La population des pays riches vit de plus en plus longtemps en moyenne, mais nous manquons de repères sur ce que pourrait être une vieillesse heureuse. Au contraire, elle est bien souvent considérée comme une pathologie. Alors, peut-on faire autre chose dans nos vieilles années qu'attendre la mort ? Peuvent-elles, même, rester une aventure ? Nous en parlons avec Marie de Hennezel.
Mots clé : Et si avancer dans l'âge était un nouveau voyage ? Depuis plus de quinze ans, la psychologue clinicienne Marie de Hennezel nous montre comment vieillir peut être une aventure heureuse et profonde et avancer dans l’âge un accomplissement. Mais comment faire pour vivre ainsi le grand âge ? Ce livre dessine de façon concrète un chemin pour nous apprendre à développer notre curiosité d'esprit, explorer notre intériorité et nous ouvrir à des émotions nouvelles. Découvrez une nouvelle occasion d’approfondir votre vie intérieure et trouvez une nouvelle forme de sérénité.
Vieillir peut être vu autrement que comme une pathologie.
C'est même crucial de le dire autrement.
C'est crucial.
Quand quelqu'un me dit, pour moi, vieillir, c'est revisiter ma maison,
les pièces de ma maison que je ne connais pas.
C'est chacun d'entre nous.
En avançant en âge, on découvre de nous-mêmes des choses que nous ignorons.
Parce que dans la première partie de la vie,
on a exploré certaines pièces qui étaient nécessaires à nos choix de vie,
à notre manière de vivre.
Mais beaucoup d'autres pièces, nous ne les connaissons pas.
Elles sont là.
Et j'aime beaucoup cette expression de revisiter ma maison.
C'est qui suis-je vraiment ?
Les gens découvrent qui ils sont.
Bonjour, bienvenue dans Dialogue.
Vieillir peut devenir une aventure spirituelle.
Vous êtes sans doute un peu surpris,
parce que c'est pas du tout comme ça qu'on parle du vieillissement.
Mais vraiment, écoutez ce que nous dit Marie de Haenzel
dans cet épisode de Dialogue.
Vous allez voir, c'est surprenant, convaincant et même extraordinaire.
Il est temps de comprendre toute cette dimension existentielle fondamentale
qui ne s'arrête pas avec les années qui viennent.
Vous allez voir, c'est une formidable leçon d'amour et d'humanité.
Et c'est sur Dialogue.
Bonjour Marie.
Bonjour Fabrice.
En quoi vieillir peut être une aventure ?
Vivre est une aventure, déjà.
Mais vieillir, comme c'est continuer à vivre, ça reste une aventure.
Sauf que pour beaucoup de gens, vieillir, c'est la fin de quelque chose.
Ce n'est plus intéressant.
C'est affreux, c'est terrible.
C'est affreux, c'est terrible, c'est tout ce qui est intéressant est derrière.
Et donc, j'ai malheureusement beaucoup trop de gens,
et la société ne nous y aide pas.
Elle va dans ce sens-là.
On a l'impression que c'est un désastre.
C'est une fermeture.
Alors, le voir comme une aventure,
c'est au contraire, je dirais, mettre l'accent sur le nouveau.
Parce que ce qui est très intéressant dans le fait de vieillir,
bien sûr, c'est le paradoxe, on va perdre des choses.
Mais d'autres choses ont arrivé.
Et si on est fixé sur l'ouverture au nouveau,
si on voit le fait de vieillir comme la découverte
de choses que l'on ne connaissait pas,
l'approfondissement aussi de choses qui étaient peut-être là,
mais qu'on vivait un peu à la surface,
on vivait un peu à la surface de tout,
eh bien, on se dit qu'il y a vraiment quelque chose d'intéressant.
Il y a trois mots que j'aime beaucoup quand je parle de l'aventure.
Je dis que c'est une aventure qui peut être heureuse, intéressante et féconde.
Les trois mots.
Pour ça, effectivement, il faut se débarrasser
de toute cette sémantique épouvantable
qui est collée au mot vieillir.
– Peut-être qu'on peut rappeler ton parcours et d'où tu parles.
Tu es engagé depuis de très nombreuses années
à réfléchir à cette question, à faire des ateliers
pour aider les personnes à comprendre en quoi vieillir peut-être une aventure.
Est-ce que tu peux essayer de présenter ton parcours
qui te donne un savoir sur cette question ?
– Il faut dire qu'au début, quand je suis arrivée à l'âge de 60 ans,
j'ai eu un moment de dépression.
J'ai eu une vraie dépression.
Tout un été, je voulais écrire sur le fait de vieillir
et je me suis dit que je n'y arriverais jamais.
Tout ce que je lisais, justement, était tellement décourageant.
Et puis, j'ai eu une expérience en Camargue
où j'étais à cheval et mon cheval est tombé dans un trou plein de boue
et que finalement, j'ai demandé à ce cheval de me tirer de là.
Je me suis accrochée à la selle et finalement, il m'a sortie de là
sans que je tombe.
Et je me suis dit le soir, pourquoi est-ce que cette histoire m'est arrivée ?
Je me suis dit que si ça avait été un rêve, par exemple,
je l'aurais interprété comme ça en disant
que le trou, c'est la dépression.
J'étais tombée dans un trou.
Le cheval, dans les rêves, pour Jung, c'est l'énergie vitale,
c'est le conatus de Spinoza, ce qu'il nous pousse en avant.
Et je me dis, mais au fond, cette histoire me montre
que si je fais confiance à mon cheval intérieur,
donc mon énergie vitale intérieure,
mais spirituelle puisqu'il était blanc, le cheval,
eh bien, je vais pouvoir sortir de cette dépression
et aller de l'avant.
C'est parti de là.
Je me suis dit, il faut voir le vieillissement autrement
que comme la tomber dans un trou.
Il faut absolument aller de l'avant.
Et c'est là que j'ai commencé à interviewer des gens
de plus de 90 ans, certains connus comme Stéphane Essel,
Sir Emmanuel, d'autres moins connus aussi,
qui me semblaient radieux,
vraiment des gens qui étaient intéressants,
qui semblaient heureux.
Et je me suis dit, ils ont des clés.
J'ai commencé par les interviewer.
Et puis ensuite, justement, j'ai mis en place
ces séminaires sur l'art de vieillir
avec des personnes de mon âge, à la retraite,
60 ans et plus, pour que nous en parlions ensemble.
C'est-à-dire que je n'avais pas à savoir
que les autres n'avaient pas.
On était tous dans le même bateau.
On a peur de vieillir.
Et on s'est dit, mais les très anciens,
qui sont heureux, qui vivent justement l'aventure,
ils ont des clés.
Eh bien, discutons-en ensemble,
voyons ce que nous pouvons faire.
Donc on a commencé comme ça.
Et puis ensuite, un peu plus tard,
j'ai été appelée pour des groupes de parole
avec des personnes beaucoup plus âgées,
de 80 à 100 ans,
qui étaient dans des résidences-services
sur l'aventure de vieillir.
Là aussi, j'ai proposé une série de rencontres
sur des thèmes.
Et je me suis rendue compte que des gens
de plus de 80 ans pouvaient effectivement
vivre une vieillesse intéressante,
heureuse, féconde.
Et c'est tout ce que j'ai entendu
toutes ces années-là,
qui sont rassemblés finalement dans ce livre.
Tu montres bien la radicalité de ce propos,
parce que personne ne parle de ça.
Non seulement il y a la vision négative,
mais même, tu rappelles,
que quand le ministère de la Santé
a lancé le plan Bien vieillir en 2003,
il parle de bien s'alimenter,
de bouger, de rester en lien,
mais absolument pas
de la dimension existentielle,
psychologique, spirituelle.
Mais c'est frappant,
on pourrait même élargir.
C'est presque l'enjeu
de tout ce que je fais sur ma chaîne,
les gens que je rencontre,
c'est que la dimension existentielle de base,
psychologique, spirituelle, comme on veut,
est quasiment absente
de nos discours,
ce qui témoigne quand même
d'une grande pauvreté.
C'est très dur, en fait, pour nous.
Les gens ne se rendent pas compte
à quel point ils sont malheureux
parce qu'ils sont coupés de cette dimension de la vie.
Oui, d'ailleurs on dit, pour bien vieillir,
on me dit souvent,
mais vous savez bien Mme de Haendel,
il faut avoir de l'argent, il faut être riche
et en bonne santé.
Bien sûr, ça aide,
mais pour bien vieillir,
c'est un état d'esprit.
Et moi, je connais des gens qui n'ont pas de moyens,
ou de très faibles moyens,
qui sont des gens,
quelquefois, qui ont des handicaps,
mais ils ont un état d'esprit,
justement. Ils ont un état d'esprit
qui fait qu'ils vivent
leur vieillir
comme une chance.
On connaît plein de gens qui ont plein d'argent,
qui sont en bonne santé, et qui sont tout le temps
en train de râler,
parce qu'ils sont vieillis,
et qui vivent un enfer.
Et ça, ça montre bien
que notre société,
qui est une société très matérialiste,
dans laquelle, pour être heureux, il faut avoir
de l'argent et avoir la santé.
Il y a toute cette dimension
de l'esprit.
Je dis que c'est un état d'esprit.
C'est l'esprit, tu as raison. On oublie l'esprit.
Il y a autre chose qui m'a beaucoup frappé
dans ton livre, qui m'a beaucoup réjoui.
Mais là aussi, parce que c'est un de mes grands
engagements,
c'est de montrer aussi le danger
d'une certaine psychologisation.
Il y a une psychologisation, tu dis,
qui pathologise la vieillesse.
Beaucoup de psychologues, leur rôle,
ce n'est pas du tout
d'inviter
à ce travail d'engagement,
de réflexion existentielle.
On voit bien, moi, je trouve que beaucoup
de psychologues, aujourd'hui,
sont coupés
de la dimension existentielle.
Et la psychologie coupée de la dimension existentielle,
ça nous empoisonne.
Et tu montres très bien que la plupart du temps...
Et ce n'est pas
les personnes qu'on met en cause. Il y a plein de psychologues
qui travaillent dans des EHPAD et des choses comme ça,
qui sont juste démunis. Mais ce qu'on leur apprend,
ils ne se rendent pas compte, ce n'est pas aidant.
Est-ce que tu peux essayer d'expliciter
ce paradoxe
important ?
Justement, les
psychologues, aussi, quand on fait appel
à elles, souvent,
c'est vrai que c'est dans
les EHPAD, c'est
avec une population qui est
souvent
qui a une pathologie.
Elles sont habituées à pathologiser la vieillesse.
Je ne dis pas qu'il n'y ait pas
une vieillesse pathologique.
Il y a des gens qui souffrent, bien sûr.
Mais ces psychologues,
elles n'ont
absolument pas cette notion
que vieillir
peut être vu
autrement que comme une pathologie.
C'est même crucial de le vivre autrement.
C'est horrible
d'être une personne âgée,
et d'être juste renvoyée
au fait que
nos angoisses, nos peurs sont pathologiques
alors qu'elles sont existentielles,
qu'elles sont une invitation
à se poser des questions, à être entendues
sans être jugées,
sans penser qu'on a un problème,
que la peur de mourir,
qu'elle a tout âge,
mais qu'elle peut être plus forte quand on vieillit,
doit être entendue, écoutée,
qu'elle n'ait pas eu de maladie, qu'elle a...
Oui.
Et c'est vrai que
peut-être que
dans le travail que je fais avec elles, parce que je les forme aussi
à ce parcours,
l'aventure, je leur montre
que ce qui est intéressant,
c'est d'écouter les personnes,
ce qu'elles disent,
et de les orienter vers
ce qu'elles peuvent vivre, justement,
d'intéressants,
d'heureux, quelles sont les choses qu'elles
découvrent, parce que cette notion
que vieillir est une découverte
amène une découverte,
c'est quelque chose dont on ne parle jamais.
Quand on voit quelqu'un d'âgé,
on peut lui demander qu'est-ce qui ne va pas,
lui parler de ses problèmes, évidemment,
de douleurs physiques et tout ça,
qu'est-ce que tu découvres ? Moi je sais que
quand je pose cette question-là,
on est étonné de ce que les gens
ont à dire et qu'on ne leur a jamais demandé.
Qu'est-ce que tu découvres ?
Quand quelqu'un me dit
pour moi vieillir c'est
revisiter ma maison,
les pièces de ma maison
que je ne connais pas.
Chacun d'entre nous, en avançant
en âge, on découvre de nous-mêmes
des choses que nous ignorons,
parce que dans la première partie de la vie,
on a
exploré certaines pièces
qui étaient nécessaires
à nos choix de vie,
à notre manière de vivre,
mais beaucoup d'autres pièces,
nous ne les connaissons pas,
elles sont là, et j'aime beaucoup cette expression
de revisiter ma maison.
C'est qui suis-je
vraiment ?
Les gens découvrent
qui ils sont. Dans le travail
que tu proposes, il y a ce questionnement,
qu'est-ce qu'on découvre,
il y a aussi un autre aspect
très important, que tu abordes
avec beaucoup de précision,
c'est que pour entrer dans l'aventure
de vieillir, il faut pouvoir regarder
ses peurs en face,
pouvoir
rencontrer nos peurs.
Il y a plein de peurs qui sont liées
au fait de vieillir, et ce n'est pas
en les fuyant ou en s'en voulant
qu'on va réussir
à les dépasser.
Bien sûr, il faut les
affronter, elles sont
dans les groupes, il faut d'abord
les identifier, tout le monde n'a pas les mêmes
peurs. Quelles sont les principales peurs ?
Je peux dire que dans notre société,
en gros, il y a
la peur de perdre son autonomie,
surtout que moi, j'appartiens
à une génération qui s'est construite
sur l'autonomie,
donc perdre son autonomie, c'est la grande
peur, donc évidemment la peur
de la maladie, la peur de la mort,
aussi, ça c'est grande peur.
Ensuite, il y a aussi
la peur de la solitude,
la peur
de terminer sa vie
dans un établissement
que l'on n'aura pas choisi,
au fond, d'être placé comme un objet
dans un lieu.
Ça,
ce sont les peurs, les grandes peurs.
Moi, je travaille
à trois niveaux, identifier ces peurs,
ensuite,
qu'est-ce qu'on peut faire en termes de prévention ?
Qu'est-ce que je peux faire pour
essayer d'éviter
de me retrouver dans la situation qui me fait peur ?
Donc là, il y a beaucoup
de choses à faire en termes de prévention.
Et puis, si jamais ça m'arrive,
parce que nous ne contrôlons
pas tout, et nous pouvons
tout faire, par exemple, pour ne pas
perdre notre autonomie,
et puis, malgré tout, la perdre,
parce qu'on a un accident,
parce que...
Et là, je veux dire,
si on est dans cette situation,
sur quelles ressources
internes est-ce que je peux m'appuyer
pour que ça ne soit pas une catastrophe ?
Et là, c'est très intéressant
ce que les gens disent.
C'est-à-dire que
ils ont quelquefois
fait l'expérience aussi de quelque chose
qui leur arrivait, qu'ils se
rendent compte, c'est d'abord que
les épreuves que l'on vit,
quand on les traverse,
on découvre en soi des choses
qu'on ignorait, une force,
une force interne,
une force psychique,
on découvre aussi
quelquefois des
manières de s'apaiser
que l'on ne connaissait pas avant.
C'est paradoxal ce que tu dis, parce que pour la plupart des gens,
si je regarde la peur de
mourir, d'être dépendant, ça va me plomber.
Donc autant être positif
et ne pas regarder ça. Et toi, tu nous montres
le contraire, que les peurs
qu'on met dans le placard vont nous revenir,
et en plus, elles vont revenir quand on est le plus fragile,
et qu'on ne saura pas les affronter.
Donc regarder nos peurs aujourd'hui,
ce n'est pas du tout un acte
de faiblesse qui va nous plomber, au contraire,
c'est la seule manière de découvrir nos forces,
comme tu viens de le dire.
Et par exemple, la peur de mourir,
comme on va tous mourir, ça ne sert à rien
de mettre ça dans un placard.
C'est regarder le fait que
je suis mortel. On sait que dans toutes
les traditions, quelles qu'elles soient,
le fait de considérer que l'on est
mortel permet de mieux
sentir ce qui est important et l'essentiel
de ma vie.
On l'a bien vu pendant le confinement,
à quel point les personnes âgées qui
avaient cru mourir ou se retrouvaient
en réa, ont dit
que cette menace de la mort
nous a fait prendre conscience
de ce qui était essentiel pour nous.
Et si j'en réchappe,
s'il me reste encore du temps à vivre, qu'est-ce que j'ai envie
d'en faire de ce temps-là ?
Donc, affronter
effectivement la question, c'est au contraire
être beaucoup plus fort,
puisqu'on va mettre toute l'énergie
que l'on a au service
de ce que l'on a encore
envie de vivre.
On va vraiment aller à l'essentiel.
Donc ça, c'est par exemple
cette peur de... Et puis,
dans la peur de perdre son autonomie,
moi je trouve très intéressant que des...
C'est pas venu de moi,
de gens dans les groupes qui disent
à un moment donné, j'ai perdu un peu mon
autonomie, et bien je me suis rendu compte
que s'abandonner
aux mains des autres, et bien
c'est une expérience de vie
dans laquelle on va peut-être
avoir des rencontres,
vraiment des rencontres de regard,
des rencontres dans le seul fait de
remercier quelqu'un, il y a quelque chose
qui se passe. Et moi, c'est
une expérience que j'ai faite aussi, à un moment donné
j'ai eu tellement mal au dos, je me
souviens que j'ai été obligée de
demander de l'aide sans arrêt.
De l'aide pour marcher, de l'aide
pour porter. Et je me suis rendu
compte que demander de l'aide,
et bien c'était une...
On établit une relation avec quelqu'un.
Un inconnu, que
peut-être cinq minutes après on ne verra plus,
mais ce regard,
cet échange de parole,
les gens me disent, mais oui,
on découvre quelque chose.
Nous sommes tellement...
Nous sommes tellement dans...
Je dirais, dans ce contrôle
nous ne voulons pas
du tout avoir besoin de qui que ce soit.
Ça c'est notre monde.
Mais avoir besoin de l'autre,
c'est une expérience humaine
très intéressante
quand on entend les gens en parler.
Donc ça c'est un des grands axes.
Donc on a vu
voir qu'est-ce qu'on découvre
quand on y vit, affronter
nos peurs. Je dirais le troisième
grand axe de
ton livre, c'est
trouver
une sécurité intérieure, trouver
une sécurité de base.
Trouver...
Tu en parles de plein de manières
différentes, mais...
Trouver la paix de l'esprit,
trouver une sécurité de base, oui.
Bien sûr.
Donc il y a plusieurs axes. Tu l'abordes par plusieurs axes.
Tu l'abordes par
l'approche de l'attachement.
Tu l'abordes... On va y revenir.
Tu l'abordes
par l'autonomie
auquel tu as été formé.
Peut-être qu'on peut juste parler
en général, pourquoi c'est
important, justement, qu'on vive.
Découvrir qu'on peut trouver
une sécurité profonde,
une sécurité en soi,
qui n'est pas juste abstraite,
qui est très concrète, qui est très
corporelle, qui est très solide.
Et que ce travail, on peut le faire à n'importe quel âge,
même très âgé, on peut
apprendre ça, ça s'apprend.
À n'importe quel âge,
on peut apprendre ça et que c'est vraiment important
d'apprendre à trouver
cette sécurité
de base.
Il y a deux exercices que je propose
dans mes séminaires et
aussi dans ce parcours,
l'aventure de vieillir. Il y en a un
qui s'appelle
identifier son lieu sûr.
Dans notre vie,
chacun d'entre nous,
nous avons connu un moment donné
de notre vie, un moment où nous nous sommes
sentis en parfaite sécurité.
Ça peut appartenir à l'enfance,
ça peut être lié à une personne,
ça peut être lié à un lieu,
à une maison, ça peut être
lié au présent, ça peut être
quelque chose qui existe là,
dans ma vie présente,
et identifier ce moment.
Ça peut être un moment
très court pour certains,
alors on peut en avoir plusieurs, bien sûr,
mais identifier un lieu sûr
et
le présenter à quelqu'un parce que c'est
une manière, en présentant
le lieu, ce que l'on
éprouve, c'est une manière
de faire revenir
cette sensation de sécurité, de bien-être
que l'on a éprouvé à un moment donné.
Et de sentir que puisque
notre peau a une mémoire,
ces émotions
que nous avons eues,
cette sensation, elle est inscrite
en nous. Et donc on peut
faire appel à ce souvenir
et sentir
vraiment, à l'intérieur de soi,
cette
sécurité. Ça, je trouve
ça extrêmement
intéressant comme exercice.
C'est très simple et très
déconcertant parce que
on découvre que même si
j'ai peur, même si je suis perdu,
même si j'ai des difficultés, il y a en moi
ce souvenir, mon corps
se souvient de cette expérience
sécure. Et ce que j'aime
beaucoup dans cet exercice, et qu'on voit bien,
ce n'est pas juste un truc psychologique,
c'est quelque chose qui est incarné corporellement.
J'étais dans un lieu,
tu racontes à un moment,
tu étais dans le désert, tu t'es mise
toute seule dans le désert, tu es éloignée
du groupe, tu t'es allongée et
bizarrement, ça n'a pas de logique,
on se sent plus en sécurité,
mais tu as senti un moment de profonde sécurité
et juste en te souvenant de ce moment
dans le désert, allongée,
ça t'aide à ressentir
cette dimension sécure, ça t'aide
à te réancrer, et ça,
cette expérience-là, tout le monde peut le faire
et ça calme profondément,
ça apaise, puisque j'aime pas le mot
calme, mais ça apaise profondément.
Oui, donc ça c'est vraiment quelque chose
que tout le monde peut faire.
Et puis, il y a un exercice
que je fais faire, qui vient justement de ma
formation d'autonomie,
qui est que nous avons,
c'est toujours au niveau de la peau,
notre peau est l'organe de contact
et notre peau est capable de sentir
au-delà d'elle-même,
c'est-à-dire, là par exemple,
je peux sentir
ta présence, mais je peux sentir
je peux
m'étendre dans l'espace de la pièce,
je peux percevoir
la pièce autour de moi.
C'est un exercice
que Merleau-Ponty
a très très bien parlé de ça
quand il parle du
prolongement miraculeux du corps.
On peut sentir au-delà de
soi, nous avons cette capacité.
Mais souvent, nous ne l'utilisons
pas.
Comme on est coupé de notre corps, on est coupé de ça.
Nous avons eu comme point commun
d'avoir rencontré
Frans Velman tous les deux.
Et Frans Velman a été une des personnes
qui t'a initié à cette dimension-là.
Absolument.
On voit bien par exemple un orateur,
quand il est à l'intérieur
des frontières de sa peau,
il est à l'intérieur de lui-même et qu'il lit son texte,
on sent bien que ça ne passe pas.
S'il ouvre son
espace et qu'il parle vraiment
au public, là,
on sent bien ce que c'est que d'ouvrir sa
tente.
C'est quelque chose qui ne se voit
pas, mais qui se perçoit.
Tout à fait. Quand on ne connaît pas,
ça semble mystérieux, et pourtant,
tout le monde le sent.
En même temps, tout le monde le sent.
On voit bien quand on est centré sur soi
et quand notre
présence s'ouvre à l'espace.
Et bizarrement, quand notre présence s'ouvre à l'espace,
c'est ça que tu montres,
on retrouve ce sentiment d'attaisement.
C'est un paradoxe.
Les gens croient que pour se protéger,
ils doivent revenir
à l'intérieur de leur frontière,
de leur peau, et se replier
sur eux-mêmes. C'est faux.
Plus on se replie, plus on est vulnérable,
plus on s'ouvre,
et moins on est vulnérable.
C'est un vrai paradoxe.
Parce que quand
on s'ouvre, on est dans sa base,
on est vraiment dans sa base.
Il faut
s'ouvrir pour être en sécurité.
C'est extraordinaire.
J'encourage tout le monde
à
lire ton livre qui explique
ces deux exercices
qui permettent vraiment de voir
que trouver cette dimension sécure,
ne dépendant pas juste, comme on l'a dit,
de l'argent qu'on a
et tout ça, mais est quelque chose de
beaucoup plus originaire
et beaucoup plus profond.
Ça, c'est apprendre à devenir un bon compagnon
avec soi-même, comme tu le dis.
Oui.
Effectivement.
Être un bon compagnon pour soi-même,
c'est très important parce qu'en
vieillissant, il y a quelque chose
que l'on vit
de plus en plus, c'est la solitude.
Je ne parle pas de l'isolement
parce que l'isolement, c'est un poison.
Il faut absolument
lutter contre l'isolement.
Les personnes isolées ont beaucoup plus de risques,
par exemple, de perdre leur autonomie,
beaucoup plus de risques
de se déprimer,
de vivre une mauvaise vieillesse.
Il faut...
L'isolement, c'est un poison,
mais la solitude, c'est ontologique.
Elle est propre à l'être humain.
Nous sommes tous, en fait,
profondément seuls.
Même si nous sommes entourés.
Mais il y a une bonne solitude.
Il y a une solitude
même qui
peut être heureuse, dans laquelle
les gens se sentent bien.
Parce qu'ils sont au fond
en contact avec leur
être profond.
Quand on est un bon compagnon pour soi-même,
c'est-à-dire qu'on est bien avec soi-même,
donc on n'est pas obligé
de combler
sa solitude
en allant voir quelqu'un,
ou en téléphonant.
On est bien avec soi-même,
avec son être,
avec sa pensée, son imaginaire aussi.
Je vois des personnes
qui sont assises comme ça.
Elles rêvassent
et on leur demande
si ça va bien. Mais oui, je suis bien.
Je suis bien seule.
Là, j'ai toutes mes pensées.
Je suis...
C'est un...
Et on va leur coller la télévision
d'office, par exemple,
dans les champs d'Ehpad, pour les distraire.
En leur disant, mais non,
c'est pas bien d'être seule dans vos pensées.
Et les personnes ne veulent pas.
Elles veulent qu'on respecte
cela.
C'est la même chose, d'ailleurs, pour les enfants.
Un enfant
qui est seul sur une chaise
et qui rêvasse, on va lui dire
c'est pas normal. On va lui donner une tablette.
On va lui dire, va jouer avec des copains.
On ne respecte pas
le besoin de solitude
que l'on a tous.
Et qui ne veut pas dire
qu'on soit isolé. Parce qu'on peut être
très bien vivre sa solitude et en même temps,
d'ailleurs, mieux on la vit
et plus on a de contacts,
en fait. Parce qu'une personne
qui assume sa solitude, c'est une personne
qui va plutôt attirer les autres.
Alors que la personne qui ne l'assume
pas, c'est une personne qui va
au contraire, les autres vont pas avoir trop
envie parce qu'elle
est
trop en demande, en fait.
Pour devenir un bon compagnon
avec soi-même, une autre
proposition que tu fais,
c'est d'être en paix avec son passé.
C'est d'essayer de revisiter son passé
et
comment on fait ça ?
C'est très important parce que
nous avons tous
des conflits,
d'anciens conflits.
On peut avoir des regrets, des remords, des rancunes,
de la culpabilité.
Ce sont des poisons.
Je crois qu'il faut
le plus tôt possible dans sa vie
essayer d'alléger le plus possible
des valises que l'on traîne derrière
soi.
Et il ne faut pas
attendre d'avoir 90 ans et plus
pour le faire parce que c'est trop tard.
Je dirais plutôt
même si vous avez 90 ans, vous pouvez toujours
essayer de vous libérer de certaines
valises. A chaque âge, on peut le faire.
Il y a des gens qui nous regardent qui ont 90 ans,
je ne voudrais pas qu'elles soient découragées
et qu'elles se disent, je peux encore
essayer de le faire.
Tu as raison.
Mais faisons-le dès qu'on peut.
Je pense qu'il faut essayer de le faire le plus tôt possible
parce que si on avançait
léger, c'est quand même une grande force
dans le vieillissement.
De ne pas avoir un passé
trop... d'être en paix avec son passé.
Il y a plein de gens qui ont 90 ans
qui nous regardent et on a envie
de leur dire, il n'y a pas d'âge pour s'alléger.
Parce que c'est quand même au fond le message
de ton livre.
Ça vaut vraiment la peine de profiter
du fait de vieillir pour s'alléger.
S'alléger, déjà,
c'est se mettre en paix.
Il y a beaucoup de façons
de le faire. On peut écrire,
on peut tout simplement...
Il y a la notion du pardon aussi
qui est une très belle notion.
C'est pas facile,
pardonner.
Si on essaye, on se rend compte que
ça apporte beaucoup de paix.
On se rend compte que ça allège
beaucoup. Il faut essayer.
Je n'ai pas de
recette
toute faite,
mais je remarque que les gens
qui ont écrit ou parlé
ou qui témoignent du pardon
disent tous que
ils ont
fait la démarche et ils se
rendent compte qu'il y a un poids qui s'en va.
Pardonner à qui ?
Pardonner à ceux qui nous ont fait du mal.
Pardonner...
Oui, d'abord
se pardonner à d'autres, évidemment.
Mais ça peut être aussi se pardonner
à soi-même.
Quelquefois, on se reproche
des tas de choses.
C'est pas facile de se pardonner à soi-même.
C'est très important.
C'est vrai que
dans les groupes, quand on en parle,
on se rend compte qu'il y a des gens qui disent
qu'ils
se rendent compte aussi que
parce qu'ils ont fait des erreurs,
ils sont aussi devenus qui ils sont.
Et au fond,
on peut se dire, oui, au fond,
j'ai fait des erreurs, mais
je suis la personne que je suis aujourd'hui.
Grâce à ça.
C'est-à-dire renverser
les choses, dire ça fait partie
de ma vie, ça fait partie des choses
par lesquelles je suis passée.
Et puis se dire aussi,
moi je crois aussi, que la vie,
elle vous offre quelquefois
une autre occasion
de faire ce qu'on n'a pas pu faire
dans un autre contexte,
autrement. Et que là aussi,
il faut avoir
cette confiance dans
la vie,
dans l'aventure, qui va nous
amener des choses.
Quelquefois, vous avez des gens qui font,
qui ont l'occasion
de vivre quelque chose
qu'ils ont raté plus jeune.
T'as un exemple, un souvenir ?
Par exemple,
je veux dire, dans le
champ amoureux, c'est assez intéressant de voir
des personnes qui se rendent compte
sur le tard à 80 ans
et qui réussissent
à vivre une forme
d'amour
beaucoup plus, je dirais,
beaucoup plus profonde
qu'ils n'ont pu le faire plus jeune
et qui se disent, bah oui, plus jeune,
j'ai pas su faire ce que je fais aujourd'hui.
C'est-à-dire, vraiment accepter
l'autre comme il est, prendre
ce que nous
vivons de bon ensemble,
ne pas projeter
des rêves impossibles.
Voilà, je veux dire, il y a des gens
qui découvrent sur le tard
des expériences
qui leur font du bien,
qui réparent aussi.
J'ai aussi l'exemple, je me souviens,
de cette aide-soignante qui n'avait
pas pu accompagner sa mère
en Espagne quand elle était morte
parce qu'elle ne voulait pas y aller
et qui, dans le service dans lequel
je travaillais, accueille
une Espagnole qui vient mourir
et qui se dit, tiens,
je vais faire pour elle ce que je n'ai pas pu faire
pour ma mère. Et qui
associe la pensée de sa mère
en lui disant, tout en faisant
les soins,
en l'amassant, lui passant de la crème
sur le visage, intérieurement,
elle dit à sa mère, c'est ça que
j'aurais aimé faire pour toi, mais je n'étais
pas mûre, je n'en étais pas capable
à l'époque. Mais là, je le fais
pour cette femme et pour toi aussi.
Et cette aide-soignante
m'a dit que ça l'avait complètement libérée.
Tu appelles ça aussi un moment
à se libérer des trois R.
Oui. Regret,
rancune, remords.
C'est ça, c'est alléger, c'est se libérer des trois R.
Et puis bien sûr,
c'est chercher
la paix de l'esprit, c'est aussi
chercher tout ce qui nous apporte
de la paix. Alors là, c'est très intéressant
aussi ce que les gens disent.
Bien sûr, ça peut être le contact
avec la nature, avec un animal,
une musique, mais on parle beaucoup
de la méditation.
C'est quelque chose
que des personnes
découvrent souvent.
Nous, dans le réseau,
cette communauté
de pratiquants, on s'est beaucoup
engagé à transmettre la méditation
aux personnes âgées, très âgées.
Et on est frappé de voir
à quel point même des gens très âgés,
on ne fait pas la même chose
que des gens plus jeunes. Et du reste,
tout l'engagement que j'ai, on ne transmet pas la méditation de la même manière
à un adolescent, à quelqu'un qui est
en train de faire un burnout, à une personne âgée.
Mais c'est très aidant pour des personnes
très âgées de pouvoir avoir
des moments de méditation.
Oui.
Et ça, c'est vraiment quelque chose qu'elles peuvent faire.
Qu'elles peuvent faire et
qui apporte énormément.
Et puis, il y a aussi quelque chose dont je parle
que j'aime bien aussi.
C'est venu d'une femme de 86 ans.
C'est les rituels
de gratitude. Le soir,
cette femme qui disait
« Moi, j'ai une pierre
sur ma commode que j'appelle la pierre
de gratitude. Je pose mes
mains dessus et tous les soirs,
je dis les motifs de gratitude
de la journée. » Des petites choses,
mais tout ce qui
suscite un merci.
Je le dis à haute voix.
Elle dit que depuis qu'elle fait ça, elle n'a plus d'insomnie.
C'est intéressant ça aussi.
Et dans le groupe, quand elle a raconté
ça, tous les autres ont décidé
de faire la même chose le soir.
Je trouve qu'il y a des trucs
comme ça que j'ai entendus
toutes ces dernières années qui sont
plein de sagesse finalement.
On ne va pas aborder
toutes les pistes que tu donnes parce que c'est vraiment
très précieux.
Comme tu l'as dit, c'est toutes les pistes
que toutes les personnes que tu as rencontrées
t'ont confiées. Mais le dernier
point dont je voulais parler, je trouve
intéressant, c'est
d'essayer de discerner le fil rouge
de sa vie.
Ça c'est
aussi très important, c'est vrai.
Le fil rouge de sa vie.
Ça vient
d'une parole de Michel Serres
qui disait
« Tu n'as plus désormais
à produire, mais à trouver
le vrai grain de ta vie. »
Au fond,
qu'est-ce qui a donné du sens à ma vie ?
Et chacun
a une réponse particulière
parce que nous sommes uniques tous.
Ma réponse ne sera pas
la tienne ni celle
d'autres personnes.
Qu'est-ce qui a donné du sens à ma vie ?
Ça oblige à une relecture
de sa vie
et d'essayer de voir
justement à travers
les joies mais
les épreuves et tout ce que l'on a fait
qu'est-ce qui a
vraiment donné du sens ?
Et de se
dire qu'au jour où je suis
aujourd'hui,
j'ai à le continuer ce fil.
J'ai à le continuer
puisque c'est au fond
moi j'appelle ça mon mandat céleste.
Je dirais
nous sommes là pour quelque chose.
Beaucoup de gens ne le savent pas
ou ne se sont pas posé la question
« Pourquoi je suis là ?
Qu'est-ce que je fais sur Terre ? »
Donc il y a un moment donné où
il faut se poser la question.
Est-ce que ça apaise ? Est-ce que ça permet de surmonter
les trois R ?
Ça apaise et puis ça permet aussi
de continuer parce que si
je me rends compte de ce qui a donné du sens
à ma vie, de ce que j'ai aimé faire
de ce
aussi pourquoi j'ai été
compétente et douée
parce que
chacun a ce que les japonais
appellent l'ikigai.
Si j'ai conscience
de ça, je me dis le temps
qu'il me reste à vivre, je dois
poursuivre ce fil-là,
l'enrichir, continuer.
Ça donne donc du sens
à la vieillesse
et même à la grande vieillesse.
Merci infiniment.
C'est un tel bonheur de t'entendre.
C'est vraiment
toujours un baume pour l'âme
de t'entendre. Merci beaucoup Marie.
Merci Fabrice.
Merci d'avoir suivi cet épisode du Dialogue.
On a parlé de la méditation.
Vous voulez vous initier à la méditation,
n'hésitez pas à regarder
ce que je propose
dans Rezo, cette communauté de méditants.
Nous proposons des tas de cours
en ligne, des possibilités
de pratiquer avec des enseignants.
C'est vraiment une approche
tout à fait vivante
de la pratique de la méditation.
Et moi, je vous dis
à dimanche prochain pour un nouvel épisode
de Dialogue. Je vous embrasse tous.