Une famille française sur quatre est une famille monoparentale, où un parent assure, seul, la charge de ses enfants. Ce sont très majoritairement des femmes, des mamans solos... Leur vie quotidienne est marquée par la précarité et la solitude. Pour échanger autour de cette problématique, Jean-Pierre Gratien reçoit Agnès Canayer, ministre déléguée chargée de la Famille et de la Petite Enfance, François de Singly, sociologue spécialiste de la famille et professeur émérite à l'université Paris-Descartes, et Johanna Luyssen, cheffe adjointe du service société de Libération.
Une famille française sur quatre est une famille monoparentale, où un parent assure, seul, la charge de ses enfants. Ce sont très majoritairement des femmes, des mamans solos... Leur vie quotidienne est marquée par la précarité et la solitude. Pour échanger autour de cette problématique, Jean-Pierre Gratien reçoit Agnès Canayer, ministre déléguée chargée de la Famille et de la Petite Enfance, François de Singly, sociologue spécialiste de la famille et professeur émérite à l'université Paris-Descartes, et Johanna Luyssen, cheffe adjointe du service société de Libération.
LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
Une famille française sur quatre est une famille monoparentale
où un parent seul assure la charge de ses enfants
parmi eux, très majoritairement des femmes,
des mamans solos.
Et c'est donc le quotidien de certaines d'entre elles
teintées de solitude et souvent faites précarité
que vient de nous faire découvrir à l'instant
ce documentaire exclusif réalisé par Réjeanne Varod
de quoi s'interroger plus au-delà sur les conditions de vie
de ceux et surtout de celles qui doivent aujourd'hui
assurer seuls l'avenir de leurs enfants.
C'est ce que nous allons faire maintenant avec nos invités présents aujourd'hui.
Sur ce plateau de Débadoc, Agnès Canaillet,
bienvenue à vous, vous êtes ancienne ministre déléguée
chargée de la famille et de la petite enfance au sein du gouvernement
de Michel Barnier après avoir été pendant dix ans
sénatrice UMP puis apparentée LR
de la Seine-Maritime.
Johanna Luysen est également avec nous.
Bienvenue à vous, vous êtes journaliste chef adjointe
du service société du quotidien Libération.
Votre dernier livre s'intitule Mer Solo, le combat invisible
publié aux éditions Payot.
Vous avez deux enfants, une petite fille tout d'abord
que vous avez décidé d'avoir seule et puis
un petit garçon âgé aujourd'hui de deux mois
qui est lui né avec votre compagnon
on va y revenir évidemment dans un instant avec
François de Cinglis également. Bienvenue à vous, vous êtes sociologue
professeur émérite à l'université Paris-Cité
et spécialiste en sociologie de la famille
et du couple, de l'éducation, de l'enfance et de l'adolescence
ainsi que des rapports de genre.
Vous êtes l'auteur de Sociologie
des familles contemporaines disponible aux éditions
Armand Colin. Je me tourne tout de suite vers vous pour
commencer puisque le nombre de familles monoparentales
en France a doublé depuis 1990
passant de 12 à 25% des familles
autrement dit, je l'ai dit en présentation de cette émission
un quart des familles françaises d'aujourd'hui
sont des familles monoparentales. Comment en est-on arrivé là ?
C'est relativement simple
le divorce était interdit en France quasiment
de manière assez sévère on va dire
en tout cas pas par consentement mutuel
alors qu'il avait été autorisé au moment de la révolution française
et très vite les conservateurs le suppriment
au 19ème, ne le rétablissent pas contrairement à ce qu'on lit des fois
et donc il faut attendre jusqu'à Ardesta
pour qu'en 75 il y ait donc
cette loi sur le divorce.
La fameuse réforme du divorce de Valéry Giscard d'Esta
qui, j'allais dire, va donc
rendre possible
quelque chose qui était déjà très souterrain
dans les vies des gens
c'est que amour et durée sont deux choses
qui ne sont pas nécessairement compatibles
et donc on va se voir se développer
des séparations, des divorces
donc la courbe monte
presque normalement sur le fond
mais quand on compare notamment les chiffres
il faut toujours au moins ne pas prendre ceux d'avant 70
parce qu'on se dit mais là il y a eu une tourmente et tout
oui il y a eu même une loi qui l'a autorisé
donc il ne faut pas oublier parce que c'est une grande réforme
de rendre possible
elle a des effets, on est là pour en discuter
qui ne sont pas nécessairement que positifs
mais c'est une réforme du point de vue
de l'existence au moins des adultes en termes d'individualisation
pouvoir dire oui à un moment donné
si on est dans le cadre du mariage
et pouvoir dire non ensuite
c'est quand même quelque chose d'important
85% des familles monoparentales sont constituées
d'une mère célibataire
pourquoi ce chiffre ?
c'est pareil, malheureusement
dans le système des représentations
de beaucoup d'entre nous
hommes et femmes
mais aussi des institutions
on pense que l'enfant, notamment le petit enfant
c'est plutôt maternel
théorie de l'attachement qui sont très dominantes en psychologie
c'est l'enfant, alors maintenant on brouille un tout petit peu
il reste au coeur de la république
quelque chose qui moi me choque à chaque fois
école maternelle
tant qu'il y aura une école maternelle
on nous dira tout ce qu'on veut sur l'égalité des genres
et c'est pipo, pourquoi ça serait la mère ?
c'est l'heure des mamans ?
même l'Etat, et là je m'adresse à la ministre
des réformes qui ne coûtent pas extrêmement cher
de marquer qu'en fait la place du père
je ne dis pas que les pères n'ont pas des responsabilités
bien évidemment, ils ne sont pas enthousiastes
on le voit dans le documentaire, ils sont courageux
je n'irai peut-être pas mercredi parce que je vais me fatiguer
mais il n'empêche qu'il faut absolument
aussi une volonté étatique
pas simplement des mesures financières
mais marquer que l'enfant peut être élevé
par un homme ou une femme
alors 79% pour continuer sur les chiffres
de ces familles monoparentales sont dues
à des séparations, c'est très majoritairement
la séparation du couple qui provoque la monoparentalité
il y a aussi, parce que ce que vous dites
est tout à fait juste, mais il y a aussi le fait que
les pères ne demandent pas la garde des enfants
c'est-à-dire que la plupart des demandes auprès des juges aux affaires familiales
sont des demandes consensuelles, il y a un accord entre les parents
il y a assez rarement de conflits
et donc dans l'écrasante majorité des cas
il y a une proportion de gardes alternées qui reste encore minoritaire
Les gardes alternées restent minoritaires aujourd'hui en France ?
Oui parce que ce n'est pas forcément facile à mettre en place une garde alternée
il faut avoir deux logements d'égale taille
pour les enfants soit à peu près, il ne faut pas habiter très loin
parfois pour des raisons professionnelles c'est compliqué
parfois un des parents est obligé d'aller travailler ailleurs
ce n'est pas forcément le plus simple et on voit que les gardes alternées
c'est plutôt des foyers un peu plus aisés
qui ont accès à la garde alternée ou qui la demandent
mais effectivement les demandes sont consensuelles
et la très grande majorité des pères séparés ne demandent pas
la garde principale de leurs enfants
donc le fait que plus de 80% des foyers sont des chefs de familles monoparentales
sont des femmes et sont des mères
c'est parce qu'il n'y a pas de demande paternelle
Vous avez vu ce documentaire, la situation de ces quelques femmes
et puis encore un autre chiffre, en 2019
il y avait 40% des pensions alimentaires
qui n'étaient pas payées régulièrement
à ces femmes. Aujourd'hui c'est un des points sur lesquels on a progressé ?
Oui effectivement
vous le dites justement et le documentaire le fait ressortir
il y a deux vulnérabilités dans les familles monoparentales
c'est la précarité et l'isolement et sur la précarité
comme grande majeure partie des familles monoparentales
c'est suite à des séparations
une des ressources c'est le paiement des prestations familiales
et la CAF a mis en place un dispositif
la Caisse des allocations familiales qui permet de se substituer
aux parents qui ne paient pas ces pensions alimentaires
pour assurer le maintien des ressources
pour le parent qui reste seul avec les enfants
donc ça progresse
parce que derrière il y a un travail aussi de médiation familiale
qui est mis en place par la CAF
pour faire en sorte de maintenir le lien entre les parents
et faire en sorte que la relation qui perdure, qu'elle soit financière
mais même dans les relations entre les deux parents, reste.
Cette structure de recouvrement s'appelle l'agence de recouvrement
et d'intermédiation des pensions alimentaires
elle date de janvier 2017, c'est relativement récent
autrement dit la prise en compte du phénomène
auquel nous faisons référence aujourd'hui est assez récente ?
Oui tout à fait, il est récent mais cela monte en puissance
depuis que j'ai pris mes fonctions, j'ai déjà eu deux rapports
provenant à la fois
de l'ancien gouvernement demandé par Gabriel Attal
et rendu par Xavier Iacovelli
et puis un rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat
avec Colombe Brossel et Béatrice Gosselin qui font des préconisations
et qui montrent que ce sujet c'est un sujet
aujourd'hui de société et c'est un sujet
qui commence à être pris en compte dans les politiques publiques
il y a encore beaucoup de choses à faire.
Solitude et précarité, c'est vrai que c'est le sentiment qui domine
après avoir vu ce film, François Tzingli ?
Moi ce qui m'a frappé dans le film
c'est justement que la solitude
on le sait, on peut être en bout de ligne
si on est pauvre, il n'y a plus de bus, il y a la probabilité
de pouvoir ressortir, totalement impossible et tout
moi je pense qu'il y a un sentiment de solitude
d'être trop plat en même temps, c'est-à-dire que moi ma frappée là
c'est, comme on dit, les charges mentales mais pas simplement mentales
c'est-à-dire l'étouffement du temps
là je pense que c'est
excusez-moi je veux dire, il n'y a pas que les ministres
les cabinets sont débordés, ces femmes
sont sans un temps pour soi
sur le fond, alors c'est aussi pour ça que
il faut voir, il y a toujours plusieurs évolutions en même temps
on est quand même dans un moment
heureux, où le féminisme
remonte et tout, et la revendication ancienne
d'avoir un temps pour soi
est plus forte que jamais, et là il y a une catégorie
de femmes principalement
dont c'est strictement impossible
même si les hommes ne font pas grand chose
là je vais faire un peu une petite plaisanterie
j'espère pas trop de mauvais goût
on voit que quand il n'est pas là, le simple fait
quand même, ça libère un tout petit peu de temps
même s'il n'a pas fait la vaisselle, il est quand même là
donc à un moment on peut s'abstenter une demi-heure
non mais des petites choses, là quand on est tout seul
et donc c'est une solitude
mais une solitude pleine
parce qu'elles sont remarquables
ces femmes parlent à leurs enfants de manière
pour moi, d'abord le premier sentiment
de solitude, c'est qu'il y a des gens qui ne parlent à personne
de la journée, personne souvent âgée
donc là on est dans un degré de
si elles travaillent, elles ont aussi parlé, etc
donc c'est un sentiment assez particulier
plutôt de
moi j'ai eu plutôt le sentiment
si le mot je regardais, c'était le sentiment d'écrasement
rien pour soi
d'où l'intérêt d'ailleurs de ces groupes de parole
qu'on a vu dans ce documentaire
et là on parle de la solitude bien entendu
peu de temps pour soi, pas assez de temps pour soi
et il se trouve que lorsqu'on regarde un tout petit peu
les chiffres dans le détail, moins on a d'argent
moins on a de temps pour soi
et c'est cette fameuse précarité qui tire par le bas réellement
ces femmes. C'est une spirale, alors c'est vrai que la question
du manque de temps, du manque de répit
parental, parce que tous les parents ont besoin de répit
mais les mères solo évidemment encore plus que les autres
et moi je trouve aussi que ce qui ressort beaucoup, c'est l'idée de la course d'obstacles
parce que moi sur le terrain, quand j'ai enquêté pour écrire mon livre
sur les mères solos. Peut-être dans votre situation personnelle d'ailleurs
le quotidien est quand même fait d'obstacles, c'est-à-dire
aller travailler, c'est compliqué quand on est mère solo
dans quelles conditions on travaille, à quels horaires on travaille
comment on fait garder les enfants quand le travail déborde
quelles sont les structures qui vont accueillir les enfants
comment on fait pour se loger, ça c'est une question cruciale
parce qu'on n'est pas prioritaire pour les logements sociaux
on n'a pas par exemple systématiquement d'allocations pour le logement
quand on est mère solo, ça dépend des revenus
donc ça c'est cette question-là aussi
on a la question de la pension alimentaire avec effectivement
un taux d'impayé qui est encore aujourd'hui de 30%
donc parfois l'obstacle c'est que tout simplement, on n'a pas d'argent
pour faire les courses, on est dans une situation de privation
on ne sait pas comment
si les transports publics sont en panne
on ne sait pas comment on va récupérer les enfants
parce qu'on n'a pas vraiment de filet de sécurité
on n'a pas de temps pour soi
on n'a généralement pas de chambre à soi, on dort dans le salon
bien souvent quand on est mère solo
et on accumule des choses qui font que la santé des mères solo est plutôt défaillante
ça aussi on l'a vu dans notre film
on perd pied rapidement
au travail c'est compliqué parce qu'on évolue difficilement
on ne prend pas en considération les familles
encore moins les familles monoparentales
c'est plutôt une accumulation de strates et de difficultés
qui fait qu'il faut réformer le système dans son intégralité
je l'ai dit dans votre présentation
votre premier enfant vous avez choisi de l'avoir toute seule
c'est un luxe d'avoir un enfant toute seule
il faut en avoir les moyens après avoir vu ce documentaire
ou alors vous êtes un brin masochiste
mais après avoir vu ce film on peut se poser la question
c'était une volonté très puissante
qui a présidé à tout ça
mais c'est vrai que ce n'était pas du tout simple
quand j'ai fait un enfant seul je ne me rendais pas compte des obstacles
que j'allais rencontrer au quotidien dans l'exercice de ma soloparentalité
très honnêtement
ça ne m'a pas empêchée de le faire
et j'aurais pu continuer comme ça des années si la vie n'avait pas changé
et là vous avez choisi de faire un second enfant cette fois avec un compagnon
ça vous a changé la vie ?
ça change tout, ça change absolument tout
encore faut-il qu'on ait un compagnon qui soit présent et qui fasse des choses
ce qui n'est encore pas le cas de tous les couples
mais oui j'ai vu la différence
le manque de répit, les difficultés qui s'amoncèlent
et le fait que la société est faite pour les couples
et donc d'un point de vue pour le logement
il y a énormément de difficultés quand on est solo
la question que tout le monde se pose
c'est en haut toutes les revendications
soit des associations, soit des fédérations
qui tentent de défendre ces familles monoparentales
à commencer par ces fameuses mamans solos
faut-il un statut spécifique aux parents isolés
qui déclencherait une priorité
pour le logement, pour l'accès au transport
pour tout ce qui vient d'être dit à l'instant
Est-ce que vous êtes favorable à ce type de statut aujourd'hui ?
Je suis favorable à ce qu'on reconnaisse la spécificité
des mamans dans 82%
des cas en situation de monoparentalité
pour simplifier leur vie, c'est vrai ce que vous dites
on voit bien que c'est parfois un parcours du combattant
pour accéder au droit, pour accéder au logement
pour pouvoir effectivement se voir payer
notamment la pension alimentaire
On n'a pas parlé aussi du temps partiel
que ces femmes choisissent le temps partiel
et des métiers
pour pouvoir s'occuper de leurs enfants
Oui, il y a un ensemble de sujets, de difficultés
quand on se retrouve seul avec peu de temps
parce que très occupé par la gestion quotidienne
de l'enfant ou des enfants bien évidemment
il faut pouvoir simplifier la vie des familles monoparentales
Donc vous n'êtes pas favorable à un statut spécifique
si j'ai bien compris, mais des mesures particulières
pour répondre à tel ou tel problème ?
Le statut pose souvent la question de la carte
de la famille monoparentale
C'est un sujet qui est complexe
parce qu'à partir de quel moment on est dans ce statut
de famille monoparentale et pour combien de temps
vous l'avez dit vous-même tout à l'heure
la situation de madame le prouve, ça évolue
c'est pas comme les familles nombreuses
où on a des enfants et c'est défini pour un temps déterminé
Là, en ce qui concerne la famille monoparentale
c'est beaucoup plus complexe, c'est pour ça que nous devons
avant tout travailler avec les organismes de logement
pour qu'il y ait de la simplification, faire en sorte
que les familles monoparentales, les mères qui se retrouvent seules
puissent tout de suite accéder à un logement
sans attendre le jugement, ça c'est une grosse revendication
des associations de familles monoparentales
créer des logements adaptés
je discute en ce moment avec ma collègue Valérie Léthard
ministre en charge du logement, pour trouver des solutions
voir des solutions de logements adaptés aux familles monoparentales
il y a des initiatives qui se créent, il y a des choses
qu'il faut porter pour aller plus loin
puis ensuite il faut simplifier aussi la fameuse formule
c'est ne le dites qu'une fois, c'est-à-dire que quand on accède à des droits
on développe une seule fois cette situation
et il n'y a pas besoin de redouire à chaque fois pour simplifier les démarches
donc il y a beaucoup de choses à faire, le problème d'une carte monoparentale
elle est en train d'être mise en oeuvre et expérimentée
à Paris, on va voir ce que donnent les retours de cette
expérimentation à échelle locale
il y a beaucoup de villes qui le font, qui mettent en place
des droits liés au statut de famille monoparentale
Est-ce que le langage qui vient d'être tenu en ce moment n'est pas celui
que vous avez entendu de la bouche d'autres ministres
qui sont passés par ce ministère
ou est-ce que le ton est un peu nouveau, la volonté politique
est-elle là aujourd'hui plus qu'hier
ou est-ce qu'il y a beaucoup d'engagement mais qu'il ne voit pas le jour
au final, comment voyez-vous les choses avec un peu de recul ?
Pour l'instant c'est un peu compliqué, c'est-à-dire que le sujet
a vraiment émergé depuis quelques mois
davantage dans la sphère politique notamment mais je dirais un peu
dans l'agora, c'est-à-dire qu'on en parle davantage
votre documentaire le prouve, c'est davantage
dans l'air du temps et effectivement
il y a eu, vous parliez du rapport
de Colombe-Bruxelles, vous parliez du rapport de Xavier Iacovelli
il y a eu des initiatives, il y a eu effectivement aussi
des députés notamment qui se sont
mobilisés pour proposer des choses et notamment
la question de la fiscalisation et de la défiscalisation
des pensions alimentaires. Il y a eu même une proposition
de loi, c'était en avril dernier, alors elle n'a pas été au bout
et pour cause, il y a eu une dissolution ensuite.
Une petite dissolution qui nous a occupés.
Non mais en revanche, il y a eu
là récemment un amendement sur la question de la fiscalisation
des pensions alimentaires qui fait que les personnes
qui perçoivent les pensions alimentaires, c'est pour vraiment simplifier
grossièrement, ce sont les mères et les personnes qui les versent
ce sont dans leur écrasante majorité des pères, ces femmes
donc ces mères sont taxées, payent des impôts
sur ce qui est considéré comme des revenus
sur ces pensions alimentaires
alors qu'elles sont déduites ces pensions du côté du débiteur
absolument, comme si c'était un don au resto du coeur
ou à une association caritative. Or il s'agit d'une contribution
à l'entretien, à l'éducation de l'enfant et non un revenu.
Cette situation qui est un peu unique en Europe
et qui fait de nous une exception culturelle notable
fait que c'est une demande
quand même de longue date des associations de la réformer et de faire en sorte
parce que certaines mères passent sur la tranche
supérieure d'imposition parce qu'elles payent des impôts
sur ces pensions, donc parfois certaines ne veulent pas
déclarer de pension parce qu'elles ne veulent pas payer d'impôt dessus
parce qu'elles y perdent ou alors perdent l'accès parfois
à des droits, des aides
et donc pour remédier à cette injustice
il a été demandé d'amender
et pour l'instant ça a été voté à l'Assemblée courte majorité
mais pour l'instant c'est reparti
dans les limbes politiques
je ne sais pas ce que compte faire le gouvernement sur ce sujet particulier
C'est une situation temporaire, vous l'avez dit tout à l'heure
le fait d'être maman solo
ou papa solo, il y a tout de même une quinzaine de %
de papa solo en France, une petite pensée pour eux
suite à ce documentaire tout de même
ces situations temporaires pour le sociologue que vous êtes
on l'intègre comment aujourd'hui ?
C'est inégal là aussi selon le milieu social
on ne sait pas si ça va être temporaire au moment où on y rentre
non mais je veux dire c'est pas
et puis je veux dire
l'objectif me semble-t-il
du point de vue des femmes
et des hommes
la plupart de mes travaux je les ai fait du point de vue des femmes
c'est pas nécessairement
d'en sortir non plus au sens
elles ne sont pas non plus obligées de recommencer
ça serait une mauvaise solution de dire vous avez qu'à vous remettre en couple
et puis comme ça nous on est tranquilles
on déchire votre carte
c'est quand même très majoritairement des femmes
qui demandent la séparation
elles le font pour des bonnes raisons, pas simplement des hommes qui les battent
mais sur des raisons de non reconnaissance, de non participation
d'hommes qui se sont endormis
il faut dire assez vite
après la rencontre
donc sur le fond
le problème n'est pas d'abord
le fait que ce soit une situation temporaire
pour moi ce qui est important dans le débat c'est de souligner
alors c'est sur-souligner
mais que la situation des femmes
même qui vivent avec un conjoint
quand on regarde les salaires, quand on regarde le nombre d'heures
quand on regarde d'où elles travaillent
alors c'est moins grave, c'est pas ce que je veux dire
mais d'une certaine façon les femmes chefs
des familles monoparentales
payent la situation d'infériorité sociale
de l'ensemble des femmes
et donc l'objectif aussi
des politiques familiales
c'est l'égalité homme-femme
et pas simplement traiter les catégories
et donc c'est le travail difficile de la ministre
mais il faut à la fois faire tout
ce qui est bien pour les familles monoparentales
mais aussi de penser
que si elles tombent
c'est parce qu'elles sont déjà sur le nombre de travail partiel
c'est pas pour les hommes, c'est d'abord pour les femmes
effectivement il y a un changement de société
mais ça prendra du temps et je pense qu'aujourd'hui
on a besoin de donner les moyens pour ces familles
on a quand même un enfant sur cinq qui vit dans une situation
de famille monoparentale et souvent
pour 40% c'est lié à la précarité familiale
donc il faut travailler
vous parliez Madame des mesures fiscales
effectivement c'est un enjeu et nous devons remettre à plat
toutes les mesures socio-fiscales concernant les familles monoparentales
j'entends les mesures qui ont été adoptées à l'Assemblée nationale
de défiscalisation mais en fait ça ne permet pas
d'assurer une vraie sécurité pour tout le monde
parce qu'aujourd'hui et c'est ce que nous dit la CAF avec
la RIPA sur la médiation des pensions alimentaires
c'est que leur gros sujet ce sont les pères qui deviennent insolvables
et qui sont eux-mêmes en précarité donc aujourd'hui elles ont un gros travail
à mener avec les pères pour assurer la solvabilité des pères
il y a un sujet mais il faut qu'on le voit plus largement
et nous allons engager ce travail de mise à plat
des mesures socio-fiscales pour les familles monoparentales
dans le cadre du versement des pensions alimentaires
et pour revenir sur l'égalité
père-mère, alors c'est vrai que les chiffres sont marquants
c'est 82% des femmes qui sont en situation de monoparentalité
donc 18% d'hommes
néanmoins on doit travailler très en amont et ça c'est aussi un engagement
sur la coparentalité, je pense qu'il faut sensibiliser
très tôt les pères au fait que même s'il y a une rupture
dans le couple, il ne doit pas y avoir de rupture
avec les enfants et qu'ils resteront pères au-delà
de la séparation familiale. Parce que c'est encore trop souvent
le cas aujourd'hui. Oui, souvent c'est le cas, alors il faut travailler
avec les pères, il faut aussi travailler avec les mères pour que
la rupture du lien parental ne porte pas atteinte
à la rupture du lien entre parent-enfant
Et c'est pour ça que cesser de dire que la pension
est un don, ça serait déjà une bonne manière
de les responsabiliser. En France on a le problème
de l'autorité parentale conjointe après la séparation
alors elle est faite pour de bonnes raisons comme vient de rappeler
à juste titre madame la ministre. Moi ce qui m'a frappé
et qui me pose question, j'ai trouvé vraiment ce documentaire
remarquable, c'est quand même il y a une des femmes qui dit
à la limite il fait
20 minutes de temps en temps quand elle n'est pas fatiguée et tout
et puis il aurait le droit de prendre les grandes décisions
au même titre que moi. Et c'est quand même une vraie
question aussi. Si on fait 80%
du boulot, pas 80% des
femmes chefs, mais 80%, 90%,
95% du travail
et que sur le fond l'autorité parentale est
officiellement au moins pour les grandes décisions égales
ça recrée une inégalité. Je n'ai pas
de réponse mais cette femme a trouvé ça
quand même très injuste. Vous en avez une réponse sur ce sujet ?
Non mais il y a une réponse notamment en termes de responsabilité
aussi. C'est un enjeu parce qu'aujourd'hui la responsabilité
quand il y a des actes qui sont commis par les enfants
sont surtout ceux du parent qui a la garde de l'enfant. Or l'autre
il intervient aussi dans l'éducation de l'enfant, l'autre parent
et donc il doit avoir aussi une responsabilité partagée. C'est un
des enjeux sur lesquels on est en train de travailler
et je crois que la proposition de loi de Gabriel Attal
sur ce sujet là interviendra
pour rétablir ce partage
de responsabilités. Vous êtes
dans le cadre d'une famille recomposée aujourd'hui ?
Ou encore un peu maman solo
et un peu avec votre compagnon
pour éduquer votre deuxième enfant. Vous êtes dans quelle situation aujourd'hui ?
Je ne sais même pas comment la décrire, je ne sais pas comment vous décririez
cette situation. Parce que mon compagnon n'avait pas d'enfant.
Donc ce n'est pas tout à fait recomposé dans le sens où il n'y a pas deux familles
c'est ma famille qui s'est considérablement
agrandie. Mais on reste quand même
mère solo. Déjà la relation que vous avez avec votre
enfant reste quand même très particulière.
Moi j'ai beaucoup vu ça chez les enfants de mère solo
et on le voit dans le film aussi la relation est très
singulière. Donc je crois qu'on le reste quand même quelque part à vie.
Vous avez d'autres exemples en Europe
où la politique a été complètement différente ou évolue
radicalement différente qu'en France, en Europe
où toutes les mamans solo subissent
les mêmes choses ?
Toutes les mamans solo subissent les mêmes choses en général parce que
ce sont des situations qui sont quand même aussi
effectivement assez récentes.
Ah oui c'est ce qu'on a vu dans les chiffres.
Absolument. Et ça fait
que les politiques publiques où qu'elles soient
ont quand même du mal à percevoir ce phénomène dans sa globalité
dans ce que ça veut dire de la recomposition
des familles. Il y a aussi la question de la soloparentalité par choix
c'est-à-dire qu'aujourd'hui la PMA est ouverte aux femmes célibataires.
Quel était votre cas ? Rappelons-le. Oui, à peu près.
C'est encore un peu différent mais en tout cas c'est dans un
contexte de soloparentalité par choix ça c'est certain
mais pas un contexte de PMA. En tout cas
ces familles-là existent et c'est
comme si on n'avait pas encore pris la mesure
de tout le panel
des familles. On peut parler aussi des beaux-parents
par exemple, c'est la même chose.
Je noterais quand même quelque chose d'optimiste par rapport
que j'ai l'ancienneté, j'ai commencé la sociologie de la famille en 1970
Vous avez ce privilège.
Non mais j'ai vu la naissance de la famille monoparentale
parce que, par exemple, les familles avec veuvage
n'apportaient pas ce nom. Allocation orphelin
1970 sous Pompidou, je m'en rappelle.
Donc c'est des histoires.
Et ce qu'il faut dire, y compris dans les années encore
90-95, il y avait quelque chose
qui a quand même en partie disparu
dans le documentaire et que je salue et qu'il faut dire
qui n'est pas un progrès du point de vue des politiques
mais un progrès du point de vue des représentations
c'est que, avec ambiguïté, ce que je vais dire
c'est plus compliqué, mais c'était qu'à l'époque
le problème central des familles monoparentales
notamment dans plein de livres de psy
de psychanalystes, c'est justement
ils ont une relation fusionnelle
il manque absolument l'autorité du père
la loi du père de Lacan
tout le temps, tous les jours, moi j'en mangeais
c'était au centre. Alors aujourd'hui
il y a des couples lesbiennes
il y a eu heureusement un peu de distance
donc la stigmatisation psychologique
demeure, mais elle s'est légèrement desserrée
par rapport aux années y compris 90-95
qui a été le maximum
parce qu'il faut que tout change en même temps
il faut que les politiques changent, que les hommes changent
je pense que le rythme des hommes
est assez lent dans le changement
si on prend en compte l'histoire de la famille
c'est totalement incroyable, et quand même
les logiques de savoir, puisque je parlais
de la psychologie et de la psychanalyse
sont quand même plus discrètes sur la stigmatisation
donc il y a aussi une diminution quand même
un petit peu.
Moi je crois que c'est évidemment avant tout
de diversifier les modes de garde pour faire en sorte
que les mamans de solo puissent avoir du temps de répit
pour pouvoir travailler dans des bonnes conditions
et avoir du temps aussi pour penser à elles
et pouvoir avoir des moments
où elles peuvent se consacrer
à leur bien-être et à leur épanouissement.
5 ans et 6 mois, c'est le temps qu'il faut à une femme en moyenne
pour retrouver un compagnon ou une compagne
et en tout cas sortir de ce statut, avec plein de guillemets bien sûr
de maman solo, contre 4 ans et 2 mois pour un homme
donc c'est plus court pour les hommes.
Un grand merci vraiment à tous les trois d'avoir participé aujourd'hui
à cette émission consacrée justement aux mamans solo
après ce documentaire exclusif que nous avions la chance
de vous présenter dans cette émission DébatDoc.
Vos réactions, ça sera sur le hashtag DébatDoc tout simplement.
Nos invités sont d'ailleurs là, je l'espère, pour réagir
à ce que sont ces réactions. Merci à Félicité Gavaldar
Victoria Bellé, qui comme à l'accoutumée m'a aidée à préparer cette émission.
Je vous donne rendez-vous pour un prochain DébatDoc
et ça sera bien entendu avec son documentaire et son débat.
A très bientôt.