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00:00 Introduction 00:23 Le sujet et l'œuvre 00:56 Problématique 01:12 Annonce du plan 01:57 I. Défendre la liberté 02:20 1) Une liberté naturelle 03:27 2) Une liberté qu'il faut défendre 04:54 3) Une liberté accessible 06:13 II. Des enjeux qui dépassent la liberté 06:34 1) Remonter aux causes de la servitude 07:34 2) Un malheur sans limite 08:43 3) Une condition nécessaire au bonheur 09:30 III. Une vision humaniste cohérente 09:44 1) Dénoncer les dangers de l'ignorance 10:50 2) Valoriser l'égalité et la fraternité 12:01 3) Interpeller les intellectuels 13:32 Conclusion 14:38 Ouverture
La Boétie, amie de Montaigne, partage avec lui un idéal humaniste,
considérant que la liberté et l'échange des savoirs
permettent non seulement l'épanouissement de l'individu,
mais aussi l'élaboration collective d'une société harmonieuse.
Mais la Boétie observe que bien souvent les peuples se laissent asservir par un tyran,
c'est-à-dire un chef qui exerce un pouvoir absolu.
Au détriment de leur bien-être et de leurs intérêts.
C'est d'ailleurs un paradoxe, une association d'idées inhabituelles,
puisque la servitude est a priori peu désirable.
Il écrit donc ce discours de la servitude volontaire
pour comprendre ces mécanismes qui empêchent les peuples de réaliser une société
où ils pourraient s'épanouir librement, prospérer en paix et trouver le bonheur.
Dès lors on peut se demander,
le discours sur la servitude volontaire est-il seulement un plaidoyer pour la liberté ?
Ne va-t-il pas plus loin qu'une simple défense de la liberté ?
N'est-ce pas réducteur d'en faire un discours visant à promouvoir la liberté ?
Tout d'abord, ce discours de la Boétie vise en effet à défendre la liberté de manière concrète,
en utilisant des procédés variés.
Il valorise, il transmet à son lecteur l'envie de cultiver cette liberté,
Mais ce texte va plus loin, car il montre que la servitude des peuples,
par leurs causes mais aussi par leurs conséquences,
touche en réalité des enjeux bien plus vastes,
qui dépassent la notion de liberté en elle-même.
Finalement, la Boétie défend la liberté parce qu'elle incarne à ses yeux
une valeur fondatrice de l'idéal humaniste qu'il soutient,
constituant une vision optimiste de l'être humain
et visant un développement harmonieux de la société.
Un court message avant de continuer.
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Donc tout d'abord, la Boétie fait de la liberté un bien naturel que l'on désire spontanément.
Et pour nous montrer cela, il fait une intéressante expérience de pensée
et nous demande d'imaginer un peuple nouveau qui n'aurait jamais connu la servitude.
S'il naissait aujourd'hui quelques gens tout neufs
et qu'on leur proposa d'être sujet ou de vivre libre, quel serait leur choix ?
Ils préfèreraient obéir à la seule raison que de servir un homme.
Il prolonge alors cet exemple en citant des animaux.
Les éléphants par exemple préfèrent perdre leur défense plutôt que de perdre la liberté.
Certes, l'homme a su domestiquer des animaux,
mais aucun animal n'accepte les contraintes, il le dit dans deux très beaux vers.
« Même les bœufs sous le poids du joug gègnent et les oiseaux dans la cage se plaignent. »
On le voit avec ses arguments et ses exemples,
la Boétie développe une démonstration qui fait d'abord l'éloge de la liberté.
Il avance que c'est un bien désirable qu'il faut défendre.
D'abord parce que c'est un bien naturel.
La Boétie s'étonne alors que la liberté est si précieuse
que la servitude des peuples est absurde, incompréhensible à ses yeux.
Il utilise un registre qu'on appelle épidiptique.
En blâmant la tyrannie, il fait en creux l'éloge de la liberté.
Quel malheur est celui-là ?
Voir un nombre infini de personnes non pas être gouvernées, mais tyrannisées.
Souffrir les pires risques, non pas d'une armée, mais d'un seul,
souvent le plus lâche de la nation.
Il s'étonne d'autant plus que normalement la liberté
inspire toujours de la vaillance pour la défendre.
Une armée libre sera plus forte qu'une armée de mercenaires motivés par la convoitise.
Et il cite les guerres médiques qui ont opposé les Grecs et les Perses.
Il semble qu'à ces glorieux jours-là,
ce n'était pas tant la bataille des Grecs contre les Perses
que la victoire de la liberté sur la domination, de la franchise sur la convoitise.
La Boétie constate que ces peuples sont prêts à donner leur vie courageusement au nom de la liberté.
Ils mêlent les registres pour toucher nos émotions, pour mieux nous persuader.
Ils sont vraiment extraordinaires les récits de la vaillance
que la liberté met au cœur de ceux qui la défendent.
La liberté est donc une valeur que l'on défend spontanément,
parce que c'est une condition naturelle que tout être vivant souhaite conserver.
Et la Boétie insiste, il n'est même pas nécessaire de prendre les armes pour la défendre.
En effet, la Boétie observe la soumission des peuples
et constate qu'ils ne sont pas asservis par la force.
Non pas contraints par une grande force,
mais se semblent enchantés et charmés par le nom d'un seul.
Il fait alors cette découverte qui donne son titre au discours.
Les peuples ne sont asservis que parce qu'ils en ont la volonté,
ils sont consentants.
C'est un constat à la fois amer et optimiste,
parce que cela signifie qu'ils possèdent en eux le pouvoir de se libérer.
Vous pouvez vous en délivrer si vous essayez,
non pas de vous en délivrer mais seulement de le vouloir faire.
Soyez résolu de ne servir plus et vous voilà libre.
La Boétie développe des images extraordinaires et effrayantes
où il dépeint le tyran comme un monstre
dont les bras et les yeux sont en réalité prêtés par ceux qui l'a servi.
La Boétie emprunte une dernière image magnifique à la Bible,
un passage du livre de Daniel
où Nabucodonosor rêve d'un colosse aux pieds d'argile.
La Boétie en fait une métaphore des tyrans de toute époque.
« Je ne vous demande pas de le pousser, de l'ébranler,
mais seulement de ne plus le soutenir.
Et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base,
fondre sous son poids et se rompre. »
Le discours de la servitude volontaire
est donc bien d'abord un grand plaidoyer pour la liberté.
La Boétie célèbre la liberté,
puis nous enjoint à la défendre avec des arguments rationnels,
des émotions variées, des images saisissantes.
Mais il va plus loin.
La liberté n'est pas une fin en soi,
c'est une valeur qui touche des enjeux beaucoup plus importants.
D'abord, la Boétie va chercher les causes de la servitude
pour comprendre les mécanismes qui portent atteinte à la liberté.
Le premier ressort, c'est la peur.
Un peuple donne les pleins pouvoirs à un chef militaire, par exemple,
pour vaincre un ennemi.
Mais le chef militaire devient ensuite tyran.
Revenant victorieux,
comme s'il n'eût pas vaincu ses ennemis mais ses citoyens,
il se fait de capitaine-roi et de roi-tyran.
Ensuite, les tyrans ainsi formés profitent de la coutume
et l'asservissement se prolonge sur les générations suivantes.
Je suis d'avis qu'on ait pitié de ceux qui, en naissant,
se sont trouvés le jou sous le col,
car ils ne s'aperçoivent point du mal que cela aurait d'être esclaves.
Ainsi, les enjeux de la liberté dépassent ce moment
où il faut se mobiliser contre un ennemi commun.
C'est un combat de tous les instants.
Car en effet, perdre la liberté revient en fait
à perdre aussi tout ce que le tyran peut exiger de nous.
C'est un malheur sans limite.
La Boétie décrit trois sortes de tyrans.
Ceux qui héritent du pouvoir de leur père,
ceux qui le prennent par la force,
et ceux qui sont élus.
Pour lui, il n'y a pas beaucoup de différence
parce qu'ils aspirent tous à conserver le pouvoir.
La façon de régner est quasi semblable.
Les élus, comme s'ils avaient pris les taureaux à dompter,
ainsi les traitent-ils.
Les conquérants en font comme leurs proies.
Les successeurs pensent d'en faire ainsi
que de leurs naturels esclaves.
Ainsi, on ne peut jamais se garantir qu'un tyran bienveillant
ne devienne pas soudainement un oppresseur.
Quel est ce vice, ce vice horrible,
de voir un nombre infini d'hommes
non seulement obéir mais servir,
non pas être gouvernés mais être tyrannisés,
n'ayant ni bien, ni parents, ni enfants,
ni leur vie même qui soit à eux ?
Ce passage est une gradation,
une augmentation en intensité.
On voit que la simple obéissance
menace finalement toutes les possessions,
puis la famille,
et enfin la vie de ceux qui sont mis en esclavage.
La liberté nous apparaît donc comme un bien premier,
une condition nécessaire pour trouver le bonheur.
C'est une idée qui traverse
tout le discours de la servitude volontaire.
La liberté n'est qu'une condition première
à l'épanouissement de l'individu et des peuples.
La liberté est un bien si grand qu'elle perdue,
tous les maux viennent à la file,
et les biens même qui demeurent après elle
perdent entièrement goût et saveur,
corrompus par la servitude.
Pour Labeau ici,
la liberté est justement ce qui permet aux êtres humains
de mettre leurs efforts en commun
pour construire une société harmonieuse,
ce que le pouvoir autocratique ou le souverain décide seul
ne peut justement pas réaliser.
La nature nous a fait à tous ce beau présent de la parole
pour produire par la communication et l'échange de nos pensées
la communion de nos volontés.
Elle a cherché par tous les moyens
à resserrer le nœud de notre société.
Dans le discours de la servitude volontaire,
Labeau ici défend donc,
au-delà de la liberté,
des valeurs plus larges
qui rendent possible une société harmonieuse
et forment alors une vision humaniste cohérente.
Labeau ici explique que les tyrans s'assurent
de la servitude des peuples
en les affaiblissant de toutes les manières possibles,
et notamment en remplaçant le savoir et la culture
par des divertissements qui les abétissent.
Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles,
les gladiateurs et autres telles drogueries,
c'était au peuple ancien les appâts de la servitude,
le prix de leur liberté,
les outils de la tyrannie.
Pour mieux subjuguer son peuple,
le tyran doit le plonger dans l'obscurantisme.
Il va donc détruire les livres
et, d'une manière générale,
empêcher tout échange de pensée,
par exemple en isolant les savants et les érudits.
Le bon zèle de ceux qui ont gardé la dévotion à la franchise
demeure sans effet pour ne s'entre-connaître point.
La liberté leur est toute ôtée sous le tyran,
de faire, de parler et quasi de penser.
Ils deviennent tous singuliers en leur fantaisie.
La défense de la liberté chez la Boétie
se traduit donc surtout par la volonté
d'entretenir des liens humains
favorisant d'autres valeurs
comme l'égalité et la fraternité.
C'est un aspect fascinant de ce discours de la servitude volontaire.
La liberté fonde d'autres valeurs
qu'on retrouve aujourd'hui,
l'égalité et la fraternité.
Les êtres humains possédant une liberté
qui les rend égaux
profitent de leur différence
pour s'entraider et donc créer des liens fraternels.
Plutôt faut-il croire que faisant ainsi
les parts aux uns plus grandes,
aux autres plus petites,
la nature voulait faire place à la fraternelle affection
afin qu'elle eût où s'employer,
ayant les uns puissants de donner aide,
les autres besoin d'en recevoir.
Ainsi, il ne faut pas penser que les tyrans
soient capables d'avoir des sentiments d'amitié.
Au contraire, leur soif de pouvoir
détruit tout lien d'affection.
Une petite avoir d'amitié,
là où est la cruauté,
la déloyauté, l'injustice.
Entre les méchants, quand ils s'assemblent,
c'est un complot,
non pas une compagnie.
Ils ne sont pas amis mais complices.
De cette manière,
la Boétie avertit les savants et les érudits.
Il est inutile, voire même dangereux
de se faire des complices des tyrans.
Au contraire,
leur rôle est de favoriser la liberté des peuples.
En effet,
la Boétie interpelle indirectement les intellectuels.
Puisque les peuples asservis ont perdu toute notion de liberté,
seuls les plus cultivés ayant lu et voyagé
peuvent encore la concevoir.
C'est sur eux que tout repose.
Ceux-là,
quand la liberté serait entièrement perdue et hors du monde,
l'imaginent et la sentent en leur esprit.
La Boétie avance alors un double argument.
Servir la liberté des peuples,
c'est obtenir leur amour
et une place glorieuse dans la postérité.
Alors que se faire le complice des tyrans,
c'est au contraire
s'acquérir une bien mauvaise renommée.
Il décrit ainsi avec ironie le sort de ceux
Voilà la gloire,
voilà l'honneur qu'ils reçoivent.
Leur réputation déchirée dans mille livres,
les punissant encore après leur mort de leur méchante vie.
Enfin,
un dernier argument qui est très fort à l'époque,
c'est celui du jugement de Dieu.
Mais on peut l'interpréter plus largement comme une invitation
à choisir une voie morale vertueuse,
lumineuse,
plutôt que celle de la violence et de l'obscurantisme.
De ma part,
je ne suis pas trompé puisqu'il n'est rien si contraire à Dieu,
tout libéral et débonnaire,
que la tyrannie,
qu'il réserve là-bas à part,
pour les tyrans et leurs complices,
quelques peines particulières.
En faisant ici allusion à l'enfer chrétien
qui punit ceux qui ont fait le mal pendant leur vie,
la Boétie évoque surtout un désir de justice,
l'espoir que les tyrans soient un jour punis de leurs méfaits.
Le discours de la servitude volontaire
est donc d'abord un véritable plaidoyer pour la liberté,
en la présentant comme un bien naturel et précieux
que tout être vivant désire spontanément.
La Boétie souligne que les peuples sont souvent asservis
par leur propre volonté
et qu'ils possèdent le pouvoir de se libérer.
Ensuite, la Boétie montre que cette perte de liberté
prend son origine dans la peur,
puis s'étend de génération en génération,
entraînant un malheur sans limite
qui menace tous les aspects de la vie.
La liberté apparaît alors comme une condition nécessaire
à l'épanouissement des individus et des peuples.
Enfin, la Boétie illustre les liens
qui sont des outils de la tyrannie pour asservir les peuples.
Au contraire, la liberté nous rend égaux
et favorise des liens de fraternité.
Il exhorte donc notamment les intellectuels
à refuser d'être complices des tyrans
pour défendre, au contraire, la liberté
et s'assurer ainsi l'amour des peuples dans la postérité.
Cette vision humaniste de la Boétie
trouve un écho puissant chez Olympe de Gouges par exemple,
qui, au terme du siècle des Lumières,
prolonge cette réflexion en insistant sur l'égalité des sexes
comme une condition nécessaire à la véritable liberté
et l'élaboration d'une société plus juste.
Elle écrit