L’histoire d’une chaîne humaine composée de citoyens désarmés, pacifistes et révoltés qui sont les « Derniers Remparts » du Patrimoine de l’Humanité : ceux qui, sur le terrain, en Syrie et en Irak, au péril de leur vie, avec l’aide de ceux qui, en exil, s’engagent à leurs côtés et les soutiennent à distance, sauvent ce qui peut encore être sauvé de leur patrimoine et de leur identité.
Ces hommes-remparts, qui travaillent dans l’ombre, refusent la disparition de leur culture, qui est aussi la nôtre, car elle est le berceau de notre civilisation. Le film honore les héros lumineux et désigne les criminels du Patrimoine de l’Humanité. Des criminels dont certaines institutions culturelles prestigieuses se font les soutiens et les complices. Car, derrière cette menace largement médiatisée, se cachent d’autres crimes contre l’héritage culturel qui sont passés sous silence…
Jamais dans l'histoire récente, nous n'avons assisté à autant de destruction du patrimoine de l'humanité.
Qui plus est au Moyen-Orient, berceau de notre civilisation.
La plupart des grands crimes de l'histoire ont été perpétrés sans laisser de traces.
Ceux de Daesh sont documentés à profusion par les criminels eux-mêmes.
Inutiles de chercher les preuves, elles nous éclaboussent.
Tout est montré, tout est monstrueux.
Ils s'attaquent à notre talent d'Achille.
Les trésors archéologiques, les musées, sont ceux qui restent le plus sacrés en Occident.
À travers ces actes-là, l'enjeu n'est pas seulement de créer un choc vis-à-vis des publics occidentaux,
parce qu'ils savent très bien qu'avec de telles vidéos sur des sites aussi importants culturellement, historiquement,
il y aura des émois médiatiques.
Et un des objectifs de l'État islamique, c'est aussi d'avoir l'Occident contre eux.
C'est d'avoir le monde contre eux et en particulier l'Occident contre eux.
Et évidemment, plus ils font parler d'eux contre eux dans les médias, et mieux c'est pour eux.
Ces nouveaux iconoclastes qui prétendent haïr les images ne vivent que par les images.
Sous couvert de nettoyage culturel, Daesh colonise notre imaginaire.
Pourtant derrière cet écran de fumée se cachent d'autres crimes contre l'héritage culturel,
qui sont passés sous silence.
Car Daesh n'a pas le monopole de cette barbarie.
Le patrimoine est aussi sacrifié sans état d'âme par des États, des armées officielles qui participent à cette guerre.
Tous les projecteurs sont tournés vers Daesh.
Il est temps d'éclairer ce que la lumière noire de Daesh laisse dans l'ombre.
Sur le terrain, en marge des combats, des citoyens engagés risquent leur vie pour sauver leur patrimoine du massacre.
Comme ce jeune archéologue syrien, aujourd'hui réfugié à Istanbul, Omar Islam.
Jean-Pierre Fillu, historien engagé du Moyen-Orient, n'imaginait pas en donnant une interview à la télévision turque,
retrouver l'un des derniers remparts du patrimoine syrien.
Ce jeune homme qu'il avait côtoyé à Alep en 2013, sous les bombes,
et qu'il a surnommé gardien des trésors d'Alep.
Bonjour, comment vas-tu ?
Très bien, et toi, comment vas-tu ?
Grâce à Dieu, je vais bien. Ça fait bien longtemps qu'on ne s'est pas vus.
Très longtemps.
À Alep, je ne le connaissais qu'Omar Islam.
Mais ce n'était pas son vrai nom, parce que c'est la guerre.
Ici, cela s'appelle le Palais de France.
Après toi.
On est bien loin d'Alep.
Oui, c'est sûr. Nous sommes bien loin d'Alep.
En vérité, tout est beau ici.
Mais je n'arrive pas à éprouver vraiment du bonheur.
Il y a cette amertume profonde d'avoir abandonné Alep.
Dans cette terrible histoire, Omar n'est pas tout seul.
Jamais autant de citoyens désarmés n'ont pris, comme lui,
l'initiative de vouloir sauver leur héritage au péril de leur vie.
Ils sont les derniers remparts du patrimoine de l'humanité.
Au malheur des pierres, répond le courage des hommes.
On ne peut pas voir détruire sous ses yeux le patrimoine de son pays sans réagir.
Quand j'ai vu la mosquée des Omeyad sous le feu.
Quand j'ai vu le lieu de prière pour les femmes brûlées.
Quand j'ai vu le sanctuaire de Zakari essuyant les tirs de l'armée.
Quand j'ai vu le minbar recouvert de traces de balles.
Quand j'ai vu le mirab de Saladin, contre grande fierté, endommagé sous les tirs.
Quand j'ai vu tout ça partir, tout ça au feu.
J'ai eu l'impression de perdre une partie de moi-même.
C'était mon identité qui s'en allait avec.
Diplômé en archéologie, animé par la foi de voir une Syrie libre émerger,
Omar Islam n'a jamais porté une arme.
En tant que responsable du patrimoine, il allait sur les lignes de front à l'Indonquichote
pour sensibiliser les milices rebelles à la défense et au respect de l'une des plus anciennes cités de l'humanité,
inscrite au patrimoine mondial.
Si aujourd'hui Omar n'est plus en danger, la propagande du régime Assad a brouillé son image
en le faisant passer aux yeux des institutions et des médias occidentaux pour un rebelle armé,
un terroriste en puissance.
C'était en juillet 2013 et j'avais le même keffier.
Et oui, c'est le même.
Jean-Pierre Fillu et Omar Islam se sont rencontrés dans la mosquée des Emeyad d'Alep.
À l'époque de cette photo, les destructions de la mosquée étaient déjà terribles.
Elles ont redoublé par la suite.
Après c'était encore pire.
D'abord occupée par l'armée du régime, puis reprise par l'armée syrienne libre,
la mosquée est un champ de bataille.
Il y avait des bombardements mortiers et des tirs de chars du régime.
Au printemps 2013, les rebelles de l'armée libre autorisent Omar et ses camarades
à sauver ce qui peut l'être encore de ce joyau du XIIIe siècle.
Ici, nous sommes devant le mirab de Saladin, dans la madrasa Al-Alawiyah.
Regardez les traces de balles dans le mur.
Les éclats sont bien visibles.
Vous voyez ces impacts ?
Nous, nous avons voulu construire ce mur devant, afin de le protéger des éclats.
Aucun véhicule, même pas une charrette, ne pouvait circuler là-dedans.
Alors, nous transportions les pierres, une par une, en courant, une par une.
Ces bâches, c'est à cause des snipers ?
Exactement. Nous étions obligés de mettre ces rideaux pour nous protéger des snipers.
C'est l'histoire de ces pierres, de ces monuments,
qui représentent à mes yeux l'essentiel de notre existence sur Terre.
Nos ancêtres nous ont laissé en héritage cette grande civilisation que nous nous devons de protéger.
En septembre 2013, Omar appose sa signature sur le mur de protection du mirab de Saladin.
Omar Islam n'est pas tout seul.
Il fait partie d'un réseau d'activistes du patrimoine,
créé par Shermouz Ali, un autre archéologue syrien exilé à Strasbourg.
Allô Omar, comment vas-tu ?
Ça va bien, et toi ?
Ça va bien, je te remercie.
En 2016, la mosquée des Omeyad est toujours au cœur des combats.
Aujourd'hui, les deux hommes élaborent un projet de reconstruction d'une école de la mosquée.
Pour la Madrasa, ça sera compliqué de combler le trou provoqué par l'explosion.
J'ai bien une idée, mais je ne sais pas si ça marchera.
Écoute, je pense qu'il vaut mieux laisser le trou tel quel,
et construire provisoirement deux murs,
l'un à l'intérieur et l'autre à l'extérieur.
Créé en 2011, le réseau de Shermouz, la PSA,
est composé de citoyens syriens restés dans leur pays,
qui filment et documentent les preuves des dommages causés au patrimoine archéologique.
Il n'a pas de bureau, mais il est partout chez lui.
Assis des heures durant dans les couloirs de l'université,
il tisse sa toile comme une araignée pensante
qui relie entre eux tous les activistes du patrimoine syrien.
Pour une fois, Shermouz ne s'est pas contenté des réseaux sociaux.
Il s'est déplacé en personne à Erbil, au Kurdistan irakien.
Regarde, regarde les pigeons là-bas.
Tu les vois, tout près du drapeau ?
Oui, il y en a beaucoup.
Cela fait sept ans que je ne suis pas rentré chez moi.
Tu veux dire la France ?
Non, je parle de la Syrie. C'est ça mon pays.
D'où veux-tu que je parle l'arabe ?
Je parle l'arabe car je suis kurde et syrien.
Parce qu'il s'est engagé politiquement contre le régime Assad,
bien avant la révolution de 2011,
Shermouz ne sait pas quand il va revenir dans son pays,
où ses parents sont restés.
Déterminé à relever la Syrie de ses cendres,
il est venu rencontrer d'autres exilés syriens amoureux de leur patrimoine,
dont Moustapha Armad,
qui a lui aussi créé un site internet de protection de l'héritage culturel de son pays.
Ceci est la vidéo d'accueil que j'ai faite en 2013,
et qui est un montage que j'ai réalisé à partir de plusieurs informations.
Tu peux y voir le bombardement de la citadelle al-Madik.
Oui, c'est impressionnant.
Ce bombardement a continué pendant trois semaines,
avec des hélicoptères, c'était très violent.
Sans aucune considération pour les antiquités, aucune.
Surtout que c'était avec des barils d'explosifs,
qui sont beaucoup plus dévastateurs.
Dans cette guerre en Syrie, il n'y a aucune considération et aucun respect.
Ils ont même utilisé des armes chimiques.
Le patrimoine et les sites antiques ne leur posaient aucun problème.
Regarde ici,
dans la citadelle d'al-Madik.
Ils amènent un bulldozer qui trace une route pour la circulation des chars.
Juste pour punir les habitants,
ils détruisent des maisons romaines au bulldozer.
Alors qu'il n'y avait aucune opération militaire.
C'était juste une punition.
Là, c'est pas le mien.
Oui, c'est tellement douloureux, franchement.
C'est juste à côté de la nécropole.
C'était avant la destruction.
Ça, c'était au début de la révolution en Syrie ?
L'armée du régime est arrivée à Palmyre le 5 février 2012.
Et y a pris ses positions.
A partir de là, ils ont commencé les opérations.
C'est dommage. Quel dommage.
Les instances internationales comme l'UNESCO,
malgré nos publications, nos vidéos, nos témoignages dès le premier jour,
et j'insistais pour authentifier chaque publication par des photos
et des vidéos traduites que je leur envoyais,
je n'ai eu aucune réponse.
C'était leur politique.
Personne ne s'est intéressé à Palmyre jusqu'à l'arrivée de Daesh.
L'UNESCO était donc au courant,
mais pour des raisons politiques, ils n'ont rien fait.
Ils n'ont rien dit.
Dès le début de la guerre,
il n'y a eu aucune volonté de protéger le patrimoine historique et archéologique.
C'est-à-dire que dès le début de la guerre,
les armées, quelles qu'elles soient, ont investi les sites stratégiques.
La citadelle d'Alep,
la citadelle de Palmyre,
la citadelle de Bocera,
le crac des Chevaliers.
On pourrait en énumérer beaucoup comme ça.
Et ça, c'est vraiment en contradiction totale
avec les résolutions,
ou les conventions plus exactement,
qui avaient été signées par les pays,
dont la Syrie,
avec l'UNESCO pour la protection du patrimoine.
Il n'y a aucun respect de ça.
En 2011,
Palmyre est l'une des premières villes à se rebeller
contre le régime de Bachar al-Assad.
La répression est impitoyable,
sans aucun respect pour le site archéologique.
Des citoyens lancent un appel à la communauté internationale,
SOS Palmyre,
grâce au centre des médias de Palmyre qu'a créé Mouammatar,
aujourd'hui exilé à Paris.
Là, c'est l'image de la ville de Palmyre.
Quand les habitants de Palmyre,
ils vivaient toujours dans la cité antique.
À cet endroit exact,
il y avait la maison de mes grands-parents.
Mon grand-père, c'était le premier archéologue palmyrien.
C'est le monde en français.
Donc, je suis né dans une famille d'archéologie.
Quand je promenais avec mon grand-père,
avant qu'il ne décède,
je lui disais toujours,
tu ne trouveras jamais la tête de Zanoubi.
Là, je voulais dire la statuette de Zanoubi.
Je lui disais, tu ne la trouveras jamais,
parce que c'était destiné à moi.
C'est moi qui va la trouver un jour.
Le grand-père de Mouammatar
fut le premier directeur des antiquités de Palmyre.
Il précéda Khaled el-Assad,
le célèbre archéologue qui fut torturé
et exécuté par Daesh en août 2015.
La famille Taha n'a jamais adhéré
au parti Baas de Bachar el-Assad.
Mohamed en a payé le prix.
Menacé, sans horizon professionnel,
il a choisi la France pour continuer
ses études d'archéologie dès 2005.
Mais en vérité, il n'a jamais quitté sa ville
et les habitants de sa ville.
Tous les jours, depuis la révolution,
il les aide concrètement,
veille à leur sécurité et coordonne leurs actions.
Depuis trois ans, l'état syrien n'existe plus.
C'est la société civile qui fait tourner le pays,
qui ramène à manger,
qui fait tourner les boulangeries,
qui fait tourner les usines,
qui ramène le gasoil,
et qui sauve le patrimoine.
Là, je vais vous donner l'hommage
à un jeune palmyrien.
C'est lui qui a pris toutes les images
quand le régime a pris toutes les images
et les vidéos de la destruction
de la ville antique de Palmyre,
qui a perdu sa vie,
qui a donné volontairement sa vie.
Je me rappelle la dernière discussion
via Skype avec lui,
trois jours exactement avant
son arrestation par le régime.
Il me disait, je sais que maintenant,
parce que moi, je leur donne toujours
d'être prudent.
Ne prends pas le risque.
Il me disait, je sais que tu as peur pour moi,
mais je te dis une chose,
je sais que la mort est gratuite maintenant en Syrie,
mais moi, je veux que ma mort,
elle aura de la valeur.
Et si je meurs pour quelques photos
qui documentent la destruction criminelle
du régime pour les sites de Palmyre,
ma mort, ma mort aura de la valeur.
Et trois jours après, il s'est fait arrêter
et il est mort sur la torture.
Le jeune homme, je dis son prénom
et son nom pour la première fois
parce qu'il mérite,
ce jeune homme, il s'appelle
Ebrahim Moutlak.
Il fait partie de la société civile.
C'est un jeune étudiant universitaire.
Il n'a jamais porté les armes.
Il n'a même pas fait son service militaire
au sein de l'armée syrienne.
On ne parle jamais de ces gens-là.
Ils sont oubliés.
Et jusqu'à quand ?
C'est ça la question.
Du fait que le mandat français sur la Syrie
dura de 1920 à 1946,
c'est au musée du Louvre
qu'on trouve la plus grande collection
d'antiquités syriennes au monde.
Elle abrite des trésors
qui échappent au massacre d'aujourd'hui
sur le terrain.
Au milieu de ces trésors,
trônes et béryls.
Une petite statue votive en albâtre,
découverte sur le site du royaume de Marie
en 1934.
Les dignitaires fidèles du royaume
offraient à la déesse Ishtar,
déesse de l'amour et de la guerre,
une statue à leur effigie
pour satisfaire la divinité.
En retour,
la divinité l'illumine de son aura.
Les béryls sont certainement
l'expression radieuse
de la Syrie éternelle.
Ils témoignent de cette capacité
qu'ont les pierres
fabriquées par d'autres hommes
il y a très longtemps
à communiquer quelque chose
qui est de l'ordre de l'humain,
de la sensibilité.
Car quand vous regardez
un béryl dans les yeux,
vous regardez aussi un Syrien
d'une certaine manière
dans les yeux.
Le patrimoine syrien
n'est pas seul à souffrir.
Tout le patrimoine de la Mésopotamie
est menacé, surtout en Irak.
Le Louvre abrite
quelques-uns de ces grands taureaux ailés
auxquels Daesh s'est attaqué en 2015.
J'étais tellement choqué
quand j'ai vu ces images
de l'Etat islamique
en train de scier
la tête et le visage
et vraiment j'ai senti
qu'ils étaient en train de tuer un être humain
et j'ai senti comme quoi
le sang était en train de sortir
de la gorge justement
de ce taureau ailé
et comme si c'était un être humain
en train de l'assassiner
parce que c'est mon ancêtre.
C'est l'histoire.
C'est au Kurdistan irakien, à Erbil,
que le père Najib a trouvé refuge
après avoir fui Daesh
quand l'Etat islamique a envahi Mossoul
en 2014.
Il a créé un centre de numérisation
pour immortaliser
les milliers de manuscrits
de la bibliothèque
de son couvent de Mossoul.
Il n'était pas question pour lui
de fuir Daesh
sans emporter ses trésors inestimables.
C'est à cause ou grâce
de l'Etat islamique
que notre travail est sorti
à la lumière.
On travaillait dans l'ombre.
Au fait, moi-même,
j'étais depuis 2007
j'étais obligé de quitter Mossoul
pour aller à Karakoch,
un village dans le nord-est.
Et j'étais obligé
parce qu'on était menacé.
Mais discrètement,
je revenais et je célébrais la messe
dans les caves,
dans les cryptes,
comme les premiers chrétiens.
Et j'allais en civil
quand je rentrais là-bas
pour ne pas être détecté.
Pendant 5 ans, à Karakoch,
le père Najib poursuit
son travail.
En juin 2014,
il apprend la prise de Mossoul par Daesh
et s'inquiète à nouveau.
J'ai senti le danger
qui va nous frapper.
Le 25 juillet 2014,
j'ai amené un grand camion
dans lequel j'ai entassé
tous les cartons,
tous les manuscrits
et tous les incunables,
les archives,
toutes les pièces rares
que nous avions au covent.
Quelques jours plus tard,
Daesh est aux portes de Karakoch.
De la nuit de 6 à 7 août 2014,
c'était l'abomination totale,
l'horrible nuit
où on a été attaqué directement
par le groupe terroriste de Daesh.
On a rempli nos deux voitures,
le reste des livres, des manuscrits,
donc j'ai amené le reste
et en quittant Karakoch,
on a vu des kilomètres
des réfugiés en train de courir
de peur,
parce que Daesh n'était pas très loin,
même pas un kilomètre derrière nous.
Donc on a rempli nos voitures
également par des gens,
des vieillards, des malades, des enfants.
On les a entassés
les uns sur les autres
sur nos manuscrits et nos archives
et j'ai dit,
vraiment c'est un arche de Noé.
On va vivre ensemble
ou mourir ensemble.
J'ai donné même des manuscrits
du 14e, 15e siècle
à l'eau de ces manuscrits
entre les mains des enfants
et en leur demandant
de les mettre seulement
de l'autre côté des frontières.
À Erbil,
le père Najib héberge des réfugiés,
chrétiens et yézidis
qui, comme lui, en fuient Daesh.
Son ami, le père Colombia Stuart,
vient souvent du Minnesota aux États-Unis
lui prêter main forte.
C'est le premier étage
qui est le plus large.
Il y a quatre autres étages
avec les yézidis qui vivent ensemble.
Bonjour !
Comment ça va ma chère ?
Si vous m'aviez prévenu,
je me serais fait une beauté.
La communauté yézidi
dont la religion est le premier
monothéisme de l'Histoire
et dont le lieu saint
se trouve au cœur distant irakien
a toujours été persécutée.
Elle est aujourd'hui victime
d'un génocide perpétré par Daesh.
Elle a pris
la terre de Cheikh Hadi
et elle l'a joint
avec l'image de la Vierge Marie.
C'est vraiment le symbole.
Les yézidis et les chrétiens
qui vivent ensemble.
C'est la première fois
que je viens de découvrir ça.
Ça vient de la terre sainte
de Cheikh Hadi.
C'est la terre bénite
et chaque yézidi doit avoir
cette terre bénite sur soi-même
pour être protégé.
Et là,
parce qu'elle vit ici,
elle croit beaucoup,
elle aime beaucoup partager
sa foi avec les autres,
donc elle a mis les deux ensemble.
Dans son nouveau refuge,
le Père Najib a déjà réinstallé
deux studios de numérisation
des manuscrits.
Il a formé les réfugiés
à préserver eux-mêmes
leur propre patrimoine.
Après l'exode,
donc le 6 août 2014,
on a été dispersés.
Complètement allés
dans des directions différentes
et on a perdu les uns les autres,
on ne savait plus où nous sommes.
Et au bout de 6 ou 7 mois,
voilà une, qui s'appelle Catherine,
elle nous contacte
et j'étais très heureux,
donc je lui ai demandé
s'il voulait revenir
pour la restauration
et pour la numérisation
dans les camps même des réfugiés.
Et voilà, un jour,
elle débarque là,
elle s'est lancée directement
avant de nous saluer,
elle s'est lancée
pour prendre un manuscrit
entre ses mains,
elle l'a respiré,
elle l'a embrassé,
elle l'a mis dans ses bras
et elle commence à pleurer.
Et ensuite,
elle est venue pour nous saluer.
Je trouve que c'est extraordinaire.
Et c'est ça notre patrimoine,
c'est ça notre archéologie,
c'est ça notre passé.
Si le père Najib a pu sauver ces manuscrits,
les autorités irakiennes
ont-elles pu en faire autant
avec les taureaux ailés
et les autres trésors
de leur héritage culturel ?
A l'autre bout de la ville,
Shermouz, l'archéologue syrien,
est venu rencontrer un responsable
du patrimoine irakien.
On constate malheureusement
que chez nous, en Syrie,
les institutions internationales
ont pris vraiment beaucoup de retard
pour mettre en place
des mesures concrètes
de protection sur le terrain.
Je suis au regret de vous dire
que j'ai assisté personnellement
à un congrès à Paris
en présence de beaucoup d'archéologues
et des représentants de l'UNESCO,
notamment Mme Bokova.
Moi, Abdullah al-Rachid,
je peux vous dire
que dans ce congrès à Paris,
nous avons entendu
que Daesh menaçait
et nous leur avons dit
s'il vous plaît,
aidez-nous à sauver
le patrimoine irakien.
Nous les avons implorés
et nous avons attendu des mois
jusqu'à ce que Daesh détruise
Atra, Nimroud,
le musée et les bibliothèques de Mossoul.
L'UNESCO n'a rien fait
de concret sur le terrain
avant l'arrivée de Daesh.
Ils n'ont rien fait.
Après la destruction,
on n'intervient pas
à protéger ces sites
avant la destruction.
Les uns après les autres,
le rempart du patrimoine
remet en cause le rôle de l'UNESCO
qui est en charge
de protéger le patrimoine
de l'humanité.
Nous avons interrogé
sa directrice générale
sur l'immobilisme
de son institution
face à ce désastre.
Nous n'avons pas des militaires,
nous n'avons pas des armées,
nous faisons des appels,
nous publions des déclarations,
nous dénonçons.
Nous pouvons accompagner,
nous pouvons aider,
nous pouvons mobiliser,
mais nous ne pouvons pas tout faire.
L'UNESCO n'est pas la seule institution
ni le seul Etat à faire aveu d'impuissance.
Les colonnes de Daesh,
en mai 2015,
traversent le désert
entre Raqqa et Palmyre
et ils ne l'ont pas vu.
L'armée syrienne ne l'a pas vu.
La coalition internationale,
les 60 pays qui font la lutte
contre Daesh,
ils n'ont pas vu les colonnes
des voitures plantées
et autres
qui ont traversé
de Raqqa jusqu'à
le petit village de Sorné.
Et là je vous parle de 5 heures de route.
Moi je connais cet endroit
ou cette région par cœur
parce que j'ai travaillé 15 ans
et personne ne l'a vu.
Par contre leurs satellites,
ils le voient même,
d'après leur propre mandat,
ils voient même ce qui est écrit sur une feuille.
Pourquoi personne n'a vu Daesh
s'approcher de Palmyre ?
Pourquoi n'a-t-on rien fait
pour les empêcher de conquérir cette ville
qui est le symbole universel de la Syrie ?
Certains des plus grands dirigeants
de Daesh aujourd'hui
étaient encore,
il y a quelques années,
aux mains d'Assad.
Donc il y a eu une volonté
très claire,
systématique,
préméditée du régime Assad
de favoriser
le développement du djihadisme
en Syrie
pour diviser la révolution,
l'affaiblir, la saboter
tout en suscitant
une réaction de solidarité internationale
avec Assad
présenté comme
le seul rempart
et en livrant
la ville de Palmyre
en mai 2015,
eh bien Assad jouait aussi
sur ses peurs légitimes,
naturelles,
compréhensibles, raisonnables,
mais qu'il a attisée
en faisant que l'épouvantail djihadiste
a pu s'installer au cœur même
d'une ville
qui militairement ne représentait
et ne représente toujours pas grand-chose.
Si l'enjeu militaire de Palmyre est faible,
son enjeu symbolique
est incomparable.
Le contrôle de Palmyre,
ça remonte à l'époque
perse et romain,
il y avait toujours les batailles
entre les deux grands vampires de l'époque
et après, même quand il y a eu
les mandats français
et la deuxième guerre mondiale,
il y avait la France de Vichy,
la France libre
avec ses alliés britanniques,
il y a eu la bataille de Palmyre
en 1941.
Et ça a joué un rôle
très très important
pour donner l'envie
de contrôler cette ville.
C'était ça, l'image de puissance.
Et quand on a un licorne derrière
comme celle de Palmyre,
il n'y a pas mieux
que le logo par exemple
pour montrer chaque puissance
qui a contrôlé la ville de Palmyre.
Le 26 mars 2016,
l'armée du régime syrien
appuyée par l'aviation russe
reprend la ville de Palmyre
le directeur des antiquités
du régime Assad
chante les louanges de la victoire.
Contrairement à ce qu'affirme
Mahamoun Abou Karim,
le directeur des antiquités
du régime syrien,
Daesh a détruit
les plus beaux joyaux de Palmyre.
Le temple de Bel,
le plus beau temple du Moyen-Orient,
le temple de Balchamine,
l'Arc de Triomphe,
les tours funéraires uniques au monde
et le musée
que la direction des antiquités
avaient soi-disant
vidé de ses trésors.
Quand Mahamoun Abou Karim
dit que 80% du site de Palmyre
est préservé,
je comprends son enthousiasme
et puis l'intérêt à essayer
de minimiser un peu les dégâts
et à se montrer optimiste
mais ça n'a pas beaucoup de sens
parce que c'est à peu près
comme si demain matin
on apprenait tout d'un coup
que dans la nuit
ont disparu Notre-Dame de Paris,
99% de Paris est préservé.
Donc si vous voulez,
le site est vraiment martyrisé
depuis que les armées
sont dans le site,
qu'ils ont vraiment pris en otage.
Je considère que Palmyre
a été prise en otage
par aussi bien le régime
que par Daesh
qui ont l'un et l'autre
des objectifs peut-être différents
mais néanmoins qui ont porté
atteinte à ce site, ça c'est clair.
Juste après le départ de Daesh,
l'armée de son tour
porte atteinte à Palmyre.
Elle installe une base militaire
en plein cœur du site
sur une nécropole
qui n'a pas encore été fouillée
au mépris des conventions de l'UNESCO.
Au moment même
où l'armée syrienne
soutenue par les Russes
a pu récupérer Palmyre,
l'armée syrienne,
l'armée de Hassan,
s'est attaquée à nouveau à Alep
qui n'est pas occupée par Daesh
sauf Palmyre.
Il détruit un peu plus Alep,
ses habitants
et ce qui reste des splendeurs d'Alep.
C'est toute cette hypocrisie
et toute cette artuferie
qu'il faut mettre en lumière.
En mai 2015,
Daesh avait organisé le spectacle
de l'exécution de jeunes soldats
du régime Assad
dans le théâtre antique de Palmyre.
Un an plus tard,
le 5 mai 2016,
l'armée russe triomphante
a mis le terrain
dans le même décor.
Je veux dire merci à tous ceux
qui ont rendu possible
ce grand moment d'humanité aujourd'hui
dans la cité de Palmyre,
libérée des terroristes.
Palmyre est devenu
un enjeu absolument crucial
de propagande de tous les côtés.
Que ce soit du point de vue
de l'Etat islamique
ou du point de vue de Poutine,
ils ont su,
c'est terrible à dire,
que l'exécution de Palmyre
a leur avantage.
C'est propagande contre propagande.
En focalisant
et en nous obligeant
à focaliser sur Palmyre,
les Russes et les Syriens
et l'armée de Bachar,
nous obligent
à ne pas regarder ailleurs.
Et ça,
le vrai drame,
la vraie difficulté,
elle est là.
C'est une mascarade.
Maintenant, on allait faire de la musique.
Pendant ce temps-là,
pendant qu'on faisait le concert,
pendant qu'on jouait à Palmyre,
les avions du régime bombardaient
les hôpitaux d'Alep,
tuaient le dernier pédiatre
qui était resté dans un hôpital d'Alep
pour soigner des enfants.
On ne peut juger
ceci que de manière
absolument sévère.
Qu'a-t-on libéré à Palmyre ?
Une ville stratégique ?
Son peuple disparu ?
Une mine de ruines
dont le symbole enflamme l'Occident ?
En Syrie,
rien ne sépare les hommes de leurs pierres.
Ce peuple qui se fait marcher dessus
est malheureux comme les pierres.
La moitié du peuple syrien,
plus de 10 millions de personnes
ont déjà perdu leur maison
et leur maison commune,
leur passé, leur identité.
Qu'est-ce qu'un peuple
sans maison ?
Il y a bleus palmyriens à Palmyre
qui sont dispersés un peu partout,
comme le plus grand nombre de Syriens,
déplacés un peu partout en Syrie,
à l'étranger.
Et elles restent qui, les pierres ?
Toutes seules,
en plein désert,
qui pleurent,
les habitants de Palmyre.
L'idée de la mort,
elle est toujours présente dans notre esprit.
Donc la question pour moi,
si je meurs ici à l'étranger,
loin de ma terre,
qu'est-ce qu'on fait ?
Donc je ramène des pierres,
on entend des sédiments
de plusieurs endroits à Palmyre,
de nos jardins,
de notre jardin familial,
de notre chaîne des Oléviers,
de plusieurs vallées où j'ai fouillé,
où je faisais des fouilles autour de Palmyre.
Je ramène tout ça avec moi
un jour si je meurs ici,
loin de ma ville.
Je demandais à mes proches,
si je meurs,
que ces sédiments,
ces pierres de Palmyre
soient enterrées avec moi
La nation syrienne,
fondée en 1920,
se construit en même temps
que sorte de terre
des trésors archéologiques
inestimables.
Le peuple syrien a une relation
organique très forte
avec son patrimoine.
Si l'on va sur les sites
archéologiques,
dans les régions,
et bien que voit-on ?
On voit les gens,
les populations,
qui vivent dans les ruines.
Il y a énormément de villes,
notamment dans les villes mortes
de Syrie du Nord,
où les gens habitent dans l'église.
Il y a vraiment une fusion réelle
d'habitat,
entre l'habitat et l'histoire.
Dès 2012,
pensant se mettre à l'abri
après le bombardement
de leur village,
qui datent de l'Antiquité tardive
et qui sont inscrits
au patrimoine de l'humanité.
On a beaucoup de photos
où l'on voit les tombeaux
souterrains dans lesquels
les gens se sont installés,
où on a installé l'école.
Bref, il y a toute une vie
qui s'est reconstituée
au sein de certains sites,
et notamment Sergila,
qui a été réinvestie
par les habitants
de l'armée syrienne.
Son aviation n'hésite pas
à lâcher ses bombes
sur les habitants
qui ont redonné vie aux villes mortes.
Les bombardiers,
dépêchés par Vladimir Poutine,
ont frappé des sites,
notamment des sites
de ce qu'on appelle
les villes mortes,
et un de ces sites
a été touché directement
par un bombardement russe.
Là encore,
c'est bien Moscou,
mais on voit que
les instances internationales
sont restées absolument muettes
sur cette destruction.
Je crois qu'il faut,
même si on a beaucoup parlé
des ruines,
je crois qu'il ne faut jamais oublier
que pour nous,
ça a toujours été secondaire
par rapport au malheur
qui frappe les gens.
Il nous suffit de penser
aux centaines de milliers
ou aux dizaines de milliers
d'enfants tués,
aux enfants torturés par le régime,
parce que ce qu'on oublie trop souvent,
c'est que dès le premier mois
de la révolte,
tout était dit.
Le régime avait torturé des enfants,
y compris un petit garçon
d'un village proche de Bosra
qu'on connaissait bien.
Donc ça, c'est insupportable.
Fadi Almari,
journaliste activiste d'Alep
et correspondant
pour nous les enfants
de la ville morte de Shenshara
en octobre 2015
entre deux bombardements
de l'aviation russe.
S'il n'en épargne
ni les vies humaines
ni les ruines
qui abritent les vies humaines,
que restera-t-il à ces enfants
en héritage ?
Sinon, leurs yeux grands ouverts
sur la désolation
de leurs terres brûlées,
sans mémoire,
pour l'humanité tout entière.
Que reste-t-il des splendeurs d'Alep ?
Que reste-t-il
de son plus beau minaret ?
Celui de la mosquée des Omeyad,
où chantait Sabri Moudalal,
le plus grand musicien de la ville,
il y a quelques années à peine,
à l'aube,
dominant l'une des plus anciennes
cités du monde.
Ce minaret,
Omar Islam,
le gardien des trésors d'Alep,
n'a rien pu faire pour le sauver.
Voici le minaret de la mosquée
des Omeyad,
après sa destruction.
Ce n'était pas difficile
pour celui qui a tué des enfants
d'aller détruire ce minaret.
Les pierres ne comptaient plus
pour grand-chose.
C'était un choc terrible,
bien sûr,
mais tellement prévisible,
tellement prévisible.
Mais là encore,
en Syrie,
un crime pareil réussit
non seulement à être impuni,
mais à être innommé.
On fait comme si le minaret
était tombé.
On fait comme si sa chute
était le fruit d'une guerre civile
et non pas d'un pouvoir
coupable de cette chute.
Et on voit que dans toute la littérature,
y compris celle de l'UNESCO,
sur ce crime
contre le patrimoine mondial,
on ne mentionne jamais
le criminel.
Le jour où le minaret est tombé,
Omar Islam a décidé
de sauver l'autre diamant
de la mosquée,
le minbar,
la chair en bois spulté
d'où l'imam fait son serment,
chef-d'oeuvre de l'art islamique.
Notre but était de sauver
le minbar
avant qu'il ne brûle à son tour.
Les snipers d'en face
tiraient des balles incendiaires
sur la mosquée pour y mettre le feu.
Nous avons demandé l'avis
de professeurs plus expérimentés.
Certains étaient dans le pays,
d'autres à l'étranger.
Je ne sais pas si je peux les nommer ici,
mais ils nous ont donné de très bons conseils.
Nous avons décidé
de transporter le minbar ailleurs.
Nous avions le choix
entre le garder sur place
ou le transporter,
et nous avons opté pour le transport.
Pour cette opération,
nous avons fait venir
un maître menuisier,
spécialiste de pièces antiques
et de bois anciens.
Il avait déjà beaucoup
d'expérience dans ce domaine.
Il a accepté de venir,
et ça c'était très important
pour le retour.
Nous l'avons protégé par des bâches
pendant qu'il travaillait.
Mais sais-tu que jusqu'à aujourd'hui,
l'UNESCO parle d'un démantèlement du minbar ?
Ils ne disent pas que c'était
une opération de protection.
Ils disent que c'était un acte de pillage.
C'est vraiment honteux
de leur part, ces accusations.
Mais nous n'avons voulu
ni piller, ni détruire.
Nous avons voulu simplement
protéger ce minbar,
tant qu'on pouvait,
ne serait-ce que contre les tirs des snipers.
L'UNESCO compte
la disparition du minbar
de la mosquée des Omeya d'Alep
parmi les dommages
causés par les rebelles.
Il faut rappeler que le minbar
a été enlevé, démonté
pièce par pièce
et qu'ils l'ont mis à l'abri
au péril de leur vie.
Et c'est de notoriété publique.
Nous sommes nombreux à savoir,
on connaît le nom de celui qui a fait ça.
Donc c'est inutile de le présenter
comme des dommages causés
par des rebelles
au patrimoine d'Alep.
C'est au contraire un élément
du patrimoine d'Alep.
On pourrait attendre de l'UNESCO
qu'elle ne soit pas encore une fois
le simple relais
de mensonges officiels.
Le site de la direction
des antiquités du régime syrien,
la DGAM,
qui accuse Omar et ses amis
d'être un groupe armé
qui a pillé le minbar.
Des vidéos montrent un groupe armé
qui a démantelé le minbar en bois
de la mosquée des Omeya d'Alep.
En conséquence, la DGAM
tient ce groupe responsable
de tous les dommages
infligés au minbar.
Cette action de protection
est considérée à la fois
comme une blague.
Est-ce que ça, ce n'est pas...
Je ne connais pas le cas.
Il faut parler avec...
Mathieu, je ne connais pas ces cas.
Qu'est-ce qui se passe ici ?
Franchement.
Alors, sur la page de l'UNESCO,
sur les citoyens syriens...
Est-ce que nous pouvons
stopper l'interview s'il vous plaît ?
Pourquoi ?
Parce que je ne connais pas ces cas
et je ne peux pas répondre à ces cas.
Je suis vraiment désolée.
Je n'ai pas builté
et de déchaîner
et d'exercer son influence
sur les décisions
de l'Institution universelle
qui se doit pourtant d'être neutre.
Dans cette même maison
de Sciences Po,
nous avons accueilli
il y a un an
Irina Boukova, qui venait lancer sa campagne de protection du patrimoine en Syrie et en
Irak.
Elle le lançait avec des photos très éloquentes de destructions en Syrie et en Irak, mais
elle ne parlait que de Daesh, Daesh, Daesh, Daesh, Daesh, et je me suis levé et je lui
ai fait remarquer que toutes les destructions dont elle montrait les photographies en Syrie
étaient causées par le régime Assad et lui seul, et que l'UNESCO, qui s'est honoré
d'être la première organisation de l'ONU à admettre la Palestine, eh bien s'honorerait
encore plus à être la première institution de l'ONU à en expulser le régime Assad.
Quelques jours après, en juin 2016, Shermouz Ali, le responsable de l'association APSA,
est invité par l'UNESCO à Berlin pour y donner une conférence sur Alep.
Il évoque à son tour l'affaire du Minbar, le préjudice subi par Omar, et déclare que
les mots blessent parfois plus que les balles.
Ce que Omar et ses amis ont fait, je pense qu'au moins il faut, au moins, le minimum
des choses c'est de les féliciter, de les remercier.
Et ça fait très mal au cœur, bien sûr, quand on voit qu'on va dire un défaut moral,
ça fait mal.
Et il faut le corriger.
Dans les jours qui suivent, sur le site de l'UNESCO, les captures d'écran faisant
foi, apparaissent trois corrections discrètes.
Le mot « dommage » est remplacé par le mot « situation ».
Le mot « démanteler » est remplacé par le mot « démonter ».
Et pour la première fois, le site du réseau de Chermouse, l'APSA, est cité en référence.
Selon l'APSA, le Minbar a été démonté, emballé et transporté pour être sauvegardé.
Il faut rendre hommage à ces gens-là qui se battent pour sauver leur patrimoine.
Ils ont conscience que c'est un bien pour toujours et qu'il faut le sauver.
Malheureusement, parfois, ils reçoivent des barils de TNT sur la tête.
Dorénavant, plus aucun média, plus aucune institution culturelle ne pourront salir l'image
d'Omar Islam en l'assimilant à un djihadiste pilleur de patrimoine.
Plus rien ne suppose à ce que le gardien des trésors d'Alep soit reconnu aux yeux de tous.
Aux héros négatifs de Daesh répondent les héros lumineux du patrimoine de l'humanité.
Comme une chaîne humaine, ils font rempart à la disparition de leur culture, qui est aussi la nôtre.
Je te l'ai déjà montré, ce panorama français des années 30.
Bien sûr, je l'ai copié chez moi, ensuite je l'ai recomposé.
J'ai pris des photos de chaque volet et ensuite je les ai assemblées.
C'était Alep, des souvenirs et du patrimoine.
Alep a traversé plusieurs guerres, des destructions, des tremblements de terre.
Mais elle a résisté et elle résistera toujours.
Inchallah, nous y reviendrons et nous la reconstruirons.
Nous y reviendrons.
Nous ne l'abandonnerons pas.
C'est promis.
Souvenirs d'Alep.