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++++++++++++++++++++ En 1921, alors que le Maroc est sous protectorat de la France et l’Espagne, les tribus berbères de la région montagneuse du Rif s’opposent ouvertement aux espagnols. Après le désastre d’Anoual, qui fait plus de 15000 morts côté ibérique, la guerre du Rif débute. Mené par un leader charismatique, Abdelkrim al-Khattabi, les rifains parviennent à tenir en échec la puissance espagnole. Face à cet ennemi insaisissable, l’Espagne se tourne vers la France, qui intervient dans le conflit. Revenons sur une guerre coloniale oubliée : la guerre du Rif.
- Vincent Courcelle-Labrousse, La guerre du Rif, Tallandier, 2020 - Max Schiavon, La guerre du Rif, Tempus Perrin, 2021 - Bernard Lugan, Histoire du Maroc, Ellipses, 2023 - Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Tempus Perrin, 2014
00:00 - Introduction 01:26 – Partenariat Histoire & Civilisations 03:49 – Le Maroc jusqu’au XIXe. siècle 06:20 – Les pressions coloniales 09:50 – Les protectorats français et espagnols 11:58 – Le déclenchement du conflit : Anoual 13:44 – La République du Rif 16:56 – La France entre en guerre 19:36 – L’héritage de la guerre du Rif 21:30 – Outro
Le Caire. Juin 1959. Che Guevara, l’un des leaders de la révolution cubaine, effectue une grande
tournée à l’étranger auprès des pays non-alignés, en tant qu’ambassadeur de Cuba. A cette occasion,
il émet le souhait de rencontrer un homme réfugié en Egypte, qu’il admire et qui fut une grande
source d’inspiration pour les révolutionnaires cubains : Abdelkrim El Khattabi. Les deux hommes
discutent pendant des heures en espagnol. Che Guevara lui dit : « En survolant le Rif,
J’ai regardé par le hublot. La région est une zone idéale pour la guérilla. C’est tout un symbole ».
En effet, Abdelkrim, considéré comme l’un des grands héros de la lutte anticoloniale,
a réussi à remporter une série de victoires éclatantes contre les espagnols dans la région
montagneuse du Rif, au nord du Maroc entre 1921 et 1926. Sa stratégie cherchait à la
fois à fédérer les nombreuses tribus berbères de la région, à rallier les populations civiles
et à user de tactiques militaires originales pour l’époque, en s’appuyant sur une parfaite
connaissance du terrain et des attaques surprises. Face à la menace, la France,
qui exerçait un protectorat sur la majeure partie du Maroc, est entrée en guerre en
1925 au côté des espagnols afin d’écraser les indépendantistes rifains. Cette guerre,
traumatisante pour l’Espagne mais totalement oubliée en France, est pourtant d’une importance
cruciale dans l’émergence des mouvements anticoloniaux. Revenons sur la guerre du Rif, et
observons comment les tribus berbères ont réussi à tenir tête à deux grandes puissances européennes.
La compréhension de la guerre du Rif passe nécessairement par l’étude de son histoire
coloniale, et notamment de la pression exercée par les puissances européennes au XIXe. siècle,
et qui a mené à une situation singulière : les protectorats de la France et de
l’Espagne sur le pays. Le sponsor de cette vidéo, Histoire & Civilisations,
à travers un dossier complet dans son numéro de novembre 2024, m’a donné des clés de compréhension
et m’a permis d’avoir une solide vision d’ensemble sur l’histoire du Maroc, tout
en proposant plusieurs focus sur le protectorat français ou l’esprit d’indépendance des berbères.
Tous les mois, Histoire & Civilisations vous fait découvrir et revivre les grandes périodes
de notre histoire notamment grâce à une grande richesse visuelle : cartographies,
illustrations somptueuses, documents d’archives, et reconstitutions. On retrouve aussi une approche
originale des différentes époques à travers la vie quotidienne ou des anecdotes historiques.
Par exemple, saviez- vous que le salut romain tel qu’il est représenté dans les films a été
inventé à la fin du XIXe. siècle, et que les romains de rangs égaux se serraient la main
exactement comme de nos jours ? Ou encore que l’origine des fanfares militaires remonte aux
ottomans qui jouaient jours et nuits une musique tonitruante afin de galvaniser les troupes et
effrayer leurs adversaires ? De cette histoire provient l’origine de la Marche turque de Mozart.
J’ai aussi beaucoup aimé le dossier portant sur Spartacus,
qui bat en brèche de nombreuses idées reçues, et permet de parfaitement visualiser le parcours
du gladiateur et des esclaves révoltés à travers la péninsule italique. Un article
sur la réappropriation culturelle de Spartacus à travers l’histoire permet également de mieux
comprendre pourquoi le gladiateur est devenu un symbole de la résistance aux abus de pouvoirs.
Il existe également pleins d’autres rubriques qui sont consacrées à des personnages historiques,
d’autres font le lien entre le passé et notre époque ou encore
traitent des dernières découvertes archéologiques.
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Revenons désormais au sujet qui nous concerne : la guerre du Rif.
Le Maroc situé à l’extrémité nord-ouest de l’Afrique, est bordé à l’ouest par l’océan
Atlantique et au nord par la mer Méditerranée. Deux grandes chaines de montagne traversent le
pays : l’Atlas, qui s’étend sur 2000 km, et coupe le pays en deux, séparant les plaines fertiles
du nord et du centre des zones désertiques du sud ; le Rif au nord s’étend le long du
littoral méditerranéen sur 300 km. Formant un relief escarpé et isolé, constitué de vallées
encaissées et de plateaux difficiles d’accès, le Rif est une terre historiquement difficile
à contrôler. Ce massif accidenté a favorisé l’isolement des populations berbères locales,
qui y ont développé une forte résistance à toute forme de domination extérieure.
La conquête musulmane du Maghreb au VIIIe. siècle apporte l’islam et la
langue arabe dans la région. Au fil des siècles, plusieurs dynasties se succèdent.
A des périodes de paix relatives succèdent de grandes phases d’instabilités et de divisions,
provoquant l’éclatement du territoire en plusieurs royaumes. En 1492, la fin de la Reconquista est un
tournant décisif dans l’histoire du Maroc. Au milliers de réfugiés d’Al-Andalus qui
apportent leurs connaissances et leurs cultures, s’ajoute l’arrivée à la fois des portugais,
qui s’implante le long de la côte atlantique, et des espagnols, qui s’emparent de nombreux ports,
notamment Melilla puis Ceuta, qui deviennent des garnisons militaires inexpugnables. Au
XVIe. siècle, alors que le pouvoir de la dynastie Wattasside est affaiblie,
une dynastie venue du sud, les Saadiens, parviennent à expulser les portugais,
unifient le pays, et repoussent les ottomans qui cherchent à étendre leur zone d’influence.
Un siècle plus tard, aux saadiens en déclin succèdent une nouvelle dynastie : les Alaouites.
L’armée est réorganisée, intégrant de nombreux esclaves et des membres de tribus – en échange
d’exonération fiscales – ce qui permet de repousser les tentatives d’invasions
étrangères et de mater toutes révoltes. L’état est organisé autour du makhzen,
terme désignant à la fois le pouvoir central et l’administration. S’appuyant sur l’aristocratie
des grandes villes et les chefs des tribus locales, le makhzen permet de quadriller
le territoire et de collecter l’impôt tout en garantissant l’ordre. Cette unification
passe par une légitimité très forte liée à la religion. En effet, la dynastie revendique une
double descendance : à la fois d’Ali – cousin et gendre du prophète Mahomet – mais aussi du
prophète lui-même à travers ses petits-enfants. Le terme chérifien désigne cette descendance,
et donne son nom au Maroc durant cette période : l’Empire chérifien. Malgré
ce pouvoir renforcé, au tournant du XIXe. siècle, l’Empire entre dans une crise majeur.
La pression fiscale exercée par le makhzen mène à de nombreuses révoltes tribales et berbères,
qui s’étalent sur plusieurs années. Des crises dynastiques éclatent. Moulay Slimane devient
sultan en 1792, et prend la décision en 1814 de freiner le commerce extérieur avec les européens
à la fois pour des considérations économiques et politiques – préserver une certaine indépendance,
réaffirmer l’autorité centrale – mais aussi pour des considérations religieuses – limiter
l’influence européenne et empêcher le commerce avec les infidèles, source de corruption. Cette
décision enlise le pays dans une crise économique. Le royaume est en retard à tous les niveaux. En
1822, le successeur de Moulay Slimane réouvre les ports au commerce international et conclu
une série d’accords commerciaux avec les grandes puissances européennes. Le Maroc
devient dépendant des importations venues d’Europe tandis que la pression coloniale
s’accentue. Après la conquête de l’Algérie par la France en 1830, la région plonge dans le chaos.
L’émir Abd-el-Khader qui lutte contre l’invasion française en Algérie se réfugie au Maroc en 1843.
Des marocains se joignent à l’émir. Une bataille éclate, mais face à la puissance de feu française
et les bombardements sur Mogador et Tanger, le sultan ordonne le retrait de ses troupes pour
empêcher une invasion française. Affaibli, le royaume chérifien signe le traité de Tanger qui
reconnait la présence française en Algérie et fixe définitivement les frontières entre les 2
pays. Une lourde indemnité de guerre est à payer, tandis que la France commence à s’immiscer dans
les affaires internes du Maroc. En octobre 1859, la tribu Jbala attaque la garnison espagnole de
Ceuta. Madrid saisit l’occasion pour déclarer la guerre, cherchant à élargir son influence
dans la région. Les troupes marocaines sont défaites lors de la bataille de Tétouan.
En plus de lourdes indemnités de guerre, le Maroc doit céder des territoires supplémentaires
autour de Ceuta, et le territoire de Sidi Ifni sur la côte atlantique sud.
Durant toute la moitié du XIXe. siècle, l’ingérence des européens se fait de plus
en plus forte. Lors de la conférence de Madrid en 1880, le sultan reconnait aux
puissances coloniales la possibilité de posséder des terres sur son territoire. 13 ans plus tard,
les tribus rifaines, insoumises, attaquent les espagnols à Melilla. C’est une nouvelle défaite.
Le sultan s’engage à rétablir l’ordre dans le Rif. Le Maroc devient, au tournant du XXe. siècle,
le théâtre du grand jeu diplomatique entres puissances européennes. Le contrôle du détroit
de Gibraltar, porte de la Méditerranée, en est la raison principale. La France et le Royaume-Uni se
partagent leurs zones d’influences : Maroc pour les français et Egypte pour les anglais. Mais
l’Allemagne proteste, et l’empereur Guillaume II débarque à Tanger. La crise se résout autour
d’une table : la conférence d’Algésiras place le Maroc sous observation des grandes puissances
européennes, sous couvert de réforme, de modernisation et d’internationalisation de
l’économie marocaine. La France et l’Espagne se voient confier la gestion des grands ports
commerciaux. L’Allemagne fulmine. En 1911, alors que de nouvelles troupes françaises
débarquent à la demande du sultan pour faire face à des révoltes, l’Allemagne considère le
traité d’Algésiras violé et envoi des troupes dans la baie d’Agadir. La France et l’Allemagne
sont au bord du conflit armé. Mais après d’âpres négociations, les tensions retombent. Le Reich
renonce à ses prétentions sur le Maroc en échange de nombreux territoires en Afrique centrale. La
liberté d’action de la France sur le pays est reconnue. Un an plus tard, le sultan,
affaibli militairement et politiquement, dépendant économiquement des prêts qui furent accordés par
la France, doit reconnaitre le protectorat de l’hexagone lors du traité de Fès. Quelques mois
plus tard, un autre protectorat est accordé à l’Espagne. Le Maroc n’est plus indépendant.
Le pays est divisé en plusieurs zones distinctes. La France contrôle les
régions centrales et méridionales, incluant les principales villes comme Fès, Marrakech et Rabat,
qui devient la capitale administrative du protectorat. L’Espagne gouverne le Rif,
avec Tétouan comme capitale administrative et obtient également une zone dans le sud du Maroc,
incluant Sidi Ifni et une partie du Sahara, stratégique, car proche des îles Canaries. Tanger
est placée sous un statut international, en raison de sa position géographique stratégique et de son
importance commerciale. Même si le sultan conserve son pouvoir religieux et symbolique, la réalité
du pouvoir est au main du Résident général, représentant officiel de la France. Le général
Hubert Lyautey est nommé à ce poste. Lyautey comprend l’importance de préserver l’autorité du
sultan et la structure du Makhzen, afin d'éviter les troubles et de légitimer le protectorat
aux yeux des Marocains. Il souhaite incarner un protectorat « respectueux » des coutumes locales,
tout en transformant profondément le pays. Il supervise une modernisation rapide des
infrastructures : construction de routes, de chemins de fer, et développement des ports,
notamment à Casablanca, qui devient un centre économique majeur. Les villes comme
Fès et Marrakech voient la création de nouveaux quartiers modernes. Lyautey nomme sa tactique « la
tâche d’huile » : la pacification passe par la combinaison de l’action civilisatrice et
de la force. Ainsi, au développement économique s’ajoute la nécessité d’imposer l’ordre. Les
troupes coloniales jouent un rôle clé, tandis qu’un réseau de fortifications et de postes
militaires sont misent en place. Si les régions centrales et côtières sont rapidement sécurisées,
les tribus de l’Atlas et les berbères à la frontière du Rif opposent une farouche résistance,
ne reconnaissant par le protectorat. Au niveau espagnol, la situation est plus complexe. Après
avoir perdu Cuba et les Philippines en 1898 après une guerre contre les Etats-Unis, le Maroc incarne
un nouvel horizon colonial. L’Espagne se divise sur la question. Pour les milieux conservateurs,
il faut définitivement pacifier le Rif par la force, afin d’accéder aux gisements de fer et de
plomb. Mais les combattants rifains, dirigés par des chefs tribaux locaux, harcèlent les troupes
espagnoles. Des raids, des prises d’otage avec demande de rançon, et des sabotages contre les
installations espagnoles sont fréquents, empêchant la stabilisation de la région.
Durant la Première guerre mondiale, Muhammad Ibn ‘Abd al-Krim
al-Khattabi, journaliste rifain issu d’une tribu berbère, devient juge de paix à Melilla
pour le compte des espagnols. Voyageant dans la péninsule ibérique, il découvre
les merveilles laissés par les musulmans durant la période d’Al-Andalus et devient profondément
anticolonialiste. Jeté en prison, il entreprend à sa sortie en 1918 d’unifier les tribus du Rif
afin de repousser l’envahisseur espagnol. Il lance de nombreuses campagnes de guérilla,
détruisant des voies de communications, harcelant les postes avancées ou attaquant des convois.
Le nouveau gouverneur de Melilla, Manuel Silvestre, lance au printemps 1921 une grande
campagne afin de rétablir l’ordre dans la région. Après des premiers succès initiaux, ses troupes
pénètrent profondément dans le Rif central. Les espagnols occupent la colline de Dhar Abarran,
lorsqu’au petit matin, un millier de résistant rifains les attaquent et les délogent. Ils mettent
la main sur plusieurs canons, des armes et des munitions. Les rifains sont galvanisés. Abdelkrim
est acclamé en tant que leader de la résistance. L’armée de Silvestre se replie vers Anoual.
Les troupes espagnols, fortes de 25.000 hommes, sont encerclées par 3000 combattants rifains qui
connaissent parfaitement le terrain. Le 21 juillet 1921, les hommes d’Abdelkrim fondent
sur les troupes espagnoles. C’est un véritable carnage. Silvestre ordonne de battre en retraite,
mais les rifains poursuivent les soldats. Humilié, Silvestre se tire une balle dans la tête le
lendemain. Pendant plus de 2 semaines, c’est dans la confusion la plus totale que les espagnols
tentent de rejoindre le littoral, harcelé et poursuivi par les rifains, qui ne font aucun
quartier. Au total, 15.000 soldats espagnols sont tués. 30.000 fusils et 200 canons sont récupérés
par les combattants marocains. La guerre du Rif débute officiellement avec ce désastre espagnol.
En Espagne, c’est le choc. L’humiliation est totale. Des troupes sont aussitôt envoyées à
Melilla. 36.000 soldats ont pour mission de reprendre les territoires perdus. La victoire
d’Abdelkrim provoque le soulèvement de nombreuses tribus jusque-là indécises. Elles ne peuvent
résister à la contre-offensive espagnole, et se réfugient dans le Rif central sous l’autorité
d’Abdelkrim, qui proclame la République du Rif. Il fédère habilement les communautés en jouant
sur l’aspect religieux de son combat, tout en y intégrant une grande dimension indépendantiste : «
Nous voulons simplement être et vivre indépendants et n’être gouvernés que par Dieu », déclare-t-il.
Il entame des démarches afin de faire reconnaitre la nouvelle république à la Société des Nations,
sans succès. Un Parlement de 80 délégués et un gouvernement sont constitués. Les ministres sont
pour la plupart des proches parents d’Abdelkrim. L’objectif est d’unifier les tribus rifaines et de
structurer le nouvel état. Le système judiciaire est réformé afin d’appliquer la loi islamique,
la charia. Des mesures dans ce sens sont prises : interdiction des armes à feu, sauf contre les
chrétiens, réduction de 7 à 3 jours la durée des célébrations de mariage, interdiction aux femmes
de danser ou introduction de cours de théologie à l’école. Il réorganise le commerce de produits
locaux entre tribus, soumis à des taxes afin de financer l’armée, qui est totalement réorganisée.
Divisée en unités, soumis à une discipline de fer, et fortement hiérarchisée, l’armée s’inspire des
modèles militaires européens. Abdelkrim envoi de nombreux émissaires dans les tribus afin de
fédérer l’ensemble des rifains. Mais certains sont fidèles aux espagnols, et de nombreuses
escarmouches éclatent entre tribus. Malgré tout, les troupes rifaines ne cessent d’augmenter.
La puissance de feu de l’Espagne s’abat sur la région. L’aviation entre en action
et bombarde de nombreux villages, tuant un grand nombre de civils,
et utilisant pour la première fois contre des civils des armes chimiques : l’ypérite,
le terrifiant gaz moutarde des tranchées. Les récoltes et les infrastructures sont détruites,
provoquant une crise alimentaire. Offensives et contre-offensives se succèdent, mais les espagnols
font face aux tactiques de guérilla des rifains, qui ne permet pas d’asseoir leur domination sur
les territoire repris. En 1923, Primo de Rivera installe une dictature militaire en Espagne,
et promet de « laver le sang » d’Anoual. Malgré l’envoi continu de renforts, les espagnols
s’empêtrent dans un bourbier. Abdelkrim, qui a réussi à s’associer avec la puissante tribu Jbala
entend reprendre Chefchaouen, occupé par les espagnols. Après avoir attaqué les avant-postes,
la ville est encerclée. 40.000 espagnols viennent de Tétouan pour libérer leurs 10.000
camarades assiégés. Parvenu à Chefchaouen, les 50.000 hommes préfèrent abandonner la ville et
repartent vers Tétouan. La saison des pluies débute. Le moment qu’attendait Abdelkrim pour
frapper. Sur un terrain escarpé et boueux, les 7000 rifains, répartis en petits groupes mobiles
attaquent par surprise les espagnols, souvent la nuit, avant de s’évanouir dans les montagnes.
C’est un harcèlement constant. La retraite espagnole est une bérézina. Un mois plus tard,
les troupes arrivent à Tétouan. Entre 15.000 et 20.000 soldats ont péris. L’Espagne comprend que
cette guerre va être difficile à gagner, et commence à se rapprocher de la France.
Lyautey se tient au départ à distance de ce conflit, qu’il considère comme un
guêpier. Il souhaite secrètement une défaite espagnole, pour ensuite reprendre la région.
Il a envoyé des troupes aux frontières du Rif, sur la rive droite de l’Ouargha, limitrophe du Maroc
espagnol. Abdelkrim, qui a réussi à soumettre les derniers opposants rifains, se tourne vers
cette vallée fertile. Il est vital de contrôler ce grenier à blé, la guerre ayant ravagé les
récoltes et la famine commençant à s’installer. L’offensive rifaine surprend les français,
qui doivent abandonner de nombreux avant-postes. Les troupes d’Abdelkrim sont à 40 km de Fès. La
ligne de défense est solidement tenue par 60.000 français, mais à Paris, l’agitation s’empare du
pouvoir. Lyautey est aussitôt jugé responsable et mis à l’écart. Le dossier rifain échoie au
vainqueur de Verdun : le Maréchal Pétain. Très proche du dictateur Primo de Rivera, Pétain opte
pour une coopération militaire franco-espagnole pour définitivement écraser les indépendantistes.
Le plan convenu consiste à faire débarquer les espagnols à Al-Hoceïma, sous protection
de la marine française, tandis que les troupes de Pétain attaqueraient par le sud. L’objectif est de
reprendre Ajdir, capitale de la République du Rif. Après avoir bombardé massivement toute la région,
notamment avec du gaz toxique, l’opération débute le 8 septembre 1925. l’armada de plus
de 100 navires approche des côtes et débarquent 16.000 espagnols. 5000 rifains résistent, mais la
conjugaison de troupes au sol, de bombardements aériens et d’artillerie les obligent à battre
en retraite. Ajdir est prise par les espagnols 3 semaines plus tard. Parallèlement, 40.000 français
attaquent par le sud et font face à environ 20.000 rifains. La France a déployé les grands
moyens : chars ultra-modernes, artillerie lourde et aviation. De nombreuses tribus se soumettent.
Le front se stabilise. Pétain privilégie de grandes offensives afin d’éviter de tomber dans le
piège des escarmouches et des attaques surprises. Tandis que français et espagnols élaborent un plan
d’attaque conjoint pour une grande offensive finale, Abdelkrim voit son autorité affaibli et
tente de négocier. La conférence d’Oujda vise à régler diplomatiquement le conflit. Mais Abdelkrim
est intransigeant : il souhaite une autonomie relative pour le Rif, et libèrera les prisonniers
qu’à cette condition. Refus net des occidentaux. La conférence est un échec. L’offensive
franco-espagnole est lancée en mai 1926. Ce sont plus de 100.000 hommes appuyés
par un soutien aérien de 150 avions qui prennent en étau les forces rifaines,
réduites à environ 15.000 hommes. L’avancée est spectaculaire. Les tribus se soumettent une à
une. Abdelkrim plus isolé que jamais, libère les prisonniers, et se rend au français le 26 mai.
Il faudra encore un an aux troupes franco-espagnoles pour définitivement soumettre
les tribus des montagnes et pacifier la région. Abdelkrim quant à lui est envoyé à La Réunion
puis s’installe en Egypte en 1947 où il termine sa vie paisiblement. Le président Egyptien Nasser lui
organise des funérailles nationales en 1963. Après la guerre, français et espagnols consolident leurs
pouvoirs sur le Maroc, renforçant leur présence, et continuant leur politique de modernisation.
En France, cette guerre a été totalement oubliée, tandis qu’en Espagne, l’humiliation subit a mené
à une modernisation de l’armée et à une montée du régime militaire, culminant avec la prise de
pouvoir de Franco en 1936, qui a lui-même participé en tant que général à la guerre
du Rif. Au Maroc, le sultan sort affaibli du conflit, tandis qu’émerge timidement un mouvement
nationaliste, qui va œuvrer pour l’indépendance du pays, qui sera finalement obtenu en 1956.
Surtout, l’expérience rifaine devient un symbole international de la lutte anticoloniale.
Abdelkrim devient un modèle à suivre pour les mouvements de libération. La proclamation de
la République du Rif en 1921 symbolise un rêve de liberté et d’autodétermination,
offrant un modèle de résistance. En mobilisant les populations à travers des campagnes de
sensibilisation et d’éducation, en fédérant les tribus berbères sous une même autorité,
et en menant une politique de modernisation, il a créé un précédent inspirant pour tous
les indépendantistes. Sa stratégie militaire fut également copiée et adaptée : les techniques de
guérilla et d’attaques éclairs furent reprises par de célèbres révolutionnaires, comme Mao Zedong,
Fidel Castro ou Ho Chi-Minh. Même si la guerre du Rif fut un échec pour Abdelkrim et ses compagnons,
elle laissa une empreinte indélébile dans l'histoire des luttes anticoloniales, inspirant
des générations de militants à travers le monde qui luttait pour leur dignité et leur liberté.
J’espère que cette vidéo vous a plu !
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