[Web-série] Victoires et trophées au musée Napoléon Ier Épisode 4 : Trophées d'armes
Christophe Beyeler, conservateur général du patrimoine, vous propose de poursuivre le parcours dans les salles du musée Napoléon Ier, avec au programme : - les trophées d'armes rassemblés au gré des campagnes : Allemagne et Pologne en 1806 et 1807, Autriche en 1809, - Napoléon voulant égaler Frédéric II de Prusse, le grand capitaine des temps modernes, - un cadeau diplomatique dépecé : le surtout offert par Charles IV d’Espagne en 1808, - les trophées du général Grouvel en Espagne, 1810-1813.
Quatrième séquence de notre parcours Victoire et Trophée,
les trophées d'armes,
ce qui ne surprendra guère
pour un monarque
qui doit
son sceptre à son sabre.
Et les artistes
eurent à cœur
de représenter le souverain
rentrant victorieux,
comme ici, de manière très fine,
ils procèdent sauvages
sur cette miniature
en Brunei,
où l'on voit l'empereur
en grand habillement,
avec un long manteau fourré d'hermine,
debout sur la caisse d'un char
tiré par un quadrige,
tenant d'une main
un rameau d'olivier,
le rameau d'olivier de la paix
qu'il rapporte, tandis qu'il est
couronné de lauriers
par une victoire ailée
qui, d'une autre main, tient une palme.
Derrière, d'autres figures
de victoire brandissent
les étendards pris à l'ennemi,
défilent enfin,
baïonnettes au canon,
les greniards de la garde impériale.
Minerve, qui est à la fois
la déesse de la stratégie
et de l'intelligence politique,
joue un rôle de pivot sur le seuil
de la ville,
il s'agit de la capitale du Grand Empire,
qui accueille, présentant les clés
sur un plateau, son souverain victorieux.
En pendant,
l'artiste sauvage a représenté
l'empereur procédant
à la distribution de récompenses,
et l'on voit
sur le côté gauche
l'histoire inscrivant
sur un bouclier
des noms de victoire
Lodi, Maringo,
Austerlitz, Jena.
Ce motif
est le même,
alors traité différemment,
que celui qui était à l'arrière-plan
de la médaille
frappée pour la victoire de Maringo
en 1800.
Là, nous sommes nécessairement
après octobre 1806,
après le 14 octobre 1806,
date de la bataille d'Yena,
dont le nom explicite nous donne bien sûr
un terminus à Kouen.
Les campagnes
de 1806-1807
s'étaient terminées sur le radeau
de Tilsit,
par une négociation entre
l'empereur des Français, Napoléon Ier,
et le tsar de toutes les Russies,
Alexandre Ier,
et l'on pouvait croire
la paix enfin venue
sur le continent.
C'était mal connaître Napoléon
qui, ayant distribué
à travers l'Europe
des trônes aux membres
de sa famille,
voyait d'un œil chagrin
subsister en Espagne
une branche
de la famille de Bourbon.
Le voilà empétré
dans les affaires d'Espagne
à partir de 1808.
En 1809,
nouvelle prise d'armes
de l'Autriche,
et il faut faire face
sur tous les fronts.
Napoléon
va à la rencontre des
Autrichiens,
les bousculent
en Bavière, les envahissent
en Autriche,
occupent pour une deuxième fois
Vienne, leur capitale,
tandis que
Eugène Napoléon,
viceroi d'Italie, les a contenus
puis repoussés sur le front italien.
Et pour marquer
ce rétablissement de la situation
au profit de Napoléon,
une médaille est frappée,
une médaille extrêmement concentrée
qui a pour seul sujet
une figure de victoire,
brandissant un foudre d'une main,
une palme de l'autre,
avec cette légende
Ostibus
ubique
fucis caesis
captis.
Tous les ennemis, en tous lieux,
mis en déroute,
tués, prisonniers.
Accompagnés
d'une date lapidaire,
en chiffres romains,
1809.
C'est là une invention,
comme me l'a très obligément indiqué
François Ploton-Nicolet,
professeur à l'école Deschartes.
C'est une invention qui combine
des motifs antiques,
une victoire, un foudre, une palme,
en une association
inédite.
C'est le vocabulaire antique
du monde de la victoire
qui est reformulé
sous une forme extrêmement expressive
par le très grand graveur
de la Zecca de Milan,
Luigi Manfredini.
Ce butin artistique
recueilli à travers
l'Europe et singulièrement l'Italie
était concentré
au Muséum central des Arts,
devenu Musée Napoléon,
mais aussi aux abords
du Palais impérial
du Louvre et des Tuileries.
Et là, nous en avons
un exemple absolument saisissant.
C'est sur une des 72 assiettes
du service particulier de l'empereur
le sujet de
l'enlèvement des chevaux
de Saint-Marc,
de la façade de la basilique
en 1797.
Rappelons que
Bonaparte haïssait
l'oligarchie vénitienne
et a déclaré, avant que de marcher
sur Venise,
je serai
l'attila de l'état vénitien.
Effectivement,
cet état disparu
et au traité de Campo Formio,
négocié par le général
Bonaparte en personne,
indifférent aux instances du directoire,
avec les envoyés
de François II du Saint-Empire,
et bien à ce traité
de Campo Formio,
la France
en quelque sorte mit la main
sur la république sœur
qui va devenir la Repubblica Cisalpina,
le riche milanais,
tandis qu'à titre de compensation
pour cela est la Belgique perdue,
l'Autriche
reçoit la Vénitie.
Deuxième précision importante,
c'est que toutes
les assiettes de ce service
présentent une aile
sur fond vert de chrome,
une couleur que le chimiste
Vauclin venait d'inventer
en 1798,
et que Sèvres était la seule manufacture
à maîtriser, et sur ce fond
vert de chrome est peint
une frise de glaive
antique, liée
par une couronne
et rehaussée
d'étoiles à cinq branches.
On reconnaît ce répertoire
à la gloire
de Bonaparte
épuisant dans l'Antiquité.
Le sujet peint
sur le bassin, peint
par Robert, s'inspire
d'une scène, exactement la même,
qui figure dans les
tableaux historiques
des campagnes d'Italie
depuis l'an 4
jusqu'à la bataille de Maringo,
recueil publié
en 1806.
Le peintre Jean-François Robert
a su habilement
insérer son motif
dans le format contraignant de l'assiette.
La vue urbaine
resserrée, la place Saint-Marc,
la basilique et le début
de la rue adjacente sur son flanc gauche
occupent
plus des deux tiers de l'espace.
Par rapport à l'axe central
de la façade, l'artiste
a choisi un angle de vue
décalé légèrement sur la droite,
ce que soulignent au sol
les lignes du dallage au premier plan.
Cette perspective
dynamique permet de rendre
la profondeur des porches du portail
et le jaillissement des dômes
qui se détachent
sur les pignons hérissés de sculpture.
La façade
de la basilique Saint-Marc
apparaît comme un majestueux
fond de scène
d'une scène insolite.
À l'aplomb du pignon central,
sculpté du lion ailé
de Saint-Marc, présentant son évangile ouvert
durant des siècles,
l'emblème de la sérénissime république
de Venise souveraine.
À l'aplomb de ce pignon,
un palan de bois et de cordage
fait descendre
un cheval de bronze.
Suspendu dans le vide,
saisi au moment où il se détache
sur le porche central,
ce cheval, le quatrième et dernier,
va poursuivre sa descente
et rejoindre au sol les trois autres
en une sorte de
défilé équestre qui,
né du haut de la façade,
s'avance sur la place
pour parader
au premier plan.
Le peintre Robert a usé avec
subtilité du brun et de l'or
pour rendre le bronze des chevaux
une note chromatique
d'une grande force
qui joue avec le bleu intense
de l'uniforme des soldats français
qui les escortent.
En regard de cela, tout le reste
n'est que comparses et accessoires.
Quelques spectateurs
sur la galerie de la Basilique,
indistincts en raison de la distance.
Les lignes ordonnées
et uniformes de l'infanterie française
massées sur la gauche,
les précédés de badeaux éparts
aux vêtements colorés.
Une foule impuissante
massée sur la droite.
Des chariots spécialement conçus
pour le transport des précieux antiques
dotés de quatre roues,
d'un fond plat et d'un grand étai de bois
à la forme qui vient épouser
le poitrail de chaque cheval.
Les chevaux vivants qui tirent les chevaux antiques.
Le premier plan
est occupé par un soldat français
fusil sur l'épaule et baïonnette au canon.
La force française
est maîtresse de la situation.
Les chevaux de Saint-Marc
qui firent la gloire de Corinthe,
de Rome depuis Néron,
de Constantinople depuis Constantin,
de Venise depuis la quatrième croisade
en 1204 et durant
près de six siècles, doivent
en ce mois de décembre 1797
quitter les bords
de l'Adriatique pour gagner
les rivages de la Seine
où ils vont participer
à un défilé des trophées artistiques
orchestré en grande pompe
sur le champ de Mars
en juillet 1798.
Ce défilé
triomphal de juillet 1798
dont je rappelle
que les tableaux étaient présentés
comme recueillis
en Lombardie,
allait de pair avec l'étoffement
du muséum central
des arts non révolutionnaire
du Louvre qui avait l'ambition
de concentrer les chefs-d'œuvre
du monde entier.
Il n'est pas étonnant que ce sujet
de l'enlèvement des chevaux
de Saint-Marc ait été choisi
en 1807 par Napoléon
comme un des sujets
lui rappelant des souvenirs agréables
pour le service
particulier de l'empereur
livré le 27 mars
1810
au Tuileries
en vue du banquet du 2 avril
1810
mariage religieux avec Marie-Louise
et apogée du pouvoir
de Napoléon le Grand.
Pour cette quatrième séquence
trophée d'armes
où nous avons pu évoquer
la façon dont les campagnes
sont campées par les artistes
et bien il y a
un deuxième aspect
du point de vue de Napoléon
qui est égaler Frédéric le Grand
égaler Frédéric II de Prusse.
Paradoxe
alors que
le petit-neveu de Frédéric II
très imprudemment
à l'instigation de la Reine Louise
se lance dans un conflit avec la France
qui va aboutir à la raclée
au même moment
est présentée à Paris
une exposition des produits
de l'industrie nationale
où le designer
Louis Duguerce de Montrosier
présente cette pendule
en monument à la mémoire
de Frédéric le Grand
qui est un dépôt
extrêmement généreux
du mobilier national en 2020
et que nous avons mis en batterie
vous vous en souvenez
chers abonnés du scribe accroupi
le 5 mai 2021
et nous avons en détail
analysé cet objet
un signe. Je n'y reviens pas
juste à titre de prélude
j'attire votre attention sur
cette aigle monocéphale
de Prusse qui d'une main
tient en ses serres
une orbe
c'est pas le monde, n'exagérons pas
c'est la riche province de Silesie
arrachée à l'Autriche
et de l'autre
le clève
de Frédéric
la chose est d'importance
quant au trophée, on n'en manque pas
car vous voyez qu'il y a
sur la base
deux prouts qui sont des allusions
à Emden et Danzig
deux villes portuaires
placées sous la protection
la tutelle, la mamise de la Prusse
et le long de la colonne
des boucliers
et des étendards
qui sont autant de défaites françaises
durant la guerre
de cet an. Et donc
la Prusse insolemment entrant en lice
contre la France, Napoléon devait
un, la vaincre et deux
effacer cet outrage
il s'y emploie en faisant abattre
la colonne de Rossbach
Concentré des
chefs-d'oeuvre au musée Napoléon
paré les
abords du palais
impérial des Tuileries
d'Antique
conquis à
Venise, supposait au
préalable de passer sa vie
en campagne sous une tente
et loin des ors
des palais impériaux
une machine de pouvoir pour valoriser
la personne du souverain, il y a cette
réalité quotidienne
de la guerre avec cette
tente qui est en trois parties
conçue spécialement pour l'empereur
et cet empereur en
campagne que la Prusse
par son agressivité
à l'automne 1806
condamne
à marcher contre elle
et bien cet empereur en campagne
veut venger les affronts
essuyés par la France singulièrement
durant la guerre de cet an
et
à Rossbach, lieu de
défaite du maréchal de Soubise en
1757, Frédéric II
vainqueur, avait fait élever
une colonne de Rossbach
outrage pour les français
Napoléon ordonne de la démonter
et de la transporter
à Paris
c'est en ces temps de l'automne
1806
que le philosophe Hegel
qui venait de mettre
un point final à son manuscrit
de la phénoménologie
de l'esprit
dit
s'approchant de la fenêtre
vit passer
l'âme du monde
à cheval
il emploie cette expression
Weltseele dans une lettre
à son ami Niethammer
du 13 octobre
1806
veille de la
bataille d'Iéna
avec ce raccourci saisissant
que ce philosophe allemand
professeur et pasteur
décrit le rôle des hommes d'exception
Alexandre
César
Martin Luther
Napoléon Bonaparte
décrit le rôle dans l'histoire
de ces hommes d'exception
et le voit passer
c'est la théorie et l'action
en cours sous ses yeux
un saisissant raccourci
et je remercie mon ami
le pasteur Alain Jolie
par ailleurs donateur du musée
de cette fine précision
En octobre 1806
Napoléon
écrase la Prusse à Iéna
abat la colonne de Rosbar
entre à Berlin
et va à Potsdam
dans l'église de la garnison
voir le tombeau
du grand capitaine des temps modernes
celui auquel il entend
s'égaler Frédéric II
L'épigone français
du grand Frédéric
ordonne que l'épée, l'écharpe
le ruban et le collier
qui accompagnaient le corps
soient envoyés à Paris
trophée arraché
aux héros des bords
de l'âge prêt et confié
sur les bords de la Seine
aux vétérans de l'hôtel des Invalides
Au printemps 1807
alors que la lutte se poursuit
contre l'opiniâtre armée russe
après la bataille des lots
et avant la bataille de Friedland
il faut entretenir
le moral à l'arrière
et par
des cérémonies
essayer d'aviver une ferveur
belliqueuse
pour une population parisienne
qui commence à être lassée
de toutes ses campagnes
du coup est organisée une cérémonie
que dirige
l'archi-chancellier de l'Empire
Cambacérès
c'est la translation des attributs
de Frédéric II
aux Invalides
le 17 mai 1807
et le moment que choisit
le peintre Zweback
est l'arrivée aux Invalides
si bien que le char
qui porte les dépouilles
frédériciennes est dans l'axe
du fronton sculpté
d'un Louis XIV équestre
cette composition
vise un effet
Napoléon
qui a mené ses armées sur la Vistule
égale et surpasse
Louis le Grand
qui dominait le Rhin
et donc la création
de l'hôtel royal des Invalides
est bien sûr reprise
par tous les régimes qui suivent
et notamment sous Napoléon
on parle bien sûr
d'hôtel impérial des Invalides
dans cette composition
des fantassins
précèdent un char triomphal
tiré par des chevaux blancs
chargés de
280 drapeaux
selon le moniteur
suivi du réchal Moncey
portant l'épée à la main
escortée de son état-major
il y a là une concentration
concentration
de la population parisienne
concentration de l'armée présente
à Paris, concentration
de trophées
aussi bien l'épée
de Frédéric II que ses étendards
des régiments prussiens
et le tout en un lieu
l'hôtel impérial
des Invalides qui devient une sorte de reliquaire
de pierre des conquêtes
de l'Empereur qui est présent
par les biais de l'ennemi
qu'il a vaincu
égalé
surpassé. Frédéric II
n'est jamais entré en vainqueur à Paris
Voilà combien
ces sujets
pour certains choisis personnellement par Napoléon
sont riches
de sens et étaient
évidemment compris comme tels
lors du banquet
en grand couvert tenu
le 2 avril
1810 pour le
mariage avec Marie-Louise
de Habsbourg. Contraste
avec le surtout de
biscuits qui accompagnent
le service particulier de l'Empereur
qui est une création française
par contraste avec cette constitution
il est un autre
surtout qui lui fut
démembré. C'est un
surtout qui fut exécuté
par des artistes italiens
à la manufacture du Buen Retiro
à Madrid vers
1790 et que
Charles IV d'Espagne
prit avec lui dans un palais de la Couronne
lorsqu'il se rendit
à Bayonne. Charles IV
était en bisbille, c'est peu de le dire
avec son fils
Ferdinand
Prince des Asturies
qui lui avait succédé
sous le nom de Ferdinand VII
et Charles IV
pour se venger de ce fils
prit pour arbitre
Napoléon. Napoléon convoqua
les deux à Bayonne
hors Terre Espagnole
et à l'intérieur
de l'Empire français.
Charles IV
dans la tradition des cadeaux diplomatiques
et pour se faire bien voir
Napoléon
s'empara sur son passage
d'un immense
surtout qui comptait plus de
250 pièces et que les Français
estimèrent plus tard à plus de 320 000
francs. Somme
énorme. Et ce surtout
était extrêmement composé
avec un immense
plateau
sur lequel venaient de très
nombreuses figures.
Il y avait un grand massif
au centre, un jeu de portiques
c'était impressionnant.
Ce surtout, emballé
peut-être un peu à la va comme je te pousse
fut offert
à Napoléon.
On l'examina, on le trouva médiocre
on ne voulait pas le trouver beau, on le déclara
horrible et on le dépeça.
Quand je dis on, ce sont les Français.
Et ce que vous voyez ici
ce sont des éléments
recomposés de ce surtout
montés en candélabres
vous voyez des bobèches qui peuvent
accueillir des bougies
et qui présentent
notamment des figurines.
Non pas de biscuits comme pour le service particulier
de l'Empereur mais de bronze
doré. Vous avez ici
la sculpture tenant
un ciseau et un buste
Minerve casquée
tenant un bouclier
la force s'appuyant sur une colonne
la monarchie
couronnée
et la justice
qui tient toujours faisceau délicteur
et puis un moignon
de balance qui a perdu
ses plateaux.
Tout cela est une recomposition
à partir de cet immense surtout
à dessin démembré.
Glorifiant la monarchie
espagnole et la dynastie
des Bourbons, le surtout bien entendu
ne pouvait être d'aucune
autorité à Napoléon.
Bien au contraire.
Il rappelait le pouvoir de ses souverains
qu'il avait détrôné parce que Bourbon.
L'Empereur
qui redistribuait à ses frères les trônes en Europe
l'Espagne échue
à l'aîné Joseph
qui fut muté tel un préfet
de Naples à Madrid. L'Empereur
ordonna la remise du surtout
de Charles IV au garde-meuble
impérial pour remploi
de pièces et de fragments recomposés
à la décoration des palais
impériaux. Le
dépaissement du surtout
qui était un concentré symbolique
du pouvoir idéal d'une
majesté désormais déchue
faisait écho
au démembrement de l'Espagne
royaume livré
aux armées françaises
et au pillage artistique.
Chers abonnés
du scribe accroupi
vous connaissez
cette vitrine monographique
consacrée au général
Grouvel
qui a fait l'objet d'un reportage fouillé
en 2022.
A l'époque, nous ignorions
que, ou nous commencions
à deviner plus exactement,
que parmi l'argenterie
espagnole et française
que renferme ce coffre
se trouvent aussi des
pièces mexicaines
ici présentées en lien
avec le Mexique
pays invité au festival
de l'histoire de l'art à Fontainebleau
en 2024.
Je rappelle brièvement
la biographie du général Grouvel
promu colonel du 16e
régiment de dragons en janvier
1810. Il est envoyé
en Espagne où il fait partie
de l'armée du Midi pendant les campagnes
de 1811 et 1812.
Il s'illustre
lors de plusieurs combats, devient chevalier
de l'Empire en 1800,
officier de la Légion d'honneur en 1812
et général de brigade
en 1813.
En cette année 1813,
il ne revient pas d'Espagne
les mains vides. Le colonel
puis général Grouvel mit la main
dans des circonstances
inconnues sur un bel ensemble
d'argenterie. Il rapporta
de ses campagnes une paire
de poélons, deux paires de plats
et des assiettes
à contour et filet
provenant de Madrid,
de Barcelone, de Murcie,
de Grenade et de Cordoue.
A ces pièces façonnées
en Espagne même,
s'ajoutent des pièces marquées
d'un M sous couronne
cantonné de deux colonnes,
les colonnes d'Hercule, c'est
le poinçon de Mexico,
capitale de la
viceroyauté de
Nouvelle-Espagne. Ces pièces d'argenterie
mexicaines sont une véritable
découverte
et je remercie ici
Alexandre Cousin pour son travail
d'identification. Ce sont
de fabrication mexicaine
trois paires de plats et dix-sept assiettes
qui sont ici regroupées
auprès d'un
poélon espagnol.
Alexandre Cousin s'emploie
à identifier
ces orfèvres
grâce à leurs poinçons.
Ces pièces, inattendues et
rarissimes en France, comme l'a
obligément confirmé Philippe Malouir,
conservateur au département des
objets d'art du Louvre, témoignent
de l'activité d'orfèvres d'origine
européenne établie
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle
à Mexico et
capable d'une production raffinée
au point que
la puissance coloniale importait
en Europe cet argent
non pas seulement sous forme de lingots
mais aussi d'éléments façonnés
aboutis.
Ces plats et ces assiettes
prirent place dans le coffre d'argenterie
du général Grouvel
à côté de pièces
espagnoles encore marquées
par l'esprit baroque et de pièces
françaises de style
néoclassique.
Ces pièces d'argenterie
rassemblées en
trois registres dans
ce coffre occupent évidemment
une large part de la
vitrine monographique consacrée
au général Grouvel.
Conformément
aux clauses de la généreuse
donation des descendants
du général Grouvel
de présenter
la trajectoire biographique
de l'Oriel, cette
vitrine sera transposée
en 2028
dans le musée Napoléon
redéployé tel quel
quasiment dans une salle
consacrée à Napoléon
en nouveau César
convoquant le général Grouvel
comme archétype de ses
militaires au service
de Napoléon et plus largement
de la France. Je précise
ce point car
dans les musées et à Fontainebleau
en particulier, nous sommes extrêmement
scrupuleux de
respecter les clauses
des donations.
Cela vaut pour cette vitrine
monographique, cela vaut aussi
pour les médailles.
Nous avons un donateur
qui s'appelle Philippe Copin et qui tient
à ce que les médailles qu'il offre
ne soient pas nettoyées
et elles seront donc montrées
aux yeux du public avec cette espèce de patine
des âges.
En bon entendeur,
potentiellement généreux,
amicale, ça y est.