La libido dans le couple n’est pas un long fleuve tranquille. Pierre Dubol, psychologue clinicien spécialisé sans les thérapies cognitives, comportementales et émotionnelles, nous parle de ce fameux désir. Il est l’auteur, en compagnie de Laura Stromboni-Couzy, du « Petit traité du désir » publié aux éditions Wébédia Books.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bonjour, bienvenue dans la maison des maternelles.
On est très heureux de vous recevoir.
Je le disais, vous êtes psychologue-clinicien spécialisé dans les thérapies cognitives, comportementales et émotionnelles.
Et vous sortez ce livre-là en compagnie de Laura Stromboni-Cousy, qui est une illustratrice.
Petit traité du désir, sexe, communication et bienveillance.
Vous y parlez donc de plaisir, de communication à travers des questions récurrentes
qui vous sont faites dans vos consultations dans la vie de tous les jours.
Et moi, je voulais savoir, c'est quoi le but premier de ce livre-là ? C'est un guide ?
Alors, c'est un guide qui peut être principalement pour les personnes concernées.
Mais ça peut aussi servir pour les professionnels qui accompagnent dans ces questions-là.
L'idée, c'est avant tout d'avoir à la fois de la théorie pour pouvoir comprendre pourquoi nos désirs sont de telle façon, d'une autre façon.
Pourquoi il y a eu aussi des problématiques dans le désir.
Et après, surtout à chaque fois, il y a une proposition d'exercice applicable, pratique aux pratiques.
Vous invitez à ce que ce livre soit de la prévention, un livre de prévention ?
Alors, c'est un livre de prévention dans le sens où dès l'instant où on va parler de ces sujets,
forcément, on va pouvoir parler de toute la palette qui existe en termes de désir des différentes personnes.
Et donc forcément, au passage, on respecte aussi les différentes identités.
Donc oui, c'est de la prévention sur le consentement, tout ça.
Vous ouvrez une réflexion sur la lecture qu'on a de notre propre désir ou le désir de notre partenaire.
Quelle est la clé selon vous pour qu'on ait une meilleure lecture de ce désir-là ?
Évidemment, c'est la communication. Ça, c'est la base.
Alors, on dit tout le temps que la communication, c'est la clé, mais on ne sait pas comment communiquer.
Très souvent, en fait, c'est pour ça qu'il y a plein d'exercices, c'est qu'il y a des choses auxquelles on penserait avec des amis,
on penserait avec des voisins, peut-être au travail, mais on ne pense jamais le faire dans le couple
parce qu'il y a beaucoup d'implicites dans le couple, notamment, par exemple, si je parle du phénomène de fidélité,
dans certains couples, ça va être certaines choses, dans d'autres, d'autres choses.
Dans le désir, c'est pareil, il faut tout redéfinir par le questionnement, par le fait de poser ces choses-là à chaque fois qu'on a une nouvelle relation.
Il y a des désirs qu'on n'explique pas trop. Par exemple, moi, ce qui m'attire le plus, c'est le désir intellectuel.
Je sens le doute dans votre regard.
Pas du tout, je n'ai aucun jugement concernant Oussem. J'ai l'habitude de vos mensonges en plus.
Pourquoi, selon vous, on connaît très peu tous les types de désirs ?
Pour nous, dès qu'on parle de désir, c'est tout de suite le désir sexuel, et pourtant, vous l'expliquez dans le livre, il y a beaucoup d'autres désirs.
Je pense que, déjà, il y a souvent un stéréotype de genre sur le désir.
Le problème, c'est qu'en fonction de son genre, on ne va pas pouvoir exprimer son désir de la même façon, avec la même liberté.
On va très vite être discriminé si on a une femme qui exprime beaucoup de désirs, par exemple, alors que les hommes, c'est quasiment l'inverse.
S'ils n'expriment pas de désirs, ils sont moins puissants. Il y a déjà un stéréotype très fort dessus.
Il y a deux types de désirs, spontané et réactif. Déjà, si on connaît déjà la différence entre l'un et l'autre,
spontané, c'est une évocation, une image, un scénario qui vient me stimuler,
et réactif, ça va être plutôt si quelqu'un met en place toute une ambiance,
s'il y a des discussions, tout un programme qui va commencer à faire monter petit à petit l'envie d'être dans cet échange-là.
Je fais ça une fois sur deux, ça m'arrive très souvent.
Page 56, vous parlez des relations intimes après l'arrivée d'un bébé, et vous donnez des clés qui peuvent favoriser la libido.
Quels sont ces clés ?
Les clés, déjà, ça va être...
Déjà, il y a forcément des livres qui en parlent très bien. Je pense à « Réinventer sa vie après bébé », c'est un super livre.
Mais en manière générale, s'il y a cette injonction à devoir retrouver de la libido.
Déjà, il y a un oubli, c'est qu'il y a des personnes qui ont des désirs et de la libido aussi pendant la grossesse.
Donc ça, il y a un gros tabou là-dessus.
Pourquoi selon vous, il y a un tabou là-dessus ?
Je pense qu'il y a plein d'images préconçues. J'ai utilisé une que j'entends très souvent.
Par exemple, la peur de blesser le bébé pendant un rapport, ce genre de choses.
Alors que quand on vérifie, toutes les données scientifiques montrent que c'est plutôt quelque chose qui va être positif.
Par exemple, pendant un orgasme, le bébé va être comme dans un jacuzzi, par exemple.
C'est énorme ça. Un petit spa pour le bébé.
Jusqu'à ce qu'on vide la piscine et puis après, c'est fini.
Mais en tout cas, il y a vraiment des stéréotypes là-dessus.
Et il y a cette injonction à devoir redevenir une personne qui va être souvent la personne qui apporte le désir.
La charge mentale sexuelle est souvent pour la femme aussi.
Donc il y a un peu cette idée-là de se dire qu'on va enlever toutes ces injonctions-là.
Et puis dans les exercices, il y a la réappropriation du corps qui a été chamboulée.
Vous parlez de charge mentale à l'instant, même à travers le désir qui est encore une chose octroyée aux femmes.
Et dans le livre, vous parlez d'une expression qu'on entend très souvent qui est le devoir conjugal.
Vous dites que c'est une manière d'ajouter une charge mentale aux femmes.
Le devoir conjugal, je l'associe vraiment au fait de devoir se rappeler des dates d'anniversaire,
de devoir se rappeler des rendez-vous chez le médecin.
Toutes les choses que souvent on donne à la maman de la famille.
Et il y a un peu cette responsabilité-là de devoir dégager du temps, dégager de l'énergie.
Et très souvent, en plus dans la pop culture, on voit souvent ces scènes-là où c'est la femme qui refuse et l'homme qui va être frustré.
Alors que la réalité, c'est que dans ce que j'observe tous les jours, les troupes du désir,
ils n'ont pas de genre, ils n'ont pas d'âge et ils n'ont pas d'époque plus qu'une autre.
Donc ce n'est pas associé à une personne.
Est-ce que c'est possible de ne pas avoir de désir ?
Oui, bien sûr. Il y a d'ailleurs des personnes qui ont une identité sexuelle qui s'appelle asexualité.
Donc c'est aprivatif.
Qui vient tout simplement dire que cette personne n'a pas de désir, d'attirance.
Sachant que si on le revendique assez tôt, on peut le sentir très très bien dans cette posture.
Et les personnes asexuelles peuvent aussi être en couple avec des personnes qui ne sont pas asexuelles.
Il y a un respect aussi, une écoute sur tout ça.
Page 118, j'ai trouvé cette page très intéressante.
Vous parlez du consentement et vous parlez d'un outil qui s'appelle le violent honnête.
Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce qu'est cet outil, ce qu'est le violent honnête ?
Je pense qu'il peut aider énormément de parents dans l'explication du consentement pour leurs enfants.
Alors c'est vrai que le consentement, je suis content que vous ayez réussi à le cibler sur une page.
Parce qu'en fait, il aurait fallu presque le mettre à toutes les pages.
À un moment, c'était vraiment nécessaire.
Le violent honnête, ce n'est pas un outil qu'on a créé nous-mêmes.
C'est évidemment un outil qui existait déjà.
Qui a été créé en 2019, il me semble, par la mairie de Paris, l'adjointe aux maires de la mairie de Paris.
Qui était un outil qui est là pour faire de la prévention sur les violences faites aux femmes, aux jeunes femmes.
Donc le violent honnête était plutôt orienté hétéro et plutôt orienté envers les violences envers les femmes.
Avec Laura Stromboni, on a décidé de le rendre plus inclusif,
en ne mettant pas forcément d'orientation de genre, d'orientation sexuelle.
Parce que la réalité, c'est que sur le terrain, on vérifie que toutes ces situations peuvent se faire.
Et surtout, ce n'est pas forcément que dans un couple.
Ça peut être aussi parfois des situations qu'on subit de la famille, qu'on subit d'amis.
Une dernière question.
C'est vraiment la question que j'avais en tête depuis le début de notre échange.
C'est comment une maman qui nous écoute et qui nous regarde
peut expliquer le consentement et cette idée de violentomètre à son enfant ?
C'est vrai que c'est une question vaste aujourd'hui.
Parce que quand on parle de consentement, les personnes viennent s'inquiéter
quand on parle de pratiques sexuelles.
Le consentement, c'est déjà sa propre enveloppe physique.
Ce qu'on a le droit de faire avec, ce qu'on a le droit de laisser faire aux autres personnes.
Dès l'instant où on échelonne des âges en fonction des différentes proximités,
on le fait très bien pour dire que ce n'est pas quelqu'un qu'on connaît.
On ne parle pas à des inconnus dans la rue, des choses comme ça.
On le dit pour l'échange. On peut le dire aussi pour le corps.
Pierre Dubon, petit traité du désir, sexe, communication et bienveillance.
Surtout la bienveillance.
Merci d'être venu dans la maison d'Emmanuel.
Merci à vous.
Merci beaucoup, Pierre.