Abonnez-vous http://bit.ly/inahistoire En 1950, alors qu’éclate la guerre de Corée, Henri de Turenne, reporter de 28 ans, est envoyé sur le front par l’AFP. Entre les communistes au nord et les forces de l’ONU au sud, le journaliste découvre la réalité du conflit le plus meurtrier de la guerre froide. Ses articles sensibles et documentés lui valent le prix Albert Londres en 1951. Le court documentaire La guerre de Corée par Henri de Turenne revient en 8 minutes sur l’épopée de ce journaliste, en mobilisant des illustrations de BD et des archives exceptionnelles : scènes de combats, images rares du dictateur Kim il Sung ou des colonnes de réfugiés. Cette vidéo, produite par l’INA et Lumni Enseignement, avec les éditions Dupuis, s'inspire de la BD Henri de Turenne - Sur le front de Corée, de Stéphane Marchetti et Rafael Ortiz.
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Je suis entré dans le bureau de Maurice Negre, le patron de l'AFP, et je lui ai demandé.
C'est le début de la Troisième Guerre Mondiale, vous croyez ?
Les Nations Unies ont voté une intervention militaire.
Le président Truman envoie des soldats pour prendre la tête de la coalition.
Vous partez dès ce soir. Vous risquez d'arriver trop tard sinon.
C'est ainsi que je suis devenu reporter sur le front de Corée.
Je rencontre un autre correspondant de l'AFP, Jean-Marie de Prémontville.
Quelques jours plus tard, nous embarquons dans un avion militaire.
Notre appareil atterrit à Taïjon, petite ville au sud de la capitale, Séoul.
Depuis sa libération par les forces russes et américaines en 1945,
la Corée, que seul un étroit bras de mer sépare du Japon,
avait été coupée en deux zones d'influence limitées par le 38e parallèle.
Au nord, les communistes, alliés de Staline et de Mao.
Au sud, l'administration de Syngman Rhee, soutenue par les Américains.
Deux régimes irréconciliables qui veulent imposer leur hégémonie sur toute la péninsule coréenne.
En pleine guerre froide, la Corée du Nord lance 135 000 hommes à l'assaut du sud, le 25 juin 1950.
Le monde entier retient son souffle.
Nous autres journalistes, nous partons sur le terrain avec les troupes de l'ONU,
plus particulièrement les contingents américains et anglais.
La journée, je rédige des dépêches pour l'AFP.
Ce sont de courts articles, factuels.
Et le soir, j'écris des papiers pour le Figaro, avec davantage de détails.
C'est le général américain Mac Arthur qui commande les forces de l'ONU en Corée.
Les relations entre l'armée américaine et les journalistes sont compliquées.
Sur le terrain, les Américains n'ont pas l'avantage.
En trois jours, l'adversaire nord-coréen a conquis la capitale du sud, Séoul.
Les forces communistes sont équipées avec du matériel flambant neuf, envoyé par Staline.
Ces guerriers russes nord-coréens sont d'une agressivité farouche.
Ils ont leur chant des partisans, dont un prisonnier m'a chanté le refrain.
Ne pleurez pas sur notre soeur, nous l'offrons à notre grand chef.
Et ce grand chef, c'est Kim Il-sung, un homme mystérieux, entouré de légendes.
Durant sa jeunesse en Manchurie, celui que l'on surnomme le tigre du Chiang-Pai-Chan a lutté contre l'occupant japonais.
En 1945, Kim est nommé chef du comité du peuple coréen à seulement 33 ans.
Cinq ans plus tard, me voici sur le front d'une guerre que Kim et ses alliés ont précipité.
Une nuit, alors que je roule dans une Jeep avec d'autres reporters, nous sommes mitraillés par des nord-coréens.
Mon ami Jean-Marie prend une balle dans la cuisse.
Les journalistes en Corée payent cher leur titre de correspondant de guerre.
En à peine un mois, cette campagne a fait 12 victimes, alors que 40 correspondants seulement furent tués pendant toute la Deuxième Guerre mondiale.
En septembre 1950, les Américains débarquent dans la baie d'Inchon.
Appuyés par les forces des Nations Unies, ils reconquièrent rapidement la péninsule.
Mais arrivés à Séoul, ils se heurtent à la puissance des nord-coréens.
La capitale est un véritable enfer.
Les trois premiers jours de combat, les forces de la coalition perdent la moitié de leurs effectifs, tués ou blessés.
Des colonnes de réfugiés sillonnent un territoire complètement désolé.
En même temps, les Nations Unies se sont préoccupées de venir en aide aux populations civiles.
Quatre millions de réfugiés ont été secourus au cours de la dernière année.
Quoiqu'en disent les actualités, les Coréens souffrent de la famine, des bombardements et des maladies engendrées par les combats.
Début octobre 1950, les soldats onusiens arrivent à Pyongyang.
De Corée, où les événements se précipitent, nous parviennent ces premières images de l'entrée de la première division de cavalerie américaine dont Pyongyang,
l'ex-capitale nordiste maintenant libérée et dont la population a accueilli les forces des Nations Unies.
Le régime de Kim Il-sung semble proche de s'effondrer.
Mais ce n'est qu'une illusion.
La coalition découvre que Mao envoie en masse des soldats chinois combattre en Corée.
Les forces communistes reprennent l'avantage.
Les esprits s'échauffent. Truman et MacArthur parlent de larguer la bombe atomique.
Après Hiroshima et Nagasaki, le président américain hésite à déclencher l'apocalypse nucléaire.
A défaut de bombe A, c'est du napalm que les Etats-Unis déversent sur la Corée.
Je n'avais jamais vu de spectacle aussi tragique que ce village au sud de Séoul,
bombardé au napalm deux jours plus tôt, parce que les Nord-Coréens y avaient camouflé deux canons.
Dans cette guerre, j'ai aussi perdu un ami.
Le 12 février 1951, en plein reportage, Jean-Marie de Prémontville est fauchée par une rafale de mitraillette.
Les obsèques de Jean-Marie de Prémontville, correspondant de guerre mort en Corée, se sont déroulés à Saint-Louis des Invalides.
Le ministre de l'Information, M. Gazier, devait évoquer la mémoire du jeune journaliste
dont le sacrifice s'inscrit à l'honneur de la presse.
Après huit mois de mission, je suis épuisé.
L'AFP me rappelle et envoie une nouvelle équipe.
Le conflit dure encore deux ans.
L'option atomique est finalement écartée en avril 1951 par Truman, contre l'avis de MacArthur.
Le général est même sèchement destitué.
De 1951 à 1953, les armées ennemies s'échinent autour du 38e parallèle, sans jamais emporter l'avantage.
Une guerre d'usure, l'une des plus meurtrières de la seconde moitié du XXe siècle.
Elle tue plus de deux millions de civils et près de 900 000 soldats des deux camps.
L'élection d'Eisenhower aux États-Unis en 1952,
et un changement de stratégie impulsé par Staline en 1953, conduisent à la fin de la guerre.
Le 4 mars, le leader soviétique meurt d'un AVC.
L'armistice est signé en juillet.
Les armes se taisent, mais rien n'est résolu pour autant.
Au printemps 1951, je reçois le prix Albert Londres pour mes reportages dans le Figaro.
Oui, je tiens à associer à l'honneur qu'on fait aujourd'hui la mémoire de mon camarade Jean-Marie de Premonville,
qui a été tué en Corée, comme vous le savez.
Corée reste aujourd'hui coupée en deux, et Pyongyang est le régime le plus isolé du monde.