BALZAC, 𝘓𝘢 𝘗𝘦𝘢𝘶 𝘥𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘨𝘳𝘪𝘯 🗝️ Le contexte en 4 dates

Mediaclasse.fr
11 abonnés
19 Vues de vidéo·8 janv. 2025
Souvent, on ne se rend pas compte
à quel point La Peau de chagrin
occupe une place centrale dans la vie
et dans l’œuvre de Balzac.
Voici les 4 dates incontournables
pour comprendre le contexte d’écriture
de ce roman.
En 1820, Balzac a 21 ans : né à Tours en 1799,
il vit désormais à Paris.
En ce début de XIXe siècle,
il est encore loin d’être le grand représentant
du mouvement réaliste qu’on connaît aujourd'hui :
le jeune Balzac très ambitieux
veut produire une œuvre d’une profondeur inédite,
mais il cherche encore sa voie.
Quel est le contexte culturel à ce moment-là ?
Le mouvement romantique prend forme en France,
Lamartine vient de publier ses Méditations poétiques.
Le théâtre est encore très classique,
mais Victor Hugo imposera
le drame romantique avec Hernani en 1830.
Le genre romanesque quant à lui
n'est pas très bien considéré,
mais il est populaire.
Dans les journaux, on publie dans l’espace
en bas de page (celui qu’on feuillette)
ces récits trépidants, qu’on appelle feuilletons :
les lecteurs sont de plus en plus nombreux,
en quête d'émotions fortes,
de rebondissements.
1829, Balzac publie un roman
qui est son premier succès :
Les Chouans raconte un conflit opposant
royalistes et républicains en Bretagne.
Ce succès est un tournant dans
la carrière de Balzac.
Il s’est inspiré du genre du roman historique
pour raconter un événement encore
frais dans les mémoires, qui touche un public
marqué par la Révolution française.
Balzac admire beaucoup Walter Scott,
le grand auteur de romans historiques,
mais en l’imitant, il se rend compte
que le public veut surtout comprendre
comment l’Histoire explique la société présente,
(la société du XIXe siècle).
Par cette innovation, Balzac donne
une nouvelle profondeur au genre romanesque,
alors considéré comme un genre peu sérieux.
1831 : quand Balzac écrit La Peau de Chagrin,
c’est bien le présent qu’il cherche à comprendre,
comme le résultat de grands
mouvements historiques.
Le personnage de Raphaël de Valentin,
dernier représentant d’une famille aristocratique,
incarne un monde Ancien,
réduit à la ruine dans une société
où l’argent est devenu la seule valeur.
Le symbole de la Peau de chagrin
incarne alors toute la philosophie
que Balzac veut mettre dans son œuvre :
l’énergie vitale des êtres est vouée
à l’épuisement,
et la société du XIXe siècle illustre cette déchéance
à grande échelle.
En 1842, Balzac a une idée géniale :
organiser tous ses romans sous la forme
d’une fresque gigantesque
qu’il décide d’appeler La Comédie humaine.
Ce sera une grande étude de la société
de son époque,
divisée en plusieurs parties :
les Études de moeurs, les Études analytiques,
et enfin, les Études philosophiques,
et c’est en tête de cette dernière partie
que Balzac met La Peau de chagrin.
Ce titre La Comédie Humaine
fait référence au théâtre : une société d’apparences
où chacun joue un rôle.
Sauf que chez Balzac, on n'est pas au théâtre,
mais dans un cycle romanesque.
Et cela donne tout son sens à l'ironie du titre :
non, cela ne va pas forcément bien se terminer,
non les masques ne vont pas forcément tomber,
et d'ailleurs, ceux qui auront le malheur
de ne pas adopter le bon rôle,
seront balayés par la société.
La Comédie Humaine, c'est aussi une référence
à La Divine Comédie de Dante.
Alors que le poète italien nous propose
un voyage en Enfer,
Balzac nous invite à découvrir une société
humaine infernale, animée par les intérêts
les ambitions, et où les plus cyniques survivent.
Cette idée est déjà bien présente
dans la Peau de chagrin, dès la première apparition
de Raphaël de Valentin, incarnant à lui seul
le projet littéraire de Balzac :
Ange sans rayons, égaré dans sa route, [...]
les ténèbres et la lumière, le néant et l’existence
s’y combattaient en produisant
tout à la fois de la grâce et de l’horreur.
