Colloque de rentrée 2024 : Genre et Sciences Conférence du 17 octobre : Ce que les sciences font au genre, ce que le genre fait aux sciences : à propos de la reproduction médicalement assistée
Session 2 : Histoire et comparaison Intervenante : Delphine Gardey, Professeure, Faculté des Sciences de la Société, université de Genève
En mobilisant des travaux théoriques et empiriques classiques dans le champ des Science and Technology Studies et de la critique féministe des sciences ainsi que des contributions et recherches personnelles publiées ou en cours, je me propose de regarder ce que les transformations dans l’ordre des sciences et des rapports sociaux de genre font aux savoirs et pratiques médicales de la reproduction. Et, symétriquement en quoi certaines transformations dans les savoirs et les pratiques médicales et biomédicales de la reproduction relèvent de, accompagnent, et produisent des transformations dans l’ordre social et de genre.
Le Collège de France est une institution de recherche fondamentale dans tous les domaines de la connaissance et un lieu de diffusion du « savoir en train de se faire » ouvert à tous. Les cours, séminaires, colloques sont enregistrés puis mis à disposition du public sur le site internet du Collège de France.
C'est avec un grand plaisir que j'accueille à présent Delphine Garnet.
Garnet est professeure ordinaire en histoire contemporaine à l'Université de Genève,
directrice de l'Institut des études genre à la Faculté des sciences de la société.
Elle travaille sur l'histoire du travail.
Je pense à son premier livre, La dactylographe et l'expéditionnaire,
histoire des employés de bureaux.
Les photos que nous a donné à voir Xavier Leroy y avaient toute leur place.
Mais depuis, elle travaille aussi sur la politisation de l'intime.
Un de ses derniers livres, Histoire politique du clitoris, paru chez Textuel en 2021.
Et c'est, si je comprends bien, à la croisée de cette histoire des sciences genrées
et de cette histoire de l'intime que se situe sa communication,
ce que les sciences font au genre, ce que le genre fait aux sciences,
à propos de la reproduction médicalement assistée.
Merci, merci beaucoup.
Pour moi, c'est quand même un événement historique que je tiens à signaler,
le fait que cette institution s'intéresse à des sujets tels que genre et science
et convoque des scientifiques et des sciences sociales pour en parler.
Peut-être que vous avez commencé à apercevoir le fait que ce champ existe depuis,
en tant que tel, le champ genre et science, depuis près de 50 ans aux États-Unis
et qu'il a donc connu et été l'objet d'une série de travaux très importants
dans différentes disciplines, en philosophie, en sources sociales, en sociologie,
en études de genre, en études des sciences.
Donc ici, Sandra Harding, With Science, With Knowledge,
on a déjà été autour de ces questions.
Qui est producteur, productrice de sciences ?
Qui peut faire des sciences ? Pour quel type de sciences et quel contenu ?
Voilà quelques-uns des objets, des questions qui ont été envisagées
depuis assez longtemps et qui ont donné des postérités et des travaux multiples
avec de grands noms et de grandes auteurs qu'on saluera au fur et à mesure du chemin
qu'on va parcourir.
Ici, mon intervention va avoir trait à une question qui est plutôt de regarder
comment on peut penser ce que les sciences font au genre,
est-ce que le genre fait aux sciences, à partir des sciences de la reproduction.
Donc dans un premier temps, en fait, je vais me pencher,
puisqu'on sait que les sciences contribuent à définir le genre
comme réalité anatomique, biologique, sociale et politique.
Je vais essayer de voir encore en quoi ces conceptions
de la différence de genre ou du genre,
ou de ce qui a été donné comme nature de cette différence,
ont des effets ou sont liés à des théories de la reproduction
et comment ces théories de la reproduction, à leur tour,
influencent la conception qu'on peut se faire du genre
ou ont des effets épistémiques et sociaux sur ce qui se produit
en termes de sciences de la reproduction, donc du côté des sciences.
Un deuxième aspect, ça sera plutôt le volet historique de ma proposition.
Le deuxième aspect sera de se pencher, à partir de deux enquêtes
que j'ai co-dirigées sur des questions contemporaines,
à la façon dont des aspects genrés continuent d'animer et d'être importants
et d'être à l'œuvre dans les sciences procréatives contemporaines.
Je regarderai, autour de deux enquêtes, quelques-uns de ces aspects.
Il s'agira de regarder comment, en fait, les sciences dures,
dites dures ou biologiques, ont des effets sur les relations de genre
et comment, à l'inverse, le genre a des effets sur le contenu des savoirs
ou les possibilités de les produire et de le faire de nouveau,
encore une fois, à partir des sciences de la reproduction
et de la question de l'accès à la reproduction médicalement assistée.
Mais avant de faire ce chemin, je voudrais peut-être poser
quelques jalons théoriques sur ce qu'il en est de la question
que je pose au début, ce que les sciences font au genre,
ce que le genre fait aux sciences, et donc en me référant, au fond,
à deux types de traditions.
La tradition de l'étude sociale des sciences, d'une part,
et la tradition de la critique féministe des sciences
ou des études féministes gays et lesbiennes, de l'autre.
Dans les deux cas, il s'est agi, dans ces travaux,
de déstabiliser la frontière entre ce qui est donné comme relevant
de la science et ce qui relèverait de la société.
Les travaux qui ont été conduits dans ces deux branches de savoir
ont essayé de mettre en évidence la porosité des frontières
qui sont classiquement définies entre la nature et la culture
et qui ne sont pas questionnées en tant que telles.
On a vu déjà que ces frontières peuvent être poreuses,
qu'il y a des éléments de fragilité.
Ces travaux ont tenté de contribuer à faire voler en éclat
la naturalité de ce qui est tenu comme étant acquis
quand on parle de nature et quand on parle de culture
ou quand on parle de sexe et quand on parle de genre.
Je vais regarder d'abord du côté de l'étude sociale des sciences
puis des études de genre ce qu'il en a été.
Du côté de l'étude sociale des sciences, on pourrait dire,
sans parler de façon qui pourrait être entrée sur de mauvaises discussions
de déconstruction ou de constructivisme,
on dira simplement, en citant le philosophe des sciences polonais
Ludwik Fleck, qu'on a la possibilité de réfléchir aux liens
qu'entretiennent science et société en pensant à la métaphore
de la rivière, du fleuve et de son lit.
C'est une métaphore que je trouve très utile chez Fleck
et qu'on peut donc essayer de comprendre.
Il nous suggère qu'on ne peut pas départager
ce qui relève de la science et de la culture
puisque la rivière ou le fleuve s'écoule dans son lit
et que ce lit lui-même se transforme et permet à la rivière de vivre.
Donc si on avait une intériorité qui est la rivière
et puis une extériorité qui est la culture ou le contexte
qui est le lit de la rivière, on voit bien que cette métaphore
commence à nous permettre de comprendre la façon dont l'un et l'autre
sont interagis, sont codépendants, on pourrait dire,
sont cofaçonnés, comme on va le dire dans toute une série de traditions.
Donc ce social shaping of science and technology,
c'est l'idée du façonnement social des sciences.
Avec Donna Haraway, que nous avons traduit en français en son temps,
on pourrait dire que la réalité n'est pas indépendante
des explorations que nous en faisons,
que la réalité, ce qui est donné comme l'objectif du travail scientifique,
n'existe pas comme extériorité.
Elle n'est connaissable que dans le commerce que nous entreprenons avec elle
et ce commerce signale déjà et toujours une impureté
dans la situation du sujet de la connaissance
et une impureté qui relève d'une hétérogénéité de même ordre
dans l'objet de la connaissance.
Autrement dit, si je m'approprie Dominique Pestre
commentant le grand livre de Bruno Latour sur Pasteur,
un grand classique de l'étude sociale des sciences par Bruno Latour,
je cite Pestre cette fois,
« Ce qui compte comme savoir ou entité nouvelle dans l'activité de Pasteur
n'est définissable qu'a posteriori,
comme sont répartis a posteriori objet et sujet,
contenu et contexte, nature ou fait de science,
et culture ou fait de société. »
Cet élément, qui a été une des lignes programmatiques
de l'étude sociale des sciences,
on peut le retrouver autrement dans les études féministes
qui ont questionné d'une autre façon
des aspects de cette idée de la métaphore de la rivière
ou de l'interrelation, de la codépendance
des faits de société et des faits de science.
Anne Fausto-Sterling, un chapitre célèbre
d'un de ses livres « Duels contre les dualismes »,
utilise, après la philosophe Elisabeth Gross,
la métaphore de l'anneau de Moebius
pour essayer de nous faire comprendre
ce qu'il en serait d'une réflexion
qui dépasserait la question de la rupture
ou de la dichotomie entre science et nature.
Dans Volatile Bodies,
Gross examine les modes d'assemblage des corps et de l'esprit
en prenant pour métaphore
l'image d'une bande de Moebius.
On peut en imaginer la surface
en suivant le trajet d'une fourmi.
Au début, la fourmi se trouve à l'extérieur du ruban,
puis à mesure de sa progression,
elle se trouve sur la face interne du ruban.
Gross nous propose de conceptualiser le corps,
le cerveau, les muscles, les organes génitaux,
les hormones comme la face interne de la bande,
alors que la culture et l'expérience
ont constitué la face externe.
Mais on le voit, on le sait,
à mesure de sa progression,
la fourmi s'est trouvée sur le même plan.
La question du retournement
ou de la mise en extériorité
de la culture par rapport à la nature,
où il en était tenu comme tel,
se trouve abolie.
Plus généralement, Volatile Bodies
montre que le corps sexuel est socialement construit,
que la biologie et la nature ne sont pas opposées
ou en conflit avec la culture,
que la biologie humaine est intrinsèquement sociale
et qu'elle n'a pas d'origine naturelle ou pure
en dehors de la culture.
Ces deux mouvements, dans les façons d'enquêter,
sur les sciences comme faits déjà et toujours sociaux,
et sur la nature, le sexe et le corps
comme des faits déjà et toujours signifiés
dans des histoires et dans des contextes,
coïncident en large part.
Ils sont, dans les deux cas,
produits par le social
et sont à leur tour productifs
d'une certaine science
et d'une certaine société.
J'en viens maintenant au début de l'histoire
que je voudrais vous introduire,
qui est celle de la question
des représentations ou des formes d'expérience
de la reproduction
dans le long temps de l'histoire.
Je vais rentrer dans le vif du travail
et puis le faire en commençant
par un détour du côté du masculin.
Je me situe à la fin du XVIIIe
et au début du XIXe siècle,
à un moment où le tournant médical,
scientifique sur le corps féminin,
a pour effet de rendre impensé,
non investigué,
le corps masculin comme corps sexué,
génital et reproducteur.
À cette période, en effet,
et on le sait grâce aux travaux
de toute une série de mes prédécesseuses historiennes,
le sexe des femmes va être défini
comme étant l'entièreté de leur être,
leur destin,
et donc assimilé
à un destin social.
C'est notamment la condition médicale des femmes,
ce que va proposer la philosophie naturelle
telle qu'elle a été étudiée,
par exemple, par Geneviève Fresse,
qui va justifier,
comme on l'a mentionné tout à l'heure,
leur exclusion, l'exclusion des femmes
de la démocratie.
Le corps féminin,
comme site de la différence
du sexuel et du reproductif,
devient l'objet de prédilections
de savoirs médicaux
et occasionne l'émergence
de plusieurs spécialités médicales,
dont la gynécologie.
Cette discipline
va se détacher progressivement
de l'ancienne médecine des femmes
pour s'affirmer,
donc en Grande-Bretagne d'abord,
puis en France ou en Belgique
dans les années 1880,
en tant que telle.
Et des travaux récents,
par exemple, je pense à ceux
de la thèse de Tommy de Ganque
sur la gynécologie en Belgique,
montrent à quel point
cette spécialité vise
les organes génitaux féminins
et les maladies des femmes
et favorise les pratiques chirurgicales.
En fait, Tommy de Ganque
montre que le terrain
pelvien est l'un des grands enjeux
et un des grands espaces
d'expérimentation
de la chirurgie contemporaine.
Il exerce une véritable attraction
sur les chirurgiens mâles
de l'époque
qui investissent
les opérations gynécologiques,
ovariotomie, hystéroctomie,
durant cette période.
L'ovariotomie, en fait,
est la première opération abdominale
qui a été pratiquée en chirurgie.
Et donc, c'est intéressant
de réfléchir au fait
que la science médicale générique,
entre guillemets,
s'est entraînée en opérant
à un grand taux de mortalité, d'ailleurs,
et en s'essayant sur les femmes.
Cette scène, disons, gynécologique,
cette scène d'instrumentation
sur le corps des femmes,
cette scène, donc,
ce désir scopique
d'entreprendre et de transformer
et d'analyser
l'intérieur du corps des femmes
qui est défini comme étrange,
comme l'altérité,
n'a pas d'équivalent
sur les organes sexués
et reproducteurs masculins
qui ne vont pas susciter
de spécialités médicales en propre.
Le masculin étant défini
à partir de la fin du XVIIIe siècle
comme universel, référent,
n'est pas pensé
comme sexué ni reproducteur.
Il ne suscite pas
la constitution
d'une spécialité médicale,
l'andrologie,
comme pendant
de cette médecine des femmes
qu'est la gynécologie.
La thèse récente soutenue
par ma doctorante Camille Bajeux,
qui est parue en 2024,
le confirme
tout en mettant en évidence
les espaces de savoir et de pratique
qui ont été mis en œuvre
autour de la prise en charge
des mots des hommes
entre les années 1890
et les années 1970
au sein de disciplines
telles que l'urologie,
la vénérologie,
la gynécologie,
aussi pour les questions
de pure fertilité,
et l'endocrinologie.
Un point qui est intéressant
durant cette période
entre la fin du XVIIIe siècle
et le premier XIXe siècle,
c'est que d'autres aspects
vont avoir une incidence importante
et ils ont trait
à des scripts sexuels dominants
qui vont inspirer
les conceptions savantes
et vernaculaires
de la reproduction humaine.
En effet, jusqu'à la fin
du XVIIIe siècle,
on pense,
en tout cas avant le tournant
de 1800,
on pense que l'orgasme féminin
est nécessaire
pour qu'il y ait procréation.
Mais autour de 1800,
les médecins commencent à établir
qu'il n'est pas forcément obligatoire
que la jouissance soit du côté
de la femme
pour que la reproduction humaine
se produise.
Ainsi, détachés de l'orgasme,
l'espèce et la perpétuation
de la nation
peuvent continuer
sans s'encombrer
du plaisir des femmes.
Je fais un petit clin d'œil
à mon livre
« Exit le clitoris »
qui va disparaître
pendant un bon moment
jusqu'aux années 50-70.
Je l'ai lu en Suisse,
donc 70,
pour que je m'intègre bien.
Et 2000,
avec les transformations
que je reprends dans ce livre.
À partir de ce moment-là,
la femme anesthésiée
et passive
peut concevoir
et l'ardeur sexuelle
et l'élan génésique
se définissent
au sol masculin.
Dit autrement,
l'homme est la cause
efficiente de la génération
en tant qu'il produit
la semence,
le sperme,
et la femme
se fait réceptacle
à un précieux vase
qui peut accueillir
cet impulse initial.
Du côté du masculin,
il en découle
que puissance sexuelle
et fertilité
sont chez l'homme
durablement confondus.
En dépit des connaissances
médicales disponibles,
donc ici je remets
l'image de l'homme vigoureux,
et qui commence à s'établir
à partir de la fin
du XIXe siècle,
il demeure difficile,
comme Camille le montre
à partir des sources d'archives
dont elle dispose,
pour les médecins
comme pour les patients,
de dissocier le lien
entre puissance et fertilité.
A la Belle Époque,
on épargne les hommes
en ne les informant pas
de leur stérilité
afin de préserver
l'unité du mariage
et de ménager leur virilité.
L'agente médicale masculine
se fait particulièrement
empathique et compréhensive
pour soigner le cas échéant,
le malade à son insu,
et empêcher qu'il ne se tourne
vers les charlatans
dans un moment
où le marché de l'impuissance
et de l'infertilité masculine
est très important
dans ce premier XXe siècle.
Le recours au microscope
à partir de la fin du XIXe siècle
et le diagnostic possible
de l'azoospermie,
c'est-à-dire de l'absence
de spermatozoïdes,
permet ou non
de stopper les investigations
sans fin
qui ont toujours lieu
en premier et durablement
sur le corps des épouses,
traditionnellement suspectées
d'être responsables
de l'infertilité du couple.
Ce que je voudrais donc dire,
essayer de pointer,
c'est que cette dépendance
technico-sociale
a un coût sur le long terme.
Côté masculin,
le déficit d'investigation
sur la génitalité masculine
a pour conséquence
une faible institutionalisation
du champ de la santé masculine
et de moindre recherche
et innovation
dans la prise en charge
des problèmes sexuels
et reproductifs des hommes.
Alors que le sperme
devient central
dans le développement
de la procréation médicalement
assistée dans les années 70,
les connaissances
sur l'infertilité des hommes
demeurent limitées.
Les initiatives
dans le champ
de la contraception masculine
sont aussi autres effets
de cette dépendance
quasi inexistante
de façon très durable.
Ce qui avait un temps,
donc, invité
ma collègue sociologue
et une grande spécialiste
de l'histoire
et de la sociologie
des hormones,
Nellie Woodthorne,
à poser la question
sociotechnique,
pourquoi la pilule
est-elle féminine
et non masculine ?
En effet,
côté féminin,
à l'inverse,
on a un investissement
considérable,
médical,
institutionnel
de long terme
des traditions,
de métiers
et d'investigation
sur le sexe-corps
des femmes
et ces dernières
continuent
de supporter
une surmédicalisation
en cas d'infertilité
du couple.
Et cette histoire
n'est pas une histoire
du passé,
comme je vais essayer
de vous le montrer
juste ensuite.
Ce que je voudrais
donc dire
à ce stade,
c'est qu'on peut
donc reprendre
les éléments
que j'élaborais
plus tôt.
Le genre,
en tant qu'il façonne
les savoirs médicaux,
a des effets
épistémiques,
institutionnels,
médicaux
et sociaux
sur le développement
des sciences,
de la reproduction
humaine,
en l'occurrence,
et ces effets
et ce développement
a à son tour
des effets
sur la perpétuation
de certains
rapports de genre.
Par exemple,
ici,
on va du côté
de la question
de l'ICSI,
dans l'histoire
des technologies
de la reproduction
médicalement assistée.
Ilana Louy,
ma collègue,
professeure émérite
à l'Inserm,
historienne de la biologie,
a travaillé
sur l'injection
intracytoplasmique
de sperme
qui a été mise
au point
comme technique
en 1990,
à peu près.
Il s'agit
d'une technique
qui se différencie
de la FIV,
la fécondation
ou vitro classique,
par le fait
qu'on injecte
directement
un spermatozoïde
unique,
donc,
sélectionné
ou boosté
dans un ovocyte,
au lieu de mettre
en court présence
dans un bain de pétri
l'ovocyte
et le sperme.
Cette micro-injection,
qui a lieu
avec une seringue,
est faite
sous microscope
et elle a
pour avantage
principal
de permettre
de maintenir,
de soutenir
des hommes infertiles
et de maintenir
la filiation
biogénétique
du conjoint
masculin.
Hélène Allouy
interprète
cette technique
comme disant
à soigner
la défaillance spermatique
et donc
des problèmes
d'infertilité
masculine.
Mais ce soin
a lieu
sur le corps
des femmes.
Pourquoi ?
Parce que pour
procéder
à ce travail
qui a lieu
ici,
qui à la fin
est toujours
une FIV,
il faut
prélever
des ovocytes
qui nécessitent
une stimulation
ovarienne
de la femme
dont l'ovocyte
va être écondé.
Et ça,
c'est un geste
qui est un peu
plus compliqué
à faire
que de se masturber
pour récupérer
du sperme
puisque ça consiste
quand même
à passer au bloc
opératoire
et à faire
un prélèvement
chirurgical
sous anesthésie.
Donc en fait,
ce que j'essaye
de montrer ici,
c'est comment
la logique
propre aux technologies
elle-même
a des effets
ou ayant
intégré
ou étant dépendante
de rapports
de genre
antérieur,
est productive
à son tour
ou réitère
des poids
ou des problèmes
de genre
ou des inégalités
dans la façon
dont on traite
certains problèmes
ou dont on n'aborde
pas certains autres.
Donc,
cette technique
ici,
elle est intéressante
parce qu'une fois
qu'elle a été
validée,
en fait,
parce qu'il y a eu
un moment
où il y avait
des conflits,
enfin il y avait
des controverses
sur l'innocuité
de la technique,
comme souvent
quand il y a
des technologies
nouvelles,
elle a permis
en fait,
elle est devenue
une technologie
standard.
Progressivement,
les fives classiques
ont disparu
et l'excit
est devenu
le golden standard
de la fécondation
in vitro
puisque c'est
plus efficace,
puisque ça permet
de savoir
récupérer
le sperme
du mari,
etc.,
du conjoint.
Et donc,
ça a progressivement
permis de débarrasser
les couples hétérosexuels
du problème
que pose
le donneur
comme tiers
dans le projet parental
tout en satisfaisant
la prévalence
de la filiation
biogénétique
dont on pourrait dire
qu'elle n'a pas
d'évidence historique
en tant que telle
au vu de la variété
historique et anthropologique
des formes
de filiation
et de parenté
qui existent
et qui ont existé
dans les sociétés humaines.
Il l'est des sociétés
où on préfère
l'adoption
ou l'élection
au sang,
le biogénétique
étant l'avatar,
le dernier avatar
de l'intérêt
pour le sang,
enfin,
si on veut.
Donc ici,
on peut lire
une réinterprétation
technique,
médicale,
mais aussi sociale
de ce qui doit compter
dans la reconfiguration
des liens de parenté
à l'époque contemporaine.
Donc,
la technique
fait de la technique
avec la technique,
mais elle fait aussi
plus que de la technique
puisque,
en incorporant
du social
et des rapports de genre,
elle fait aussi
de la société
et du genre.
J'espère que vous voyez
le lien avec
ce que j'ai essayé
de vous montrer
avec mes métaphores
de la Nobius
auparavant.
Ainsi,
et à l'heure
où la nouvelle loi
de bioéthique
de 2021
ouvre en France
le guichet
de celles et de ceux
qui,
en dehors des couples mariés
et des femmes
hétérosexuelles
célibataires,
ont désormais
le droit
de recourir
à la technique
de procréation
médicalement assistée,
30 ans d'ICSI,
30 années de recours
à l'ICSI,
ont contribué
à démonétiser
le don de sperme
qui a chuté
de façon considérable
depuis 1992,
si bien que,
au moment
où de nouvelles
ayant droit
à la procréation
médicalisée,
les couples
de femmes
lesbiennes
et les femmes
célibataires,
lesbiennes ou hétéros,
venant frapper
à la porte
des centres
de procréation
médicalement assistée,
on se trouve
face à une pénurie
de gamèles
masculines.
Alors,
je vais maintenant
passer à la
dernière partie
du travail.
Les frontières
autour des questions
beaucoup plus contemporaines
encore
de reproduction
qui ont trait
aux années
qui nous sont
contemporaines
actuellement.
Donc,
si j'ai pu
essayer
de vous montrer
comment
les frontières
du genre
et les questions
de genre
sont au travail
dans le travail
scientifique
et réciproquement
dans le travail
médical et biologique,
je voudrais aussi
vous montrer peut-être
qu'avec les procréations
médicalement assistées,
il y a d'autres frontières
qui sont déplacées
en dehors
de ce qui compte
comme naturel
ou comme technique,
de ce qui compte
comme vie,
de vie soutenable
ou de vie accomplissable,
d'âge
auquel on peut
accéder
à la possibilité
de nous mettre
au monde,
voire de généalogie
avec toutes les formes
de parenté
et de parentalité
qui sont produites
autrement.
Ça,
ce sont des éléments
qui ont été beaucoup
travaillés par
les pionnières
de l'analyse sociale
de la reproduction
médicalement assistée
que sont
Adele Clark,
Sarah Franklin
ou Carice Thompson
parce que,
étonnamment
et en dépit
de l'importance
que revêt historiquement
et anthropologiquement
cette transformation
dans l'ordre
de la reproduction humaine,
ce sont les femmes
qui ont été assignées
épistémiquement
et scientifiquement
à l'analyse
de ces questions
et c'est intéressant.
On va rappeler
qu'historiquement
en France,
comme dans la plupart
des pays européens,
le modèle de référence
qui structure
le développement
de la procréation
médicalement assistée
demeure celui
de la reproduction
dite naturelle,
soit un coït fécondant
entre un homme
et une femme.
Donc,
historiquement,
quand on a commencé
à introduire
de la technique
ou de la médiation
technique
à l'intérieur
de cette entité
qui était le couple
conjugal et la famille,
comme ça s'est produit
dans les années 50-60
à partir de transferts
de technologies
qui pour l'essentiel
étaient vétérinaires,
donc évidemment
qu'il y a eu
beaucoup de problèmes
sociaux,
éthiques,
moraux,
religieux
qui ont entouré
cette transformation
et donc
le geste
n'était justifiable
que s'il y avait
stérilité
et infertilité
diagnostiquées
et donc
pour rendre
la PMA
acceptable
moralement
et socialement,
de toute façon,
on ne considérait
que les questions
que les scientifiques,
les médecins
jugeaient comme étant
des diagnostics avérés
de stérilité
et d'infertilité.
Par ailleurs,
l'assistance médicale
à la procréation
s'est fondée en France
sur l'idéal
moral
et économique
du don,
tel qu'il prévalait
pour le don de sang
et c'est le modèle
du don du sang
qui a aidé
à construire
les SECOS.
Alors,
les SECOS,
ça veut dire
les centres d'études
et de conservation
des œufs
et du sperme
qui,
en France,
détiennent le monopole
des compétences biomédicales
en matière
de collecte,
de conservation,
d'insémination
ou de transfert
des embryons.
Ce modèle français,
il est très particulier.
C'est un modèle
d'assistance médicale
à la procréation
qui est bâti
sur des normes
et des valeurs
qui le précèdent
mais qu'il va aussi
redéfinir
et rematérialiser.
C'est un modèle
centralisé,
étatique,
sans doute paternaliste
de gestion
de la santé
par le corps médical
et un modèle national,
voire nationaliste
de la reproduction
en même temps
qu'il hérite aussi
d'une conception
genrée
et naturalisante
de la fonction reproductive.
Dans le droit
et la pratique
de l'aide médicale
à la procréation
et donc
sous l'autorité double
du législateur
et des médecins,
les normes sociales
et de genre
sont produites
et reproduites
par le contrôle
très étroit.
Autant des indications
qui autorisent
la préservation
de la fertilité
que des personnes
éligibles
en termes d'âge,
de statut marital,
de genre
et de sexualité
aillent accéder.
Les traits
caractéristiques
de cet agencement
national
sont manifestes
par exemple
dans la controverse
qui a entouré
avant la loi de 2021
l'accès des femmes
françaises
à l'autoconservation
ovositaire
pour raison d'âge
sociétale.
De quoi s'agit-il ?
Il a donc été
discuté
du droit
des femmes
à partir du moment
où on a disposé
de la technique
qui est stabilisée
vers 2010,
la technique
de cryopréservation
des ovocytes,
de savoir
si les femmes
pouvaient
en fait
conserver
des ovocytes jeunes
pour favoriser
les chances
d'une procréation
et d'une grossesse
futures
puisqu'au fond
les travaux
démographiques,
biologiques,
épidémiologiques
ont commencé
à montrer
que,
contrairement
à ce qu'on imaginait,
la baisse de la fertilité
était très importante
sur les femmes
et commençait bien
plutôt
qu'on ne l'imaginait.
Donc on a posé
cette question
comme un problème public.
La loi de bioéthique
de 2011,
donc peu de temps
après que la technologie
de la cryopréservation
de l'ovocyte
ait été
acquise,
c'est plus compliqué
de congeler
un ovocyte
qu'un cycle du sperme.
Le sperme,
on le congèle
depuis plus longtemps.
Elle va en fait
permettre,
mais elle est appliquée
seulement en 2015,
à toute femme
de conserver
pour elle-même
la moitié des gamètes
recueillies
pour une procréation future,
mais à condition,
donc ça,
il n'y a que les Français
qui ont inventé ça,
à condition
que les premiers ovocytes
soient prélevés
et donnés
dans les banques
d'ovocytes,
donc on pourrait dire
entre guillemets
livrés à la nation,
à destination
des couples infertiles
ayant besoin
d'un ovule.
Donc c'est quand même
intéressant
de voir comment
la biopolitique
est donc
à l'œuvre,
les catégories
du possible
sont à l'œuvre
dans la gestion
de l'accès
aux technologies
et des ayants droit
à ces technologies.
Donc la France
a été le seul pays
au monde,
parce que là maintenant
je commence à avoir
une petite vision
avec une enquête
qu'on fait assez vaste,
qui a donc mis
cette clause
qui est héritière
de son histoire
de banque de dons,
cette clause restrictive
où au fond
les femmes
pouvaient utiliser
pour elles-mêmes
leurs ovocytes
dans un contexte
qui était défini,
néanmoins,
une fois qu'elles avaient
pu faire la preuve
qu'au moment
du prélèvement
elles avaient suffisamment
d'ovocytes
à donner
à la banque d'ovocytes.
Alors,
le deuxième exemple
sur lequel je voudrais aller,
si j'ai encore
un peu de temps,
c'était d'aller
sur la question
de la stérilisation imposée
à la préservation
de la fertilité
des personnes trans,
qui est donc
la deuxième enquête
sur laquelle on a travaillé
récemment avec
une jeune équipe
et qui est très intéressante
dans la façon
dont, de nouveau,
toutes ces questions
sont conjointement
travaillées
par les sciences,
les technologies,
le droit,
le travail médical,
etc.
En deux mots,
on pourrait dire
que les parcours
de transition
de sexe-genre,
parce qu'on parle
de transition de sexe,
on parle de transition
de genre,
ont été historiquement,
entre les années 50-60
et 80-90
du XXe siècle,
ont consisté
à réinstaurer
un ordre binaire
de genre
puisqu'on visait
l'hétérosexualité
des personnes
qui entraient
en transition de genre
et leur orientation sexuelle
était un des éléments
du script par lequel
on pouvait les rendre
accessibles
à cette transition.
Donc, dans un temps,
un contexte
où a dominé
le modèle
dit biologique
et naturel
fondé sur la procréation
entre hommes et femmes
hétérosexuels,
l'idée que des personnes
transitent de genre,
changent de genre,
changent d'identité de genre,
ne toléraient pas,
en fait,
la possibilité
pour ces personnes
qu'elles aient
une postérité
ou une descendance.
En fait,
dans la plupart
des pays
européens
et occidentaux,
la réassignation sexuelle,
les interventions
sur les organes génitaux
et reproducteurs
qui visaient
à faire correspondre
au genre d'identification,
ne donnaient droit
à une nouvelle identité
à l'état civil
que si,
les opérations
effectuées,
on pouvait faire la preuve
que les personnes
avaient été stérilisées
de façon irréversible.
Donc, en fait,
pour que les personnes
soient éligibles
au changement
d'état civil
dans la plupart
des pays d'Europe,
on leur demandait,
on demandait
aux autorités médicales
de produire
un certificat
de stérilisation
irréversible.
Donc, pour que les personnes
changent de genre,
il faut qu'elles
renoncent
à la reproduction.
C'est en gros
ce qui est aussi
une doctrine biopolitique
qui est intéressante
dans la plupart
des pays européens.
Cette doctrine,
elle a été questionnée
au milieu des années 2010
par le Conseil de l'Europe,
la Cour européenne
des droits de l'homme
et progressivement,
il y a eu un changement
de paradigme
qui est intervenu
en France
à partir de 2016
et désormais,
mais sans que
le législateur
véritablement
prenne des décisions
fermes,
parce qu'on le sait,
les personnes trans
n'ont pas été prises
en considération
dans la loi de 2021,
les personnes trans
n'ont plus à choisir
entre changement
de genre
à l'état civil
et fertilité.
L'idée qu'imposer
un choix
entre transition
de genre
et fertilité
est préjudiciable
pour les personnes trans
qui pour certaines
aspirent à pouvoir procréer
avec leurs propres gamètes
pendant ou après
leur transition.
C'est progressivement
diffusé
dans les littératures
juridiques
et médicales.
Mais donc,
comme je le mentionnais,
le législateur
a volontairement
omis de traiter
du cas de ces personnes
dans le cadre
de la nouvelle voie
de bioéthique
votée en 2021
et donc les a laissées
sans possibilité
d'accomplir
des gestes
ou d'être bénéficiaires
de certains services
procréatifs
en dehors
d'une forme
d'illégalité.
C'est pour ça
que je parle
de troubles dans le genre
et de troubles
dans la reproduction
puisque le trouble
dans la catégorie de genre
qui est donc
suscité par les initiatives
biomédicales
elles-mêmes,
c'est-à-dire par le déploiement
de toute une série
de technologies biomédicales,
il s'alimente
de la demande sociale
on pourrait dire
et des transformations
de sexe-genre
qui existent
dans la société
et il produit aussi
de nouvelles entités
qui sont à la fois
des entités
ou des ontologies
comme dirait
la tour compliquée
des gamètes,
des embryons
qui sont congelés
ou des ovocytes
donc des entités
qui n'ont pas franchement
d'ontologie stable
qui sont attachées
à toute une série
de background
et d'infrastructures
techniques
mais aussi
entourées
de toute une série
de corpus
et de normes
et puis de l'autre côté
on a des individus
qui eux-mêmes
sont plus ou moins
attachés ou détachés
puisqu'ils questionnent
l'ordre productif
l'ordre de genre
par leur existence
par leur vie
elles-mêmes.
C'est peut-être sur ça
que je voudrais
assister pour finir
de vous inviter
donc de penser
que finalement
le grand tournant
dans le sexe-genre
et les questions
de sciences
et techniques
des 30 dernières années
c'est bien
qu'il y a
une modification
une pluralisation
des identités
une pluralisation
des usages
des technologies
et que
donc je ne vais pas
parler de l'enquête
qu'on a fait
mais je ferai juste
un petit peu
de publicité
pour la petite brochure
magnifique
que nous avons faite
illustrer
à destination
des publics concernés
et puis j'en ai quelques exemplaires
s'il y a des personnes
qui sont intéressées
qui est la version
accessible d'un travail
qui par ailleurs
a été publié
dont il est publié
toute une série
d'éléments.
Donc au fond
pour conclure
troubles dans
l'ordre
productif
et de genre
mais aussi
troubles dans
les catégories
biomédicales
on est donc
dans un moment
où la
beaucoup plus fluide
beaucoup plus plastique
où les frontières
sont travaillées
elles sont au travail
et notre social
comme notre science
les travaillent
de façon ordinaire
et tous les jours
c'est un petit peu
je dois dire
mon opinion.
Merci beaucoup
chère Delphine
pour cette passionnante
communication
qui j'en doutera
je n'en doute pas
va susciter
sans doute
des questions
peut-être même
des débats
je m'en voudrais
les limiter dans le temps
mais en même temps
vous aussi
je dois
regarder l'horloge
y a-t-il donc
des
qui souhaitent
prendre la parole ?
Merci beaucoup
c'était
très éclairant
moi qui travaille
sur l'antiquité
il y a
toute une série
de questions
que je ne me suis pas posées
et en vous écoutant
j'en prends la mesure
vous avez
à un moment donné
parlé de la contraception
et vous avez
eu cette question
pourquoi la pilule
est-elle féminine ?
Ce que je trouve
évidemment
très
éclairant
comme question
en fonction
de votre exposé
mais
j'ai envie de dire
heureusement
qu'elle est féminine
parce que c'est quand même
ce qui a permis
le contrôle
de la fécondité
par les femmes
elles-mêmes
donc voilà
je voulais juste
si vous voulez
bon je sais
qu'aujourd'hui
la pilule
est beaucoup
mise en question
dans la littérature médicale
et bon
pour toute une série
de questions
ma propre mère
est de cette génération
qui l'a prise
quand elle venait
de sortir
dans les années 60
et ça a été
une véritable libération
et donc
voilà
je voulais en fait
un peu déplacer
votre question
pourquoi la pilule
est-elle féminine ?
On voit bien
vous l'avez bien montré
que c'est cette
hyper médicalisation
du corps
des femmes
qui est sans doute
une partie de la réponse
mais d'un point de vue
un peu provoquant
j'ai envie de dire
heureusement
qu'elle était féminine
Donc moi
je n'ai pas forcément
de point de vue
moral sur le sujet
c'est-à-dire
ce qui est intéressant
en histoire des sciences
voilà
en histoire des sciences
et des techniques
et du genre
ce qui est intéressant
c'est de reprendre
les généalogies
techniques et sociales
c'est-à-dire
qu'au fond
il y a eu pas mal de travaux
il y a Lara Marx
il y a Hudson
qui a travaillé sur ces sujets
donc il y a eu
des historiennes américaines
qui ont essayé
de comprendre
et redonner aussi
un rôle
à Margaret Sanger
donc à trois femmes
celle qui a financé
parce que son mari
était atteint
d'une maladie
extrêmement grave
donc elle ne voulait pas
avoir de descendants
mais ils étaient richissimes
et donc elle a financé
le laboratoire de Pincus
par exemple
donc vous voyez
en fait
entre la branche malthusienne
du féminisme malthusien
donc les féministes
avec Margaret Sanger
qui est un petit peu
l'inventrice du concept
de contraceptif
féminin universel
et puis
cette riche héritière
dont le nom m'échappe
Pincus
a fait
ses premiers tests
sur des volontaires
infirmières
en leur faisant croire
qu'elles étaient
donc il y avait
des questions éthiques
dans les dispositifs expérimentaux
qui n'ont pas cessé
sur l'ensemble
des technologies
contraceptives
puisqu'on a beaucoup exporté
à Porto Rico
par exemple
tester une partie
du programme
contraceptif
donc voilà
moi
je m'intéresse
à la dépendance
technosociale
les choses
c'est-à-dire
de regarder
comment les connaissances
ne naissent pas
de la pure idée
ou du pur cerveau
de quelqu'un
elles sont déjà
insérées
dans toute une série
de réseaux
de pratiques
par exemple
Hudson montre
comment on connaît
plus de choses
sur les urines féminines
parce qu'on a
l'habitude de collecter
entre les deux guerres
l'urine des femmes
dans le cadre de la grossesse
et donc
on n'a pas
d'équivalent
de collecte facile
de l'urine des hommes
et donc il y a
une grande controverse
scientifique
dans les années 30
pour savoir
est-ce qu'il y a
bien deux hormones
et chacune serait
le flacon
de la masculinité
d'une part
et de la féminité
de l'autre part
et on va aller chercher
en fait des urines masculines
là où on peut les trouver
chez les prisonniers
donc on récupère
plein d'urines
de prisonniers
pour faire une série
d'analyses
des hormones
qu'elles ont
et donc à ce moment-là
on se retrouve
avec des taux
de progestérose
qui sont problématiques
et il y a
une controverse médicale
alors j'ai un peu
oublié le détail
entre différents savants
de l'endocrinologie
et certains vont dire
mais en fait
ces hommes
ne sont pas
des vrais hommes
puisqu'ils sont en prison
donc ils sont émasculés
puisqu'ils ne peuvent pas
avoir leur vie
sexuelle habituelle
c'est pour ça
que vous trouvez
des présences
d'hormones féminines
dedans.
Moi ce qui m'intéresse
c'est de regarder
comment les conditions
on pourrait dire
matérielles, structurelles
et la façon dont elles
s'élaborent sur le long terme
ont des effets
dans les questions
scientifiques qu'on se pose
donc les questions
qu'on s'autorise
à poser
au laboratoire
mais aussi
ont des effets
dans les questions
qu'on ne se pose pas
donc on prend
des itinéraires
et c'est largement
tributaire
de l'ensemble
des ressources
et je pense
que les gens
qui travaillent
en laboratoire
ils le savent
d'une certaine façon
que la dimension
matérielle
elle est toujours
extrêmement présente
les crédits
qu'on a ou qu'on n'a pas
le matériau biologique
dont on dispose ou pas
les caractéristiques
des types d'animaux
ou des modèles
sur lesquels
on va travailler
donc toutes ces dimensions
on doit les faire
re-rentrer
dans le discours
des sciences
pour comprendre
c'est un petit peu
ça l'idée
voilà j'ai pas
de vision
voilà
merci beaucoup
pour cette présentation
fascinante
moi j'ai appris
énormément
j'avais une question
sur le pourcentage
de phyrixie
sur un plan
un petit peu technique
finalement
ce que vous montrez
c'est que même
dans des contextes
d'infertilité masculine
le poids véritable
de la procréation
dans le contexte
de la phyrixie
va être porté
par la femme
donc je me demandais
quelle était
la proportion
ou la tendance
finalement
en termes d'infertilité
dans quel contexte
est-ce qu'on va utiliser
plutôt l'un ou l'autre
et à quel point
est-ce qu'on peut
justement favoriser
ou pas
ou essayer
d'alléger
ce poids
qui va être
finalement à la fin
porté par la femme
en termes de
stimulation hormonale
de traitements
chirurgicaux
de suivi
etc
alors à ma connaissance
aujourd'hui
je pense qu'on doit être
à 90%
15%
d'ixi
et d'autant plus
que ça facilite
le travail
dans le laboratoire
c'est-à-dire que
on a
le hasard
de laisser
la rencontre
entre
l'obésité
et le liquide spermatique
se faire
dans
un bain de pétri
et trop
coûteux en temps
etc
donc là c'est
beaucoup plus simple
en fait
c'est comme ça
il y a une logique
technique
une logique technologique
de rentabilité
d'efficacité
qui devient aussi
un critère de qualité
en fait
pour les laboratoires
enfin pour
les labos
qui font la fertilité
donc du coup là
on a
maintenant
on a pratiquement
plus de fives
autres que de l'ixi
on est vraiment
sur l'ixi
du coup je ne peux pas
répondre vraiment
sur la proportion
c'est une bonne question
sur la prévalence
de ce qu'on attribue
à l'infertilité masculine
et de ce qu'on attribue
à l'infertilité masculine
dans les prises en charge
des couples
hétérosexuels
c'est vrai que là
la question
c'est qu'au fond
le modèle
de la reproduction
médicalement assistée
il s'est lui-même
progressivement
détaché
de la contrainte
de l'infertilité
puisqu'il se propose
de résoudre
des questions
qui ne sont plus
alors qu'on a appelé
sociétales justement
qui ont à voir
avec d'autres modes de vie
c'est à dire
que la médecine
de la reproduction
vient satisfaire
des modes de vie
en fait
et non pas
traiter
donc ça a été
extrêmement disputé
on le voit
la résistance
en termes bioéthiques
est toujours extrêmement forte
par exemple
la loi de 21
où tout ce qui est
législation
sur les personnes
tout ça
et la grande
autorité médicale
en France
j'ai oublié son nom
le conseil national
des médecins
s'oppose encore
par exemple
à la possibilité
pour les femmes
d'utiliser
leur propre bocite
en 2020
juste avant
le passage de la loi
donc c'est parce que
il y a aussi
des médecins
de la reproduction
et puis des militantes
qui sont mobilisés
ensemble
que finalement
le texte a pu être
modifié
et passé
mais voilà
on a des contextes
plus ou moins réceptifs
à ce genre de demandes
du conseil national
merci beaucoup
merci