Abonnez-vous à la chaîne ! https://bit.ly/47Vhx2q Que devient le bois de nos forêts ? - C'est pas sorcier [Intégrale]
Fred, Jamy et Sabine nous expliquent tout sur la vie d'un arbre, depuis sa plantation jusqu'à son ultime transformation en lit à baldaquin, en Stradivarius, en charpente de cathédrale ou... en cagette. Depuis la magnifique forêt des Vosges, Fred nous explique comment on gère aujourd'hui une forêt et dresse un bilan de la tempête de décembre 1999. On le retrouve ensuite dans une scierie pour y découvrir comment on débite le bois, puis il part à la rencontre d'ébénistes d'art qui travaillent les bois précieux comme l'acajou, l'ébène ou le palissandre.
« C’est pas sorcier », le magazine de la science et de la découverte présenté par Fred, Jamy et Sabine. A bord de leur camion laboratoire, les trois présentateurs nous emmènent vers des sites insolites et spectaculaires pour nous expliquer le monde qui nous entoure.
Regarde, ça c'est lui à 8 ans.
Oh il est mignon !
Et regarde-le, là il avait 20 ans.
Oh il est grand !
Et t'as rien vu, regarde, à 40 ans !
Qu'est-ce qu'il est costaud !
Eh les garçons, vous parlez de qui au juste ?
De l'arbre de Jamy !
Il a 101 ans !
T'as vu ?
Oh ! Il est énorme !
Et où est-ce qu'on peut l'admirer ?
Dans la forêt vosgienne !
C'est son grand-père qui l'a planté.
On va essayer de le retrouver.
Allez Marcel, au boulot !
Oh là là Jamy !
J'ai l'impression que ça va pas être facile
de retrouver ton arbre au milieu de la forêt des Vosges.
Tu te rends compte ?
Elle est immense !
Contrairement à ce que l'on pourrait penser,
la forêt française ne s'est jamais aussi bien portée.
Depuis deux siècles,
elle a énormément grandi
et elle recouvre aujourd'hui un quart de notre territoire.
Tiens, comme au Moyen-Âge.
Et puis elle est aussi très diversifiée.
On a recensé 136 espèces
avec d'un côté les feuillus,
qui perdent leurs feuilles en hiver.
Tenez, le hêtre par exemple.
Et d'un autre côté,
les résineux qui, eux, gardent leurs aiguilles en toute saison.
C'est le cas du sapin par exemple.
Des sapins ?
Ben, c'est peut-être le mien !
Mais Jamy, des sapins ?
Il y en a plein dans cette forêt !
Alors en France, on trouve des forêts un peu partout.
Cela dit, trois grandes zones se détachent.
Le sud-ouest d'abord,
avec l'immense forêt des Landes,
la plus vaste et la plus exploitée.
La forêt méditerranéenne,
avec des arbres plus tortueux.
On y coupe donc moins de bois.
Et puis, la forêt du Jura et des Vosges,
où précisément se trouve Freyne.
Alors les arbres sont fragiles.
Certains craignent la chaleur, d'autres le froid.
Certains aiment l'altitude, d'autres pas.
En fonction des forêts,
on ne va pas rencontrer donc les mêmes essences.
Le pain maritime par exemple,
qui ne craint ni l'air marin ni le sable,
occupe toute la forêt des Landes.
Le hêtre et le sapin,
qui préfèrent l'ombre à la lumière,
poussent très bien.
Dans le Jura et dans les Vosges.
Le pain sylvestre, le chêne vert et le chêne liège,
eux, adorent le climat et le sol méditerranéen.
Le mélèze, dont on parle beaucoup, adore l'altitude.
On va donc, lui, le rencontrer en abondance
sur les pentes des Alpes.
Alors on ne va pas passer
toutes les essences en revue, simplement.
Un petit mot du chêne pédonculé,
on trouve cet arbre un peu partout en France.
Ainsi que le châtaignier,
quoique ce dernier préfère
les régions situées au sud de la Loire.
Notre belle forêt est l'une des plus grandes
et des plus diversifiées d'Europe.
Et c'est un peu grâce à Colbert,
le fameux ministre de Louis XIV.
A la fin du XVIIe siècle,
le roi fait construire une flotte gigantesque.
Pour un seul de ses vaisseaux,
il faut plus de 2000 arbres.
A ce rythme, la forêt française s'épuise vite.
Pour ne pas manquer de bois,
Colbert décide alors que l'Etat
doit contrôler les coupes
et favoriser les plantations.
Et on exploite encore aujourd'hui
des arbres plantés à cette époque.
Il y en a peut-être dans cette frégate de Lafayette
que l'on est en train de reconstituer à l'identique,
ici à Rochefort.
Du chêne pour la coque
et des résineux pour la mature.
Aujourd'hui, on ne construit plus beaucoup
de bateaux en bois, dommage.
Mais on continue évidemment
à prendre soin de nos arbres.
L'Etat ne gère plus qu'un tiers de la forêt française
et le reste appartient à une multitude
de propriétaires privés.
Alors la forêt, évidemment,
on ne va pas la laisser pousser n'importe comment.
Il faut s'en occuper, la bichonner,
non seulement pour qu'elle soit belle,
mais aussi parce que le travail des forestiers
consiste à produire de beaux arbres
qui se vendent bien.
Celui-ci par exemple,
il a été marqué par un ruban.
Pourquoi ? Parce que c'est un bel arbre.
Regardez, il a un tronc bien rectiligne.
Il a des petites branches,
donc il y aura seulement des petits nœuds dans le bois.
Il n'y a pas de blessure.
Et puis si on regarde bien,
c'est un arbre dominant.
C'est-à-dire qu'il est très haut,
il peut aller chercher de la lumière,
donc il va bien pousser.
Donc, on va le laisser sur pied
pendant 100, 120 ans.
Et puis à ce moment-là, on pourra le couper
et puis peut-être qu'il fera un joli meuble
ou pourquoi pas un instrument de musique.
Celui-ci en revanche, il n'est pas terrible.
Regardez bien là-haut,
il a ce que l'on appelle un chaudron.
C'est un défaut qui est lié à la présence d'un champignon.
Donc au premier coup de vent,
l'arbre risque de se casser.
Donc, on ne va pas le laisser vieillir sur pied.
Jean-Louis, qu'est-ce qu'on fait alors dans ce cas-là ?
Il faut le marteler.
Alors, on va le marteler.
C'est-à-dire qu'on va lui donner des petits coups.
Allez-y.
Un peu au pied
et puis aussi à hauteur d'homme.
Et ce n'est pas tout.
Après, on va mettre l'empreinte de l'ONF
un coup d'empreinte.
Et comme ça, quand le bûcheron passera,
il saura qu'il doit couper cet arbre.
Oh, mais c'est triste ça.
Qu'est-ce qu'il va devenir ?
Ne t'inquiète pas,
il fera peut-être une belle cagette.
Et puis, dans une forêt,
on ne peut pas laisser vieillir tous les arbres.
Car pour bien pousser,
un arbre a besoin de place et de lumière.
Donc, dans ces cas-là,
quand il y a trop d'arbres,
on commence par abattre les moins beaux.
C'est comme ça, Jean-Louis ?
Eh oui.
Les arbres ne peuvent pas vivre les uns sur les autres.
Pour grandir,
un arbre puise ses ressources dans l'atmosphère
et dans le sous-sol.
Creusons un peu.
Les racines
captent l'eau qui circule sous nos pieds,
dans laquelle sont dissous des sels minéraux.
Ce sont des éléments nutritifs
indispensables à la croissance de l'arbre.
Eau plus sel minéraux
constitue ce qu'on appelle la sève brute.
C'est un petit peu
comme si l'arbre avait fait son marché.
Maintenant, il faut transformer le produit.
La sève brute remonte donc le long du tronc
à travers de petits vaisseaux jusqu'à la feuille.
C'est la cuisine.
Dans les casseroles,
il y a déjà du CO2,
le fameux dioxyde de carbone
puisé par la feuille dans l'atmosphère.
Pour cuisiner,
il faut de l'énergie.
La chlorophylle de la feuille
va puiser de la lumière.
Cette énergie est suffisante
pour transformer le CO2 en glucose,
une sorte de sucre.
C'est ce qu'on appelle la photosynthèse.
Vous mélangez avec les sels minéraux
et vous obtenez de la sève élaborée
qui repart dans les tuyaux pour alimenter
le tronc, les branches, les feuilles et les racines.
Au passage, la feuille a produit de l'oxygène,
ce qui ne gâte rien, bien au contraire.
Eh oui, les arbres raffolent du CO2.
Et comme on en rejette
de plus en plus dans l'atmosphère,
ils poussent plus vite et plus haut qu'avant.
Mais attention,
ce n'est pas forcément une bonne chose
car ça les rend plus fragiles.
Pour faire pousser de beaux arbres,
il faut les chouchouter.
Les forestiers élagent régulièrement
les branches basses du tronc
pour que les noeuds ne fragilisent pas le bois
et surtout, ils leur choisissent un bon voisinage
parce que des sapins tout seuls dans une forêt,
ça appauvrit très vite le sol.
Si on avait que des résineux,
on aurait une accumulation d'aiguilles
qui se décompose très mal.
Tandis qu'un mélange feuillus-résineux,
le sol se décompose très rapidement
et est beaucoup plus assimilable
par les racines des arbres.
Et le compagnon idéal du sapin,
c'est le être et aussi le boulot.
Alors, 42, 43, 44, 45...
On dirait l'arbre de Jamy !
Au fait Jamy,
il avait quel âge déjà ton arbre ?
101 ans, pourquoi ?
Non, non, t'inquiète pas,
je voulais juste te montrer
que lorsque tu coupes un arbre,
lorsque tu as une souche,
tu peux connaître très précisément
l'âge de l'arbre
parce qu'un arbre, ça pousse en hauteur
mais ça pousse aussi en largeur
et chaque année,
le tronc fabrique un nouvel anneau de bois.
Comme ça, c'est ce que l'on appelle un cerne.
Donc, il suffit de les compter.
Eh bien, tout se passe ici,
sous l'écorce.
Le tissu de l'arbre, autrement dit le bois,
est produit par un anneau
de cellules génératrices,
ici, qu'on appelle le cambium
et qui se trouve juste à côté du cerne,
le plus proche de l'écorce.
Allez, on se déshabille.
Désolé, mais il faut tout retirer.
Ben non !
Tu ne vas pas rougir !
Pas ton âge !
Alors, les cellules de cambium
se divisent durant toute l'année.
Le cambium est donc repoussé
vers l'extérieur du corps.
Les cellules produites pendant un an
forment un cerne.
Ces cellules vont vivre
durant une vingtaine d'années
entièrement dévouées au maintien de l'arbre.
Elles forment ce qu'on appelle l'aubier
et puis, petit à petit,
elles vont mourir pour devenir
du bois de cœur.
De l'autre côté,
le cambium produit d'autres cellules
qui, elles, sont destinées
à canaliser la sève élaborée.
Ça y est, tout le monde a vu ?
Alors, on se rhabille.
Écorce.
Ah, alors évidemment,
quand on grossit,
on n'entre plus dans ses pantalons.
Heureusement, le bois possède
un autre anneau de cellules génératrices
qui, elles, produisent
des cellules d'écorce.
L'écorce qui est destinée
à protéger l'arbre.
Alors là, Jamy, tu m'as scié.
Mais c'est pas tout, regarde.
Quand on casse du bois,
comme ça,
on s'aperçoit qu'il y a plein de fibres.
T'as vu ?
Comme c'est filandreux.
En fait, les cellules produites
par le cambium dont on vient de parler
forment de petites fibres,
des fibriles qu'on appelle de la cellulose.
Tricotées entre elles,
elles constituent la paroi
d'autres fibres, d'autres conduits
un peu plus gros, des conduits dans lesquels
peut circuler la sève.
En règle générale, c'est la sève
qui circule dans ces conduits,
qui maintient la tige des végétaux à la verticale.
En revanche, dès qu'il n'y a plus de sève,
la tige se casse la figure.
Avec les arbres, c'est différent.
Ils sont beaucoup trop grands
et beaucoup trop lourds
pour que la sève seule parvienne
à les tenir debout.
Et puis, on n'a jamais vu
un arbre mort s'affaler comme de la guimauve.
Il y a forcément autre chose.
Cette autre chose,
c'est de la lignine,
une sorte de colle qui enrobe
les fibriles et qui colle
les fibres entre elles.
Voilà pourquoi le bois est si dur.
Jamy, c'est génial
quand on regarde une souche à la loupe.
On arrive même à connaître toute la vie
de l'arbre. Explique-nous ça, Bernard.
Là, tu as au centre du tronc
un ensemble de cernes
qui regroupe 24 ans.
Donc là, il y a 24 cernes
sur 3 cm.
Et puis ensuite, on voit donc
ici, sur cette partie-là,
des accroissements de plus d'un centimètre.
Donc il a grossi d'un seul coup.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Les forestiers ont fait couper
les arbres qui pouvaient le concurrencer.
Donc il avait plus de place, plus de lumière,
il a poussé plus vite.
On peut voir les bonnes et les mauvaises années ?
Bien sûr. À cet endroit, il y a donc une année
qui a été beaucoup plus sèche
que les autres.
Parce que le cerne n'est pas très large.
Il fait quelques millimètres.
Par rapport à d'autres, ils font carrément le centimètre.
Et certains arbres ont une très longue histoire
à nous raconter.
Les plus vieux peuvent vivre près de 4000 ans.
Eh bien, dites donc, ça en fait des cernes à compter.
Et maintenant, Jamy, tu vas assister
à l'opération la plus spectaculaire,
l'abattage d'un arbre.
Alors attention, ça c'est quand même le travail des spécialistes,
des bûcherons. Ça ne se fait pas n'importe comment.
Il y a toute une technique.
Alors Patrick, explique-nous comment tu vas faire pour couper cet arbre.
D'abord, je vais regarder où l'arbre doit tomber
pour faire le moins de dégâts possibles
à la forêt.
Donc où est-ce que tu vas le faire tomber, celui-ci ?
Là, je vais le faire tomber là, parce que je vois que là,
il fera le moins de dégâts possibles.
Et en plus, il y a une belle place pour le sortir, pour le déborder.
D'accord. Donc on va le faire tomber par là.
L'entaille, tu vas la faire où ?
Je vais la faire ici, de ce côté-ci, comme ça.
D'accord. Donc ça, ça va donner la direction.
Alors justement, est-ce que c'est dangereux d'abattre un arbre ?
Oui, c'est toujours dangereux d'abattre un arbre,
parce qu'un arbre, c'est comme un volume important.
Et quand il tombe, il peut y avoir
des branches mortes ou des brindilles
qui vous retombent sur la tête.
Il faut toujours regarder le ciel, pas regarder l'arbre.
Il faut toujours regarder s'il n'y a rien qui retombe sur la tête.
D'accord. On y va ? On y va.
Allez. On démarre la tronçonneuse.
Patrick s'attaque d'abord
à l'entaille directionnelle.
Il n'a pas le droit à l'erreur, car avec un mauvais angle de chute,
l'arbre risquerait de se fracasser
sur ses voisins. Cette fois-ci,
ça a l'air d'être bon. Attention.
En fait, il a fait son calcul
en tenant compte de l'équilibre des branches,
de l'inclinaison du tronc et même
du sens du vent.
Je crois que ça va tomber !
Oh là là là là là là !
Ah ben voilà, ça y est.
Reste maintenant à donner à notre arbre
une forme de longue cône en éliminant
toutes ses branches. Le tronc ainsi
transformé s'appelle désormais une grume.
Et maintenant,
c'est le moment de tirer le câble. Tu vas voir,
Fred, c'est pas sorcier.
Tu me passes le câble ? Merci.
Alors maintenant qu'on a nettoyé l'arbre,
enfin on dit ébranché, on va
le déborder, c'est-à-dire qu'on va le sortir de la forêt,
on va le remonter sur le chemin.
Et pour ça, on utilise un énorme câble
avec un treuil là-haut. C'est bon ?
T'as une petite télécommande, on peut y aller ?
Et voilà, c'est parti pour de nouvelles
aventures. Chaque jour, un énorme
camion passe récupérer les arbres
abattus par Patrick. Ceux-là partent
directement pour la Belgique.
Le plus efficace des bûcherons
ferait pâle figure à côté
de ce monstre mécanique.
Cette abatteuse coupe, ébranche
et débite l'arbre en moins d'une minute.
Je vous disais tout à l'heure
que la forêt française ne s'est jamais aussi bien
portée, mais en décembre 1999,
avec les deux violentes tempêtes
qui ont traversé la France,
elle a quand même subi des dégâts considérables.
Ici, dans les Vosges,
cinq années de récolte se sont
retrouvées par terre en l'espace
d'une matinée.
Et puis, pour ne pas perdre tout ce bois,
évidemment, il faut le sortir le plus vite
possible de la forêt, car le bois
abîmé subit les attaques des
champignons et des insectes. Mais t'imagines
le travail, Jamy ?
Et t'as vu ça ? Tu sais ce que c'est ?
Une souche de sapin.
Et on se demande comment le vent
a réussi à déraciner
un arbre de cette taille-là.
Pourquoi ces arbres sont-ils tombés ?
D'une façon générale, il faut savoir qu'un arbre
tient un peu comme un culbuto.
Les racines qui se déploient dans le sol
élargissent sa base, et la terre
retenue par les racines fait contrepoids.
Alors, il existe trois grandes familles
de racines. D'abord,
les racines traçantes, comme celles
de l'épicéa. Elles restent en surface
et ne s'enfoncent pas dans le sol.
Donc, le rôle de contrepoids
est limité. Comme par ailleurs,
ces arbres offrent beaucoup de prise
au vent. En effet, l'hiver, ils ne perdent
pas leurs aiguilles. Ils figurent parmi
les premières victimes des tempêtes.
Les pins et les chênes ont
quant à eux des racines
en pivot, qui en général
offrent une bonne résistance.
Dernière catégorie, les racines
obliques, comme celles du
hêtre. En principe, elles offrent
aussi une bonne assise. Je dis bien en principe car
en décembre
1999,
beaucoup de hêtres dans la région
de Nancy sont tombés.
Pourquoi ? Eh bien, parce que
la nature du sol est également
très importante. Dans cette région,
les racines se heurtent
à une couche de calcaire peu profonde
et très compacte. Elles
s'étalent un peu comme des racines traçantes.
Mais ce n'est pas tout. Le sol
est extrêmement riche. Aussi,
les arbres grandissent
plus vite qu'ailleurs.
En décembre 1999,
quand le vent s'est mis à souffler,
souffler très fort, ces hêtres
plus hauts qu'ailleurs, et n'ayant
pas une bonne assise, n'ont pas pu
résister à la violence du souffle.
Ils sont tombés.
Sur les zones les plus exposées,
les arbres se sont effondrés comme des châteaux
de cartes. Il faut dire qu'avec des
pointes à 150 voire 200
km heure, même les vigoureux n'ont
pas pu résister.
On sait aujourd'hui que les forêts très
grosses sont les plus vulnérables, car
lorsque l'un de ces arbres cède, il
entraîne tous les autres dans sa chute.
Et puis, on a laissé certains arbres trop
vieillir. Fragilisés par des maladies,
ils n'ont généralement pas résisté
aux assauts du vent.
Les petits propriétaires ont été
très durement touchés par cette terrible
tempête.
Sur mes 40 hectares,
j'ai eu 25
hectares de renversé.
J'ai mis beaucoup d'argent
en pensant à ma retraite
et je viens
de perdre une grosse somme d'argent.
J'ai certaines parcelles que je ne pourrais
pas revoiser. Viendra
ce qui pourra, mais c'est
un véritable cimetière de bois.
Les arbres brisés ont perdu
toute valeur. Au mieux, ils finiront
en bois de chauffage ou en papier.
Et puis, il y a aussi les arbres
qui ont été déracinés et que l'on a
réussi à couper pour les garder d'une seule
pièce. Le problème, c'est qu'il y en a
tellement que leur valeur, leur cours
a chuté. Le cours du
pain, par exemple, a chuté d'environ
50%. Alors, en attendant
qu'ils remontent, il a fallu improviser
des lieux de stockage, comme ici.
Et si on les arrose en permanence,
c'est justement pour éviter
qu'ils ne pourrissent ou qu'ils soient attaqués
par les insectes. Ça paraît curieux,
mais au-dessus de 80%
d'humidité, les arbres sont
parfaitement protégés. Donc ici,
on les arrose jour et nuit, 24
heures sur 24, et même
quand il pleut. En décembre
1999, deux
tempêtes se sont abattues sur la France.
La première a traversé le pays
d'ouest en est,
depuis la pointe du Finistère
jusqu'à Strasbourg.
La deuxième, depuis
le sud de la Bretagne jusqu'au Languedoc.
Les dégâts
ont été considérables.
Dans les Landes, par exemple,
près de 30 millions de mètres cubes
ont été abattus. Même chose
en Lorraine. Pour vous donner une petite idée,
voici ici l'équivalent
d'une année de récolte. La tempête
a détruit 3 années de récolte.
En Lorraine, maintenant,
voici ici l'équivalent d'une année de récolte.
La tempête a détruit l'équivalent
de 7 années de récolte.
Je suis désolé, Jamy, je ne l'ai pas
trouvé ton arbre dans la forêt, alors je suis
à la Syrie, on ne sait jamais, il est peut-être là.
Quoi ? Dans une Syrie ? Mais qu'est-ce
qu'il ferait mon arbre dans une Syrie ?
J'en sais rien, moi, attends, je vais demander.
Excusez-moi, monsieur, vous n'avez
pas vu un beau sapin de 101 ans ?
Un beau sapin !
Oh non, non, on n'a pas ça ici.
Avec sa poêle à frire,
Jacky inspecte les arbres qui ont été
mitraillés durant la guerre.
Et il y trouve des choses incroyables.
Des éclats d'obus, des morceaux de grenades,
des balles de fusil et même des clous.
Autant d'objets métalliques
qui pourraient faire des catastrophes au passage de la scie.
Ah, on dirait qu'il a trouvé quelque chose.
Alors, c'est quoi, dis, c'est quoi ?
C'était une balle.
Une balle ? De la première guerre mondiale, waouh !
Bon, maintenant que notre tronc
est débarrassé de sa mitraille,
il ne reste plus qu'à le déshabiller
avec cette écorceuse. Et hop, au sillage !
Et voilà,
notre arbre maintenant est prêt
à être débité et l'objectif, bien sûr,
c'est d'avoir le moins de pertes possible.
Alors, c'est ici,
dans cette cabine, que l'on
pilote la scie. Enfin, quand je dis
piloter la scie, ce n'est pas vraiment le cas, car
cette scie que vous voyez là ne bouge
pas du tout. En fait, elle suit
toujours le trait qui est projeté
sur l'arbre par un rayon
laser. Ce trait vert, là, que l'on voit très bien
si on veut une planche plus ou moins épaisse,
ce n'est pas la scie, mais l'arbre
que l'on déplace. Alors ensuite, comment ça se passe ?
Eh bien, c'est assez simple. On commence par
débiter ce que l'on appelle les planches
de découvert tout autour de l'arbre.
Et une fois que l'on a fait ça, eh bien là,
on peut scier au cœur de l'arbre
la pièce principale. Ça peut être un plateau
ou pourquoi pas une belle poutre.
Attention ! La découpe du bois
répond à des règles très précises. En effet,
en séchant, le bois se
contracte, il se déforme, mais toujours
dans la même façon, on dit que le bois
travaille. Alors un tronc, c'est grosso modo
un cylindre, dont la tranche
représente un cercle.
Un peu de géométrie.
Voici un cercle.
Diamètre, 40 cm.
Circonférence,
125,6 cm.
Si on réduit le diamètre
de 8 cm,
la circonférence, elle, diminue
de 25 cm.
Eh bien, avec le bois, c'est exactement
la même chose.
En séchant, la circonférence
diminue davantage que le diamètre.
Résultat, le bois se fend.
Les scieurs
tiennent compte de ce phénomène.
Si une planche est découpée ici,
l'arc de cercle,
dessiné par les cernes,
étant important, la déformation sera importante,
la planche va gondoler.
Si en revanche, la planche est découpée ici,
l'arc de cercle, formé
par les cernes, étant très léger,
la déformation sera très légère.
Et à la sortie de la scierie,
rien ne s'opère. Les corses, par exemple,
on va s'en servir pour faire
du compost, vous savez, pour faire pousser
les fleurs.
Et les copeaux, eh bien, on va s'en servir pour faire du papier
ou des panneaux d'agglomération.
Et surtout, il y a les produits finis,
les chevrons, les poutres, les planches.
Leur qualité est liée au nombre
et à la grosseur des nœuds qu'il y a dans le bois.
Pour les charpentes, on peut avoir des nœuds,
mais pour la menuiserie, pas question.
Tiens, ça me plaît bien, ça, Jamy, on va faire des merveilles !
Et pour la charpente,
on utilise souvent le lame et
les coller. La technique
consiste à assembler entre elles
des centaines de petites planches, afin d'obtenir
des poutres d'une très grande portée.
Avec ça, on construit même des ponts,
comme celui-ci, en corrèze.
Et c'est dit solide, il supporte
sans problème le passage des poids lourds.
Jamy, tu vas voir,
c'est incroyable ce qu'un ébéniste
peut faire avec un morceau de bois.
Un ébéniste, c'est pas un menuisier.
Le menuisier, lui, il fabrique des portes, des fenêtres,
tout ce qu'il faut pour faire une maison.
L'ébéniste, lui, fabrique des meubles.
Regarde cette petite merveille, ça, c'est un fauteuil
en hêtre, le bois qu'on a vu dans la forêt.
Le hêtre, c'est très bien pour fabriquer des meubles,
car c'est un bois qui a peu de défauts.
Et en plus de ça, t'as vu, on peut le scuter
car on dit que c'est un bois
très homogène, il ne bouge pas. T'as vu le boulot ?
Et ça, vous connaissez tous,
c'est du chêne, c'est sans doute le bois le plus
utilisé par les ébénistes. Et il a un avantage,
c'est qu'on peut le patiner.
Regardez bien, il suffit de mettre de la potasse
pour faire ressortir le veinage.
En fait, ça lui donne un aspect de bois ancien.
Mais il arrive aussi que les ébénistes,
contrairement aux menuisiers,
utilisent les défauts du bois.
Regardez, ça, c'est ce qu'on appelle de la loupe.
Ça, c'est de la loupe d'orme.
Ça, c'est de l'if.
Et ça, c'est de la loupe de chêne.
En fait, on pourrait dire que ce sont des maladies
ou des malformations du bois.
Regardez le genre de choses que l'on obtient.
Un magnifique effet moucheté.
Et ça, Jamy, c'est pas un meuble
que l'on a peint en noir, c'est la couleur naturelle
d'un bois que l'on appelle l'ébène,
un bois précieux qui vient d'Afrique.
Il est tellement lourd, tellement dense,
regarde bien, qu'il ne flotte même pas.
Les bois exotiques,
comme l'ébène ou l'acajou,
sont tellement rares et précieux
qu'ils atteignent des prix faramineux.
150 000 francs le mètre cube,
c'est 15 fois plus cher que du bon chêne.
Ce commerce est si rentable
qu'il a provoqué une déforestation intensive
de certaines régions.
On essaie donc de limiter leur exploitation.
Mais il y a toujours de la contrebande.
Certains n'hésitent pas à parcourir
des kilomètres à pied dans la forêt amazonienne
pour trouver le marat,
une espèce d'acajou aujourd'hui menacée
de disparaître.
Beaucoup de ces bois précieux
sont déroulés à l'aide d'un énorme taille crayon.
On obtient de fines feuilles
qui serviront au plaquage des meubles
du monde entier.
Et tu sais, Jamy, qu'il en faut du temps
pour fabriquer un meuble.
Regarde, en partant d'un morceau de bois
comme celui-ci, ça c'est du chêne,
pour obtenir un pied de style Louis XVI,
il faut environ deux heures.
Une heure pour lui donner la forme
et une heure pour le plaquage.
Tu vas comprendre, le plaquage,
ça consiste à mettre une feuille
d'acajou sur le chêne.
Ça coûte moins cher que d'avoir un pied
en acajou massif.
Alors expliquez-moi comment vous faites le plaquage.
Eh bien, à l'aide d'un gabarit, je me découpe
des petites plaquettes que je viens rapporter
sur mon pied, sur quatre faces.
Mais là, vous avez quatre faces, moi j'en ai huit.
Oui, mais une fois que les quatre faces sont plaquées,
je reviens travailler la dernière face.
Avec un rabot, vous faites une autre face ?
Voilà. D'accord. Alors ce qui est étonnant,
c'est qu'on voit absolument pas les joints.
Oui, mais ça, ça consiste à choisir le bois.
Il faut choisir un bois
très bien en fil, très droit,
de telle manière que quand on les met côte à côte,
on ne voit pas une veine qui part en biais.
Tout est bien de fil.
D'accord. C'est incroyable, Jamy, t'as vu ?
On dirait vraiment que c'est taillé dans la masse.
Oh, mais c'est pas fini, mon Fred.
Il faut encore que le vernisseur au tampon
donne sa petite touche finale.
Et c'est pas aussi facile que ça en a l'air.
Il me faut une dizaine d'heures pour faire
une pièce comme celle-ci,
parce qu'il faut que je fasse
monter le vernis comme une mayonnaise.
Parce que le plus beau meuble du monde,
s'il est mal verni ou alors s'il est mal teinté,
ça restera toujours un truc vilain.
Waouh, ça brille comme un miroir.
En Ebénisterie d'art,
il existe toutes sortes de spécialités.
Le marketeur, par exemple,
découpe de petites pièces dans des essences
différentes pour composer de véritables
tableaux comme un puzzle.
Et puis aussi,
il y a le tourneur sur bois.
Sa spécialité, à lui, c'est de fabriquer
des pieds de table, des colonnes et puis
toutes sortes de petites pièces travaillées.
En quelques minutes et à partir d'un simple morceau de bois,
il réalise des merveilles
comme cette jolie petite toupie.
Jamy, j'ai retrouvé ton arbre.
Ah, super !
Ils l'ont coupé, mais regarde, ils ont fait des belles choses.
Une cagette,
des vilboquets, des cure-dents.
C'est plus un arbre,
c'est un puzzle.
Et moi, regarde ce que j'ai trouvé.
C'est l'arbre de l'arrière-grand-père de Jamy.
Il a fait des petits,
mais celui-là, on le remet en liberté.
Tu trouves pas qu'il tremble ?
Un peu plié.