Dr David Gourion est psychiatre. Malgré la hausse des dépressions chez les jeunes, il nous donne le secret des adolescents heureux, car oui cela existe.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Vous êtes là.
Bonjour, bienvenue dans la maison des matinelles.
On est très heureux de vous recevoir ici.
Alors, Agathe, plus que nous,
parce qu'elle a su que vous alliez venir dans cette émission,
elle m'a dit, vous allez voir,
c'est une pointure ce docteur.
J'ai dit, écoutez, je vais lire le livre,
et elle n'a pas totalement tort.
Vous publiez donc Le secret des ados, heureux,
chez Odile Jacob.
C'est un sujet, ce n'est pas votre premier livre,
ce n'est pas votre premier ouvrage sur la question des adolescents.
Qu'est-ce qui vous passionne chez les ados ?
Ce qui me passionne, c'est qu'ils sont imprévisibles.
Je dis, à un moment donné,
il vaut mieux s'occuper de son ado que de regarder Netflix,
parce qu'on est surpris vraiment tous les jours.
C'est vraiment ce qui vous caractérise
dans les rendez-vous que vous avez eus tout au long
de votre vie de docteur en psychiatrie.
C'est ça, c'est qu'ils sont imprévisibles ?
C'est qu'ils sont fascinants.
J'en ai vu beaucoup.
Alors, moi, de par mon métier, j'en ai vu beaucoup qui vont très mal.
Je vois aussi beaucoup leurs parents.
Et puis, j'ai aussi les miens.
Et donc, c'est un peu la casquette du médecin,
mais aussi la casquette du papa qui a essuyé
quelques tempêtes et qui essaye de donner quelques conseils.
Vous le disiez, vous voyez beaucoup d'ados
qui vont très mal.
Les chiffres sont de plus en plus conséquents.
Ils consomment de plus en plus de psychotropes.
On l'a vu dans les dernières études.
Comment vous l'expliquez-vous ?
Il y a globalement une dégradation de la santé mentale
des jeunes, des adolescents depuis la période Covid,
avec une explosion.
Les collègues pédopsychiatres nous disent qu'ils sont en difficulté.
Il y a beaucoup plus de passages aux urgences.
En particulier chez les adolescentes filles,
il y a aussi une augmentation des tentatives de suicide.
Alors, il y a un constat très dark,
mais moi, j'ai voulu aussi apporter un contrepoint
en disant très bien qu'il y a aussi des solutions.
Et si un ado sur quatre va mal,
voire très mal, ça veut dire aussi que
trois sur quatre vont bien, voire très bien.
Et donc, ce serait intéressant de voir
ce qui fait qu'ils vont bien et ce qu'on peut apporter
aux autres pour essayer de les aider.
Soit faire la prévention, soit aller mieux.
Très vite, quand on se penche dans votre livre,
on comprend qu'il s'adresse aux parents,
aux aidants, aux éducateurs,
toutes ces personnes qui entourent
la vie de nos adolescents.
Vous développez quelque chose de très intéressant
dès le début du livre. Vous dites qu'il faut
que les parents se questionnent sur eux-mêmes
avant de questionner leurs adolescents. Vous entendez quoi par là ?
En fait, en tant que parent, on a une image
de soi et on est totalement
dépassé parce qu'un adolescent,
c'est un cerveau en transition complète
et on continue, un peu comme un train
qui est lancé sur sa lancée, à appliquer les mêmes
conduites parentales
qu'on avait avec un enfant neuf, dix ans
et ça marchait plutôt pas si mal.
Puis à la puberté, ça vient faire exploser tout ça, ça ne marche plus.
Et donc, il peut y avoir une sorte
de bras de fer douloureux.
Moi, ce que j'essaie de dire dans le livre, c'est que
l'adolescent, c'est un être en transition
qui s'adapte, mais le parent aussi.
Il est en transition, il doit s'adapter à cette nouvelle donne.
C'est vraiment un new deal avec
l'adolescent et c'est donc d'autres
modalités et qu'au fond,
souvent, moi je vois aussi beaucoup de parents très anxieux
qui mettent une pression académique.
Ils ne s'en rendent pas compte. Pression scolaire très forte
sur leurs ados parce qu'ils sont eux-mêmes stressés dans leur travail.
Et au fond, le fil
rouge du livre, c'est de dire, privilégiez toujours
le lien, la qualité du lien
et le fait que même si votre ado vous donne le sentiment
qu'il ne vous écoute pas, qu'il n'en a absolument
rien à faire de ce que vous lui dites, en réalité
vous êtes son refuge, vous êtes la personne,
les personnes les plus importantes
et l'ambiance affective,
la chaleur affective que vous dégagez
le matin au moment où il part, le petit bisou
avant qu'il s'en aille, c'est la dernière chose
qu'il va avoir avant une journée parfois difficile.
Il y a du harcèlement, des choses compliquées,
etc. Quand il revient,
qu'il n'y ait pas que les réseaux sociaux mais qu'il y ait aussi
cette ambiance et c'est difficile
de savoir comment on crée.
Il y a eu beaucoup de recherches, moi je me suis,
dans une ancienne vie, j'ai fait de la recherche
et je me suis aussi beaucoup intéressé à ce que disent les chercheurs
qui étudient des grandes
groupes d'adolescents pour voir ce qui
peut les aider à aller mieux.
Globalement,
les attitudes parentales
qui font qu'un adolescent
va aller bien, c'est un mélange,
une ligne de crête entre d'un côté
beaucoup de chaleur affective, moi je dis au moins
5 égoboosts par jour, il faut vraiment
essayer un minimum, un petit mot dans le cartable,
tiens, je pense à toi, passe une bonne journée,
des petites attentions, ça marche entre nous,
entre adultes, mais les ados sont encore plus sensibles
et en même temps de la fermeté.
C'est les deux, il faut les deux.
Ça m'emmène tout de suite à la question
que je comptais vous poser, c'est un travail
d'équilibriste d'être parent d'adolescent,
comment on arrive à gérer concrètement
pour ne pas être
trop autoritaire, mais ne pas être trop
laxiste non plus ?
Déjà, avoir conscience de la façon dont on fonctionne
et souvent les parents se disent,
on sait soi-même, moi je suis un parent
hyper cool avec mes enfants, ou moi au contraire
je leur serre la vis. En réalité,
je trouve plus intéressant d'aller demander
à nos adolescents comment ils nous perçoivent,
donc j'ai conçu un petit questionnaire.
Alors, c'est chacun son objectivité,
mais ce qui est intéressant
c'est de confronter le point de vue de votre ado,
ne lui mettez pas la pression, vous lui faites remplir.
À la fin du livre, il y a un petit questionnaire,
comment tu trouves que tes parents, et en gros ça évalue
sur quelques points la façon dont ils
perçoivent les attitudes parentales,
et ce qui est intéressant c'est de pouvoir le confronter
avec son propre point de vue. Je discutais
tout à l'heure avec une maman
qui me disait, mais en fait, moi
il me perçoit comme beaucoup plus
autoritaire que ce que je ne pensais, et ça m'a aidé
à réajuster un peu le lien.
Et c'est ça l'objectif, c'est réajuster.
On est tout le temps en train de réajuster avec les adolescents.
Est-ce que la vulnérabilité de l'adolescent
dont on parle depuis le début de notre échange
est synonyme d'une adolescence malheureuse ?
Est-ce que parce qu'il est vulnérable
il sera forcément malheureux dans son adolescence ?
Non, c'est une super question, en fait non.
La majorité des adolescents, heureusement,
va bien, voire très bien.
Maintenant, on peut avoir une vulnérabilité
qui va rester quiescente, latente,
et ne jamais se
développer ou évoluer vers un trouble.
Or, les troubles sont fréquents
chez les adolescents, c'est à cet âge-là,
quand on a des problèmes de santé mentale.
Dans 80% des cas, ça commence entre 12 et 20 ans.
Donc c'est la fenêtre de vulnérabilité
dans l'existence où on est le plus sensible
pour développer un trouble anxieux,
un trouble dépressif, des addictions.
C'est donc à ce moment-là que c'est le plus important de faire de la prévention.
Une fois qu'on a
capté l'environnement de notre adolescent,
on voit les difficultés qu'il a au quotidien.
Est-ce que c'est toujours conflictuel
de parler de santé mentale avec son adolescent ?
Est-ce qu'on peut le faire de manière...
Est-ce que vous avez des conseils,
des solutions pour le faire de manière beaucoup plus apaisée ?
Oui, alors...
D'abord, ils en parlent beaucoup plus.
Eux-mêmes se sentent beaucoup plus concernés.
C'est aujourd'hui, et aussi grâce au travail que vous faites,
un sujet qui est moins tabou, qui est plus déstigmatisé.
Des chanteurs l'ont chanté,
Pomme, Stromae, etc. Donc ça, ça fait beaucoup de bien à tout le monde.
Et puis, je pense aussi que
pouvoir poser très simplement une question à son ado,
comme quand on voit qu'il ne va pas bien,
comment tu te sens,
est-ce que tu as des idées noires, etc.,
ça peut être parfois l'occasion de pouvoir
déclencher une consultation,
faire le 31-14, il y a des numéros,
le numéro File Jeune, qui peuvent aider,
qui peuvent parfois vraiment
apporter un coup de main très important
à un moment difficile.
Leur proposer effectivement un tiers,
qui ne soit pas les parents, parce qu'ils ont du mal à nous parler.
Il y a vraiment une barrière.
Il y a le File Santé Jeune, il y a...
C'était un peu l'objectif du livre aussi,
c'était de dire comment on fait la différence
entre la crise d'ado normale,
et parfois les parents sont anxieux,
vont super dramatiser,
et à la fois, l'inverse, parfois,
banaliser des situations qui nécessitent
une vraie prise en charge,
qui nécessitent de consulter un professionnel de santé mentale.
Là aussi, j'ai essayé de donner des petits repères simples
pour à partir de quand il faut,
dans mon livre, à partir de quand il faut consulter.
Ce qui est intéressant dans votre démarche,
c'est que vous avez décidé de titrer votre livre
« Le secret des ados heureux »,
et c'est vrai que quand on parle de santé mentale,
on parle souvent des ados qui ne sont pas heureux,
et vous, vous les emmenez donc à s'intéresser,
comme vous le dites, aux trois enfants sur quatre
qui sont un peu plus apaisés,
un peu plus heureux.
Ce qu'on comprend aussi, c'est que rien n'est figé,
donc c'est ça qui est bien,
il ne faut pas leur donner une étiquette non plus,
c'est une période de tempête telle
que ça ne dit rien non plus de l'adulte qu'ils seront.
On peut se rassurer en disant ça ?
Moi, je suis un grand optimiste,
et le jour où j'arrête mon métier,
parce qu'il faut l'être,
et mon métier à ce site génial,
c'est que parfois vous recevez une petite carte
des années après d'un ado
ou d'une maman qui vous dit un truc que vous avez
complètement oublié, vous nous avez dit ça,
mais ça nous a tellement aidés,
et ça, c'est vrai
que parfois, il faut une petite aide
à un moment crucial pour que les choses évoluent,
et chez les ados, ça peut aller très vite,
ça peut très vite aller mal,
comme ça peut très vite aller mieux.
Docteur David Gourion,
le secret des ados heureux
chez Odile Jacob, Yasmine parlait
du Fil Santé Jeune, c'est un service anonyme
pour les 12-25 ans, je donne juste le numéro de téléphone,
il sera inscrit sur votre écran, 0800
235 23, n'hésitez pas,
c'est un service anonyme, appelez-les,
et surtout, dites-leur tout ce qui vous passe par la tête.
Merci, Docteur, d'être venu dans la Maison des Matins d'Adile.
Docteur, avouez que ce qui vous a
le plus impressionné, c'est cette mouche éternelle.
C'est une mouche éternelle,
ça fait 5 ans qu'elle est là. C'est pas beau, ça ?
Et vous avez vu ça ailleurs ? Non. Elle est là.
Et elle est ses pattes sur mes fruits.
Il va falloir la nommer. Non, mais je sais pas, j'en peux plus.
Merci
mille fois, Docteur, d'être venu dans la Maison
des Maternelles. Ça, c'est une Bible. Il faut vraiment
que vous l'achetiez immédiatement.