On arrive bientôt à la fin du 1er trimestre… Enfants, profs et parents sont fatigués, chacun attend les vacances. Emilie Hanrot, professeure des écoles et star des réseaux sociaux nous donne de précieux conseils pour bien recommencer l’année en janvier prochain.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Vous allez me faire kiffer l'école alors là, j'aimerais bien.
50 ans après là, ça va être... c'est une perte.
Alors Émilie, je viens de me faire gonder par le producteur,
parce qu'on a des oreillettes, qui me dit c'est un trimestre, c'est pas un semestre.
Ah c'est bien ce que je me disais !
Trimestre non, c'est un peu plus d'un trimestre.
Trimestre c'est trois mois, et en janvier en général on dit que c'est un premier semestre.
Oui donc en fait c'est Austin qui a raison.
Exactement, l'école est faite en deux semestres.
Merci, je n'ai rien à ajouter.
Émilie, pouvez-vous dire, c'est vous qui avez raison, le producteur a tort.
Tout à fait, merci beaucoup de m'inviter, vous avez raison.
Émilie, kiffez l'école aux éditions Hachette.
Vous êtes aussi connue sur les réseaux sociaux,
c'est là d'ailleurs que vous vous êtes fait connaître,
votre pédagogie, votre amour de l'école.
Vous décidez de passer au livre, c'est quoi ce livre ?
C'est un guide pour les parents, pour les enfants, pour les enseignants ?
Excellente question, je crois que ça condense un petit peu ce que je fais sur les réseaux.
C'est un guide, je ne sais pas, en tout cas ce sont des choses qui marchent dans ma classe
et qui font que mon enthousiasme est sans cesse renouvelé,
avec parfois évidemment des petites baisses de régime,
mais grosso modo en fait ce sont des idées,
des petites choses très pratiques à mettre en place,
non pas sur ce qu'on doit enseigner à l'école, mais comment on enseigne,
comment on capte l'attention des élèves.
On va parler de l'attention des élèves,
parce que c'est un sujet très important, comment leur expliquer les choses,
surtout comment les écouter, vous parlez souvent de l'écoute des enfants.
Je le disais, vous êtes connus sur les réseaux sociaux,
j'ai choisi un extrait, on le regarde et on en parle ensemble.
Quand on nous crie dessus, quand on nous fait comprendre qu'on est inadapté,
quand on nous punit, quand on nous met en coin, quand on nous éloigne,
quand on se fait gronder, on ne peut pas apprendre ce qui est attendu de nous.
C'est beaucoup plus efficace d'encourager, d'expliquer et d'expliciter,
toujours et encore, d'écrire et verbaliser ce qu'on voudrait que l'enfant fasse
et non pas pointer du doigt ce qui le fait mal.
C'est le seul moyen pour eux d'apprendre du lexique,
de comprendre le vocabulaire, de pouvoir l'utiliser et de les outiller pour qu'ils puissent penser.
Je trouve ça très intéressant d'angler sur l'explication bien plus que sur la réprimande.
C'est vraiment ce que vous avez constaté avec vos années d'expérience ?
Absolument, et je vous remercie de ne pas insister sur la couleur des cheveux.
J'aurais pu insister sur le maillot de fréquence.
On y a passé, mais on s'est dit, on va s'intéresser au convenu.
Et le maillot est très beau.
Oui, tout à fait.
On appelle ça le biais de négativité.
On a tendance à remarquer ce qui ne va pas.
Sur une copie, première chose, on va mettre des croix rouges sur les fautes d'orthographe, par exemple.
Et ça, c'est un biais que j'essaye de casser.
Et quand on réussit à faire l'inverse, c'est-à-dire à pointer du doigt le positif,
à pointer du doigt ce qui a été réussi, à pointer les avancées,
à mettre en confiance l'élève, ça marche beaucoup mieux pour partager l'enthousiasme
et pour que l'enfant se sente suffisamment en confiance pour avancer.
Une tasse renversée, ça peut être très agaçant.
La première chose qu'on va faire, c'est qu'on va râler, on va s'agacer contre l'enfant.
Alors que si on pointe du doigt juste l'épongée là,
oui, il y a de l'eau qui est renversée.
Si on parle des choses factuelles et qu'on ne rentre pas dans la critique,
là, on est dans la communication et là, on peut vraiment mettre en place des choses pour enseigner.
Qu'est-ce que vous diriez aux parents ou aux enseignants qui se sentent un peu débordés,
on le disait après ce trimestre, semestre,
qu'est-ce que vous leur diriez de faire attention un peu plus à leur écoute ?
Avec leurs enfants à la maison ?
À la maison ou à l'école ?
Les écouter, c'est vraiment important parce qu'on a tendance à beaucoup parler en injonction,
fais-ci, fais-ça, poser des questions, est-ce que tu as bien terminé, est-ce que si ?
Et puis de temps en temps, juste de faire pause et de laisser l'enfant parler
et puis d'aller vers ce qui l'intéresse lui, c'est une très bonne entrée en matière.
Donc je dirais, on met de côté un peu les devoirs et puis on propose des activités, une bataille navale.
Pourquoi pas, des trucs qui ne coûtent rien, juste passer du temps avec son enfant,
surtout dans les périodes comme ça de vacances, de Noël où on est fatigué,
se recentrer autour des choses essentielles, le partage.
Je ne sais pas si vous l'avez dit et je n'ai pas entendu,
j'étais en hauteur intentionnelle ou si vous ne l'avez pas dit,
mais vous êtes prof à l'école primaire ou collège ?
Je suis maîtresse en maternelle et je change tous les ans.
J'ai parfois des enfants de 2 ans et demi jusqu'à 5-6 ans.
Vous pouvez avoir des maternelles comme des primaires.
Oui, quand on passe le concours, on peut être jusqu'au CM2.
C'est le premier cycle.
D'ailleurs, quand j'ai ouvert votre livre, la première idée que je me suis dit,
je me suis dit, est-ce que là-dedans, je vais trouver une astuce pour aimer aller jusqu'à l'école ?
On sait qu'il y a des enfants qui ont ce rejet d'aller, ne serait-ce que dans le lieu qu'est l'école.
Est-ce que vous avez eu affaire, vous, à des enfants qui ressentent cette crainte d'aller à l'école ?
Ça a pu arriver. Dans ces cas-là, la seule chose que je crois qu'on peut mettre en place,
c'est de la communication, de l'écoute et d'essayer de comprendre ce qui bloque pour cet enfant à ce moment-là.
Je n'ai pas de conseil miracle en disant, on va lui dire ça et vous allez voir, ça va marcher.
C'est plutôt, aujourd'hui, tu n'as pas envie d'aller à l'école.
Comment on crée cette motivation ?
Bonne question.
Il y a des biais ?
Bonne question.
Oui, quand les attentes sont trop élevées, ça peut faire très peur à un enfant.
Quand on lui dit aussi, par exemple, tu vas voir l'école, c'est super, tu vas faire plein de copains,
tu vas apprendre à lire, tu vas apprendre à écrire.
Mais en fait, c'est faux.
En petite section de maternelle.
C'est faux ?
Pas le premier jour.
Disons que pour un enfant qui entend ça, il va se dire, ah super, ce soir, j'aurai appris à lire et à écrire.
Et en fait, ce n'est pas le cas.
C'est un long processus.
Donc, plutôt que de dire, il va se passer ça, tu vas voir, c'est super.
Plutôt interroger l'enfant sur ce que lui a ressenti, ce qu'il a vécu.
Sur lequel il ne répondra pas ?
Il ne raconte rien.
J'ai une astuce pour ça.
Je note.
C'est agaçant quand on lui dit, alors, qu'est-ce que tu as fait ?
Et qu'il ne répond rien.
A la cantine, tu as bien mangé quelque chose ?
Non.
Je ne me souviens plus.
Je ne sais plus.
Déjà, ça, c'est un peu leur jardin secret.
Nous, on les y colle pendant toute une journée.
Donc, c'est un peu normal qu'ils n'aient pas forcément envie de raconter tout ce qui s'y passe.
Et puis, ce n'est pas facile pour un enfant qui ne sait toujours pas si c'est le matin ou l'après-midi.
Dans trois jours, tu iras chez papi et mamie.
Ils ne savent plus si c'était avant ou après.
C'est compliqué, la structuration du temps.
Donc, leur demander ce que tu as fait dans une journée,
vu que ça ressemble à, donne-moi un rapport écrit,
ils ne vont pas forcément savoir le formuler, déjà.
Et puis, la meilleure façon d'obtenir de qui ils parlent,
c'est de ne surtout pas justement leur demander,
mais plutôt de dire, je suis très contente de te voir.
Ah, ça fait plaisir que tu sois là.
Tout simplement, dire, je suis dans l'accueil de ta présence,
me fait plaisir.
Et puis là, vous laissez un temps d'arrêt, un espace.
Et normalement, c'est là qu'ils s'engouffrent.
Et là, vous ne pouvez plus les arrêter.
Il a fait ça à la cantine, il m'a fait ça.
Emilie, votre livre s'appelle Kiffer l'école.
Est-ce qu'à un moment donné, vous avez un peu moins kiffé l'école ?
Oui, je le dis sans phare.
Il y a des moments où c'est très difficile.
Vous n'êtes pas sans savoir qu'en ce moment,
il y a un peu une crise à l'éducation nationale.
On manque de professeurs, donc c'est assez compliqué.
Les conditions ne sont pas toujours réunies pour kiffer.
Et puis moi, j'aimerais que tous nos élèves kiffent l'école.
Mais vraiment, quand je dis tous, c'est tous.
Et les enfants en particulier en situation de handicap.
Et hélas, parfois, les conditions ne sont pas réunies
pour les accueillir comme ils le mériteraient.
Et ça, c'est très douloureux aussi pour tout le monde,
pour les familles, quand il n'y a pas assez de personnel encadrant.
Ce qui est difficile, c'est le manque d'humains
pour accueillir tout le monde dans les bonnes conditions.
Le message est passé.
Émilie Enreau, kiffez l'école aux éditions Hachette.
On peut vous retrouver aussi via tous vos réseaux sociaux.
Le hashtag est très simple.
C'est Arobase qui fait l'école et c'est un peu partout.
Merci, Émilie, d'être venue nous parler de votre amour pour l'école.
Merci, merci à vous pour l'invitation.
Ça nous permet de réfléchir aussi à la philosophie de l'éducation en France.
Parce que ce n'est pas la même qu'aux Etats-Unis, par exemple.
Et autour de moi, j'ai une Américaine dans la même école que mon fils.
Elle ne comprend pas.
On pointe toujours ce qui ne va pas.
C'est formidable.
Tu as fait quelques fautes d'orthographe.
On va aller travailler.
Ça n'empêche pas d'être très exigeant.
Tu as cinq mots justes.
Il y en a 25 qui sont ratés.
Prochaine étape, on va en faire sept.
A méditer !