Syrie : l'inquiétude des chrétiens d'Alep

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8 Vues de vidéo·4 déc. 2024
Depuis samedi 30 novembre 2024, Alep, deuxième grande ville de Syrie, est tombée sous le contrôle de groupe rebelles djihadistes, hostiles au régime de Bachar Al-Assad. Si depuis le début de la guerre en 2011, la communauté chrétienne a largement diminué dans la ville, elle y est encore présente.
Comment la population syrienne vit-elle cet évènement ? Quelles sont les conséquences pour les chrétiens ? Quel message aux Syriens et à la communauté internationale ?
Trois questions à Nabil Antaki, médecin et co-fondateur de l'associations des Maristes bleus à Alep.
Comme vous le savez probablement,
les djihadistes islamistes qui occupent depuis des années la ville et la province de Idlib
ont lancé une grande offensive vers Alep mercredi passé.
Ils sont arrivés aux portes d'Alep vendredi matin
et puis au cours de la journée de vendredi,
ils sont rentrés dans Alep sans aucun combat
parce que l'armée syrienne et les instances gouvernementales et militaires
avaient pris la fuite et ont abandonné la ville.
Donc depuis vendredi la nuit,
nous sommes sous l'occupation des djihadistes islamistes de l'opposition syrienne.
Dès les premiers jours, la population était très inquiète
parce qu'on avait peur de combats.
C'est ce qui a eu lieu vendredi la nuit et samedi et dimanche
avec des combats et des raids aériens
qui ont lancé des bombes un peu partout sur la ville.
Après l'inquiétude, il y a eu l'angoisse de l'avenir.
Qu'est-ce qui va arriver de nous ?
Toute la population d'Alep, 2 millions d'habitants, était angoissée.
Beaucoup ont pris la fuite vendredi la nuit et samedi
pour aller rejoindre d'autres villes syriennes
mais la majorité de la population est restée dans l'expectative
en attendant de voir comment les choses vont évoluer.
Concernant les chrétiens d'Alep,
déjà notre nombre s'était considérablement réduit
par rapport à 2011.
Au début des événements, nous étions 200 000 chrétiens confondus.
Juste avant cette dernière offensive, nous n'étions plus que 30 000.
Alors nous les chrétiens avons vécu ces derniers événements
des derniers jours avec beaucoup d'angoisse et beaucoup d'appréhension
parce que nous avons tous en mémoire ce qui est arrivé
aux chrétiens d'Idleb et aux chrétiens de Moussoul.
Les chrétiens d'Idleb ont eu 24 heures pour évacuer la ville,
tous, quand les djihadistes avaient pris le contrôle de la ville il y a quelques années.
Donc nous craignons de subir le même sort.
Finalement, notre appréhension s'est apaisée
parce qu'on ne nous a pas forcé à quitter la ville,
au contraire, ils nous ont tenu un discours complètement différent.
Ils nous ont dit, écoutez, restez à Alep,
nous allons respecter vos vies, vos biens, vos propriétés,
nous n'avons rien contre vous, vous pouvez continuer à célébrer la messe.
Bien sûr, dimanche, il n'y a pas eu de messe comme d'habitude
parce qu'il y avait un couvre-feu de 7h du matin à 7h du soir
et donc les messes ont été dites par la suite.
J'aimerais dire aux Syriens et aux chrétiens,
vous, les champions de la résilience, gardez espoir.
Malheureusement, je ne suis pas tout à fait convaincu de cela
parce qu'après 14 ans de conflits, de sanctions internationales,
de crise économique, de pauvreté, de pénurie de tout,
de tremblements de terre et maintenant de régime islamiste,
vraiment la population est à bout de souffle, surtout les chrétiens.
On n'en peut plus, nous avons perdu tout espoir
et comme l'a dit un cardinal célèbre,
l'espérance chez les chrétiens de Syrie n'a pas seulement été tuée,
mais elle a été enterrée, malheureusement.
Alors quand même, il faudrait garder espoir dans l'avenir.
Quant à la communauté internationale, je vous demande, je vous demande,
je vous supplie de demander à vos gouvernements
de lever les sanctions contre les Syriens.
Nous souffrons déjà trop sans les sanctions.
Avec les sanctions, vraiment la vie est devenue intenable.
Alors s'il vous plaît, laissez un peu les chrétiens souffler et vivre.
Et puis, priez pour nous parce que vraiment,
nous ne voulons pas vivre sous un régime islamiste,
nous ne voulons plus vivre dans la pauvreté,
nous ne voulons plus vivre dans la pénurie,
nous ne voulons plus vivre dans un pays où le conflit a trop duré.
Nous espérons, comme tous les peuples du monde,
vivre en paix. Merci.
