Beaux-parents : comment trouver sa place ? - La Maison des maternelles #LMDM

La Maison des Maternelles
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52 Vues de vidéo·11 janv. 2025
- H.Loussaief: Bonjour et bienvenue. Installez-vous.
Vous êtes psychologue clinicienne, enseignante
à l'université de Bordeaux.
Vous êtes aussi autrice.
Vous venez nous présenter "Belle-mère, beau-père,
trouver sa place".
Selon l'Ined, 9 % des familles sont des familles recomposées.
C'est à peu près 700 000 familles en France.
Ce livre s'adresse uniquement aux familles recomposées?
- I.Daure: Pas du tout.
Il y a une particularité française, qui est le fait d'utiliser le terme
"belle-mère" ou "beau-père"...
- A.Lecaron: On ne dit pas ça en anglais...
- I.Daure: Même en italien, en grec...
C'est une particularité française, d'utiliser ce terme,
pour désigner ces relations.
Je trouvais que c'était intéressant et original de mettre ces 2 aspects
dans un même livre.
- H.Loussaief: Ce terme, quand on l'associe
aux parents de notre conjoint, qu'est-ce que ça dit
de nos parents à nous, s'ils sont "beaux"?
On s'est posé la question...
Ils ne sont pas beaux?
- I.Daure: Je n'irai pas jusque-là.
C'est la question qu'on peut se poser.
Je suis brésilienne, pas française.
Quand on m'a présenté mes beaux-parents,
En me disant "ce sont tes 'beaux' parents",
je me suis demandé pourquoi on utilisait
ce terme de "beaux".
Non pas que je les trouvais moches!
- A.Lecaron: Dites-le, c'est 2 laiderons.
- I.Daure: En plus, mes beaux-parents
vont écouter l'émission...
Je me suis dit que c'était particulier par rapport
à mes parents.
- H.Loussaief: Tout au long du livre, vous vous appuyez
sur des témoignages de gens que vous avez vus en consultation.
La définition du terme représente une difficulté
pour les gens que vous avez rencontrés.
C'est ça qui fait qu'on n'arrive pas à trouver sa place?
- I.Daure: Ce livre est très clinique.
Je parle de ce qui se passe dans la clinique.
C'est l'intérêt aussi.
Ce sont des relations qui font souffrir, qui font du bien
pour beaucoup d'entre elles, mais qui font souffrir.
Ce sont des situations dont on va parler
dans les thérapies individuelles, de couple, familiales...
Beaucoup de familles recomposées viennent avec cette thématique.
C'est très important de se dire que ça va marquer les familles
sur leur développement et les enfants
pendant plusieurs années de leur vie.
- H.Loussaief: A travers les siècles, la belle-mère,
la mère du conjoint, a toujours eu une image de sorcière,
excusez-moi du terme.
C'est un peu la belle-mère de Cendrillon,
celle qui fait du mal à la belle-fille.
Pourquoi on a toujours eu cette image-là
à travers l'histoire?
Pourquoi on n'a pas dans l'inconscient l'image
de la belle-mère qui aide?
- I.Daure: On a été bercés par ces histoires.
Ces histoires ont été nourries par des relations
qu'on a pu observer.
Ce n'est pas que du fantasme.
Ca arrive réellement que les relations
soient très réelles et difficiles.
On le fait beaucoup plus sur les belles-mères
que sur les beaux-pères.
Je pense que les belles-mères sont plus en prise
avec le quotidien.
Je dis souvent que les belles-mères sont souvent...
J'utilise souvent le terme "syndrome des caisses
enregistreuses du supermarché".
On paye ses courses et l'enfant attrape un paquet de bonbons.
Autour de nous, tout le supermarché s'arrête.
Les gens regardent.
Vous allez dire non?
Si on dit non, comment va réagir l'enfant?
Ils sont presque à faire des paris.
Je trouve que les belles-mères vivent ça au quotidien.
Les gens les regardent en se demandant
ce qu'elles vont faire.
"Ces enfants sont bien habillés, mais ceux de son conjoint
sont mal habillés..."
- A.Lecaron: Est-ce qu'elle va acheter le même cadeau
pour tout le monde?
- I.Daure: On est dans une certaine appréhension,
dans ces relations.
C'est vrai aussi pour la belle-mère.
Elle est elle-même dans l'appréhension.
"Est-ce que je pourrais devenir une méchante femme?
Est-ce que je vais bien m'entendre avec ma belle-fille?"
Il y a quelque chose d'une fébrilité
qui rend quelquefois la relation difficile.
- H.Loussaief: On a l'impression que le nouveau conjoint,
quand il arrive tôt dans la vie d'un enfant,
la relation se passe mieux.
C'est vrai ou c'est une impression?
- I.Daure: La relation peut mieux se passer,
mais il faut quand même qu'on pense à la complexité de cette relation.
Souvent, c'est une histoire complexe,
avec plusieurs protagonistes.
Le conjoint est vraiment l'ambassadeur de cette relation.
On voit quelquefois le conjoint qui met en commun ces personnes,
et il est quelquefois dans une position
où il est en retrait.
Il va se confier à l'enfant sur des choses
qui ont pu être difficiles avec le conjoint.
Il va dire "elle ne voulait pas"...
Ca rend les choses complexes.
On a souvent le focus "belle-mère-beaux-enfants",
"beau-père-beaux-enfants", mais il faut que ce soit plus large,
notamment quel est le rôle du parent qui a été séparé,
le rôle du parent qui vit à la maison...
- H.Loussaief: C'est cette complexité qui pourrait freiner les parents
à refaire leur vie?
- I.Daure: Peut-être.
Il y a la peur que son enfant se retrouve
dans une situation délicate.
45 % des couples divorcent, mais il y a beaucoup de couples
qui se remettent ensemble.
La famille recomposée est en pleine ascension.
Les gens refont couple à nouveau.
C'est différent qu'à une autre époque.
Les parents s'autorisent beaucoup plus à ne pas être forcément
dans la même maison.
Ce sont des parents non cohabitants.
- A.Lecaron: On réinvente les schémas.
- I.Daure: Exactement.
C'est une très bonne chose.
- H.Loussaief: Vous parlez des cas où des personnes n'aiment pas
leurs beaux-enfants.
C'est très rare, mais ça arrive, que le beau-père ou la belle-mère
n'aime pas ses beaux-enfants.
- A.Lecaron: Je dirais que c'est fréquent, non?
Je pense que très souvent, ça fait penser au conjoint d'avant,
et c'est compliqué.
Il y a l'ombre de l'ex.
Ca va compliquer la relation avec le nouvel amour.
- H.Loussaief: Est-ce que le couple peut perdurer dans cette situation?
- I.Daure: Je pense que le couple est menacé quand ça se passe mal
entre le beau-parent et l'enfant.
Quelquefois, c'est une raison de rupture.
Si on le pense dans la continuité...
Si on se dit "maintenant, ça se passe mal, mais peut-être
qu'avec le temps, ça se passera mieux",
si on se laisse le temps et si on est dans une
logique d'accueil de l'autre avec sa différence...
- A.Lecaron: C'est un travail à faire sur soi.
- H.Loussaief: C'est à retrouver à l'intérieur de ce livre.
"Belle-mère, beau-père, trouver sa place".
Merci beaucoup.
C'est très intéressant.
- A.Lecaron: Merci.
C'est universel.
On a tous autour de soi des histoires de gens qu'on aime
qui vivent leur famille recomposée plus ou moins bien.
