Accoucher le jour de la rentrée, dans l’école maternelle où votre ainée est scolarisée, ça c’est original ! Le 2 septembre dernier, Pauline a donné naissance à Luiz sous les yeux ébahis de Coralie sa conjointe. Elles nous racontent cet accouchement fou.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bonjour Pauline, bonjour Coralie.
Ça va les filles ?
Ça va.
Bon, ça valait le coup.
On le dit d'ores et déjà, parce que quand on voit cette merveille que vous avez dans
les bras.
Pauline, vous avez donné naissance à Louise, qui est donc là avec vous, sous les yeux
ébahis de Coralie, qui est votre conjointe.
Ébahis, c'est un euphémisme.
Oui, c'est vrai.
Là, c'est un choc.
Oui, c'est un choc.
Merci d'être avec nous ce matin pour nous raconter cet accouchement totalement fou.
Alors, Coralie, on va commencer avec vous.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que vous vous connaissez depuis longtemps toutes les
deux.
Ça remonte à plus de 20 ans.
C'est bien ça ? Vous étiez copine au début ?
Oui.
En fait, on s'est connues.
On avait 11 ans.
C'était au collège.
Donc, on est devenues amies.
Ensuite, nos chemins se sont séparés au lycée.
Et puis, un après-midi, on s'est revues, voilà, une petite soirée après-midi entre
copines.
Et donc, je précise à ce moment-là à Pauline que moi, je préfère les filles.
Elle me répond pas de souci tant que tu ne t'approches pas de moi.
Et puis, le soir, on sort et on se rapproche.
Et puis, ça fait 18 ans qu'on est ensemble.
Voilà.
En tout cas, une grande volonté, j'ai l'impression.
Pauline, bravo.
Écoute, je n'ai pas de problème que tu aimes les femmes, mais surtout, tu ne t'approches
pas de moi.
Bon ben, deux heures après, elles sont maquées et ça dure depuis 18 ans.
Pauline, en 2017, vous vous mariez en Espagne.
La suite logique, ce sont les enfants.
Octobre 2019, vous prenez la direction de l'Angleterre pour une PMA et c'est vous, Pauline,
qui portez l'enfant.
Est-ce que vous pouvez nous raconter comment se sont passées la grossesse et l'accouchement
de Julia qui est donc votre aînée ?
Oui, c'est ça.
Moi, je rêvais d'être enceinte, donc c'était une évidence pour moi qu'Aurélie voulait
être maman.
Parfait, on s'est bien trouvés là-dessus.
Parfait, tout se mettait super bien.
Une super grossesse, pas de gêne, pas de douleur, tout s'est très bien passé.
Par contre, un mois avant, je sens que je commence à avoir une petite gêne, mais ça allait.
Du coup, il y a une petite gêne.
Donc, j'appelle ma sœur, je lui demande « Est-ce que c'est ça des contractions ? »
Elle me dit « Non, je ne crois pas, tu aurais mal ».
Et puis, ça fait quelques minutes après, j'ai perdu les os.
Du coup, on va à la maternité et là, la sache-femme nous annonce que je suis dilatée à 10.
Oh là ! Petite gêne.
C'est ça, petite gêne.
Ça me titillait un peu.
Donc, vous n'avez pas tellement eu mal en fait ?
Non, je n'ai pas eu le temps.
Vous avez accouché sans péridurale ?
C'est ça.
Du coup, on nous installe en salle de pré-travail et en trois poussées, Julia était là.
Mais c'est un conte de Disney que vous nous racontez là, c'est absolument féerique.
C'est incroyable.
Tout s'est bien passé.
Tout s'est trop bien passé.
On fait un bond dans le temps.
On arrive en décembre 2023.
Là, vous êtes enceinte de votre deuxième enfant.
Est-ce que c'est la même grossesse ?
Est-ce que ça se passe bien aussi ?
Ça se passe un peu différemment.
Les trois premiers mois, je marche toujours un peu sur des oeufs.
On a toujours peur qu'il se passe quelque chose les trois premiers mois.
Après, deuxième trimestre, ça se passe vraiment super bien.
Il y a le bidou qui grossit.
On commence à sentir bébé et tout.
Donc, c'est trop bien.
Et par contre, après, troisième trimestre, là, je commence à avoir des pertes de sang à plusieurs reprises.
Donc, hospitalisation à plusieurs reprises aussi.
Donc, repos forcé.
On ne sait pas pourquoi vous avez des pertes de sang.
Non.
Ça arrive souvent.
Je précise à noter les spectatrices qui sont enceintes.
Il faut toujours consulter.
Oui, c'est ça.
Ça, c'est vraiment une obligation si vous perdez du sang.
Mais parfois, et d'ailleurs, je dirais la plupart du temps, c'est inexpliqué.
On ne sait pas pourquoi.
On ne saura jamais.
Oui, parfois, ça peut être les tissus aussi qui s'étirent, m'avait dit une gynéco,
et qui donc peuvent faire un peu saigner quand on a des tissus un peu fragiles.
Coralie, comment est-ce que vous avez vécu tout ça, cette grossesse ?
Autant pour Julia, c'était Disneyland de A à Z.
C'était vraiment 21 sur 20, de la grossesse jusqu'à l'accouchement.
Autant pour Louis, les trois premiers mois, Pauline ne voulait pas trop que j'y croise.
Donc, je n'avais pas le droit de toucher son ventre.
Et puis ensuite, il y a eu ces grosses pertes de sang en juin.
Et là, ça a été très inquiétant.
Moi, j'ai cru qu'on avait perdu notre bébé.
Bien sûr.
Et il y en a eu plusieurs, plusieurs épisodes comme celui-là.
Donc, globalement, ça a été une grossesse très, très, très, très stressante.
De toute façon, en règle générale, on est quand même stressé parce qu'on a tellement envie que ça se passe bien.
Et quand on a en plus des symptômes bizarres, c'est vrai que c'est compliqué.
Alors, Pauline, le 2 septembre 2024, on est le jour de la rentrée scolaire.
C'est un jour important parce que d'abord, on est à une semaine de votre terme.
Donc, quand même, ça se rapproche.
Et puis surtout, c'est le premier jour de la rentrée de Julia.
Donc, c'est un grand moment pour ses mamans.
Comment débute la journée ?
Ça se passe bien.
Moi, je me prépare.
Ensuite, je vais réveiller Julia tout doucement parce qu'après 2 mois de vacances scolaires,
le réveil est un peu difficile.
Et puis, je sens que j'ai quelque chose qui coule.
Une petite gêne ?
C'est ça.
Même pas.
Pas encore.
Je sens que j'ai quelque chose qui coule.
Donc, je vais aux toilettes.
Effectivement, j'ai perdu les os.
Donc, du coup, je préviens Coralie.
Viens habiller Julia.
Et là, elle veut appeler sa maman.
Donc, elle appelle sa maman pour venir garder Julia.
Je lui dis non, je viens juste de perdre les os.
Je commence tout juste à avoir des contractions.
Elles sont légères.
Donc, on va aller déposer Julia rapidement.
En plus, la maternité, il faut passer par l'école pour aller à la maternité.
On passe devant.
Littéralement.
On passe devant.
Donc, du coup, je me dis qu'on va passer.
On va faire ça un peu vite.
Mais au moins, on va le faire.
C'est son premier jour de rentrée.
Elle est rentrée en quelle classe ?
En moyenne section.
Donc, oui, c'est un moment important.
Puis, c'est vrai qu'on se dit quand même qu'on ne peut pas lui faire rater ça.
C'est trop important.
Alors, Coralie, vous, vous êtes en totale maîtrise à ce moment-là ?
Vous vous dites tout se passe comme prévu ?
Alors, d'extérieur, je suis en totale maîtrise.
À l'intérieur, pas vraiment.
Mais globalement, je mets tout le monde dans la voiture.
Et là, on part à l'école.
C'est vraiment l'objectif.
Donc, on arrive.
Mais ce jour-là, l'école n'ouvrait pas avant 8h30.
Et il était ?
8h27.
C'est trois minutes.
C'est plus long de votre vie.
Mais c'est trois très longues minutes où Pauline a effectivement des contractions.
La porte finit par s'ouvrir.
Et on fonce vers ses maîtresses.
Et là, on explique aux maîtresses que Pauline vient de perdre les os.
Donc, la rentrée doit très vite se passer.
Julia est dans tes bras au début.
Et là, je suis obligée de prendre Julia dans mes bras.
Et Julia ne veut pas se détacher de moi parce qu'elle n'a pas du tout envie d'aller à l'école.
Et là, c'est un moment qui est très compliqué.
On finit par réussir, moi en poussant, et la maîtresse en tirant,
à extirper Julia de mes bras.
Donc, horrible parce que ce n'est pas du tout la rentrée que tu espères pour son enfant.
Après, c'est très fréquent.
Des larmes dans tous les sens affreux.
Notre fille nous regarde.
« Non, ne me quitte pas ! »
Vraiment horrible.
Et là, je me retourne et je vois que Pauline, derrière moi,
a la même expression qu'il y a quatre ans.
C'est-à-dire que son visage se crispe et elle se met dans une bulle.
Mais pas de cri.
Elle était très belle ce jour-là.
Elle a une grande robe, très élégante.
Juste son visage qui change.
Et je connais cette expression.
Je l'ai vue il y a quatre ans.
Et je sais que là, Pauline est en train d'accoucher.
La classe avant tout, quand même, Pauline.
Même en accouchant dans un cours de récré.
Pas de cri, rien.
Pas de cri, pas de douleur.
Juste, effectivement, cette petite gemme et ce visage qui se fait.
Pauline, est-ce que vous avez conscience que l'accouchement est tout proche ?
Est-ce que vous avez conscience que tout à coup,
vous êtes dans cette bulle qu'évoque Coralie ?
Là, je vois que ça commence à me tirer un peu.
Je sens que j'ai envie de pousser.
Je sens que bébé, il est sur le chemin.
Il est sur le point d'arriver.
Vous le dites à la maîtresse à ce moment-là ?
Elle se dit qu'on a perdu les os.
Vous avez l'impression que là, le bébé arrive.
Ils n'ont pas le réflexe d'appeler le SAMU à ce moment-là ?
Ils ne se disent pas, tiens, c'est imminent ?
C'est-à-dire que Pauline n'a pas voulu appeler le SAMU
parce qu'elle ne voulait pas les déranger.
C'est vrai que ce n'est pas leur métier.
Ils ont peut-être d'autres choses à faire.
Pauline ne voulait pas déranger.
Moi, je vois une maîtresse et là, je lui dis,
il faut absolument que tu appelles le SAMU.
Elle appelle le SAMU, mais on sait déjà qu'il est trop tard.
Elle me dit qu'il faut qu'on s'isole.
Effectivement, c'est la rentrée.
Tu as tous les enfants qui arrivent,
tous les parents qui arrivent.
Il y a le papa, la maman, la grand-mère.
Tout le monde vient.
Ça commence à se remplir beaucoup.
On se met dans le vestiaire des maîtresses
où elles posent leurs clés, leurs sacs, leurs manteaux.
L'accouchement va démarrer.
Vous n'avez plus le temps d'aller à la maternité.
Vous avez compris que c'est mort.
On a compris.
Je marche encore quelques pas vers le vestiaire.
Je vous lève ma robe et je sens que j'ai la tête.
Vous sentez la tête.
Vous êtes dans le vestiaire des maîtresses
à côté de leurs clés.
Debout en train de tenir le lavabo.
Vous, Coralie, vous êtes à côté de Pauline.
C'est ça.
Elle vous dit, je sens la tête.
Comment vous êtes-vous?
Vous avez de la panique?
Globalement, à l'intérieur, oui.
À l'extérieur, je n'ai pas le droit de paniquer.
J'ai la maîtresse avec le SAMU
qui me pose un milliard de questions.
Je dois aussi être là pour Pauline
pour accueillir notre fils
qui, de toute façon, va arriver.
J'essaie de trouver les mots et de la rassurer.
Le SAMU qui pose des questions dans ces moments-là.
Il est arrivé!
J'avais l'impression que c'était notre autobiographie.
Je n'avais pas le temps à ce moment-là
d'écrire un livre. Il fallait qu'on accouche.
Rapidement, on a compris
qu'ils arriveraient trop tard.
Il y a une contraction qui arrive, Pauline.
Vous sentez que celle-là, c'est la bonne.
Ce qu'il faut dire aussi, c'est que vous avez
cette sensation de pousser
mais vous ne poussez pas. Vous sentez la tête.
Vous ne poussez pas à ce moment-là.
Là, j'ai plus de contraction.
Je dis à Coralie, qu'est-ce que je fais?
Est-ce que je pousse? Est-ce que j'attends la prochaine?
Vous aviez le souvenir de ce qui s'était passé
pour le premier accouchement, peut-être?
Je ne me souvenais plus que
je reprenais conscience de ma bulle
et que je me disais, j'ai la tête.
Qu'est-ce que je fais? J'attends.
Ce qui est fou, c'est que vous avez eu
les très bons réflexes. Je ne suis pas sûre
qu'il ne fallait pousser.
Je ne suis pas sûre qu'il ne fallait pas attendre
la contraction pour faire glisser le bébé.
Là, il y a la fameuse contraction.
Là, qu'est-ce qui se passe? Comment vous gérez?
Du coup, le bébé sort. J'essaie de le rattraper
mais ça glisse.