[Web-série] Victoires et trophées au musée Napoléon Ier Épisode 5 : Dépouilles et butin de l’ultime bataille, Waterloo 18 juin 1815
Christophe Beyeler, conservateur général du patrimoine, vous propose de terminer ce parcours dans les salles du musée Napoléon Ier, en évoquant les dépouilles de la Grande Armée prélevées sur le champ de bataille et celles du stratège vaincu, pillées dans sa voiture et partagées entre les vainqueurs.
Dernière séquence de ce parcours trophée et victoire, la défaite de Waterloo.
Car cette aventure fulgurante à l'échelle de l'Europe se clôt lorsque, en 1815,
Napoléon essaie de rejouer la partie pour 100 jours et va livrer bataille en Belgique.
A Ligny, le 16 juin, où ses troupes bousculent les Prussiens de Blücher et, deux jours
après, ils se heurtent à Waterloo, aux troupes de Wellington, dont les rues de Highlanders
écossais adossées à la forêt de Swagne.
On connaît l'issue, l'arrivée à marche forcée de Blücher que n'a pas su déjouer
Grouchy.
La garde qui donne, qui plie et qui bat en retraite, la garde plie, déroute de l'ensemble
de l'armée.
Napoléon, au soir du 18 juin 1815, perd ses bagages, autant de dépouilles que vont se
partager les vainqueurs et l'armée française, qui compte de nombreux tués, se débante.
Les dépouilles des soldats sont ramassées, il y a sur tous les champs de bataille et
en tous lieux, les charognards sont ramassés, car le métal, les objets en fer, ce sont
matériaux précieux, précieux et utiles, et de surcroît s'ajoute une dimension mémorielle
ou en tout cas un produit négociable auprès des touristes.
Et c'est ce que le tenancier de l'auberge de la Belle Alliance, c'est un des rares bâtiments
qui n'ait pas été détruit par les combats et qui donc peut remplir son rôle d'accueillir
des visiteurs, car d'emblée le champ de bataille de Waterloo devient un lieu de mémoire
européen que fréquentent les vainqueurs anglais, prussiens et hollandais, mais aussi
des français mortifiés.
Et dans cette auberge de la Belle Alliance, nous l'avions vu l'année dernière dans
le cadre du festival d'Histoire de l'Art où le pays invité était la Belgique, sont
présentées à la vente des dépouilles de la Grande Armée, vous reconnaissez ici sur
le registre supérieur une cartouchière, un sabre de cavalerie, un étendard, un bâton
de tambour-major, des plumets, une baïonnette, une lame brisée, une épaulette, un chaco
orné, une plaque en forme de losange, une décoration de la Légion d'honneur, un casque
à lame inerve, une cuirasse, un sabre de cavalerie, un sabre à lame droite de cavalerie
lourde et le colbac avec le plumet renversé aux dérisions d'un chasseur à cheval de
la garde impériale.
La déroute française de ce soir du 22 juin 1815 se trouve ici, presque à Lancan, en
tout cas proposée à la vente, au plus offrant, on pourrait dire à Lancan, dans une auberge
au sud de Bruxelles, dans cette bourgade de Waterloo.
Ce que vous voyez là, c'est la fin d'un rêve de suprématie française par le courage
des troupes françaises et le génie tactique de l'Empereur, c'est offert à des touristes
anglais, vous reconnaissez l'uniforme britannique de couleur rouge, c'est offert à l'ennemi
anglais qui désormais domine les mers et en quelque sorte fait presque sa loi sur l'ensemble
du continent, c'est la fin du rêve d'hégémonie que caressait pour la France Napoléon.
Lui-même vaincu, lui-même pillé, envoyé, condamné à l'exil et relégué au fin fond
de l'Atlantique Sud.
Pour cette dernière séquence, deux angles de vue, il y a les armes qui sont abandonnées
par les soldats morts, blessés ou fuyants et il y a les objets personnels de l'Empereur
qui perd sa berline, laquelle berline est pillée par les vainqueurs, pillée et partagée
par les vainqueurs.
Je précise que ce partage du butin obéit à des règles, ce n'est pas quelque chose
complètement anarchique, ça obéit à des règles, il y a une part qui est donnée aux
soldats, une part aux officiers et une part aux généraux en chef et je remercie le professeur
Hans Ottomeyer, président de notre conseil scientifique, d'avoir mis en exergue ce point
lors d'une exposition au Deutsches Historisches Museum de Berlin qu'il dirigeait.
Donc ces éléments se sont retrouvés extrêmement émiettés, on en trouve encore dans des salles
régimentaires anglaises, on n'en trouve plus dans des salles régimentaires allemandes
tout simplement en raison de la défaite allemande de 1945 et des piages qui ont eu lieu dans
ces régiments en demeurant anéantis.
Ce sont vraiment quelques fragments que nous avons ici et nous l'avons par le biais de
la générosité du musée de Malmaison qui ouvrit en 1906 et reçut de collectionneurs
des éléments, soit d'un collectionneur comme August Seller, soit de provenance d'acteurs
de la bataille, ce qui semble être le cas pour des pièces liées à Sir Thomas Cullum.
Je précise bien que toutes ces pièces ont transité par Malmaison et j'en profite pour
remercier madame Elisabeth Caude, directrice du musée national des châteaux de Malmaison
et Boispréaux pour son esprit collaboratif.
Toutes ces œuvres, ces fragmentas sont présentées dans le parcours actuel et une sera présentée
à terme.
Commençons par celles qui sont ici présentées, qui proviennent d'un collectionneur qui s'appelle
Augustus Seiler, on peut penser que c'est un nom d'origine allemande, ou Augustus Seller,
c'est une personne qui vivait à Vevey, en Suisse, et qui offrit à Malmaison cette assiette
par biennais qui présente trois fleurs de lys.
C'est donc une assiette qui était en dotation aux Tuileries, dont l'emblématique a été
modifiée sous la première restauration, premier retour de Louis XVIII, et qui semble-t-il
a été embarquée comme argenterie de campagne par Napoléon.
Autre cas de figure, mais toujours fruit de la générosité de ce monsieur Augustus Seiler,
ou Augustus Seiler, c'est cette chocolatière d'une contenance d'une tasse aux poinçons
de leur fèvre genue à Paris, qui présente évidemment un corps, un manche en bois tourné
amovible, un couvercle, et puis un petit orifice par lequel on pouvait introduire
un bâtonnet pour mélanger le chocolat.
Les armes impériales sont gravées à la plomb du bec verseur, et la pièce est authentique.
Je précise cela parce que passe en vente énormément d'objets qui présentent la
gravure des armes impériales sur la date d'exécution desquelles il y a lieu de s'interroger
avec la plus grande prudence.
Enfin, dernier élément de ce putain pris dans la berline de l'empereur vaincu, c'est
cet ensemble qui présente un plateau, un flambeau et deux boîtes, et sur ce plateau,
outre l'inscription du fabricant biennais hors fèvre de leur majesté impériale et
royale, c'est-à-dire empereur des Français et roi d'Italie, avant 1814, il y a gravé
d'une autre main postérieurement inscrite, pris à la bataille de Waterloo dans la voiture
de Napoléon Bonaparte le 18 juin 1815.
Et l'appellation même de Napoléon Bonaparte, qui en fait un particulier vaincu, est explicite
par opposition avec l'attitulature officielle qu'employait biennais leur majesté impériale
et royale.
Donc c'est un très bel ensemble qui a appartenu à Sir Thomas Cullum, puis à George Jerry
Milner-Tipson Cullum, qui l'a légué au musée de Malmaison en 1921, où se trouvait
évidemment l'année du centenaire de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène, et le
musée de Malmaison l'a déposé en 1984 au musée Napoléon Ier, appelé à ouvrir
en 1986.
Précisons qu'il y a une autre pièce pour l'instant non montrée en vitrine, qui
est une assiette pillée dans la berline et qui se trouve enroulée sur elle-même
et qui aurait été ainsi tournée en porte-bouquet par un officier anglais pour offrir des fleurs
à sa belle.
Vous voyez, on retrouve toujours les officiers anglais liés à Waterloo.
Souvenez-vous de l'officier britannique en habit rouge, attablé à l'auberge de
la belle alliance, et là, ce petit détail de l'assiette de l'empereur devenue un
porte-bouquet.
Car, vu que nous parlons de trophées et de victoires, tant de trophées pour aboutir
à une telle défaite, car vous pensez bien que pour les vainqueurs anglais, prussiens,
il n'était de pièce plus valorisante que d'avoir des débris même d'objets qui
avaient servi à l'empereur en personne.
Je tiens à préciser que le musée Napoléon Ier est tout sauf un lieu de concentration
fétichiste mais au contraire un atelier d'histoire à la rigoureuse et implacable neutralité.