puis mes vacances qui durent 40 ans, déjà.
Déjà, j'ai beaucoup aimé la littérature.
Et là, ça m'a permis de lire, surtout Balzac, de lire en français.
Il aime bien ses personnages.
Dommage que des fois, ça finit mal.
On va mourir un jour aussi, n'est-ce pas ?
Le studio Balmain est en train de s'arracher les cheveux sur ce haut croisé en cuir gancé de rivets.
On l'essaye, mais on n'est pas convaincu.
Regarde, pesant.
On y a déjà passé des jours et des nuits, les modélistes le sentent.
Il va falloir ramer sec sur ce haut.
On va changer de mannequin, alors on réajuste.
Sauf que le vêtement est très délicat et ne se laisse pas faire.
Je me dis, je ne sais pas encore sur quelle fille ça va être.
Mais si la fille arrive à 7h du soir, ça va être chaud.
Ça manque de drama, non ?
Celui qui a défini cette ligne, c'est lui, Pierre Balmain.
Il était large d'épaule, à nez de boxeur, des mains d'artisan qui dessinaient d'un trait vif.
De 1939 à 1945, Pierre Balmain passe la guerre à travailler chez Lucien Lelon,
avec un autre styliste collègue, Christian Dior.
Les actualités filment leur modèle sur les Champs-Elysées, près du Soldaten Kino.
Deux ensembles, plus habillés pour l'après-midi.
Une mode adaptée à l'époque, peu de volume à cause des restrictions de matière,
des coupes sportives parce que les femmes doivent faire du vélo.
Pour le vélo, un ensemble de lénage.
Et puis, c'est la libération.
Pierre Balmain apprend que les occupants viennent de libérer le 44 rue François 1er.
Impulsif, il décide de se lancer, d'y installer sa marque.
Quand il quitte Lucien Lelon, Dior éclate en sanglots, ce sera la fin de leur amitié.
Dior attendra encore quelques années pour oser se lancer en solo.
Balmain, le premier sentit que si la réalité économique de Paris est dure,
Paris est une fête, une fête, une fête, une fête, une fête, une fête, une fête, une fête.
La bourse embellit, on veut danser, la locomotive économique repart, on veut trinquer.
Cette charmante jeune femme compte parmi les jeunes femmes de Paris qui n'ont rien à se mettre.
En 1945, Paris n'en revient pas de n'avoir pas été détruite.
Le traumatisme de la guerre est encore à vif,
mais la fin des hostilités va engendrer la période de plus grande euphorie du siècle.
Le premier défilé de Balmain a lieu en octobre 1945.
Il a dessiné vite et il fait la mode que les femmes attendent,
soit l'exact opposé des années de guerre.
L'écrivain Gertrude Stein est là et décrit l'événement dans Vogue,
la Duchesse de Windsor commande immédiatement.
Ses tailles sont cintrées, lignes effilées,
robe à volume cloche pour une femme prospère voire nantie,
raffinée jusqu'au pommeau de parapluie stupéfiant.
Les accessoires sont de plus en plus recherchés.
La garde-robe Balmain dès l'origine est faite pour le jour,
mais surtout la nuit.
Amplitude et opulence retrouvées.
Froufrou, légèreté, tailleur de ville, robe d'après-midi,
mais surtout robe de cocktail, négligée de petit dîner,
robe de grand dîner, toilette de cérémonie,
toilette de château avec effet de corselet, organza,
plumetis, taffeta, faille de soie, satin blanc.
Et quand le musée Galliera organise une rétrospective de ces vêtements
qu'on ne voyait qu'en noir et blanc,
on réalise qu'ils sont tous dans des couleurs hystériques.
Balmain est même connu pour ses fourrures teintes,
en couleurs très vives,
une tradition que reprend Olivier Roustin.
La création de la Jolie Madame,
cet esprit, cette silhouette,
cette femme qui la portait à la couture française,
c'est quelque chose que je vais toujours garder en tête,
mais à ma façon, avec ma génération, avec mes idées.
La Jolie Madame, c'était une silhouette très structurée,
très féminine, avec des basses.
On marquait les hanches, on serrait la taille,
on exagérait un petit peu les épaules.
Et à côté de ça, la Jolie Madame avait une longueur
comme aujourd'hui dans ma collection,
une longueur mi-mollée.
Dans le quartier, espionne Balmain,
le succès est tel qu'en deux ans,
on lance le premier parfum.
Pierre Balmain habille le star system,
les royales Catherine Hepburn, Ingrid Bergman,
l'actrice italienne Sofia Loren,
mais aussi Joséphine Baker dans une extravagance totale,
et Brigitte Bardot en robe de mariée pétale
pour les besoins d'un film.
En 1955, il réalise le modèle d'un jeune candidat
du prestigieux concours de la laine,
Karl Lagerfeld.
Celui-ci devient son assistant pendant plusieurs années.
Pendant les décennies qui suivent,
Balmain est décrit comme le couturier de l'ornemental.
Pierre Balmain, vous qui êtes le couturier
des ambassadrices.
Certaines robes du soir sont brodées très richement,
bien que jamais avec ostentation.
Le 29 juin 1982,
Pierre Balmain est mort.
Il était âgé de 68 ans.
Pierre Balmain a travaillé jusqu'au bout.
Malade d'un cancer,
il a continué de dessiner sur son lit d'hôpital.
Un mois après son décès,
a lieu le défilé couture de la maison.
Les ateliers ont exécuté ses croquis,
mais comme le maître n'a pas eu le temps
de définir les étoffes,
il n'a pas eu le temps de définir les étoffes.
L'émotion est grande
et la collection obtiendra le Dédor,
plus grande récompense de la mode de l'époque.
C'est Eric Mortensen
qui prendra la relève pendant 10 ans.
Il était son assistant le plus fidèle depuis 1948.
Les dernières heures avant le défilé,
la galaxie Balmain se met en place.
Les mannequins passent la porte d'entrée,
filent vers le paravent du bureau d'Olivier Rousteing.
Le drama, la sono à fond,
c'est la cavalcade Jolie Madame.
Olivier Rousteing les habille et…
J'aime la musique.
Et c'est le festival de la femme Balmain,
la conquérante,
la sûre d'elle,
la guerrière,
l'amazone,
la tranquille,
la maladroite,
la paire de jambes,
la sensuelle.
On rajoute des épaulettes pour caréner encore plus
l'invincible Anja Rubik.
Il y a la nouvelle com' Binx,
elle a déjà Lucas sur le capot.
Elle est encore plus jaugée que les autres
parce qu'elle débute,
mais elle convainc, pouce levé, photo.
Il y a celle qui se regarde dans le miroir,
ahurie, extatique de la transformation
à quel point elle vient de muter instantanément
en machine de séduction.
Génial, génial, génial.
C'est un épouvoir de la mode,
se regarder dans la glace
et se trouver soudain comme bombastique, puissante.
Incroyable,
énorme,
j'adore.
Elle n'en revient pas,
elle se met une créole grosse comme un astre.
Olivier Rousteing va avec Lucas
piocher dans la grande garde-robe du couloir.
Tous deux se jettent synchro sur la fille.
Lucas ouvre un col sur la gauche,
ils sont côte à côte, debout ou assis.
Ils enlèvent ensemble,
ils annulent ensemble.
Ça ne marche pas avec des masses.
On enlève le petit manteau,
on remet le petit manteau
et elles arpentent le parquet,
la thermonucléaire,
la tueuse,
la féline,
et on passe au passage.
Lucas finit par marcher avec elle,
ce n'est jamais fini.
Un point robe jaune,
ils sont à 5,
valeureux stagiaires au début,
le cœur à l'ouvrage.
L'atelier dessin couleur poussin est compliqué,
la robe est constituée de plusieurs matières
qui réagissent différemment au feutre.
Ils sont 4, puis 3,
il faut résister,
puis 2, c'est mental,
mademoiselle vous êtes filmée.
Et la nuit tombe.
Ils sont trop sombres.
Et finalement, toute seule,
Jane, la dernière survivante,
exercice de méditation zen en jaune.
En fait,
j'ai colorié une robe
pendant 3 jours.
Je suis épuisée.
Les ateliers débordent d'énergie
comme une usine électrique.
Oui, il faut de l'énergie.
Carrément.
Il ne faut pas stresser.
Parce qu'il y en a beaucoup autour de nous.
Donc nous, si on stresse,
on travaille mal.
On a un métier où il faut qu'on soit précis.
Si on stresse, on ne peut plus l'être.
Je suis un térimaire.
Je passe de maison en maison.
Tous les gens qui travaillent dans des ateliers
pourront dire qu'à la fin des collections,
on a tous mal, on a tous envie de changer de métier.
Mais on recommence.
Comme quoi, il doit y avoir quelque chose qui nous plaît.
Attention géopolitique,
Verica, la croate,
est à côté de Vlado, le serbe.
Je viens du Serbe.
Marto, comme ça, au cas où...
On est des cousins, des frères et des sœurs.
Non, c'est vrai.
En contraste, avec la jeunesse du studio,
il y a la vieille école des ateliers,
comme Larbi.
Il n'y a jamais de limite.
Jusqu'à présent, j'apprends encore des choses.
On découvre des choses.
On fait des expériences.
Ce n'est pas monter comme un vêtement normal.
Non, non.
Pour chaque modèle,
il faut trouver un système pour le monter.
C'est ça qui est complétique,
c'est en même temps.
Ça fait combien de temps qu'il fait ce métier, Larbi ?
50 ans.
Je suis à la retraite.
On est deux vieux à la retraite ici.
Ils nous appellent les vieux, d'ailleurs.
Je ne peux pas quitter mon équipe comme ça.
On a allié de l'amitié,
de l'accomplicité,
du travail, etc.
On ne peut pas partir comme ça.
Ça fait 33 ans qu'on se connaît.
On se suit.
Lui, en fin de carrière, moi aussi.
Comme deux frères,
la moustache symétrique,
Larbi et Vlado inséparables à la pause café
parce qu'il faut du café et beaucoup de café
pour soutenir le rythme effréné.
Nous deux, on a 130 ans.
Plus que ça.
Bientôt 132 ans.
Et on travaille encore.
On a gardé notre santé.
Plus on travaille, plus on est bien.
Très bien.
Oui, très très bien.
Je suis d'accord avec mes enfants,
ils n'arrivent jamais à me battre.
En termes de technicité,
l'attention est à son maximum
quand la top-modèle Joan Smalls
arrive pour essayer le haut croisé en cuir rifté.
Ça se passe comme ça chez Balmain.
On perce les seins.
On place une grosse pince dans le dos
pour ajuster temporairement.
Olivier Rousteing inquiet
et quand il est inquiet,
il tourne autour pour ruminer ce qui le tracasse.
Il faut que ce soit parfait,
sinon on annule le haut croisé.
Soit des heures de labeur pour rien
et le mur du bureau des modélistes
est déjà rempli de pierres tombales,
soit des vêtements développés
pour être finalement éliminés.
Momentanément, l'assurance de Joan Smalls
semble convaincre, mais il y a du travail.
Il faut tout serrer.
Ça baille.
Ça lui va très bien.
En tout cas, c'est sublime sur elle.
Comment on a trouvé la fille qui va le porter ?
Après, c'est pas de la couture.
C'est limite du mécanisme,
d'être mécanicien pour le faire
parce qu'il faut tout réajuster
avec les petits anneaux.
C'est pas facile.
C'est comme une armure.
Je traite ça plus comme une armure
que comme un vêtement.
Les couturières commencent
à être dépassées par le stress.
Là, ce sera la dernière chance.
Si ça marche pas,
je pense que je serai licenciée.
Tout simplement.
Déjà, c'est une semaine de patronage.
Et puis Olivier tient beaucoup
à ses pièces lacées.
Je pense que si ça marche pas,
soit il s'obstine et j'en ai pour toute la nuit,
soit il dit qu'il faut m'arrêter.
C'est chaud, là.
Les stagiaires contribuent
à l'énergie de la maison.
Par leur désir fébrile d'être là,
ils rappellent aux anciens
la vitalité des débuts.
Ludovic, qui aide à tous les stades
de fabrication et de production,
on l'avait déjà repéré
il y a quelques années
devant un défilé Balmain
tentant de taper l'incruste
au dernier moment.
Déby est contagieuse de bonne humeur.
Ça, c'est vraiment génial
parce que dans toutes les maisons,
on n'a pas la chance de voir tout ce qui se passe.
Et là, on peut se vioter
et assister à chaque étape.
Et tous voient la jeunesse d'Olivier Rousteing
comme la preuve qu'on peut arriver vite
dans ce milieu.
Olivier, c'est juste un génie.
Il est super talentueux,
il est super jeune.
Je pense qu'on est tous admiratifs.
La première collection qu'il avait faite
pour Balmain,
elle était juste incroyable.
La technique inventive
dit bricolage créatif.
Ainsi, les stagiaires chez Balmain
vivent un cours de travaux pratiques infini.
Ils apprennent les tours de passe-passe
sur des brands de bourre insensés,
à poser des rivets sur du cuir
et à teindre.
Comme ici Steven, 18 ans,
qui manipule la casserole de teinture jaune
comme un pro.
J'ai un modèle qui est jaune
et du coup, ils n'ont pas de bord cut,
il est blanc.
Du coup, je dois le teindre
avec beaucoup d'analyse et d'invention.
C'est pas très facile
puisque c'est des coloris assez spéciaux
et du coup, il faut faire des mélanges
pour avoir la bonne couleur.
C'est pas mal,
ça va s'accueillir certainement
de passer sous l'eau.
Mais attention,
il faut que la teinture soit acceptée
par les durs à cuire de l'atelier.
C'est pas bon,
il est tout seul.
Il faut le refaire.
Et rebelote pour Steven.
Dernier essayage de la robe jaune.
Cette robe jaune, je vais la vomir, je crois.
Sur la démonstration même
de la robe événementielle typiquement balmain
qui fait un coup d'éclat
aussi bien dans une soirée
que sur un compte en banque.
C'est une robe qui doit coûter
à mon avis, les 20 000 euros.
Dans le monde, on doit en vendre
30, 40, 50.
C'est une réalité aussi dans le monde,
c'est qu'il y a des femmes qui veulent ça.
Il faut être gaulé.
Le défilé Balmain.
La mannequin française a l'allure
qui correspond à la maison.
On se sent déesse, sublime.
On s'emporte en fait.
Elle hérite d'une ceinture en cuir
très difficilement ajustable.
Constance, si tu...
Tu restes avec nous.
Quoique, je ne sais pas
si tu vas vraiment rester avec nous.
En fait, il faut juste que tu...
Le drame sur le podium.
Constance Jablonski, très jeune.
Elle est décédée suite à une ceinture
trop serrée.
J'en ai eu qu'un, par contre.
Tu te fais des muscles, là.
Tu respires, c'est bon, toujours ?
Toujours.
Comme elle respire encore,
on lui rajoute le collier massaï massif
et la performance marcher chic
dans la contrainte du ceinturon
le plus serré du monde.
Ce qui est important, c'est le point
du dos, très, très souple
et la taille.
Quand elle est marquée par une ceinture,
cette ceinture se trouve incrustée
dans la jaquette.
C'est sublime, sur elle.
C'est très, très beau.
Mauvaise surprise.
Au moment où l'on croit le calvaire
de la robe jaune presque terminée,
Amanda, le bras droit technique
d'Olivier Roustin, arrive inspectée
et soudain, Amanda, sans pitié,
minutieuse et scrupuleuse,
nouvelle embûche, il faut en fait
démonter la robe entièrement pour
teindre la doublure en jaune.
Je vais faire la doublure et puis
Steven va se faire une joie
de nous faire une teinture jaune.
Comment t'es Rachaud ?
C'est mon dernier jour en plus,
du coup, je vais finir en beauté.
Une fois la doublure teinte,
qui va se retaper de reconstruire
la robe jaune et sa doublure ?
Je suis désolée de trembler.
Trembler ?
Mes mains tremblent.
Au milieu de la nuit,
John Smalls revient essayer
le haut croisé en cuir.
Encore un défaut à régler sur le zip.
On demande à John Smalls
d'avancer ses épaules.
Une posture plus flatteuse
et c'est bon, soulagement bien réel
qu'à l'ingénéral.
Le haut croisé n'est donc pas annulé
mais il reste encore quelques heures
d'ajustement.
Patricia Besognier s'en relâche,
la grille du pull rouge apparaît
peu à peu.
On s'arrive pas à travailler.
Mais ça, j'ai mis en surface
pour qu'on croit que je travaille.
J'ai l'impression de travailler
chez le volailler du coin.
Et au final, on réessaye,
couloir de validation,
triomphe.
Sauf que, dans la panique du détricotage,
on a oublié un autre détail,
capital.
Dans la nuit, le podomètre s'affole.
On arpente les couloirs
pour aller sans cesse
des ateliers au studio.
La nervosité monte dans les ateliers
quand Ludovic le stagiaire
vient chercher des modèles
mais le cadeau frustré
de ne pas pouvoir finir
refuse de donner son modèle.
Alors on revient à la charge
mais avec du charme féminin.
Avec une femme quand même.
Pourquoi qu'est-ce qui s'est passé avant ?
Les bustes de travail sont rationnées.
Il y a pas longtemps avec ce matin ?
Ouais, je pense que j'ai besoin
de 2h, 3h minimum.
Un autre ?
Tu peux pas t'en servir d'un autre ?
Les dernières modifications
prennent du temps,
il faut de bons yeux.
Je vais coudre le corps
dessus la tuile
parce que là,
elle est un peu traînée partout
et que c'est pas joli.
Donc gros, il faut que ce soit
mieux rangé.
Et quand on peut finir,
c'est le corps qui lâche.
C'est dur.
En plus, c'est en cure de matière.
C'est en cure tout le temps.
La veille du tout premier défilé
Balmain de 1945,
24 personnes s'acharnaient.
C'était nuit blanche,
ça s'évanouissait à tour de bras.
La mère de Pierre Balmain participait
et celle qui dormait un quart d'heure
le faisait par terre
avec des rouleaux de tissu pour oreiller.
Pour tenir et bien faire circuler le sang,
certaines ont des recettes
comme Charlotte, la photographe.
Distribution récompense pour les stagiaires,
des bracelets qui sont délaissés
passer d'accès aux coulisses.
Demain, c'est leur premier défilé,
ils sont carrément surexcités.
Du coup, c'est pouvoir être en backstage,
habiller les mannequins,
être dans le vif du sujet.
Olivier Roustin se cache derrière
la porte de l'atelier
pour faire une surprise champagne
et distribuer des bulles trinquées.
Une petite main,
une de ces fameuses petites mains
qui sont si attendrissantes.
Je voulais juste vous remercier,
je vais vous être épuisé.
Merci pour tout.
À la dernière Sainte-Catherine,
j'ai remis 25 médailles
à des ouvrières qui avaient
20 et 25 ans de présence dans ma maison.
Mais inutile d'apporter du mousseux
dans le bureau des modélistes.
Tu sais à quoi ça sert les citrons ?
Apparemment, elles ont déjà ce qu'il faut.
Il est caché où le ponche ?
Il est caché où ?
Celui-là, c'est celui de Lorena.
Que des cris frais.
Quand même, il faut le dire.
Ananas ou citron vert ?
Donc on s'est sacrifié,
d'abord le ponche citron.
Il est fort.
Et puis, le ponche ananas.
Santé.
Allez Loïc.
Oui, c'était traître,
ça tanguait, c'est devenu flou.
Le moment concrètement magique,
c'est quand Vlado coupe à la main
la dernière étiquette sur le dernier vêtement
exactement comme d'autres l'avaient fait avant lui
dans la nuit du 11 au 12 octobre 1945
pour le premier défilé.
La collection Pierre Balmain par Olivier Rousteing
est prête.
Au petit matin,
gueule de bois, Paris sous la pluie,
direction le défilé à l'hôtel de ville.
J'ai juste hyper mal à la tête.
Le ponche de Valérie,
c'est ce que je veux dire.
La chanteuse Rihanna rôde dans l'esprit d'Olivier Rousteing,
elle doit venir à l'événement.
On est très soudés,
et elle m'aide beaucoup,
elle me soutient beaucoup,
et ça, ça me fait beaucoup plaisir.
Et bien sûr, il y a la menace de la critique.
Ouais, de toute façon,
c'est où tu adhères le hostie,
où tu n'adhères pas du tout,
où tu ne peux pas dire hum.
Surtout qu'il y a toujours un parti pris assez grand
et là, je pense que le parti pris
est plus important que les autres saisons.
Mais d'autant plus excitant
parce que c'est d'autant plus moi.
Donc, j'assumerai
les conséquences de mes actes.
On se retrouve au très baroque hôtel de ville.
Et là, escalier d'honneur,
coulisses géantes,
hauteur de plafond, lustreux cristaux,
salle des fêtes,
800 m2 de dorure,
reproduction monumentale
de la galerie des glaces de Versailles.
Le podium est un miroir noir de 50 m
qu'on brique comme le pont d'un navire narcissique.
Le maquilleur Tom Pécheux...
Bonjour.
...explique à ses comparses le visage du jour.
Ici, on parle de qualité, pas de quantité.
Donc, moins vous en mettez, mieux c'est.
Il ne s'agit pas de maquillage visible,
mais que les filles soient les plus belles possibles
sans maquillage.
Cette saison, le sourcil est un peu plus présent.
Le reste est très naturel.
Si vous faites le massage,
c'est déjà 80 % du travail de gagné.
Rien de théâtral.
C'est la signature cosmétique Balmain,
une fille très ornée,
mais qui semble ni se coiffer, ni se farder.
Le réveil a été un peu difficile,
alors on se distribue de la vitamine C.
Les stagiaires sont là.
Déby connaît la sécurité pour l'avoir harcelée
pendant des saisons en tentant de gruger
pour entrer sans invitation.
C'est cool maintenant de rencontrer les gens
avec qui on était là,
s'il vous plaît, je peux rentrer.
Et maintenant, je suis là,
j'ai le bain et tout.
C'est trop cool.
Isabelle, la première d'Atelier,
pose des vêtements sur les portants
et chaque vêtement a été un périple.
Il est transparent au départ.
On l'a doublé devant pour avoir la poitrine.
On a rajouté une paire d'épaulettes
pour rehausser un petit peu.
La paire d'épaulettes se voyait sur le dos,
donc on l'a raccourcie sur le dos
pour pas qu'elle se voie.
Et finalement, normalement, c'est bon.
Amanda, le disque dur de la collection,
est très simple.
En cas de problème, hurlez.
Si vous avez le moindre problème,
vous criez à l'aide.
Si ça casse, s'il y a le moindre problème.
Les modélistes sont sur tous les fronts.
Gloria couvre entre deux portants
et Valérie en mode urgence
sur la robe jaune décidément riche en épreuves.
Mission faire un point efficace sur le zip
qui menace de remonter pendant le défilé.
On va la bloquer
pour pas qu'elle remonte plus haut en marchant.
Ludovic aide à replacer les anneaux
qui se montrent récalcitrants ou irréguliers.
C'est presque trop tard
que le col des deux pulls en marmottes orange et jaune
ne tiennent que par des épingles à nourrice.
Dans l'empressement à les découper en bas,
on n'a pas ajusté en haut.
Il faut vite attacher des bandes avec des crochets.
Tu veux un dé ?
C'est comme mettre un bouton,
mais c'est un petit crochet.
Normalement, cela prendrait 3 bonnes heures.
Ici, il y a moins de 20 minutes.
Dehors, la foule s'amasse.
Olivier Rousteing range son frein en coulisse, figé.
Il observe, le stress monte en lui.
Son attaché de presse américain
s'amuse.
Il y a tellement de choses fortes pour des séries de mode.
C'est vraiment très bien.
Le journaliste Tim Blanks tente de le rassurer.
Regardez ça !
C'est incroyable !
Oui, c'est tout en dentelle de cuir.
La photographe tente de le rassurer.
High five !
Tu vois, je vais te dire un truc, je flie !
Rosie and Tington Whiteley tente de le rassurer.
C'est vraiment bien.
Tu aimes la collection ?
J'adore !
Mais il le sait, les Américaines arrivent,
les Italiennes, les Japonaises, les journalistes,
les rédactrices, les acheteurs, les blogueurs,
les télés, les étudiants en mode, tous prêts
pour le coup de la robe en corde,
devenue jaune grâce au puissant fond de patience
d'une petite armée.
Il se bouffe les ongles, pose avec les mannequins,
mais son oeil est perdu dans le vague.
Il soupire,
se met dans un coin,
se mange les mains.
L'attente est une torture.
Pierre Balmain était très superstitieux avant une présentation.
La seule fois où il avait oublié de porter son foulard fétiche,
il avait été renversé par une voiture
qui se tord les bras d'angoisse.
Et là, surgit de nulle part
la grande journaliste de mode, Suzy Menkes.
Vous avez l'air nerveux,
mais si vous aimez votre collection,
tout le monde l'aimera.
Mais problème et de taille,
Rihanna n'est pas là.
Vraiment, là, je flippe.
Franchement, je flippe, je me dis,
non, le défilé, c'est pour elle.
Le défilé, c'est elle.
C'est la fille Balmain, c'est mon égérie.
Elle est arrivée ou pas ?
Non, non, faut qu'elle vienne.
Elle est à 10 minutes.
Donc, on va faire commencer.
Non, on peut attendre.
On peut attendre.
Tu mets un peu de musique classique.
Non, non, tout le monde est là.
Il faut trouver une solution.
La salle est pleine et s'impatiente.
50 minutes de retard.
Il est déjà 15h50.
Il y a un autre défilé prévu à 16h.
Dans 10 minutes, le show, il est fini.
Enfin, c'est pas que ça dure non plus.
C'est que les gens, voilà,
c'est qu'ils sont tous là depuis 15h.
Dehors, avec l'accueil, Paris ressemble à ça.
La voiture de Rihanna n'avance pas.
Il tourne en rond, garde l'anxiété en lui,
s'efforce de ne la communiquer à personne.
Et pareillement, quand la mannequin Constance Jablonski
a un évanouissement à cause de sa ceinture trop serrée
et qu'elle doit s'allonger un instant entre les portants,
son entourage essaye de ne pas paniquer Olivier Rousteing.
Pourquoi t'as couru ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Dis-moi ce qu'il y a. Tout va bien.
C'est pas tellement du sucre,
c'est de l'alcool de menthe qu'il lui a fallu.
Là, elle va mieux ou pas ?
Elle va mieux. Elle est juste là.
Elle va bien ?
Regarde pas ça.
Mais il faut...
Bien sûr, on sait prendre soin d'elle. T'inquiète pas.
Mais vous avez enlevé le bustier ?
Oui, on a tout enlevé.
Puissante, le fille. Soyez forte.
Et d'un seul coup, Constance Jablonski réapparaît.
Elle a repris ses esprits.
La tornade de flash commence à rugir.
Et soudain, la première mannequin quitte la coulisse.
Elle s'élance. Le défilé Balmain a commencé.
Rihanna n'est pas là. Il faut avancer.
La fourrure, c'est pour moi l'élément-clé de ma collection.
Parce qu'il y a un côté vraiment très Pierre Balmain.
Moi, je m'habille bien à faire ça.
En regardant les archives, il y avait vraiment cette recherche
de l'utilisation de fourrure
ou de mes teintes dans des couleurs complètement hallucinantes.
Frayeur, les bracelets de la mannequin Sacha ne ferment plus.
Et voilà, Amanda qui intervient.
Et comme par magie, elle a de la colle avec elle.
Moi, je la vois mettre la glue.
Elle me le dit, c'est glué, tout machin.
Je serre le bracelet jusqu'au bout.
Et je leur dis, voilà, vous tenez les mains dans les poches.
Il y a toujours une solution à tout.
Et Amanda, c'est celle qui va la trouver.
Amanda est un génie. On veut tous une Amanda dans notre vie.
Les robes sont faites pour l'activité d'une femme jeune,
d'une femme résolument optimiste.
J'aime bien l'esprit du cuir.
J'aime vraiment ce côté vraiment dur et massif.
C'est un côté très masculin.
Les filles marchent dans les robes du soir
comme si elles marchaient à l'armée.
C'est ça que j'adore.
C'est-à-dire qu'elles se sentent vraiment des soldats.
Allez, ça va mieux ?
On va dire que la passementerie, c'est quelque chose
que je pense vraiment Balmain.
Il y a un côté très officier dans la passementerie.
Mais c'est vraiment l'explosion de la passementerie,
l'explosion des proportions.
Et en même temps, la passementerie, c'est quelque chose
qu'on utilise d'habitude sur des parties du corps.
Et qui est un signe de reconnaissance de l'armée.
Et là, pour le coup, je fais de la passementerie
dans une robe du soir.
Tu pousses tes limites quand tu fais des choses comme ça.
Les modélistes, elles stressent pour leurs propres vêtements.
C'est leur bébé au final.
Elles travaillent pendant des jours et des nuits entières
pour que ça tourne bien.
C'est vraiment, tu mets ton âme pour un vêtement.
La dernière sur le podium, ce sera
Rosie Huntington-Whiteley.
Corps affolant, même Tom Pécheux se met à vouloir la toucher.
Mais tout le monde a envie de la tripoter.
Qui n'a pas envie de tripoter Rosie ?
C'est un peu une robe subtile, délicate,
et en même temps, une véritable armure.
Rosie, qui est très glamour,
avoir cette robe noire, froide et dure,
pour moi, c'est vraiment jouer avec les contrastes
et faire voir que la fille la plus blonde,
la plus sexy, la plus glamour
peut être encore sexy dans une robe mi-mollée, couverte.
T'as autant envie de la prendre dans tes bras
que si elle était en jupe courte.
Des warriors.
Des soldats.
La Balmain Army.
Une armée Balmain.
Le défilé se termine,
Lucas et Amanda, très émus.
Les modélistes en larmes,
des jours et des nuits de tension qui lâchent enfin.
Toutes les émotions qu'on garde.
C'est comme papa.
Le cri du cœur de Lucas et Olivier Rousteing.
Il y a plein de choses qui se passent dans ma tête
quand je salue.
T'es dans la presse de toi et tu te dis
qu'est-ce qu'ils vont penser de ta collection ?
Tu penses à ton équipe.
T'as vu pleurer, t'as vu rire.
Mais ça va très vite.
Et quand t'es sur le podium, tu ne penses plus à rien.
Tu sors juste le bras, tu deviens un automatique robot
et tu te dis, c'est fait.
Next.
Il essuie lui aussi une larme
avant d'être happé par la presse.
Rosie Huntington-Whiteley a eu chaud.
J'ai chaud, vraiment.
Vous voyez la vapeur sortir de ma robe ?
J'ai tellement chaud.
La grand-mère d'Olivier Rousteing
dit exactement ce que doit dire une grand-mère
en de telles circonstances.
Je suis très fière de lui.
Ça serait malheureux de ne pas l'être.
Vous ne croyez pas ?
Vous êtes étonné qu'il arrive à faire ça à son âge ?
Non.
Parce que déjà tout petit,
il faisait des dessins formidables.
Il a ça dans le sang.
Et sa mère se montre sereine
d'un amour sans condition.
Chérie, écoute-moi.
Tu es embêtée parce que je te prends dans mes bras ?
C'est pour ça, je te laisse.
Tu sais que je t'aime fort.
La mère de Pierre Balmain
ne voulait surtout pas que son fils se lance dans la mode.
Mais par la suite, elle fut un soutien sans faille,
moral et physique.
Et la coulisse laisse entendre
un énorme soupir de soulagement.
C'est fini.
Tout s'est super bien passé,
donc on est contents.
Je pense que oui.
Je n'ai rien compris,
mais c'est ce que j'ai vu sur l'écran.
Je suis super content.
Oui, je suis super contente.
C'est triste, c'est fini.
Et soudain, Rihanna.
Elle est là.
Je ne voudrais pas vous déranger.
C'est un haut incroyable.
C'est en un seul morceau ?
Oui, c'est une combinaison.
Et là, il y a un noeud ?
Oui, une ceinture.
J'adore ça.
C'est bien.
J'étais coincée dans cette foutue voiture.
C'est bon, ça va.
Qu'est-ce que vous aimez chez lui ?
Tout.
Il a énormément de talent.
Il est très gentil, très doux.
C'est une personne incroyable.
Il est beau à l'intérieur et à l'extérieur.
Et ça se ressent dans ses créations.
Je l'adore.
Il est très audacieux, courageux.
Et c'est ce que j'apprécie dans la mode.
Veux-tu m'épouser ?
Cette fille, c'est la fille.
Il n'y a pas mieux.
De l'extravagance, de la vedette, de l'optimisme dans la grisaille du monde.
Pierre Balmain qui passe le flambeau à Olivier Rousteing.
Des copiers collés qui prennent vie sur le podium.
Des ateliers qui s'appliquent avec patience.
Et Paris qui, grâce à eux, continue d'être une fête, une fête, une fête.
C'est Dalim Balmain.